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Le Mécanicien Légendaire | The Legendary Mechanic
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Chapitre 186 – L’accident (1)

Han Xiao injecta un somnifère au policier et le cacha dans une poubelle de la ruelle. On ne le découvrirait sans doute pas avant le lendemain matin.

Ce puissant somnifère n’avait rien d’un produit du commerce : c’était une recette secrète du Renard doré. Elle prétendait qu’il endormait un éléphant de trois mètres en dix secondes. Quant à savoir pourquoi elle avait fait ses essais sur un éléphant, Han Xiao se le demandait aussi.

En lui fournissant ce somnifère, le Renard doré cherchait à se concilier ses bonnes grâces ; mais Han Xiao trouvait l’atmosphère entre eux fort étrange. Chaque fois que leurs regards se croisaient, on eût dit qu’une étincelle jaillissait dans l’air. Le Renard doré se recroquevillait alors comme une petite bête blessée et détournait les yeux, n’osant pas soutenir son regard.

Si Han Xiao ne s’était pas souvenu de lui avoir laissé une impression bizarre, un jour où il s’ennuyait ferme, il aurait pu croire, à la voir se comporter comme une jeune fille amoureuse, qu’elle nourrissait à son endroit des intentions déplacées. Mais il savait qu’en réalité, elle avait peur de lui.

Han Xiao avait dilué le produit pour l’affaiblir. Un homme ordinaire se réveillerait au bout d’une dizaine d’heures. Il l’avait éprouvé sur lui-même et savait qu’au-delà de 45 points d’Endurance, on y devenait insensible. Il en avait plus de 80, et frôlait les 90.

L’Endurance moyenne d’un Mécanicien de niveau 55 tourne autour de 70. Han Xiao ne la dépassait pas de beaucoup, mais ses points de vie valaient plus d’une fois et demie ceux d’un Mécanicien de son rang !

Avec l’aptitude de Modelage [Renforcement vital de base] et la [Constitution extraordinaire] qu’il venait d’éveiller, Han Xiao atteignait le chiffre stupéfiant de 3 400 points de vie environ. Ajoutez-y l’armure rétractable à commande magnétique et la Vipère, que seul un Mécanicien pouvait posséder, et il se hissait au rang d’un BOSS de son niveau.

Mais on était dans la capitale de Maple. Se montrer trop voyant lui vaudrait sans doute des ennuis : il résolut donc de mener une infiltration classique, à la manière de Hitman 47.

Vêtu de l’uniforme de police, Han Xiao se dirigea d’un pas assuré vers la villa de la première cible, Sennin Miller. Arbres et végétation emplissaient le jardin qui bordait la route, et les branches découpaient la lumière des réverbères en minces rideaux clairs.

Usant du pouvoir du [Rôdeur nocturne], Han Xiao passa en [Discrétion]. Il fit le tour de la villa et observa les caméras de la rue.

Trois caméras de surveillance en tout, braquées sur trois côtés de la villa. Elles pivotent automatiquement à la même vitesse… tiens ? On dirait qu’il y a un angle mort, un bref instant.

Han Xiao tenait son ouverture, mais elle ne figurait pas dans le dossier. Il se demanda si Lame fantôme ne s’en était pas avisé, ou s’il l’avait tue exprès.

Pour me glisser à l’intérieur, il va d’abord falloir régler le cas des caméras.

Toutes les cinq minutes, le champ des caméras laissait un angle mort de deux secondes, ce qui simplifiait grandement les choses. Nul besoin de s’embarrasser à trafiquer leurs circuits ni à pénétrer le réseau de surveillance : s’il entrait assez vite dans la villa, il échapperait à leur regard.

Comme la vidéosurveillance de la ville n’était pas visionnée en permanence, la disparition d’un policier de patrouille ne serait pas remarquée sur-le-champ, à moins qu’un opérateur ne la vît.

Il n’espérait pas s’infiltrer parfaitement, sans laisser la moindre trace : il voulait seulement accomplir sa mission dans la nuit.

