Les Mondes Epars
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Chapitre 2 – Le monde de Glyndal (2)

Après s’être changés pour des vêtements plus adaptés d’après Lucie, ils se retrouvent tous les deux dans des vêtements en lin renforcés aux endroits les plus sensibles par du cuir. L’ensemble combine légèreté et protection. C’est non sans regret que Yann troque sa paire de rangers contre des bottes en cuir. Il s’étonne de ce recul technologique mais n’ose questionner son employeuse. Fin prêts, ils se dirigent vers l’entrée du camp opposé à celle de leur arrivée, celle par laquelle les pionniers apportent les arbres qu’ils viennent de couper. Un peu à l’écart du camp toujours visible, Lucie daigne enfin donner à Yann son explication :

« Bien maintenant viens la partie la plus dur à admettre. Pour commencer, saisis ton pieu, ferme les yeux et concentre-toi très fort dessus, pour sentir sa présence à tes côtés.

– Si vous… tu le souhaites. »

Yann obéit. Le pieu en main, il tente de le ressentir. Effectivement, la certitude de son existence dans son espace immédiat subsiste mais autre chose s’y ajoute. Autant la première impression lui paraît familière, autant la seconde lui échappe. Jamais il n’avait connu une aussi étrange manifestation. Plus il essaye de mettre le doigt dessus plus elle se dérobe à lui comme si elle refusait qu’il l’appréhende. Qu’importe le nombre de tentatives, à chaque fois qu’il croit comprendre son essence, la sensation évolue l’instant d’après comme pour le contredire. Alors qu’il pense abandonner, la leçon de Lucie s’impose à lui : se rappeler qu’il n’est plus sur Terre. Soudain, la vérité s’impose à lui. S’il n’arrive pas à comprendre ce qui le tourmente, c’est parce que l’étrange manifestation n’existe pas dans son monde d’origine. Ainsi, elle l’oblige à admettre ce qu’il refusait jusqu’à présent : quelque chose de bel et bien vivant demeure dans son arme. Ou tout du moins, dotée d’une sorte de conscience qui lui est propre. Il adopte alors un comportement proche de celui qu’il aurait pour un animal blessé. Au lieu de s’imposer comme auparavant, il communique ses intentions pacifiques à l’entité. A chaque pas dans sa direction, elle l’accepte, réduisant sa méfiance. Quand elle juge l’accumulation des signes d’apaisement suffisant, elle s’offre à lui dans sa pleine compréhension. L’euphorie de la découverte s’ajoute à l’angoisse de ces révélations bousculant sa vision élémentaire du monde voire de l’univers, lui qui n’a jamais cherché de sens dans ses actions.

Lucie, considérant l’expérience comme ayant assez duré, le sort de sa torpeur dans laquelle il était plongé depuis plusieurs minutes :

« Hé ho, ça va ? Pas trop mal au crâne ?

– Un peu mais ça va, mais c’était quoi ce… truc ? Je n’ai jamais senti une chose pareille…

– A toi de me le dire, vu que tu as accepté pleinement la sensation à la fin d’après ton sourire satisfait !

– C’est… de la magie ?

– Hé-hé… Oui et… non.

– Ah, lâche Yann presque déçu.

– Comme d’habitude rien n’est jamais simple et ça dépend de la définition que tu prends de la magie. Habituellement, on appellerait ça plutôt l’éther duquel découle la magie.

– Donc l’entité que j’ai rencontré était l’éther ?

– Haha, je vois, tu es donc de ceux qui ont la sensation d’avoir affaire à une entité. Toutes les personnes, la première fois qu’elles se lient avec l’éther, ce que tu viens de faire, décrivent soit un phénomène naturel impossible à arrêter, comme une cascade par exemple dans lequel il faut se fondre, soit au contraire, ils ont l’impression de rencontrer un animal sauvage. Pour toi, c’est plutôt le deuxième cas je me trompe ?

– Non… Donc maintenant je suis… lié à l’éther ?

– Tout à fait.

– Et quel rapport avec mon arme ?

– Pour faire court, nos armes ont été fabriquée selon un procédé particulier qui fait que de l’éther un peu spécial est enfermé dedans. Ce que tu as ressenti, c’est cet éther.

