Le Monde des Arts Martiaux | Martial World | 武极天下
A+ a-
Chapitre 329 — Indifférence

Visiblement contrarié, Lin Wanshan afficha un air disgracieux devant les mots pleins de sarcasme de Zhu Ping.

     — Qu’insinuez-vous par là, Zhu Ping ? Lin Ming n’est-il pas précisément en train d’affronter nos ennemis ?

     — Je n’insinue rien, je ne fais que constater. Et en l’occurrence, personne ne l’a aperçu depuis qu’il s’est jeté dans la mêlée. Sans le jeune maître de la Lune Montante, nos défenses auraient probablement déjà cédé.

Zhu Ping tourna alors un regard chargé de mépris en direction de Shi Linkai. Ce dernier s’était opposé à la présence du jeune homme, conduisant à une altercation qui avait bien failli dégénérer en combat. Zhu Ping à l’inverse avait tout fait pour que sa sœur-apprentie et lui s’installent dans la Ville du Mûrier Vert. Sans ça, qui sait quelle issue funeste cette bataille aurait connue ?

Shi Linkai venait justement de rentrer au camp pour se reposer un peu avant de retourner combattre. Lorsqu’il eut vent des déclarations de Zhu Ping, la colère lui monta au nez et il l’interpella aussitôt : — Qu’est-ce que vous venez de dire, Zhu ?

     — N’allez pas me dire que vous n’êtes pas d’accord ? répondit aussitôt Zhu Ping. Pensez-vous vraiment que vous auriez pu affronter ce jeune maître ? Et où en serions-nous maintenant, hein ?

Shi Linkai resta bouche bée. Il ne pouvait rien répondre à ça. Il se serait fait massacrer s’il avait effectivement combattu. À l’heure qu’il est, il serait peut-être même mort.

Pendant qu’eux bavardaient, le jeune homme à la tunique jaune venait d’engager le combat avec deux bêtes féroces de grade quatre. 

C’était des loups vent de peste à deux têtes, des créatures particulièrement rapides. Les deux bêtes tentèrent de charger le jeune homme sur ses flancs, mais elles ne faisaient pas le poids. En quelques coups d’épée, leurs deux carcasses s’effondrèrent dans une mare de sang.

Quelle puissance !

Lin Wanshan était contraint de reconnaître la force formidable du jeune maître de la Lune Montante. Il tenait depuis tout à l’heure sans céder le moindre centimètre de terrain, tuant des milliers de bêtes féroces à lui tout seul sans montrer le moindre signe de fatigue.

Alors que Zhuang Fan, Shi Linkai et lui n’avaient pas eu d’autre choix que de se replier vers le camp pour restaurer leurs réserves de véritable énergie. À eux trois, ils comptabilisaient tout juste deux cents ou trois cents bêtes féroces, soit une piètre fraction de ce qu’avait fait le jeune homme à la tunique jaune. L’écart était tout simplement colossal.

Le regard de Lin Wanshan se perdit alors dans la direction où Lin Ming avait disparu. Un sentiment d’inquiétude grandissait en lui ? Il ne s’était écoulé qu’une demi-heure à peine, mais il n’avait pas eu la moindre nouvelle depuis lors. Et puis il y avait cet éclair spectaculaire qui avait fait trembler la terre ; comment pouvait-il y avoir de la foudre par un temps aussi dégagé ?

     — Ne vous inquiétez pas, Vieux Lin, tenta de le rassurer Zhuang Fan. Ça devrait aller pour lui.

Les deux hommes étaient assez proches, à l’image de leurs deux familles que les échanges commerciaux avaient fini par souder.

     — Héros Lin est fort, il n’y a pas de raison de s’en faire, ajouta Shi Linkai à son tour. Plusieurs bêtes féroces de grade quatre ne suffiraient pas à le menacer. Et puis avec sa vitesse, il est en mesure de se replier à n’importe quel moment. Je ne vois pas qui réussirait à le rattraper.

Zhu Ping ricana intérieurement en les écoutant.

Des bêtes féroces de grade quatre ne suffiraient pas à le menacer ? Et que se passerait-il si un maître lui tendait une embuscade au même moment ? eh ! eh !

