Les Mondes Epars
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Chapitre 6 – Le monde de Glyndal (6)

Après une soirée en demi-teinte, les pionniers ayant perdu leur bonne humeur suite aux déboires de la veille, ils franchissent l’entrée du campement en direction de l’endroit où ils ont aperçu le gardien. Le pas décidé de Lucie tranche avec celui plus prudent de Yann. Ce dernier, en dépit de son avis négatif sur le programme de la journée, suit sa camarade. Il pensait qu’après avoir risqué leur peau hier, ils méritaient bien une journée de préparation voire de repos mais Lucie l’a découragé pour imposer son propre avis. La tête emplie d’a priori négatif sur le déroulé de la mission, il réfléchit au possible moyen de retraite sans compromettre la sécurité du camp. D’une tête plus grand que Lucie et musclé de part la nature de son travail, il n’a aucun doute sur sa capacité à la soulever pour l’emporter si nécessaire. Sa crainte résidait plus dans la coopération de cette dernière. Le tout, pourchassé par une créature assoiffée de sang, plus grande que lui. Il a beau étudier l’ensemble des schémas possibles, il n’arrive pas à concevoir une porte de sortie sûre. Cette confrontation avec la réalité augmente sa morosité.

Sur la route, ils croisent un hokal dont ils se débarrassent en un rien de temps, la créature payant pour l’humeur exécrable du mercenaire. Peut-être avec l’avantage du nombre à deux contre le gardien, ils auraient alors une chance contre lui. Il soumet l’idée à Lucie qui sourit :

« Tu ne penses quand même pas que je comptais y aller tête baissée ?

– Eh bien … Si ?

– Haha, je ne suis pas suicidaire, même si je n’en ai pas l’air, j’ai cogité pour arriver à la même conclusion que toi, à deux on en fait une bouchée mais s’il est accompagné voire s’il dispose d’une garde rapprochée comme l’autre jour alors nous sommes mal parti. J’ai donc imaginé une solution très simple : utiliser un appât. L’un de nous, provoque les hokals près du gardien tandis que l’autre les abat un à un. Qu’en penses-tu ?

– J’en pense que c’est moi qui va jouer ce rôle ?

– Je n’osais pas te le suggérer mais puisque tu te proposes, j’accepte avec joie !

– Mais, je… »

Il abandonne sa réplique face à la mine triomphante de Lucie. Sans aucune confiance dans son plan,  ils approchent de l’endroit où ils avaient observé le gardien, deux jours plus tôt. Ils sursautent au craquèlement de plantes secs. Dans leur dos, un hokal leur saute dessus. Lucie tombe à la renverse, percutée par la créature. Yann dégaine son arme et part à sa rescousse. Il repousse en deux coups de pieu l’hokal permettant à Lucie de se relever. A deux, la créature ne parvient pas à contenir leurs assauts et succombe l’instant suivant. D’autres bruits, plusieurs cette fois, approchent. Yann se tourne vers Lucie qui lui rappelle son plan :

« N’oublie pas, c’est toi l’appât ! »

Elle rebrousse chemin en courant, l’abandonnant à son sort. En apparence du moins, espère-t-il. Il fixe la direction des bruits quand trois créatures apparaissent simultanément. Il déglutit. D’un côté, si son compte correspond à la dernière fois, le gardien est esseulé, de l’autre, ils doivent affronter trois de ces monstres sans trop de dommages… Autant dire que d’après le test de la veille, ce résultat s’avère ardu.

Les créatures se déploient prêt à recevoir sa charge. Sans demander son reste, il emboîte le pas de Lucie. Il croise les doigts pour qu’elle ait eu le temps de les embusquer. Il se retourne à intervalle régulier pour apercevoir qu’il distance les hokals. Ces derniers, supposant un piège, progressent de sorte à ne pas se faire surprendre. Il hésite, soit faire confiance à Lucie et suivre le plan, soit abandonner et repartir en direction du camp où il pourra trouver de l’aide. La seconde option lui paraît plus attrayante mais l’idée de causer à nouveau des soucis aux pionniers le contraint à se rabattre sur Lucie.

Il remarque que seul deux créatures restent à sa poursuite, la dernière ayant disparu. Y voyant un signe de l’intervention de son compagnon, il se retourne et brandit l’arme. Surpris par la manœuvre, un des hokals à pleine vitesse le dépasse tandis que l’autre le charge toutes griffes dehors. Le pieu de Yann le réceptionne. Pour faire bonne figure, il ajoute un deuxième coup de pieu à la créature empalé avant de courir dans l’autre direction. S’il se débrouille bien, il aura le temps d’aider Lucie avec sa créature voire d’achever celle qu’il a blessé.

