Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 26 – Peintures sur les porcelaines

Je venais juste de comprendre ce que voulait dire Gros-lard en parlant de qi nourricier et de cercueils incubateurs de cadavres lorsque Poker-face fit irruption avec ces mots. J’y réfléchis un moment et ne comprenant toujours pas, je lui demandai ce qu’il voulait dire.

― Regarde bien leurs têtes. Remarques-tu quelque chose de différent à leur sujet ? Dit-il en désignant le cercueil.

Je regardai dans la direction indiquée, mais ne vis que six têtes de tailles diverses accrochées au torse comme une grappe de raisin. À part leur aspect nauséabond, elles n’avaient, apparemment, rien de spécial. Je secouai la tête pour lui faire comprendre que je n’avais rien remarqué, mais il me dit de regarder plus attentivement. Cette fois, je plissai les yeux et vis enfin de quoi il parlait.

Toutes ces têtes, à l’exception de celle du dessus étaient dépourvues de traits faciaux. De plus, aucune d’elles ne semblait dotée de structure crânienne. On aurait presque dit des sarcomes géants qui auraient poussé à partir du torse.

Je compris alors et, suivant aussitôt le fil de sa pensée, je m’aperçus que les articulations de chaque main étaient comme reliées au torse. Si l’on avait pu croire qu’il y avait tant de cadavres enchevêtrés, c’était parce que le buste avait subi une telle déformation qu’on aurait dit qu’il avait été essoré dans une machine à laver. Qui plus est, le liquide noir et boueux obstruait la vue.

Plus je regardais ce cadavre, plus j’étais dégoûté, néanmoins j’émettais encore des réserves quant à la théorie de Poker-face. Si la personne couchée dans ce cercueil avait une malformation rare qui lui valait d’avoir douze membres, qui pouvait-elle bien être et d’où venait-elle ? Comment, à cette époque, un tel monstre aurait-il pu atteindre l’âge adulte ?

Le gros jeta un coup d’œil à son tour, cracha de dégoût, puis nous dit :

― Merde, ce truc est-il seulement humain ? On dirait un insecte !

Si sa remarque était plutôt pertinente, elle n’en restait pas moins indélicate.

― On ne voit pas distinctement à travers tout ce liquide, leur dis-je, Il est trop tôt pour tirer des conclusions. En toute logique, une personne présentant une déformation sérieuse au point de lui donner l’apparence d’un monstre aurait été tuée par ses parents dès sa naissance. Jamais elle n’aurait pu atteindre l’âge adulte.

― Rien n’est absolu, dit doucement Poker-face.

Je n’en revenais pas et avais toujours du mal à y croire.

― Vous savez, il y a un moyen très simple de le découvrir, dit Gros-lard, Pourquoi ne pas faire comme j’ai dit et aller à côté chercher des jarres pour récupérer l’eau ? Nous y verrons beaucoup mieux. En plus, il y a un morceau d’ardoise sous ce cadavre. Nous pourrons le sortir et y jeter un œil pendant que nous y sommes. On y trouvera peut-être quelque chose d’inattendu.

Sa remarque suscita aussitôt mon intérêt. Je n’avais pas vu un seul mot écrit depuis que nous étions entrés dans cette tombe sous-marine et ne savais quasiment rien de son propriétaire. Si je parvenais à comprendre ce qui était gravé sur ce morceau d’ardoise, je pourrais au moins faire une ou deux suppositions, ce qui pourrait nous être utile pour la suite.

Le gros et moi tombâmes immédiatement d’accord. Sans un mot, nous nous dirigeâmes vers la pièce de l’autre côté du couloir et choisîmes trois jarres en porcelaine dotées d’anses. Ces céramiques qui, pour le monde extérieur, auraient été regardées comme trésors valant des millions, redevenaient, entre mes mains, ce qu’elles étaient à l’origine, à savoir de simples récipients.

Je pris la première jarre et, habitude professionnelle, examinai machinalement le vernis bleu sur le dessus. Mais à mesure que je l’étudiai, je fus surpris de constater que les motifs qui y étaient peints racontaient en fait une histoire.

