Les Mondes Epars
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Chapitre 3 – Le monde de Glyndal (3)

Les explications complètes, le duo s’avance dans la forêt. Au bout d’à peine dix minutes, les traces des pionniers s’effacent pour laisser place à une nature sauvage. Pour la première fois, des humains parcourent cette forêt vierge de leur présence. Yann ressentant la solennité de l’instant hésite à rebrousser chemin mais la détermination du pas de Lucie le force à continuer.

Sans aucun indice de menace jusqu’à présent, la marche se déroule dans un silence assidu. Aux aguets du moindre signe de danger. Yann assure l’avant-garde du groupe, son expérience sur le terrain constituant un atout précieux. Après ce qu’il estime une demi-heure de marche zigzaguant dans la forêt, l’absence de sentier n’aide en rien leur progression, il indique à Lucie de s’arrêter. Celle-ci, intriguée, s’approche de ce qu’il lui désigne au sol. Une empreinte de pas d’une vingtaine de centimètres sur laquelle figure trois doigts l’attend. Yann, aussitôt, l’assaille de ses réflexions sur le sujet :

« Qu’est-ce que c’est que cette chose ? Une des fameuses créatures ? Dans ce cas, quelle taille fait-elle ? Car je rappelle que nous ne sommes que deux avec des armes en bois… Même si l’histoire de statut change quoique ce soit, je ne crois pas que nous ayons une chance contre ce truc…

– Encore une fois on se calme ! Ça, c’est l’empreinte d’un hokal, une sorte de gros chien des bois qui peuple ce monde. Et oui, c’est bien une créature. Je sais que c’est dur à gober mais je t’assure que c’est la vérité et fais-moi confiance, nous pouvons en abattre une ! Crois-moi !

– Très bien, admettons que nous pouvons, que sais-tu de cette créature ?

– Eh bien, tout ce que le bestiaire m’a appris.

– C’est quoi ça ?

– Le bestiaire ? C’est un bouquin qui rassemble l’ensemble des connaissances sur les créatures des mondes épars, j’en ai un exemplaire chez moi.

– Et est-ce que je pourrai y jeter un coup d’œil ?

– Hélas, je ne l’ai pas pris, c’est précieux ce genre de livre. En plus, il ne m’appartient pas… Mais tu as de la chance, j’ai mémorisé tout son contenu !

– Ça veut dire que c’est encore toi qui va m’expliquer ce que sont ces hokals ?

– Eh oui, retour du professeur Lucie ! Les hokals sont des sortes de grands loups vivant uniquement dans les forêts, ils possèdent des pattes puissantes dont ils se servent pour bondir sur leur cible en prenant appui sur les arbres. Leur puissante mâchoire constitue leur atout le plus redoutable car une fois leur proie saisit, elle ne dispose d’aucun échappatoire. Leurs griffes ne sont pas à négliger de part leur tranchant naturel.

– Mais sinon pourquoi la voix de documentaire ?

– J’avais toujours rêvé de faire ça !

Yann soupire. Sa patronne regorge d’énergie et d’enthousiasme au point qu’elle en est difficile à suivre. Surtout pour lui dans ce monde où tout lui semble si différent de ce qu’il connaît… Non pas qu’il n’ait peur mais l’inconnu dans laquelle il est plongé ne l’incite guère à se relâcher comme son employeuse. De part son expérience, les jeunes ont tendance à prendre leurs aises, se croyant dans un illusoire contrôle. Il est bien placé pour le savoir… Ne voulant pas casser l’entrain de Lucie, il décide tout de même de s’assurer que les précautions élémentaires soient respectées car même ailleurs que sur Terre, prudence est mère de sûreté. Il la questionne sur un dernier élément :

– Et à combien se déplace-t-il ?

– Seul ou en meute selon la taille de leur territoire. Dans le cas de ce monde a priori simple, ils se déplacent en solitaire en dehors de leurs tanières.

Yann souffle, au moins une bonne nouvelle. L’idée de rencontrer plusieurs de ces monstres ne lui paraissait pas réjouissante. Ses interrogations comblées, il décide de prendre les devant :

– Lucie, plutôt que d’attendre que cette créature nous saute dessus par surprise pourquoi ne pas faire l’inverse et la traquer ? En plus, je pourrais m’entraîner à combattre avec ces histoires de statut et tester cette bestiole. Qu’en penses-tu ?

– Quelle bonne idée ! Je valide, allons la traquer ! »

A l’unanimité, ils décrètent la chasse à l’hokal ouverte. Ils recherchent dans le rayon de leur découverte une autre trace laissée par le monstre. Trente mètres plus loin, une touffe de poil prise dans des ronces confirme la direction de la créature. Une nouvelle empreinte de pas proche de cette position valide leur découverte. Progressant en direction de l’hokal, ils accélèrent l’allure pour le rattraper. Après une quinzaine de minutes de traque, un halètement les alerte de la proximité de la bête. Pour ne pas qu’elle les repère, ils se baissent avançant agenouillés en direction du son.