Une centaines de mètres plus loin, il aperçoit Lucie au prise avec un hokal, non sans difficulté. A chacun des coups qui l’atteint, la créature réplique avec une férocité redoublée. Voyant Lucie en mauvaise posture, il hurle son pieu droit devant lui et percute de plein fouet la créature qu’il renverse. Lucie profite de la diversion pour asséner une série de coups fatale à la créature. A peine Yann se redresse, que les deux créatures sur ses talons déboulent face à eux. Lucie grimace dans sa direction :

« Je t’avais dis que je m’en occupais !

– Tu t’en occupais tellement bien que sans moi tu y serais toujours… »

Elle ravale une cinglante réponse. Le moment n’est pas propice à ce genre de conversation. Le premier hokal, exploitant la mauvaise posture de Yann le charge. Grâce à ses réflexes, il roule sur le côté de sorte que la créature le frôle. Désormais, isolée, la créature subit les foudres de Lucie, toujours agacée par la remarque de Yann. Celui-ci, laissant Lucie avec la créature en mauvaise posture, s’occupe de la seconde qui se rapproche, se méfiant d’une nouvelle ruse. Yann, las du jeu du chat et de la souris, décide de prendre l’initiative en portant le premier coup. La créature d’un agile bond sur le côté, esquive et mord le bras de Yann qui lâche un juron de frustration. Pour faire lâcher la créature, il lui envoie son coude droit dans la gueule qui n’a pour effet que de pousser la créature à se débattre toujours plus fermement accroché à sa proie. Il change de méthode. Il passe son arme à son autre bras libre puis l’enfonce dans le crâne de l’hokal qui n’abandonne toujours pas. Il répète son geste. La créature refuse de lâcher. Comprenant qu’elle veut l’emmener dans un combat d’attrition, Yann transperce le plus vite possible la créature qui met toutes ses forces dans la bataille. Sous la fureur du combat, ils tombent tous deux au sol sans pour autant céder à l’autre. Yann ferme les yeux ne se concentrant que sur le mouvement de son bras gauche. Il oublie l’angoisse qui monte. Inlassablement, il répète ses va-et-vient jusqu’à ce qu’une masse l’écrase, signe de la fin de son adversaire. Il ouvre les yeux, contemplant le cadavre de son opposant, son bras toujours dans la bouche de la créature. Il s’accorde trois secondes de repos au bout desquelles, il repousse le corps et se tourne vers Lucie.

Elle se dirige vers lui paniquée mais la vision de la créature sans vie la rassure sur l’issue de la lutte acharnée. Après avoir déboîté la mâchoire de la créature pour extraire enfin son bras, ils font un point sur leur situation. Pour commencer, leurs barrières sont à moitié vides. Cependant, une bonne surprise accueille Yann quand il vérifie le statut de son arme :

Statut d’arme

Potentiel : 3/5

Seuils : +1 force (1), +1 résistance (3), +10 barrière (5)

La découverte de l’augmentation du potentiel le satisfait au plus haut point. Il comprend un peu plus l’excitation de Lucie lors de la présentation des statuts. La sensation de progression lui paraît gratifiante après ces luttes acharnées. Seul le potentiel bientôt plein de son arme le frustre. Il comprend pourquoi elle l’a qualifiée d’arme de débutant. Il s’enquiert auprès de Lucie de la suite à donner :

« Eh bien, deux options ou nous retournons au camp ou nous ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Surtout que nous avons obtenu quelques renforcements, je me trompe ?

De la manière dont elle présente les choses, évidemment que seul le second choix est acceptable.

– Puisque tu veux me forcer la main, très bien nous allons affronter ce gardien…

– Eh, je n’impose rien…

– A peine. Et sinon, il y a des choses à savoir sur les gardiens avant de les affronter ?

– Rien à part qu’ils sont plus costaud que les créatures de base. Même si leurs tailles paraissent imposantes, ce n’est que de la gonflette pour impressionner. Je pense que la tactique habituelle fonctionnera contre lui. Surtout s’il est bien seul comme prévu.

– J’espère que tout va bien se passer.

– Jusqu’à présent nous sommes en un seul morceau, preuve que nous ne nous débrouillons pas si mal !

– Justement, j’attends le moment où cesse notre chance du débutant…

– Qu’est-ce qu’on attend pour y aller ? Sinon ta mauvaise humeur va m’affecter…

– Peut-être que nos barrières se rechargent ? A moins que tu n’es envie d’affronter ce monstre à moitié blessé ?

