Les Mondes Epars
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Chapitre 7 – La cité-état d’Yrcor 

 

« Aux explorateurs qui ont triomphé du gardien !

– Aux explorateurs ! Entonnent l’ensemble des pionniers les coupes levées. »

C’est en ces termes que commencent les célébrations en l’honneur de Lucie et Yann. Après avoir vaincu le gardien, Lucie a patienté dans l’espoir que Yann émerge de son coma. Avant que celui-ci ne s’éveille, un groupe de pionniers mené par Aldric a débarqué dans la zone, inquiet de ne pas les voir rentrer. Ils ont ramené Yann au campement avec les carcasses des créatures abattues toute la journée, où il s’est éveillé. Ils les ont laissé récupérer quelques heures avant de lancer les festivités. Exceptionnellement, l’alcool coule à flots et le repas du soir change de l’insipide ragoût habituel. 

Lucie s’approche de Yann toujours en convalescence qui profite tant bien que mal de la fête :

« Tout va bien ?

– A part l’impression de m’être fait rouler dessus par un bus trois fois de suite, ça va à peu près. En tout cas, ils savent vite retomber sur leurs pattes, les pionniers. Difficile de dire qu’hier ils étaient au fond du gouffre…

– C’est leur mode de vie après tout, chacun vit au jour le jour ici. Et puis, ils ne vont pas arrêter de festoyer pour un inconvénient aussi mineur que l’attaque d’hier. Surtout qu’ils m’ont promis une fête pour ton premier monde. 

– C’est une coutume ?

– En quelque sorte, même si ce n’est qu’un prétexte supplémentaire à la fête !

– Au fait, d’où viennent ces gens ? Parce qu’ils n’ont pas l’air d’être de la Terre comme j’ai cru dans un premier temps…

– C’est vrai que je ne t’ai pas vraiment parlé d’eux, j’oublie toutes les choses que tu ne sais pas parfois… Eh bien, ils proviennent d’une cité-état nommée Yrcor dans le monde de Laniel. C’est une ville dont la richesse provient essentiellement des mondes épars dont elle s’est fait une spécialité d’exploiter. On risque de rencontrer plusieurs de leurs équipes au fur et à mesure de notre aventure. On ferait donc mieux de bien s’entendre avec eux !

– Je vois… D’ailleurs que fait-on pour la suite ?

– Je suppose qu’Aldric va nous introduire auprès de ses supérieurs qui nous enverrons dans un autre monde où nos services seront requis…

– Exact ! S’immisce l’intéressé. Chez nous on manque jamais de pionniers mais les explorateurs sont plutôt des denrées rares. On en prend donc bien soin ! Demain matin, lors de votre départ, je vous fournirai un document que vous donnerez au type qui se trouve de l’autre côté de la porte, il s’occupera bien de vous après ça !

– Avons-nous le choix, d’accepter son offre, Lucie ?

– Pas vraiment, non pas qu’il le prendrait mal… 

– Tout à fait, c’est pas mon genre !

– Mais nous serions coincés dans notre progression, je n’avais de quoi ouvrir qu’un portail chez moi… Donc question choix… Après on sera bien traité, ne t’inquiète pas, au pire ce sera dépaysant !

– C’est une façon de voir les choses… Quand je rentrerai, mon commandant va me passer un savon pour ne pas avoir donné de mes nouvelles… Et surtout je lui raconterai quoi ?

– Du baratin, tu omets quelques détails et franchement ça passe !

– J’aimerai bien t’y voir devant lui…

– J’irai à ta place s’il le faut…

– Je t’aurai prévenu, ne viens pas chouiner après parce qu’il t’a renvoyée dans tes vingt-deux…

– Allez vous battez pas les enfants, reprenez une coupe et profitez ! »

Sur ces sages paroles d’Aldric, ils passent la soirée à s’amuser tout en découvrant les chants et danses de la cité d’origine des pionniers.

 

Le lendemain face à la porte, avant leur départ, Aldric leur tend à chacun, un sac de toile. Quand Yann jette un coup d’œil au contenu qui l’étonne :

« Des cailloux ?!

– Mais non pas du tout, intervient Lucie, c’est des billes d’éther, la monnaie utilisée pour les transactions dans les mondes épars. Garde-la précieusement, ça vaut une fortune et c’est indispensable pour tout explorateur qui se respecte. Combien en avez-vous mis ?