– Mais quel intérêt à se lier avec ?

– Eh bien, il faut voir les mondes épars comme des créations de l’éther qui se mue dans ce monde. Tout ce qui est situé dessus, est généré par cet éther un peu différent. Sauf que quand nous arrivons sur ces mondes, cet éther nous considère comme étrangers et donc hostile.

– Et ce n’est pas dangereux ?

– Si, sans protection, nous serions mort dès que nous poserions un pied ici.

– Mais ce n’est pas le cas…

– En effet, parce que nous utilisons tous, les pionniers comme nous, une protection qui nous isole de l’éther de ce monde. Cette protection étant elle-même constituée d’éther mais qui cette fois nous tolère.

– Je ne comprends toujours pas le rapport avec le lien…

– J’y arrive. Jusqu’à présent tu n’avais pas conscience de cette protection, je me trompe ?

– Non…

– Voilà, or pour progresser dans les mondes épars, il faut pouvoir la ressentir. Comme elle est constituée d’éther…

– … Nous devons nous lié avec ! Et pour cela, l’arme sert d’intermédiaire !

– Exactement ! L’éther de ton arme quand tu t’en saisis, s’intègre à celui de ta protection. Or, c’est cette modification qui permet d’enclencher la mécanique de détection de l’éther et donc la création du lien ! Bien sûr il existe d’autres méthodes mais celle-ci à le mérite de la simplicité et de l’efficacité.

– Je comprends mieux mais je ne vois toujours pas l’intérêt du lien…

– Eh bien, l’éther docile qui nous entoure n’est pas juste une protection, c’est également notre moyen d’interaction avec les mondes épars. Puisque nous baignons en permanence dedans, notre corps physique ne sert à rien dans les mondes épars. Ainsi, ce que nous devons entraîner c’est cette enveloppe. Donc le fait de la ressentir avec ce lien est indispensable. Un peu comme si un paralysé voulait s’entraîner à la course à pied. Tu auras beau l’aider à faire les mouvements corrects, s’il ne sent jamais ses jambes, tout effort est vain. Désolé pour la métaphore pas forcément de bon goût mais elle a l’avantage d’être explicite.

– Je crois saisir l’idée. On doit faire le lien avec notre éther pour l’entraîner.

– Exactement.

– Et dans quel but l’entraîner ?…

– Tu n’arrêtes jamais les questions… Puisque l’éther hostile ne peut nous attaquer directement, il essaye de détruire notre protection grâce à des créatures qu’il engendre. Pour le moment, à Glyndal, l’enveloppe de base suffit mais plus tard, tu regretteras de ne pas l’avoir entraînée…

– Ah… D’où les armes… Moi qui pensais que c’était pour les bêtes sauvages ou les bandits… Et quand tu dis créatures, c’est quoi ? Des dragons par exemple ?

– Oui ce genre de chose après bien sûr, sur ce monde il n’y a rien d’aussi dangereux. Nous allons y aller progressivement avant d’atteindre ce seuil.

– C’est une blague ?

– Enfin trêve d’explication, il est temps de passer aux travaux pratiques, tu verras, tu comprendras mieux le rôle de ce lien après ! Maintenant que tu t’es lié à l’éther, tu peux lire ton statut. Il est décomposé en deux parties : un pour chaque bras ! Sur ton bras droit ton statut personnel, sur ton bras gauche le statut de ton arme. Vas-y, regarde !

– Mon statut ? C’est quoi encore ce nouveau déli-…

Un regard désapprobateur de Lucie le dissuade d’achever sa phrase. Il relève ses manches, affichant ses bras nus. Lorsqu’il observe son bras droit, un tatouage le surprend. Au contraire de ses camarades mercenaires friands de cet art, il n’a jamais ressenti le besoin de s’encrer définitivement une partie de son corps. Ainsi, la vue de cet élément le contrarie. Cette première impression passée, il s’attarde sur sa forme : un ensemble de mots et de nombres. Soudain, il comprend ce que Lucie entend par son statut. L’ensemble lui rappelle les rapports de l’agence qu’il dressait ces derniers temps sur tableur :

Statut de Yann

Barrière : 100/100

Réserve : 100/100

Flux : 3/3

Force : 10

Affinité : 10

Résistance : 10

Assimilation : 10

Aptitude : —

– Qu’est-ce que tout cela signifie ?