– Bien vu pour la barrière, j’avais oublié ! »

Yann s’abstient de tout commentaire, la nonchalance de Lucie le désespérant. Au milieu de la forêt, ils patientent une bonne heure, le temps que toutes leurs forces soient revenues. L’absence des bruits typiques de la nature donne un caractère anxiogène à la forêt. De plus, savoir qu’une créature sanguinaire peut surgir à n’importe quel instant, n’aide en rien à leur sortir cette sensation de la tête.

C’est avec entrain qu’ils se dirigent vers l’emplacement du gardien. Même Yann est heureux d’abandonner cet environnement dérangeant. Pile à l’endroit relevé sur leur carte, ils trouvent le gardien seul contemplant dans le vide, comme s’il les attendait. Les deux compagnons hésitent mais dès que le gardien détecte leur présence, son attitude change, les obligeant à dégainer leurs armes.

L’hokal géant s’approche d’eux à pas mesurés, les jaugeant en préparation de l’inévitable combat. Ils parviennent difficilement à soutenir son regard. Ils luttent pour ne pas détourner leurs yeux de la créature qui passeraient à l’offensive s’ils en avaient la faiblesse. Constatant l’inefficacité de son intimidation, le gardien change de méthode et pousse un hurlement terrifiant avant de les charger. Le timbre et la puissance de ce cri glace Yann et Lucie qui observent l’approche de la créature sans réagir pendant une fraction de seconde. Lorsqu’ils reprennent leurs esprits, ils déploient leur arsenal défensif : le pieu de Yann en avant prêt à recevoir leur opposant et Lucie derrière pour mener la contre-attaque. Hélas, le précieux temps perdu leur manque pour consolider leur position. Le pieu, mal planté dans le sol, érafle le gardien. Celui-ci conservant son inertie, fonce dans le duo qui s’écrase par terre. Il atterrit sur Lucie, qui grâce à ses réflexes évitent les morsures les plus dangereuses. Sonné, Yann se relève en titubant. Le pieu à la main, il charge la créature. L’arme transperce la créature qui, sans se retourner, assène un coup de patte arrière en réplique, renvoyant Yann à son point de départ. Toutefois, ce coup permet à Lucie de libérer ses jambes arrière. Par une contorsion, elle attrape son arme et se glisse sous la créature, de telle sorte que ni ses griffes ni ses crocs ne l’atteignent. Tant bien que mal, luttant pour rester à sa confortable place, elle taillade le ventre de la créature. Les dommages, faibles, indisposent tout au plus la créature qui se remue pour la désarçonner. De son côté Yann, recouvre avec difficulté des séquelles de son vol plané. Remarquant l’agitation de la créature, qui ne prête plus attention à sa présence, il la charge une seconde fois mais de flanc, de façon à ne pas recevoir le même châtiment que plus tôt. Son assaut surprend la créature qui tourne aussitôt dans sa direction. Lucie profitant de la diversion, roule hors de sa cachette. Elle atterrit sur le côté gauche du gardien. Sans attendre sa réaction, elle plante son épée dans la créature qui sursaute pour lui faire face. Yann à nouveau devant le flanc, le transperce. La créature prise entre deux feux, ne sait réagir. Chaque fois qu’elle délaisse un de ses côtés pour s’occuper de l’autre, celui qui en a la charge passe en position défensive, tandis que l’autre part à l’offensive. Pris en étau, le gardien tente le tout pour le tout en faisant mine de sauter sur Lucie avant de faire un tonneau écrasant le pauvre Yann qui s’évanouit sous la violence du choc.

Désormais, Lucie se retrouve seule, face au gardien affaibli. Elle respire et se concentre sur l’attitude de la créature. Anticipant son coups de griffes sur le corps inanimé de Yann, elle taille la tête de la créature la stoppant nette. Elle remarque la légère tension dans les pattes arrière de son adversaire. Elle se jette sur le côté, évitant le bond de la créature. D’une gracile acrobatie, elle se retourne et se précipite pour planter son épée dans la croupe du gardien. Sans attendre sa réaction, elle continue son geste en balayant aussi large que possible devant elle avec son arme. Le gardien se cabre dans une vaine réplique mais Lucie, insaisissable, enfonce sa lame dans le corps de la créature. Stoppée dans son élan, elle s’effondre, morte.

Lucie, éreintée par l’effort la suit à son tour et s’écroule au sol. Elle éclate de rire de soulagement, pour évacuer la tension accumulée durant tout le combat. Lorsque remise de ses émotions, elle s’approche de Yann pour le découvrir toujours assommé mais indemne. Rassurée, elle s’accorde une pause jusqu’au réveil de ce dernier. Sans qu’il ne puisse l’entendre, elle lui murmure ces quelques mots :

« Tu avais raison… Je te promets de te ménager davantage pour la suite… »



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