– 10 unités chacun.

– Tout ça ?!

– Ben, vous nous avez bien aidé et avec tout ce que nous allons pouvoir récupérer dans ce monde comme ressource, ne vous en faites pas, nous les rentabiliserons assez tôt ! De plus, vous trouverez chacun une lettre de recommandation. Les types qui gèrent tout ce qui touche aux mondes sont plutôt pointilleux aux niveaux des procédures administratives, pour ne pas dire psychorigide… Enfin, pour le dernier, une dent du gardien que vous avez abattus hier comme souvenir. Vous pourrez en faire ce que vous voulez.

– Eh bien merci à toi Aldric pour ton accueil et à une prochaine fois peut-être.

– Prenez soin de vous et à la revoyure ! »

Sur ces adieux, Yann et Lucie franchissent la porte qui les amènent dans un bâtiment en pierre. Ils se retrouvent dans un hall où se répètent de nombreuses structures semblables à celle dont ils sortent. Devant chacune d’entre elles, un écriteau avec des symboles inconnus. Ce détail surprend Yann qui le partage avec Lucie :

« C’est normal, l’enveloppe d’éther fait la traduction entre les différents langages, s’ils sont enregistrés dans le sort mais par contre il ne peut pas traduire les écrits. Voilà le type qui est censé nous réceptionner. »

Un homme dans un vêtement rappelant une toge s’approche d’eux d’un pas pressé. Sa démarche pataude lui donne un air comique renforcé quand il manque de trébucher dans sa précipitation. Arrivé devant eux, il rétablit un semblant de dignité avant de s’exprimer :

« Bonjour à vous, ô voyageurs des mondes épars. En quoi puis-je vous être utile ?

Lucie prend la parole :

– Nous avons rencontré un de vos citoyens du nom d’Aldric dans ce monde. Il nous a remis un document spécialement pour vous que voici.

Ils tendent leurs parchemins. L’homme se saisit du premier, le parcourt rapidement des yeux avant de faire une révérence :

– Puisque Aldric loue vos états de service, je n’ai qu’une chose à dire, bienvenue à Yrcor ! Si vous voulez bien me suivre. »

Il les mène vers la sortie de la salle puis les guide dans une succession de couloirs semblable à un dédale pour les non initiés. Après plusieurs minutes de marche, ils s’arrêtent devant une porte qu’il ouvre. Là il s’installe derrière un bureau tout en leur faisant signe de s’approcher :

« Je vais essayer d’être le plus rapide possible, les formalités n’étant généralement pas votre partie préférée mais je suis obligé par la loi de vous informer d’un certain nombre de vos droits et de vos devoirs. Je vais vous inscrire en tant qu’explorateurs affiliés à notre cité. Cela vous donnera accès au quartier des pionniers où se trouvent toutes les infrastructures nécessaires à la poursuite de vos explorations que ce soient magasins, auberges, tavernes, divertissements, vous y trouverez de tout ! De plus, sachez qu’en tant qu’explorateur, la ville vous offre un accès illimité à ces services à deux conditions. La première est de ne pas provoquer de troubles à l’ordre public et le second de repartir avant un certain délai dans un des mondes que nous vous désignerons. Pour votre information, suite au service que vous nous avez rendu à Glyndal, vous avez le droit à une semaine. Bien entendu, le temps non utilisé est cumulable d’un séjour à l’autre. Dernière chose, nous vous demandons de ne pas sortir sans autorisation de ce quartier. Est-ce que vous avez tout compris ?

– Je pense, confirme Lucie.

– Dans ce cas, je vous libère après que vous ayez pressé votre doigt sur le sceau en bas de chacun de ces documents. Cela permet d’enregistrer votre éther et d’éviter la falsification de votre identité. Voilà, merci à vous ! »

Il se relève et les accompagne jusqu’à l’air libre à travers le labyrinthe des corridors. Il les salue avant de les abandonner pour retourner à son travail. Seuls sur le parvis du bâtiment, la cité s’offre alors dans son entièreté. Le style architectural en pierre massive démontre la richesse de la ville. Peu de monde se trouvent dans la rue face à eux. Le soleil disparaissant à l’horizon fournit une première explication. Yann et Lucie regardent, émerveillés, ce nouveau décor. La phase d’admiration passée, ils s’interrogent sur leur prochaine étape :

« Lucie, que faisons-nous pour la suite ?

