Les Mondes Epars
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Chapitre 11 – Le monde d’Arozon 

Yann passe un fort agréable après-midi avec Mélida qui lui fournit toutes les informations  amassées depuis des semaines. Grâce à ces renseignements, sa carte quadruple de taille avec tout le périmètre autour du camp désormais connu. A l’est, se trouve une importante carrière et à son sud une mine riche en pierres précieuses qu’ils ont nettoyés de leurs occupants, les jours suivant leur arrivée. Plus au nord, le terrain s’élève, jusqu’à former un relief impénétrable. Le groupe de Mélida soupçonne qu’au-delà, se trouve le gardien de ce monde. Leur principal problème réside dans l’impossibilité de le franchir. En effet, lui explique-t-elle, la Muraille, telle qu’elle l’a surnommée, se compose d’une première série de pics contournable seulement par ses extrémités puis, une fois cette obstacle passé, d’un imposant précipice infranchissable. Outre la géographie particulière de la zone, celle-ci regorge de créatures, suggérant la présent de ressources précieuses. Quant aux autres directions que le nord, elles n’offrent que des déserts inintéressants pour des explorateurs. En contrepartie, il n’apporte comme seule information à Mélida la confirmation de l’emplacement de la bordure ouest du monde. 

A la fin de l’échange, Mélida dévie la conversation vers un nouveau sujet, surprenant Yann :

« Que penses-tu de ton employeuse, Lucie ?

– C’est-à-dire ? Je n’ai pas à penser quoi que ce soit d’elle, elle est ma patronne après tout…

– Bien sûr ça c’est le baratin habituel mais entre nous que penses-tu vraiment d’elle ? Personnellement, je la trouve… Disons capricieuse. Après tout, engager un mercenaire sans le prévenir pour explorer les mondes épars, c’est assez moyen pour rester polie…

– Capricieuse… C’est bien un terme qui lui irait bien. Elle est autoritaire, elle ne m’écoute jamais, elle ignore toutes les règles de prudence, elle se précipite pour tout…

– Haha, c’est pire que ce que je pensais… Et bien mon pauvre, tu as dû en baver.

– Et comment, cela ne fait même pas une semaine que je suis parti de mon monde et cela me semble être le siècle dernier !

– Que dirais-tu plutôt que de rester avec elle qui certes semble connaître pas mal de chose mais qui a des lacunes dans tout le reste, de venir avec nous, dans notre groupe ? Bon je sais Gueudar paraît fort en gueule comme ça mais il est un super compagnon, Noti est un chic type quant à Adrel… Bon a vrai dire on ne le connaît pas très bien et ce n’est pas sûr qu’il reste avec nous après cette mission mais nous sommes un bon groupe. Qu’en dis-tu ?

– Je ne sais pas… C’est vrai qu’être deux à son lot d’avantages mais aussi d’inconvénients… Surtout qu’en même temps, elle a de bonnes qualités, elle est une bonne pédagogue, elle aime partager son savoir même si elle s’indigne de mes incessantes questions… Et puis, j’ai signé un contrat, je ne peux pas le rompre comme ça…

– Si ce n’est que ça qui te gène, sache que les contrats signés sans éther ne sont valable que dans leur monde d’origine… Et heureusement, car nous aurions tous de gros problèmes ! Pour être honnête, je ne vois pas comment vous pourriez progresser à deux… A moins de vous contenter de petit monde comme Glyndal jusqu’à vous vous lassiez de jouer aux explorateurs… Si tu souhaites t’améliorer, il faut avoir un groupe plus large. Bref, je te fais cette proposition, à toi de voir si tu l’acceptes. Sache qu’elle est valable tant que nous sommes dans ce monde.

– Et Lucie ?

– Non désolé, pas de place pour elle chez nous… Nous n’avons pas besoin d’avoir une princesse pourrie gâtée supplémentaire dans notre groupe, Gueudar nous suffit comme ça ! Plaisante-t-elle. A vrai dire, je ne la sens pas, elle nous cache quelque chose… Je pense que tu t’en doutes aussi non ?

– Bien sûr que oui… Depuis, le début, il y a quelque chose qui cloche avec elle mais jusqu’à présent, cela ne nous a pas empêché de nous protéger l’un l’autre comme une équipe. Et puis, je serai mal placé pour la critiquer dessus… 

– Crois-moi mon expérience, tu ne veux pas faire équipe avec quelqu’un qui n’a pas toute ta confiance, sinon ça fini mal.

– J’en ai l’habitude et cela ne m’a jamais posé problème… Au contraire, même si je me plains, je ne me suis jamais autant épanoui dans une mission… Et grâce à elle. 

– Jusqu’à quand ? Je ne dis pas qu’elle veut te nuire ou quoique ce soit de ce genre mais j’ai peur qu’un jour, ses cachotteries ne te causent des torts sans que tu ne saches pourquoi.

– Bon très bien, je vais y réfléchir… Mais sans Lucie, je me vois mal accepter. Je sais que ça peut paraître étrange d’un mercenaire, mais j’ai un code d’éthique, tant qu’elle ne trahit pas les termes de sa mission, ma loyauté va toujours vers elle, quoiqu’elle fasse. Et puis, ça ne serait pas la première fois que je nettoie la merde de quelqu’un… C’est même un peu mon boulot.