La pénible progression les mène face à une masse noire en train de renifler un fourré. Désormais, ils voient l’hokal dans son entièreté. Un corps musclé et élancé accueille deux courtes pattes avant tandis que les pattes arrière repliées le long du corps indiquent leur rôle spécialisé dans les sauts. Le crâne allongé de la créature se finit par une gueule sans aucun rapport avec un chien. Elle renferme deux paires de longues dents sur le devant et sur le côté, des rangés de canines plus acérés. L’idée d’une morsure de cette créature effraie Yann. Avec la technologie moyenâgeuse de cet endroit, les risques d’infection sont grands. La créature ne se doute pas un instant de la présence des deux humains. Au contraire, elle vaque à ses occupations, insouciante de la menace.

Lucie, lasse de l’attente, sort de sa cachette se révélant à l’hokal. Celui-ci aussitôt, se met en position de combat, le haut du corps abaissé, les pattes arrières bandées, prêt à sauter. Yann ne possède même pas le temps de lâcher un énième soupir qu’il se dévoile à son tour pour prêter main forte à son employeuse. Il hésite un instant à relever sa précipitation mais s’abstient, jugeant le moment mal choisi. Le pieu dressé, il se prépare à repousser l’éventuel bond de la créature. Lucie, sans se soucier un instant des états d’âmes du mercenaire, brandit sa lame en bois avec ses deux mains. Une manche d’observation débute alors. La créature se déplace sur le côté, jaugeant ses opposants tandis que Yann et Lucie s’alignent en permanence avec elle sans la quitter des yeux. La tension monte à chaque instant. Le plus patient des deux camps ressortira vainqueur de l’affrontement. Au bout de ce qui semble une éternité, l’hokal s’immobilise se raidissant davantage, signe de son prochain passage à l’assaut. Le moment fatidique approche ressent Yann.

Au moment où il pensait que la conclusion de l’action se jouerait, Lucie, impatiente, charge sans aucune raison apparente la créature. L’hokal tout comme Yann est perdu face à un tel mouvement à contretemps de leurs attentes. Puis les deux réagissent. Yann part à la suite de Lucie tandis que la créature change sa posture pour se ramasser. Sa position défensive rassure Yann. Lucie à portée de frappe, décrit un arc de cercle avec son épée qui tranche de part en part la gueule du monstre. Yann souffle, effectivement, l’hokal reste simple à tuer. Sauf que la créature loin d’expirer bondi sur Lucie et la renverse. A terre, elle la mord. Choqué par la scène, Yann intervient trop tard, la pauvre Lucie ayant subi de nombreuses morsures. A son tour, il plonge son pieu dans la créature qu’il transperce. La sensation lui paraît étrange comme s’il piquait de l’eau. Quand il le retire, aucune résistance ne s’oppose au mouvement, aucun sang ne gicle de la plaie, pas même un cri de douleur de la créature, rien, mise à part un coup de griffe qu’il esquive de justesse au prix d’une chute. Désormais, l’attention de la créature se porte vers lui. Avec un peu de chance, elle épargnera Lucie espère-t-il avant qu’elle ne plonge à son tour sa gueule dans son corps.

Aucune douleur n’émane de la blessure, à part l’information, que quelque chose le mord. Étonné, il se rappelle de la fois où une balle l’avait touché au bras. Sur le coup, il n’avait rien senti aussi, ce n’est que lorsque l’adrénaline était retombée qu’une vive douleur l’avait submergé. Ça doit-être la même chose pense-t-il. Sauf que cette fois, il n’atteindra pas ce stade. Il regarde une dernière fois la créature acceptant son destin.

Alors que la fin arrive pour lui, une lame tranche l’hokal, une fois, deux fois, autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que la créature arrête ses attaques sur Yann. Puis, à un certain moment, un coup semble avoir un impact différent. La créature stoïque auparavant, s’ébranle sous son effet avant de s’écrouler, inerte. Au-dessus de lui, surgit un visage avec deux yeux verts et des cheveux blonds, celui inoubliable de Lucie. Elle lui tend la main comme pour l’aider à se relever. Inconsciemment, il s’en saisit. Que fait-elle ? A part aggraver son état, elle ne l’aide en rien… Puis il remarque son sourire en même temps qu’il se redresse. Elle lui demande :

« Alors que penses-tu de ce premier combat ?

– Comment es-tu… sommes-nous vivants ? La créature nous a mordu et griffé, nous devrions être mort…

Elle ricane de sa remarque. L’air sérieux de Yann la calme. Elle lui explique, penaude :

– Excuse-moi, j’oubliais que tu n’avais jamais fait ce genre de chose avant. Si tu regardes ton statut et ta barrière, tu verras qu’elle a diminué. C’est elle qui absorbe les dégâts et ainsi nous empêche de ressentir la douleur ou bien nous permet d’encaisser des coups qui dans notre monde seraient mortels. Et c’est la même chose pour les créatures, elles ont un mécanisme similaire.

– D’où le fait qu’il ait résisté à mon coup de lance… murmure-t-il. »

Suivant les conseils de Lucie, il jette un coup d’œil à son statut. La ligne correspondant au bouclier confirme ses propos :

Barrière : 63/100

Ainsi, il était large avant que la créature ne le tue… Heureusement que Lucie était là, car il avait abandonné le combat dans sa tête… Peu fière de son attitude, il a au moins obtenu l’aperçu du combat qu’il désirait.



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