– J’espérais pouvoir partir de suite dans le prochain monde après avoir fait quelques emplettes…

– Bon commençons par les courses alors, ça sera fait, suggère Yann espérant par la même occasion la faire changer d’avis en cours de route. Par où va-t-on ?

– Très bonne question… Je ne sais pas… Aucun des écriteaux n’est lisible pour moi non plus…

– Ah. Et le type qui était censé nous accompagner nous a lâché… Tant pis, on va demander à l’ancienne… Excusez-moi mon brave, nous cherchons une boutique, dit-il en s’approchant d’un garde, une boutique de quoi d’ailleurs ?

– Une boutique d’explorateur ! Répond Lucie.

– Donc une boutique d’explorateur disais-je. Pourriez-vous nous en indiquer une à proximité ?

– Bien sûr, juste en face de vous, vous voyez la personne vous faisant signe, eh bien c’est là.

– Ah… Je vois… Navré du dérangement et merci pour la réponse. »

Ils s’éloignent rapidement du garde, honteux de ne pas avoir remarqué le magasin plus tôt. Ils rejoignent une dame dans la trentaine qui semble être une des vendeuses du magasin. Professionnelle, sans relever leur méprise, elle les accueille avec un grand sourire :

« Bienvenue à vous explorateurs, au Marché des Mondes, le plus grand magasin de la ville dédié uniquement à vous servir, vous, les explorateurs ! Auriez-vous des requêtes particulières ou préféreriez-vous une présentation plus complètes de nos gammes de produits ?

Lucie répond :

– Non, nous savons ce que nous voulons, nous avons besoin d’un enchanteur pour le renforcement d’un corps éthéré.

– Oh très bien, je vois. Je vais vous amener notre spécialiste, si vous voulez bien patienter dans ce salon quelques instants, dit-elle en s’éclipsant.

– C’est quoi cette histoire de renforcement pour corps éthéré encore ?

– Eh bien, tu vois ton statut.

– Oui, et ?

– Je suppose que tu as envie de convertir ton potentiel en statistiques ?

– Oui, et ?…

– Eh bien, c’est à ça que sert ce truc. Pour l’anecdote, l’enveloppe que décrit ton statut s’appelle un corps éthéré dans le bon jargon.

– Je vois que madame est une connaisseuse, intervient un homme d’âge mûr avec un léger embonpoint. C’est rare les explorateurs qui retiennent le vocabulaire, et appréciable je dois bien le dire. Je me présente, Maître Zoroïl, le maître enchanteur détaché pour les explorateurs.

– Enchantée ! Réplique Lucie en se retenant de rire, fière de son trait d’humour. 

– Bonjour, ajoute Yann en jetant un regard désapprobateur en direction de Lucie malgré ses lèvres tremblantes.

– Bien, qui requiert mes services et à quel sujet ?

– Nous aurions besoin de vous pour que vous fournissiez un renforcement basique à mon camarade, il n’a que quelques points à dépenser, pas grand chose. 

– Dans ce cas, autant commencer maintenant. Est-ce que vous auriez une idée où distribuez votre potentiel ou vous ne vous êtes pas décidé encore ?

– A vrai dire je ne sais pas trop… En tant que professionnel, vous n’êtes pas censé m’aider ?

– Il prendra deux points en force et un en barrière. Excusez-le, il ne connaît pas très bien le fonctionnement de votre service, intervient Lucie.

– Oh, mes excuses, je ne pensais pas qu’un néophyte traînerait avec une personne dont les connaissances sont d’une aussi grande qualité… Très bien, je vous prépare cela si vous voulez bien me suivre. Et vous madame, que désirez-vous ?

– Oh, moi ? Rien, j’économise.

– Ah dommage… Une prochaine fois alors.