À notre arrivée, j’étais sans doute trop préoccupé par ce qui était arrivé à Oncle San pour étudier de près ces objets funéraires. Mais en les examinant, une chose à laquelle je n’avais guère prêté attention auparavant me vint à l’esprit. Lors de leur arrivée dans cette tombe, mon oncle, tout comme moi, n’avait jeté qu’un rapide coup d’œil à ces céramiques avant d’aller se reposer. Mais pour ses compagnons, comme c’était la première fois qu’ils pénétraient dans un tombeau, ils devaient être très excités et avaient sans doute examiné soigneusement ces objets en porcelaine. Se pourrait-il qu’ils y aient trouvé un indice important ?

Cette pensée en tête, je pris aussitôt quelques-uns des récipients pour les étudier. Les peintures qui les ornaient représentaient toutes un groupe de personnes participant à un projet de génie civil. Certains taillaient des pierres, d’autres transportaient des rondins et d’autres encore posaient des poutres. L’ordre dans lequel les porcelaines étaient placées montrait la progression chronologique du projet. J’étais tellement stupéfait que j’en avais des sueurs froides.

Me voyant examiner une à une ces jarres, Gros-lard, perplexe, me demanda :

― Est-ce si difficile d’en choisir une ? Ne sois pas si pointilleux. Contente-toi d’un prendre une que tu aies bien en main.

Je fis celui qui ne l’entendait pas, me mis à terre et rampai devant chaque pièce de porcelaine jusqu’à la dernière. De forme octogonale, celle-ci était ornée d’un motif représentant une immense et magnifique porte. Il n’y avait pas d’autres céramiques, mais quelque chose me disait qu’il devait y en avoir davantage, avec d’autres descriptions.

Tout cela était si étonnant que j’en avais le souffle coupé. Même si j’aurais été incapable, à partir de simples peintures, de dire ce qu’ils construisaient, à en croire ces illustrations, ce projet était presque à l’échelle de celui de la Cité Interdite. (1) Mais sa structure n’avait absolument rien à voir avec le style des Plaines Centrales. Merde, où un projet de cette envergure avait-il bien pu être mené en Chine à cette époque ?

M’extirpant de mes pensées, je me retournai avec l’intention de faire part à Gros-lard de l’incroyable découverte que je venais de faire, mais je ne vis que l’obscurité. Mon imposant compagnon avait disparu depuis longtemps.

Je restai là un moment, figé, puis râlai intérieurement : Maudit gros lard ! Comment a-t-il pu partir sans me prévenir, alors qu’il sait que je ne veux pas rester seul dans ce genre d’endroit ! J’attrapai une cuvette au hasard, me levai et je me précipitai vers la pièce opposée. Mais sitôt arrivé dans le couloir, je m’arrêtai brusquement.

La porte en face avait disparu ! Il n’y avait plus, à sa place, qu’un mur de jade blanc !

Je savais bien que c’était dû à ce fameux mécanisme, mais jamais je n’aurais pensé que cela puisse être aussi rapide et silencieux. Je commençai à paniquer. Jamais plus je ne me retrouverais seul dans un sombre tombeau.

Je pris un moment pour me calmer et tentai de me réconforter en me disant que dans cette tombe, les pièces bougeaient fréquemment. Il ne me restait qu’à attendre patiemment. Sans doute la porte réapparaîtrait-elle dans quelques minutes.

Mais voilà, sans le gros dans les parages, cette tombe était sinistrement silencieuse. Mes battements de cœur résonnaient comme le tonnerre dans mes oreilles et l’endroit où je me trouvais était extrêmement sombre. Une minute semblant durer une heure, je ne pouvais prendre mon mal en patience.

Je pris une profonde inspiration et dirigeai ma lampe torche vers les trois sombres portes qui s’ouvraient devant moi, mais je ne vis rien à l’intérieur. Le plus effrayant au monde étant l’imagination, j’avais beau me calmer, je ne parvenais pas à me défaire de l’impression que quelque chose m’observait de l’autre côté de ces portes. C’était absolument terrifiant.

