À l’âge du jeu virtuel, l’interaction comptait énormément. Les joueurs trouvaient que Galaxy y excellait. On y traitait avec les PNJ en toute liberté : on pouvait leur écrire des messages, des courriels et le reste, et communiquer avec eux à distance.
Les jeux en vogue offraient tous une certaine dose de réalisme et de sociabilité virtuelle. Il en était un, ancien mais toujours prisé, Ruthless, qui y excellait : on y écrivait des messages librement, alors même que c’était un jeu solitaire.
Quand on inventa la capsule de réalité virtuelle, Ruthless en tira une version. Le réalisme du jeu et la rudesse de ses règles firent alors scandale, et la Société de protection des PNJ, dont on plaisantait jusque-là, vit véritablement le jour. Le phénomène ne manquait pas d’intérêt.
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[La fin du survivant] accomplie.
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L’une des cinq conditions de la trame principale cachée passa au vert : elle était remplie.
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Vous avez reçu [Sully : document 485]. Le document vous a fait connaître un passé enfoui.
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Cette mission a un commentateur, bon sang. Han Xiao en fut surpris.
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Le document rapportait un vieux plan d’opération, criblé de lacunes. Avant la guerre de l’ancienne ère, un pays envoya une équipe en mission secrète dans un village d’Andrea. On ignore ce qui suivit, mais tous les habitants du village furent abattus. Ce pays n’existe plus.
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C’est tout ? Han Xiao resta perplexe. La description était un indice de la mission, mais bien trop vague. Il y réfléchit et l’envoya à Hannes : le vieil homme en savait plus long, il y verrait peut-être quelque chose.
Pour Han Xiao, l’essentiel était que la mission fût accomplie.
…
Hao Tian se tenait auprès du vieux Devin, le personnage de la mission, et fixait son téléphone en attendant la réponse du Fantôme noir.
La mission avait été fastidieuse. Le document était chez le vieux Devin : il avait donc fallu gagner sa confiance, ce que Hao Tian avait obtenu à force de corvées. Le difficile était que le vieux Devin souffrait de troubles mentaux. Il était paranoïaque, amnésique, schizophrène, colérique, il déraisonnait, et l’on pourrait allonger la liste par dizaines. Il s’affolait pour un rien, prenait une poubelle sur le trottoir pour une bombe et les passants pour des poursuivants.
Le vieux Devin avait pris part à ce plan ; et, à l’en croire, une fois sa mission accomplie, la nation avait tué sa famille et l’avait traqué. Des années de cache et d’angoisse lui avaient dérangé l’esprit.
« Savez-vous pourquoi la guerre a éclaté dans l’ancienne ère ? » Le vieux Devin regardait toujours autour de lui pour s’assurer qu’il n’y avait personne avant de causer avec Hao Tian. « C’était à cause de moi. Toutes les nations me cherchaient, alors elles se sont battues. Il y a des ennemis partout. Ils n’ont pas renoncé. Regardez ces caméras dans la ville : elles sont toutes là pour moi. »
Hao Tian, cela va sans dire, n’entendait pas un mot de ce qu’il racontait, et l’histoire lui était bien égale. Il faisait ses missions, voilà tout ; avec son efficacité et sa ténacité, il vint à bout de celle-là.
Il reçut bientôt la réponse de Han Xiao et la notification que la mission était accomplie. Il en éprouva un soulagement.
« Tu es le premier à l’avoir accomplie. Je te trouve du potentiel. Veux-tu travailler pour moi ? »
« D’accord. » La réponse de Hao Tian fut on ne peut plus simple.
« Attends-moi à la frontière de Raylen, aux coordonnées R1565.842. Je t’emmènerai quand je quitterai le continent Nord. »
« D’accord. »
Hao Tian avait beau être d’un naturel posé, il sentit monter en lui une excitation en songeant à tout ce que rapportait, d’après les forums, la trame cachée du Fantôme noir.
…
Han Xiao acheva sa tournée de profits éhontés en quittant le dernier village des débutants du continent Nord. Avant de partir, il gagna un champ de glace où vivaient des ours des glaces de haut niveau. Il y passa quelques heures et, avec le sniper fantôme, remplit enfin les conditions de [Tir mortel].
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Tir mortel : de 12 à 25 % de chances d’infliger des dégâts bruts au premier tir sur une cible. Ne peut se redéclencher sur la même cible avant cinq minutes.
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En changeant de cible, on pouvait le déclencher plusieurs fois : c’était fort utile. Le talent n’atteignait pas la démesure de [Techniques de combat légendaires], l’aptitude de Modelage de Bennett, mais il restait un talent d’attaque rare.
Tout compte fait, Han Xiao possédait douze talents, ce qui était remarquable en version 1.0. La moitié eût déjà été beaucoup pour un joueur de niveau 55.
Han Xiao essaya aussi son tout nouveau talent [Appel de la nature]. Les ours des glaces au-dessus du niveau 50 n’en furent nullement affectés : ils restèrent aussi féroces qu’avant.
Il abaissa le niveau de ses cibles et découvrit qu’un ourson se montrait fort amical. Il était blanc, dodu, tout en fourrure, et ne lui montait qu’à la taille. Il lui enserra la jambe et fit le joli cœur.
Ce talent a du bon. L’ourson n’est guère qu’au niveau dix et quelques, mais l’Appel de la nature doit cacher d’autres ressorts. Outre le Charisme, l’écart de niveau entre la bête et moi doit y entrer, et sans doute aussi le tempérament de la bête.
Han Xiao réfléchissait quand il vit cette boule de poils s’efforcer de lui grimper le long de la jambe. Le grand Han Xiao plissa les yeux et l’envoya rouler d’un coup de pied.