– C’est ça une prochaine fois, sourit-elle, nerveuse. »

L’enchanteur les amène dans une salle dépourvue de meuble à l’exception d’une petite table où traîne de nombreuses fioles renfermant d’étranges substances. Il fait signe à Yann de s’avancer au milieu de la pièce puis lui ordonne de remonter ses manches. Zoroïl saisit un pot rempli d’un liquide visqueux transparent dans lequel il plonge un pinceau. A l’aide de l’outil, il l’étale sur la main de Yann ainsi que sur son avant-bras gauche. Voyant sa mine déconfite, Lucie lui explique que cela permet à l’enchanteur d’accéder facilement à son éther pour y effectuer le renforcement. Peu rassuré, il se laisse faire malgré tout. L’enchanteur lui saisit le bras, ferme les yeux et reste ainsi pendant de longues minutes. Petit à petit, un picotement apparaît dans son bras qui se transforme en démangeaison. Lorsque Zoroïl sort de sa transe, tout l’inconfort qu’il ressentait, disparaît. L’enchanteur essoufflé, lui annonce le résultat de son intervention :

« Bien, je vous ai attribué les points comme désiré. Votre amie vous expliquera ce que j’ai fait exactement. Par contre je ne sais pas qui vous a fourni ce corps éthéré mais il est d’une qualité exceptionnelle, vous avez de la chance de le posséder… Pour mes honoraires, je vous laisse gérer ça avec la vendeuse. »

Il s’éloigne, fatigué par son intervention. La vendeuse, la même qui les avait accueillis, surgit pour leur présenter la facture : six unités d’éther, deux par point attribué. Yann règle la note, surpris par le prix élevé du service. A la sortie de la boutique, Yann en quête de réponses se tourne vers Lucie :

« Qu’est-ce qu’il m’a fait ?

– Il t’a appliqué un renforcement.

– Ça j’avais compris mais concrètement, ça change quoi ?

– Eh bien, regarde ton statut.

Il s’exécute : 

Statut de Yann

Barrière : 110/110

Réserve : 100/100

Flux : 3/3

Force : 12

Affinité : 10

Résistance : 10

Assimilation : 10

Aptitude : — 

Statut d’arme

Potentiel : 0/5

Seuils : +1 force (1), +1 résistance (3), +10 barrière (5)

– Effectivement, mon statut a bien été amélioré mais pourquoi est-ce que j’ai perdu des points de potentiel ?… Je peux avoir une explication sur tout ce bazar ?

– J’y arrive. Pour faire simple, le potentiel symbolise l’éther que tu as absorbé aux créatures. Cet éther reste libre en quelque sorte tant qu’il n’est pas déplacé au bon endroit dans ton enveloppe. Vois ça comme un organe de ton corps éthéré. Quand il est déplacé auprès du bon organe, il est absorbé pour être converti en puissance, ce qui se traduit par une augmentation de la statistique associée à l’organe ! L’enchanteur sert à faire ce déplacement. 

– D’accord  et comme le potentiel a été déplacé, je le perds sur l’arme… Logique. Mais comment obtenir des aptitudes dans ce cas ?

– Pour ça, il faut que tu consultes la liste des aptitudes disponibles auprès de l’enchanteur puisqu’il doit assembler l’éther pour la former. C’est là leur vrai intérêt car c’est un travail de précision ! 

– Je me disais bien que cela me semblais simple comme tâche par rapport à l’importance qu’il se donnait… 

– Haha, effectivement ce ne sont pas les gens les plus humbles ces enchanteurs ! Enfin, maintenant que nous sommes parés, direction le prochain monde ! Dicte Lucie en retournant vers le bâtiment qu’ils avaient quitté plus tôt. »

Quand ils pénètrent dans le hall d’entrée, ils expliquent à la réceptionniste les raisons de leur présence. Elle part chercher le responsable qui s’avère être le bureaucrate croisé à leur arrivée dans la cité. Étonné de leur volonté de repartir si vite, il ne les questionne pas et leur montre le portail pour leur prochain monde. Avant leur départ, il leur fournit des informations sur celui-ci.

Il s’agit d’un monde aride de taille modeste mais bien plus important que Glyndal, dénommé Arrozon. Ils y ont déjà envoyé des pionniers bien implantés sur place mais qui piétinent dans leur progression par manque d’explorateurs. Le niveau des créatures sur place reste à la portée de débutant comme eux, leur principal force se reposant sur le nombre. De plus, il devrait y retrouver une équipe d’explorateurs qui a aidé lors de l’installation des pionniers. A leur arrivée, ils devront parcourir quelques kilomètres vers le nord avant d’atteindre le campement des pionniers. 

Une fois qu’il a fini de leur fournir ces éléments, il les quitte non sans leur avoir souhaité bonne chance. Sans se soucier de son attitude, Lucie s’engouffre à travers le portail suivi par Yann.

 



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