Les Mondes Epars
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Chapitre 12 – Le monde d’Arozon 

Ils quittent le camp le jour même au crépuscule, suite à un conseil de l’autre groupe d’explorateurs qui leur a suggéré de ne marcher que de la fin d’après-midi jusqu’à la tombée de la nuit puis tôt le matin pour ne pas souffrir de la chaleur. Surtout que leur itinéraire reste bien moins propice au réapprovisionnement en cours de route, contrairement à celui de l’est, au climat plus favorable et surtout mieux connu. Leur premier objectif consiste à atteindre les confins du monde pour le longer jusqu’à la Muraille. Pour cela, ils prennent la direction de Terra Incognita sur leur carte.

Au soir de leur deuxième jour, après s’être reposés à l’ombre toute la journée, ils parviennent aux confins comme prévu avant de repiquer vers le nord. Sans aucun soucis d’eau, grâce à la traversée d’une minuscule oasis où ils ont combattu trois vorlines, le moral demeure au beau fixe. Pourtant, Yann ressasse le discours de Mélida à propos de Lucie. Non pas qu’il n’ai pas confiance dans son employeuse, mais les doutes que la demi-elfe a soulevé lui font réaliser son attitude ambivalente. Surtout que la discussion surprise entre le capitaine et Lucie n’allège pas sa méfiance. Il balaye au mieux la suggestion de Mélida, après tout, elle aurait pu l’instillée, tel un venin, pour saper sa confiance vis-à-vis de sa patronne mais il reconnaît la pertinence de son argumentation.

Ils atteignent les contreforts de la Muraille dès le deuxième jour, la marche de nuit puis le repos le jour, leur permettent une progression bien plus efficace que lors de leur première sortie. Comme prévu, aux abords du confins du monde, la pente demeure suffisamment douce pour que leur duo progresse à un rythme soutenue. Parfois, un petit groupe de vorlines apparaît de derrière un rocher dans le vain espoir de les surprendre. Le duo n’en fait qu’une bouchée, endurci par leurs précédentes rencontres. Au cours de leur ascension, Yann découvre avec satisfaction que ces combats lui ont régénéré l’ensemble de son potentiel avec même un petit supplément :

Statut d’arme

Potentiel : 4/5

Seuils : +1 force (1), +1 résistance (3), +10 barrière (5)

Aux aurores du quatrième jour de marche, ils arrivent aux abords du précipice de la Muraille. Quand Mélida lui a décrit une faille infranchissable, Yann pensait qu’elle exagérait. Après tout, avec une bonne corde et un équipement moderne, le passage serait possible pour une équipe entraînée mais la réalité le rattrape. Un abîme abrupte d’une centaine de mètres de profondeur les coupe d’une pente de roche qui revient vers eux avec un angle obtus qu’il estime à cent vingt degrés. Pour l’atteindre, il faudrait ainsi une corde de plus de deux cents mètres sans compter que le sens de la pente impliquerait ensuite un effort surhumain pour l’escalader. Le sommet de la Muraille se perd dans les nuages comme pour cacher la suite du périple.

Lucie, elle-même, après une étude approfondie de la structure, perd son optimisme quant à la possibilité de l’escalader. Elle la fixe de longues minutes avant d’admettre leur impuissance. Dépités, ils reprennent leur marche à la recherche de la fameuse brèche ou à défaut de l’autre équipe. Quand ils se reposent après leur longue marche, la situation de la Muraille n’a pas changé d’un iota. Toujours impénétrable, elle s’étend de tout son long, barrant leur route vers le gardien. Avant de s’assoupir, ils s’accordent pour détourner leur chemin vers une vallée en contrebas traversé par une rivière pour se rapprovisionner en eau. Depuis leur arrivé au bord du précipice, les nombreux torrents leur assurant une réserve continue ont disparu. Malgré leur gestion exemplaire, le niveau de leur gourde a atteint le seuil d’alerte qu’ils se sont fixés. Pour ne pas renouveler leur erreur, ils préfèrent se détourner pour une journée de leur mission. 

Avant le levé du soleil, comme à son habitude, Yann secoue Lucie pour la réveiller. Ils replient leurs affaires marquent soigneusement leur position sur la carte puis s’éloignent de l’abîme qui disparaît dans le brouillard. A cinq cents mètres de leur point de départ, son existence devient indécelable. La chance leur sourit, à peine ont-ils quitté leur route, qu’ils trouvent un passage pour rejoindre la vallée. Le paysage désolé laisse place à une végétation montagneuse composée d’arbustes et de quelques bosquets. A la vision du lieu, Yann se tend. Selon son expérience, la présence d’une flore aussi développée signifie une importante concentration de vorlines… Ce qui signifie aussi une occasion pour gratter quelques primes. Face à leur situation, il lâche un soupir fataliste.

Aux abords du lit de la rivière, ils dégainent leurs armes. A pas prudents, ils s’approchent d’un bosquet pour se mettre à couvert. Le bourdonnement caractéristique des vorlines s’échappe des arbres mais un autre plus grave les inquiète. Le bruit cesse au bout de quelques secondes. Au loin, ils repèrent des ouvrières effectuant des allers et retours entre deux arbres. Leur trajectoire lisible, ils décident d’en profiter en leur tendant un guet-apens.