Des agents des services secrets se tenaient au-dedans comme au-dehors de la villa, des détecteurs équipaient la porte et des grilles électrifiées couronnaient le mur. Hormis cela, la maison ne différait guère d’une habitation ordinaire. Les agents de l’extérieur seraient faciles à traiter : il suffirait de détourner leur attention. Mais il y avait aussi du monde dans le manoir, et il ne pouvait en repérer les positions à l’œil nu.

Han Xiao avait cependant ses méthodes. Il chaussa une paire de lunettes de soleil. Elles paraissaient tout à fait ordinaires, mais renfermaient en réalité une version portative du scanner électromagnétique. En pressant le minuscule bouton sur la branche, les réactions biologiques du manoir s’affichaient en silhouettes humaines floues, ce qui suffisait à les situer.

Il était toutefois bizarre de porter des lunettes de soleil en pleine nuit. Cela lui rappela une scène de « Crazy Kung-Fu ».

Les fonctionnaires de Maple étaient gardés jour et nuit, comme s’ils craignaient d’être attaqués jusque dans la rue, ce qui disait assez combien les civils les détestaient. À la différence des cinq autres nations, qui n’avaient rien de tel, l’air même de Maple semblait peser.

Chaque nation a sa culture, et cette protection des fonctionnaires n’avait pas toujours existé à Maple. Elle procédait de la même cause que la politique d’expulsion des pauvres hors de la capitale : « l’assaut d’Ulrich », cette attaque contre le gouvernement que tout le monde connaissait à Maple et dont nul n’osait parler. Elle avait eu lieu la onzième année de la nouvelle ère des Six Nations. Han Xiao avait lu ce fragment d’histoire dans les archives du Dark Net.

Chaque civilisation de Galaxy recèle une histoire qui mérite d’être fouillée. Mais de Maple, dans sa vie précédente comme dans celle-ci, Han Xiao ne savait pas grand-chose.

Ces pensées lui traversèrent l’esprit en pleine mission, puis il en revint à son plan d’infiltration.

Les agents qui patrouillaient autour de la villa n’avaient pas l’air commodes. Han Xiao déposa un détecteur araignée et observa depuis un coin discret. S’il passait trop souvent devant la villa, il éveillerait les soupçons.

Il trouva vite son ouverture : la seconde où un angle mort s’ouvrait à la fois dans le champ des agents et dans celui des caméras. Il activa ses bottes à sustentation électromagnétique, franchit le mur sans un bruit et se posa souplement derrière un arbre du manoir.

Il eut beau maîtriser ses mouvements autant qu’il le put, les feuilles frémirent légèrement. Un agent en alerte, tapi sous l’arbre, perçut le mouvement et leva aussitôt les yeux.

Han Xiao avait son plan dès l’instant où il avait sauté. Sans la moindre hésitation, pendant que l’agent scrutait les branches en plissant les yeux, il se mut comme un fantôme, avec ses plus de cent points de Dextérité, et surgit de derrière l’arbre. Il lui couvrit la bouche et lui planta une seringue. L’agent n’eut pas le temps de se débattre : il était déjà silencieux.

L’affaire ne fit pas grand bruit ; mais un autre agent, non loin, vit du coin de l’œil son camarade quitter sa position. Par bonheur, Han Xiao était trop rapide pour qu’il le distinguât.

« Seeley ? » L’agent appela doucement son camarade et s’approcha.

Zut, songea Han Xiao. L’infiltration classique est tout entière affaire de tempo. Il resta sur ses gardes et trouva vite une solution. Il analysa d’un trait le visage de l’agent assommé et en prit les traits. Il sortit de derrière l’arbre et secoua la tête : tout allait bien.

« Que faisais-tu derrière cet arbre ? » L’agent qui approchait relâcha sa vigilance en reconnaissant son camarade. Il continua d’avancer, curieux de savoir ce qui se passait là.