L’homme de main d’Ouyang Boyan était tout de même au Houtian avancé. Lin Ming avait beau être un jeune prodige, cet homme appartenait lui aussi à une secte. Et puis c’était un artiste martial spécialisé dans les techniques de camouflage et les assauts furtifs. Vu ses compétences et l’écart de cultivation qui les séparait Lin Ming et lui, il n’avait probablement eu aucun mal à l’éliminer dans un tel chaos. Zhu Ping ne voyait en tout cas pas comment Lin Ming aurait pu lui échapper.

Il ne connaissait le vieil homme que depuis peu, mais il avait déjà pu constater que celui-ci agissait toujours avec prudence. Ce n’était pas le genre d’homme à se risquer dans une entreprise douteuse. Puisqu’il estimait ses chances de réussite à 70 % ou 80 %, il n’y avait aucune raison de ne pas avoir confiance en lui.

 Un sentiment de joie incomparable envahit Zhu Ping en se disant que Lin Ming avait péri cette nuit.

La bonne fortune de la Famille Lin est sur le point de s’arrêter ! Avec sa mort, le Dixième Prince n’aura aucun mal à monter sur le trône et c’est une femme de Zhu qui deviendra reine. Alors ma famille connaîtra la gloire qu’elle mérite et comptera parmi les trois plus importantes familles du Royaume. Quant à Lin Ming, il disparaitra dans les méandres de l’histoire !

À cette vision du futur radieux et magnifique qui attendait sa famille, Zhu Ping se laissa emporter par son enthousiasme et déclara sur un ton jubilatoire à peine voilé : — Jeune Héros Lin a beau être rapide, les choses peuvent vite vous échapper sur un champ de bataille. Ici, les erreurs ne pardonnent pas. Vous me direz, un jeune homme vertueux comme lui doit sûrement pouvoir compter sur la bénédiction des cieux. Il ne devrait donc rien lui arriver. Mais à votre place, Frère Wanshan, je me préparerais tout de même au pire…

L’intéressé sentit la moutarde lui monter au nez, et alors que sa colère était sur le point d’éclater, un « Humph » froid et claquant retentit tel un coup de tonnerre dans les oreilles de tous ceux présents aux alentours. Zhu Ping sentit tout son corps tressaillir, comme si ses forces l’abandonnaient. Son visage perdit toute chaleur et il fit aussitôt quelques pas en arrière. Le choc était tel que son cœur aurait pu cesser de battre sur le coup.

     — Désolé de vous décevoir, Commandant Zhu.

Dans le camp, une silhouette émergea alors des ombres, une longue lance à la main. Lin Ming était de retour !

À cet instant précis, tout le sang de Zhu Ping retomba dans son corps.

Impossible ! Ce vieil homme ne devait-il pas le tuer ?

Est-ce queLin Ming aurait tué ce vieil homme ?

Non ! Il refusait d’y croire. C’était tout bonnement impossible. Ce vieil homme appartenait à une secte avec une cultivation au Houtian avancé. Et quand bien même Lin Ming aurait réussi à le vaincre, il n’aurait jamais pu s’en sortir indemne.

Où le vieil homme était-il parti ? À en juger par l’attitude de Lin Ming, il se doutait visiblement de quelque chose.

     — Vous semblez inquiet de me voir revenir sain et sauf, Commandant Zhu, déclara Lin Ming avec un sourire en coin devant l’expression de frayeur et de panique de Zhu Ping. Aurais-je l’air plus effrayant qu’une de ces bêtes féroces ?

Lin Ming souriait, mais son regard était froid et impitoyable et dégageait une intention meurtrière quasi tangible. Zhu Ping sentit un frisson lui enserrer le cœur. Jusqu’ici, Lin Ming lui était apparu comme un gamin tranquille et inoffensif. À ses yeux, il donnait même l’impression d’être facilement intimidable. C’était du moins l’image que Lin Ming avait développée pendant son enfance dans la Ville du Mûrier Vert. Et cette image était ancrée dans l’esprit d’un grand nombre de gens ici.

Avec l’homme de main d’Ouyang Boyan à ses côtés, Zhu Ping s’était persuadé intérieurement que Lin Ming avait déjà un pied dans la tombe, quand bien même son statut n’avait plus rien à voir avec celui de jeune commis de la Famille Lin qu’il avait du temps où il habitait ici. Il s’était adressé à lui avec respect uniquement par façade.