Quand un groupe de trois créatures filent sous leurs yeux, ils sortent du couvert où ils se cachaient pour en transpercer chacun une. La troisième tente une vaine attaque son dard droit devant mais Yann anticipant son geste la réceptionne d’un coup de manche de son pieu, l’envoyant valser au loin. Satisfait de leur coordination, ils se félicitent. 

Le bourdonnement grave reprend non loin d’eux. Il se rapproche, devenant assourdissant. Les deux compagnons, comprennent qu’ils sont eux-mêmes tombés dans un piège. Les feuilles des arbres tremblent sous les vibrations des battements d’ailes. Puis, il apparaît. Un vorline trois fois plus gros qu’une ouvrière, deux paires de mandibules en plus d’un dard aussi long que l’épée de Lucie mais en plus affûté. Enfin, ses deux pattes dentelées indiquent leur fonction d’armes. Si les ouvrières étaient déjà redoutables avec une constitution orientée vers la défense, le guerrier, lui, dispose d’un terrifiant arsenal axé sur l’offensif.

Yann et Lucie déglutissent face à la créature escortée par sept ouvrières se cachant derrière lui comme si elles en cherchaient la protection. Le guerrier claque ses mandibules produisant un son sec qui leur glace le sang. Le message limpide quant à son hostilité déroute les deux explorateurs. Ils doutent de la clémence de la créature pour autant, ils estiment à faible leur chance de survie contre autant de vorlines. 

Le guerrier, jugeant son ultimatum dépassé choisit à leur place en leur fonçant dessus. Yann se positionne pour le réceptionner tandis que Lucie l’imite. Toutefois, ils remarquent que les ouvrières n’interviennent pas. Elles restent à leur place comme simples spectatrices de la scène. Cette nouvelle redonne espoir à Yann qui raffermit sa prise sur son pieu. 

Le guerrier virevolte et en contourne la pointe pour trancher le corps de Yann avec ses pattes avants. Tétanisé par la rapidité de la créature, il met une seconde pour réaliser ce qu’il vient de se passer. Recouvrant ses esprits, il se retourne pour voir Lucie en train de bloquer une paire de mandibules à quelques centimètres de son visage. Il profite de l’immobilisation pour rendre à l’insecte la pareil en le transperçant de son pieu. La créature surprise, abandonne son offensive et s’envole hors d’atteinte. 

De sa hauteur, elle les surplombe, sondant une éventuelle faille. De temps en temps, elle disparaît pour réapparaître quelques mètres à côté. Ces feintes rendent Yann nerveux qui tressaute à chacune d’elle. Quand le guerrier juge sa démonstration comme suffisante, il s’élance en piquet sur Lucie. Sans savoir ce qu’il se passe, elle se jette au sol, espérant éviter le plus gros des dommages. Sauf que le guerrier ne s’arrête pas, il continue l’empalant avec son dard. Toutefois, le contact avec le sol l’immobilise, le rendant vulnérable. Yann sans se faire prier, lui assène un second coup. 

La créature extrait son appendice du sol dans lequel il s’était enfouit et reprend de la hauteur à nouveau pour recommencer son manège. Après de nombreuses simulacres, elle repart à l’assaut sur Yann qui reçoit une morsure au passage. Elle poursuit sa course en direction de Lucie qui immobile l’attend. Yann aperçoit ses yeux fermés et sa bouche se déformant comme si elle comptait quelque chose. Puis il comprend ce qu’elle souhaite faire. Impuissant, il ne peut qu’assister à la scène. Au moment qu’elle juge opportun, Lucie balance son épée devant elle, les yeux toujours clos. Le guerrier, comprenant la menace, dévie sa trajectoire vers le haut. Telle une chandelle, il s’envole haut dans le ciel avant de se rapprocher du sol. De plus en plus vite. Jusqu’à s’écraser, mort. L’arme de Lucie l’a bel et bien atteint. Yann respire de soulagement tout comme la jeune femme. 

A une dizaine de mètres d’eux, les ouvrières s’agitent. Choquées par la mort du guerrier, elles perdent quelques secondes avant de réagir. Elles attaquent ses bourreaux, Lucie et Yann. Ceux-ci, les ayant oublié, lèvent leurs armes pour se défendre tant bien que mal. Grâce à leur mémoire corporelle, ils évitent les blessures les plus graves. Dans la confusion, ils abattent les ouvrières une à une. Galvanisés par leur victoire sur le guerrier et les ouvrières qui tombent comme des mouches, ils déchaînent leur fureur sur celles-ci jusqu’à ce que leurs corps jonchent le sol.

Entouré de huit cadavres encore chaud, ils se félicitent de leur succès sur ce combat mal engagé au départ. Yann vérifie sa barrière, témoin de l’âpreté de la bataille : 28/100. Il s’enquiert de l’état de Lucie qui lui annonce que sa barrière tient le coup. Le combat fut rude pour tout le monde. 

Enfin en paix, ils se réapprovisionnent et s’installent pour passer le reste de la journée dans le bosquet désormais sécurisé suite à la disparition de ses occupants. Ils organisent des tours de garde dans le cas où d’autres vorlines décideraient de venger leurs camarades.

 



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