– Vu comme ça. Tu sais quoi faire si jamais tu changes d’avis ! Dit-elle en s’éloignant, d’un ton vexé. »

Yann reste seul quelques instants, méditant sur les paroles de la demi-elfe. Depuis le premier jour de sa rencontre avec Lucie, il la trouve… fausse, et ce même après toutes les explications sur les mondes épars, l’éther et tout le reste. Pourtant, il n’a jamais ressenti de la perfidie derrière ce masque… Non pas qu’il se considère comme un expert en relation humaine mais côtoyer des personnes peu recommandables à cause de son métier, lui a donné une expérience sur les motivations des gens. Au contraire, ce qu’il associerait d’instinct à la vraie Lucie ce serait une tristesse ou une profonde mélancolie. Aurait-ce un lien avec sa famille ? Cela expliquerait ses difficultés à en parler… Enfin, de toute façon ce n’est pas son rôle de réfléchir aux états d’âme de son employeuse. Sur cette dernière pensée, il récupère ses affaires et rejoint Lucie au point de rendez-vous convenu, devant l’entrepôt.

Là, il la retrouve en compagnie du capitaine Fadric en pleine discussion animée :

« … Ce n’est pas une raison ! Votre père n’aurait jamais voulu cela !

– Laissez mon père en dehors de cela ! Il n’a… Ahem… Salut, Yann, comment ton rendez-vous avec Mélida s’est-il passé ? S’interrompt-elle dès qu’elle l’aperçoit.

– Bien je suppose… Que se passe-t-il ?

– Oh rien, je ne faisais que discuter avec une vieille connaissance de mon père, rien d’important, n’est-ce pas capitaine ?

– Tout à fait, je n’exprimais mon admiration pour lui que de manière trop véhémente !

– Je vois… Dit Yann peu convaincu par les explications. Que nous vaut l’honneur de votre visite ? Je doute que vous le temps de vous épancher sur le passé… 

– Effectivement, je souhaitais voir comment se déroulait votre acclimatation à ce monde ainsi que me tenir au courant de votre avancé.

– Eh bien, nous avons exploré surtout l’ouest qui renferme peu de choses intéressantes d’après ce que nous avons découvert, ce qui concorde aux dires des autres explorateurs.

– Vous n’avez même pas rencontré de créatures ?

– Si, des vorlines que nous avons abattu.

– Très bien, pourriez-vous nous transmettre cet emplacement, nous y enverrons une patrouille pour en récupérer les corps. Leur chitine notamment est très prisé par les artisants… 

– Je vois, dans ce cas, je vous enverrai une note avant de partir.

– Merci bien. Si vous pouvez, faites-le à la moindre rencontre, je ne sais pas si vous êtes au courant mais nous attribuons des primes à chaque créature que vous abattez : une unité d’éther pour une ouvrière et trois pour un guerrier. 

A cette annonce, Yann écarquille les yeux :

– Comptez sur nous ! S’écrie-t-il au garde-à-vous.

– Ravi de voir votre motivation. Sur ce, je vous laisse, votre camarade vous expliquera la teneur de notre échange.

Sur ces paroles, il s’éloigne. Yann se tourne vers Lucie qui prend son temps avant de fournir les consignes :

– Pendant que tu batifolais avec Mélida, nous tenions un mini-conseil de guerre avec le capitaine et Gueudar au quartier général. Ainsi, ils m’ont informé de la situation stratégique et des problèmes qu’ils rencontraient notamment l’accès au gardien pour pouvoir exploiter tranquillement les ressources de ce monde. Comme tu le sais, au nord, il suppose que derrière la Muraille se trouve le gardien.

– Moi qui pensais t’apprendre quelque chose pour une fois… 

– Haha, ne me sous-estime pas ! Tu n’est pas le seul avoir de bonnes sources d’information sur ce monde ! Enfin, ils veulent absolument trouver un brèche dedans pour pourvoir passé de l’autre côté ou sinon, être sûr qu’il n’y a aucun moyen d’accès. Selon le résultat, la suite des opérations changerait du tout au tout… 

– Je comprends, ils veulent connaître les options qui s’ouvrent à eux…

– Exactement ! Ils ont donc planifié une expédition. Nous, nous attaquerons le mur depuis sa bordure ouest vu que c’est la partie de ce monde que nous connaissons le mieux et le groupe de Gueudar, s’occupera de la partie est. Nous ratissons le mur jusqu’à une éventuelle jonction. Si jamais nous trouvons une brèche, nous retournons au camp pour en informer les pionniers dans le cas contraire, nous croiserons l’autre groupe avec qui nous rentrerons, ce qui confirmera l’absence de brèche. Clair ?

– Comme de l’eau de roche !

– C’est pour ça que nous sommes ici, pour récupérer tout le nécessaire à l’expédition ! Ils nous ont déjà préparé nos fournitures, il ne nous reste plus qu’à les récupérer, dit-elle en désignant deux énormes sacs. »

Ils en vérifient le contenu : une gourde d’une capacité de cinq litres environ, des vivres pour sept jours, une corde, une torche, un duvet et une toile de tente. Le tout pèse vingt-cinq kilos d’après Yann. Ils se saisissent chacun d’un sac, qu’ils enfilent sur leurs dos. Pour Yann, le poids ne pose aucun problème particulier, il a connu pire mais il s’inquiète pour Lucie, qui n’aurait pas l’habitude d’un tel effort. Pourtant, elle soulève son sac sans effort ce qui lui rappelle que peu importe l’expérience dans leur propre monde, seul compte leur corps éthéré. Il sourit pour chasser la honte de cet oubli pendant qu’ils se mettent en route. 

 



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