Je me giflai, inclinai la tête et entrai dans la chambre auriculaire avec dans l’idée de réexaminer les porcelaines pour m’assurer que rien ne m’avait échappé lorsque j’entendis pousser un cri à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Je dirigeai ma lampe vers l’intérieur de la pièce et vis émerger du bassin central un singe des mers géant. La moitié de son corps était déjà hors de l’eau et je pouvais voir son visage énorme, féroce et couvert d’écailles. C’était un spectacle que je n’oublierais jamais de toute ma vie.

Bordel ! criai-je en m’enfuyant dans le couloir. Je ne me souciai pas de savoir s’il y avait d’autres pièges ou non. Je fermai les yeux, mon seul but étant de fuir le plus loin possible. J’étais presque arrivé à la zone de sécurité lorsque je trébuchai et tombai, le visage juste à côté de la jarre. Heureusement, je parvins aussitôt à me relever. C’est alors que je vis deux yeux verts étincelants sortir en trombe de la chambre auriculaire et se diriger droit vers moi !

Je serrai les dents et ramassai la jarre, bien décidé à la lancer, mais le singe eut une réaction rapide. Me voyant armé, il s’arrêta net, se retourna et fit un bond jusqu’à l’extrémité du couloir.  Profitant de cette distraction, je courus droit dans la salle de gauche et poussai la porte de jade.

Il y avait, sous la porte, un verrou automatique qui se levait sitôt qu’on la fermait. Le singe poussa un hurlement perçant, gratta à la porte, la frappant de son corps à plusieurs reprises,. Il ne semblait pas vouloir renoncer mais conscient qu’un être de chair et de sang ne pourrait jamais franchir cette solide porte, je parvins à retrouver mon calme. Après un long moment à tenter de l’enfoncer, le singe tenta d’entrer par la fente de la porte. À la vue de sa grosse tête tentant de se glisser à l’intérieur, une vague de colère me submergea. Je levai mon fusil et tirai à travers la fente. J’ignorai si je l’avais touché, mais j’entendis le singe pousser un cri perçant et s’enfuir en bondissant.

Ne sachant pas si la porte centrale donnait sur cette chambre funéraire, je chargeai un autre harpon dans mon fusil et allumai ma lampe torche, ainsi qu’une lampe de mineur que j’avais emportée avec moi. Dès lors que la pièce fut éclairée, je regardai autour de moi et eus une terrible frayeur. Je me trouvais dans une immense chambre funéraire de forme circulaire avec au centre, un énorme bassin rempli d’eau. J’étais debout sur le rebord du bassin et si j’avais seulement reculé d’un pas, je serais tombé dedans.

Au centre du bassin flottait quelque chose qui s’apparentait à une énorme cuvette. À la vue des peintures et gravures qui la décoraient, je me dis qu’il devait s’agir d’un cercueil. Je ne pus m’empêcher de sourire. Le propriétaire de cette tombe était vraiment créatif pour avoir donné à son cercueil l’allure d’une cuvette. C’était sans doute quelqu’un qui, de son vivant, adorait prendre des bains.

J’examinai à nouveau le bassin : l’eau était si profonde que je n’en voyais pas le fond. Peut-être menait-il jusqu’au fond de la tombe ? Je m’interrogeais sur sa conception lorsque je sentis soudain mon cou me démanger.

Note explicative : 

(1) Construite entre 1406 et 1420, la Cité Interdite était l’ancien palais impérial chinois et la résidence d’hiver de l’empereur de Chine de la dynastie Ming (depuis l’empereur Yongle) à la fin de la dynastie Qing, entre 1420 et 1924. La Cité interdite fut la résidence des empereurs chinois et de leurs familles et le centre cérémoniel et politique du gouvernement chinois pendant plus de 500 ans. Elle était appelée la Cité interdite parce que l’accès à la zone était interdit à la plupart des sujets du royaume.



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