L’ourson blanc et dodu fit quelques tonneaux, puis revint. Han Xiao eut beau s’y employer, il ne parvint pas à le chasser : la bête était collante.
Son arrière-train fourré n’arrêtait pas de frétiller, ce qui lui donnait l’air stupide. Ses petits yeux noirs étaient tout pleins d’innocence.
Tss, qu’il est mignon. Han Xiao ne résista pas. Il souleva l’ourson à l’envers et l’examina. Et c’est une femelle.
Ils se regardèrent un moment, puis Han Xiao tendit les bras. L’ourson grimpa péniblement jusqu’à son épaule et s’y accrocha comme à une balançoire.
« Tu as forcément du koala dans les veines. Je ne t’aurais pas crue métisse », dit Han Xiao, surpris. Il fit tourner son bras, et l’ourson tourna avec lui. On eût dit qu’il portait un sac.
Je vais la garder comme animal de compagnie.
Élever une bête est l’un des agréments de la vie. Avec elle, Han Xiao se sentit soudain bien plus détendu. On comprend que les gens des grandes villes en aient : rien ne soulage mieux. Quand on est de mauvaise humeur, on brime son animal, et l’on retrouve son sentiment de supériorité d’espèce intelligente.
C’était un ourson des glaces aux griffes acérées, de quelques mois à peine. Han Xiao eut la paresse de lui chercher un nom : il l’appela Ourson.
Ourson sous le bras, Han Xiao prit l’avion jusqu’à la frontière de Raylen, y récupéra Hao Tian, et fit route sans attendre vers le continent Sud.
Dans l’avion, Hao Tian se montra digne de sa réputation de joueur chevronné : il garda le silence, ne demanda pas où l’on allait et n’engagea aucune conversation. Le voyant désœuvré, Han Xiao lui confia la mission de s’occuper d’Ourson. Le visage de Hao Tian devint aussitôt fort intéressant.
Galaxy soignait tous les détails, et singulièrement l’aspect et l’odeur de l’urine et des excréments.
Il fallait un peu plus d’une demi-journée pour aller du continent Nord au continent Sud. Han Xiao reçut un appel de Hannes en chemin : le document du vieux Devin comblait les lacunes de leurs indices, et c’était une trouvaille de premier ordre. Han Xiao comprit que la prochaine vague de missions de la trame cachée s’en trouverait modifiée.
Les gains du continent Nord n’avaient rien à envier à ceux du continent Ouest. Son expérience et son argent avaient presque doublé. Chaque fois qu’il regardait son total d’expérience sur l’interface et le solde de son compte au Dark Net, il sentait monter en lui une bouffée de bonheur.
…
Quand l’avion se posa sur le continent Sud, Antonio l’attendait. Han Xiao vit sa rude figure dès sa descente.
« Bon retour, mon ami. » Antonio éclata de rire et le serra dans ses bras à l’étouffer. L’odeur qu’il dégageait faillit coûter des points de vie à Han Xiao.
« Une étreinte de plus et j’y passe. » Han Xiao se frotta le nez en fronçant les sourcils. L’odeur flottait encore.
« Un mois d’absence, et regarde-moi ça ! » s’exclama Antonio. Il se rappelait que Han Xiao lui avait promis de ne pas s’attirer d’ennuis ; mais ils ne devaient pas donner le même sens au mot.
Les histoires du Fantôme noir se répandaient depuis peu comme une épidémie. Bien des organisations devaient lui consacrer une part de leur attention : il figurait sans doute désormais en tête de leurs listes de menaces.
Le Fantôme noir avait officiellement pris la première place au classement des tueurs du Dark Net.
Après avoir bavardé un moment, Antonio aperçut Ourson. Ses yeux s’allumèrent aussitôt et il courut la caresser. Han Xiao ne fut pas surpris qu’Antonio aimât ce qui est poilu : à voir sa tête, les deux boules de poils devaient être cousines.
Han Xiao s’écarta et appela Bennett.
« Je suis rentré. »
Bennett poussa un soupir de soulagement et dit, avec une pointe de tristesse : « Je t’ai attendu si longtemps. »
Han Xiao alla droit au but : « Ce plan du refuge dont tu m’as parlé, de quoi as-tu besoin ? »
Bennett en fut tout ému. Han Xiao offrait son aide dès son retour, avant toute chose : quelle noblesse !
Dans un monde de mensonge et de tromperie, les hommes de cette trempe s’éteignaient.
Voilà un ami avec qui il fallait resserrer les liens !
Bennett résolut de faire de Han Xiao l’un des responsables du plan et de lui en dire davantage. « Nous en parlerons de vive voix. J’ai une mission de la plus haute importance pour toi. »
À ces mots, Han Xiao sentit l’occasion et s’anima. Il connaissait fort bien la trame principale [Plan Refuge], et savait tout ce qu’on gagnait à en devenir un pilier.
Les Six Nations s’agitaient beaucoup dans l’ombre : les préparatifs de la guerre d’expédition touchaient à leur fin, et l’expédition partirait probablement dans le mois. Germinal allait enfin connaître le désastre que Han Xiao lui avait préparé, et la guerre allait éclater sur la planète Aquamarine. Les vagabonds, les armées, les seigneurs de guerre, les organisations financières, les organisations secrètes, toutes en étaient inquiètes.
Ouvrir la trame principale du [Plan Refuge] à cette heure bouleversait tout l’ordre du récit ; mais l’intérêt en était clair. Sous la menace de la guerre, Bennett ferait n’importe quoi pour mener son plan à bien.
Et l’attention des joueurs se détournerait vers la trame du Refuge, ce qui réduirait le nombre de ceux qui prendraient part à la guerre entre les Six Nations et Germinal : tout bénéfice pour Han Xiao. Moins les joueurs y pèseraient, plus les Six Nations auraient l’avantage.