Mais maintenant qu’il faisait face à ces yeux impitoyables, Zhu Ping se sentit vaciller, comme si ce regard transperçait son âme. Une force invisible et écrasante s’était abattue sur lui. À tel point qu’il fut pris de sueur froide.

Son assurance laissa place à une terreur viscérale au moment de réaliser que Lin Ming n’était plus ce garçon jeune et naïf qu’il méprisait par le passé, mais un être absolu qui détenait la vie des mortels entre ses mains.

     — Vous plaisantez, Jeune Héros Lin, dit-il en forçant un sourire. Évidemment que je suis heureux de vous voir revenir sain et sauf. Avec vous à nos côtés, nous avons d’autant plus de chances de réussir à défendre la cité.

     — Oh ? Vraiment ? Haha ! Lin Ming arborait toujours un large sourire, mais Zhu Ping frissonnait d’effroi devant ce visage souriant. C’était la pression écrasante d’une force absolue.

« Calme-toi » essayait-il de se répéter. Le vieil homme pouvait bien avoir échoué, Lin Ming ne savait pas nécessairement qu’il était mêlé à tout ça. Dans le pire des cas, il aurait simplement des soupçons. Il n’y avait aucune preuve de son implication.

Zhu Ping essaya de se rassurer ainsi. Ce qu’il ignorait – ou ne voulait pas voir – c’est que des choses comme des preuves, des règles ou des lois ne s’appliquaient qu’entre deux individus de statut similaire. Par exemple, si une personne ordinaire accusait un de ses semblables ou si un artiste martial d’une secte de haut niveau accusait un disciple d’une secte rivale.

Quant à ceux qu’un fossé séparait, à l’image de Zhu Ping et de Lin Ming, les preuves n’étaient pas nécessaires. La parole de Lin Ming valait toutes les preuves du monde ; sa volonté était placée au-dessus des règles et ses mots faisaient office de loi.

À ce moment-là, une voix délicieuse se fit entendre : — Etes-vous le Jeune Héros Lin Ming dont tout le monde parle ? Je m’appelle Lan Yi, je n’ai pas eu l’occasion de vous saluer.

Lin Ming tourna la tête et vit la disciple de la Lune Montante s’approcher.

Elle avait visiblement pris un bain depuis son arrivée dans la cité, et portait désormais une longue robe lâche en soie des neiges avec un ruban soigneusement enroulé à hauteur du bassin qui venait souligner sa taille gracieuse. Elle avait la silhouette élancée et charmante d’une belle jeune femme. On aurait dit une fleur délicate au milieu de ce camp où régnait une ambiance nauséabonde de mort. Son regard était comme mille invitations à la rêverie.

Lan Yi ?

Lin Ming avait une mémoire redoutable d’efficacité, pourtant, ce nom ne lui disait rien. Cette ‟Lan Yi” ne figurait pas sur les listes du programme d’entraînement conjoint.

Une jeune femme de moins de vingt ans au sommet de la Condensation de l’Impulsion comme elle n’avait pas été retenue ? Cela semblait peu probable. Dans ce cas, cherchait-elle à cacher sa véritable identité ?

Tout cela n’avait pas une grande importance, Lin Ming la salua donc poliment sans poser de question : — Ravi de vous rencontrer, Mademoiselle Lan.

La jeune femme lui rendit un sourire et reprit aussitôt : — Jeune Héros Lin, il y a peu, un éclair céleste a frappé la terre au sud-est d’ici. Je me demandais si vous l’aviez vu, vous aussi ?

Lan Yi posa sa question avec de grands yeux ronds. Elle ne s’était pas rendue aux Sept Profondes Vallées lors de la première annonce du programme d’entraînement conjoint. Mais elle avait entendu bon nombre de rumeurs au sujet de Lin Ming. Du haut de ses seize ans et avec sa cultivation à l’ouverture de la Condensation de l’Impulsion, il était parvenu à réaliser l’impensable en triomphant des jeunes génies des Sept Profondes Vallées les uns après les autres. On racontait aussi que c’était un artiste martial d’attribut tonnerre avec un degré de fusion élémentaire étonnement élevé qui détenait une arme de pure énergie de foudre d’une puissance exceptionnelle.