– Ce sont les statistiques de ton enveloppe ! Comme ça tu sais en permanence tes capacités et en temps réel en plus ! Comme dans les jeux ! C’est cool, n’est-ce pas ?

L’enthousiasme de Lucie déroute Yann. Autant il en comprend l’intérêt, en tant qu’ancien soldat avoir une idée précise de son état en permanence est précieux, autant la joie que celle-ci en retire le dépasse. Peut-être est-ce parce qu’il n’a jamais consacré de temps à jouer, son travail l’occupant en permanence. Voyant son absence de joie, elle se reprend, déçue :

– Bref, chaque ligne décrit une caractéristique de ton enveloppe. Pour le moment, tu as les caractéristiques de départ commun à tous ceux qui viennent de se lier avec l’éther mais avec le temps, tu le renforceras, te rendant plus fort !

– Et comment je fais ça ?

– Ah ça, rien de plus simple, il suffit d’absorber l’éther des créatures, ce qui se fait automatiquement en les combattants !

– Et donc que signifie ces caractéristiques ?

– J’y arrive… La première ligne correspond à la protection que t’offre cet éther. Lorsque sa valeur tombe à zéro, tu meurs. C’est aussi simple que cela. Les deux suivantes décrivent la quantité d’éther que tu peux utiliser pour les capacités et aptitudes. Pour le moment ça ne te sert à rien donc je passe pour les explications détaillées. La force est assez évidente, plus tu en possèdes plus tu frappes fort. L’affinité est la même chose mais pour les phénomènes magiques. La résistance représente la capacité de ton éther à absorber les coups. Quant à l’assimilation, elle correspond à la régénération de ta barrière et ta réserve d’éther. Normalement, tu ne possèdes pas d’aptitudes pour le moment. Ça va ?

– Ça ira je pense… Avec un peu de pratique je comprendrais mieux ce charabia.

– Bon maintenant que le bras droit est fait, place au bras gauche !

– Il y en a d’autres ?

– Eh oui, le détail de ton arme, tu n’as pas oublié ?

Yann soupire, sur son autre bras, un tatouage est également apparu. Il décrypte son statut :

Statut d’arme

Potentiel : 0/5

Seuils : +1 force (1), +1 résistance (3), +10 barrière (5)

Surpris par sa longueur comparée à l’autre bras, il tourne son regard vers Lucie, qui lui jette un sourire narquois :

– C’est plus simple non ?

– Oui… Mais je n’en comprends toujours pas un traître mot…

– Haha, une arme consiste en un potentiel dépendant de ses matériaux. C’est ça qui permettra d’améliorer ton statut personnel en le convertissant définitivement en statistiques. Au fur et à mesure que nous combattrons des créatures, il va se charger. Quand il dépasse certaines valeurs, celles entre parenthèses de la deuxième ligne, un seuil est franchi ce qui améliore ton arme. Une autre chose à savoir, est que contrairement à la Terre, les matériaux n’influent que sur le potentiel et rien d’autre. D’où les armes en bois. Certes, c’est très loin d’être optimale mais pour débuter c’est parfait ! Surtout qu’en plus c’est gratuit…

– J’allais y venir sur nos armes en bois… Au moins cette partie est simple. Elles s’améliorent aussi en absorbant de l’éther ?

– Exactement, en combattant des créatures ! L’éther des armes absorbe une partie du leur à chaque coup.

– Je vois… Est-ce la fin des explications où y en a-t-il d’autres, car je sens que mon cerveau va exploser ?

– Ne t’inquiètes pas c’est fini. Pour le moment. Il est temps de se mettre en route, je voudrais avoir fini la mission avant la nuit pour dormir en sécurité. »

Sur ces paroles, au soulagement de Yann, ils s’éloignent du camp, s’enfonçant dans la forêt. La vue de la nature apaise son angoisse de ne rien maîtriser de ce nouveau monde inconnu.



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