Le jeune homme qui se tenait devant elle se nommait également Lin Ming, et son apparence collait avec celle d’un jeune homme de seize ans. Cependant, sa cultivation se trouvait au milieu de la Condensation de l’Impulsion, soit un stade au-dessus de celle du Lin Ming des Sept Profondes Vallées. Qui sait, peut-être qu’il venait de faire une avancée ?

Tous ces éléments avaient conduit à une association inévitable dans l’esprit de la jeune femme. Le terrifiant coup de tonnerre céleste qui avait ébranlé la terre venait-il de Lin Ming, le champion des Sept Profondes Vallées et le seul disciple de rang céleste sélectionné par l’Île du Phénix Divin ? Ce Lin Ming là ?

Elle venait d’atterrir dans cette cité de mortels perdue au milieu de nulle part et voilà qu’elle rencontrait le plus grand génie des dix-neuf sectes de grade trois. Cette situation était plus qu’improbable. 

Si improbable qu’elle n’y croyait pas vraiment elle-même, mais cela ne l’empêchait pas d’espérer. Si c’était vraiment lui… alors peut-être qu’il pourrait l’aider à réaliser son souhait…

Cette idée en tête, la jeune femme sourit de plus belle en essayant de paraître la plus amicale possible. L’exercice était nouveau pour elle, et elle fut plus mal à l’aise qu’autre chose.

Lin Ming resta perplexe devant ce large sourire maladroit. À ses yeux, cette Lan Yi était une fille froide et apathique. Évidemment, ça se comprenait assez facilement puisque le monde dans lequel elle vivait jusqu’ici venait d’être anéanti avec tous ceux qu’elle connaissait et qu’elle aimait. Son humeur aurait difficilement pu être au beau fixe… Mais alors pourquoi lui souriait-elle tout à coup avec autant d’éclat ?

     — Je l’ai vu, oui, répondit-il en acquiesçant. Pourquoi ? Mademoiselle Lan s’imagine peut-être qu’un trésor céleste est tombé dans notre monde ?

Pendant que Lin Ming parlait, sur le champ de bataille, le jeune homme à la tunique jaune terrassait deux autres loups vent de peste à deux têtes grâce à une remarquable technique d’épée. Des cris d’acclamations montèrent aussitôt dans les rangs des soldats alentour.

Plus le temps passait et plus le jeune maître de la Lune Montante trouvait cette sensation grisante. Il avait grandi dans un environnement où il était parfaitement invisible, où il n’avait jamais eu le sentiment d’exister aux yeux de qui que ce soit. En réalité, c’était la première fois qu’autant de monde lui accordait de l’attention.

Il se retourna alors en direction du camp, une lueur d’espoir dans les yeux et le cœur plein d’entrain. Il voulait voir si sa sœur-apprentie l’avait vu terrasser ces deux bêtes féroces de grade quatre avec son épée de façon majestueuse. 

Quelles ne furent pas sa surprise et sa douleur en la voyant à côté de Lin Ming, un sourire doux et chaleureux sur les lèvres, comme deux amis complices.

Elle n’eut même pas un rapide coup d’œil pour lui…

🏆 Top tipeurs
  • 🥇1. Fleadly
  • 🥈2. Guillaume
  • 🥉 3. Lionel
  • 4. Léo
  • 5. Alexis
  • 6. Cesar
  • 7. Noa
  • 8. Ba-Soma
  • 9. PascalW
  • 10. OyaTec_Suko-??
  • 11. Thomas
  • 12. Paredes
  • 13. Kyshin
  • 14. Wakou
  • 15. Martin
  • 16. David
  • 17. enzo
  • 18. Maxime
  • 19. matsu 1
  • 20. Zovan
  • 21. Cédric
  • 22. Ronan
  • 23. 94macadam
🎗 Tipeurs récents
  • David
  • Kyshin
  • Maxime
  • OyaTec_Suko-??
  • enzo
  • Noa
  • Zovan
  • Fleadly
  • Paredes
  • Ba-Soma
  • Cesar
  • matsu 1
  • Ronan
  • Lionel
  • Thomas
  • Cédric
  • Martin
  • 94macadam
  • guillaume
  • Wakou
  • Alexis
  • Guillaume
  • Léo
  • PascalW


Rejoignez-nous et devenez correcteur de Chireads Discord []~( ̄▽ ̄)~*
Chapitre 328 — Nulle issue sur terre, nul chemin vers le ciel Menu à suivre...