Han Xiao retourna la main, et un minuscule pistolet y parut. Il cracha une seringue sans bruit et l’atteignit au cou. Le pas de l’agent se fit incertain à mesure qu’il sombrait dans le sommeil. Han Xiao bondit aussitôt pour le retenir, puis le traîna avec soin derrière l’arbre.

Quatre patrouilles sillonnaient le manoir. Elles se signalaient sans cesse par talkie-walkie : en quelques secondes, les autres s’apercevraient que deux de leurs camarades ne répondaient plus.

Il faut que je neutralise toutes les patrouilles, songea Han Xiao. Les agents du dedans et ceux du dehors formaient deux équipes distinctes, qui ne se contactaient que de loin en loin. Éliminer ceux de l’extérieur lui donnerait environ une demi-heure : assez pour agir.

Han Xiao se déplaça vite et sans bruit, comme un chat. Les deux autres patrouilleurs furent assommés en un rien de temps. Ce n’étaient que de bons soldats bien entraînés : ils ne pouvaient rien contre lui.

Une fois les patrouilles neutralisées, Han Xiao entra dans la villa par une fenêtre. Il alluma les lunettes électromagnétiques, et la structure des lieux se déploya nettement devant ses yeux. Le fonctionnaire chauve dormait dans la chambre principale, serrant contre lui sa jeune et jolie épouse ; une domestique dormait dans une autre pièce. Dans une si grande maison, ils n’étaient que trois.

Han Xiao trouva le bureau. Il sortit le document contenant les preuves recueillies par le Dark Net et le posa bien en vue sur la table. Une cible de faite.

« Ne traînons pas. Il reste un peu de temps avant qu’Maple ne s’aperçoive de l’intrusion. Il faut accélérer. » Han Xiao se glissa prestement hors du manoir. Les agents qui gardaient l’extérieur veillaient toujours, ignorant tout de ce qui venait de s’y passer.

Han Xiao s’introduisit chez trois autres cibles. Les gardes différaient d’une maison à l’autre ; mais avec ses sens de niveau 55, les renseignements du Renard doré et de Lame fantôme, son masque de peau et ses bottes à sustentation, l’opération se déroula sans grand accroc.

Un petit incident survint chez la troisième cible. Alors que Han Xiao posait le document dans le bureau, le vieil homme, sans doute à cause de son âge, se réveilla en tremblotant et voulut passer par là. Han Xiao se réfugia en hâte derrière le lampadaire du coin.

Sans y regarder de près, on prend d’ordinaire un lampadaire pour une silhouette et on l’écarte machinalement. La cachette était audacieuse, mais Han Xiao la jugeait astucieuse. Le résultat fut tout autre que prévu.

Réveillé au milieu de la nuit, pressé d’aller aux toilettes, déjà effrayé de marcher dans le couloir obscur, le vieillard passa devant le bureau, prit le lampadaire pour un homme, et son angoisse redoubla. Comme il s’approchait pour mieux voir et se rassurer, il remarqua… Nom de Dieu ! Il y a bel et bien quelqu’un derrière la lampe !

La cible était un vieil homme. Il porta la main à sa poitrine et s’effondra tout net.

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Vous avez tué Dick Van Vancity (niv. 5). Vous recevez 1 point d’expérience.

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La cible est morte de peur… morte… morte…

Bon sa… quoi ?!

Han Xiao en resta pétrifié.

Je n’ai tué personne ! Vous avez fait un infarctus du myocarde, je suis innocent !

« Hé, pépé, réveillez-vous. Vous avez encore tant de jeunesse devant vous. Comment pouvez-vous mourir comme ça ? » Han Xiao secouait les épaules du vieil homme sans relâche, à lui en briser les os.

J’ai tué la cible par accident. Et maintenant ?

Han Xiao en avait mal à la tête.

Soudain, il eut une illumination, et une idée neuve lui vint.

Attendez un peu. Le but profond de cette mission est de réduire le nombre de fonctionnaires qui s’opposent au projet. S’ils meurent tous, il n’y aura plus d’opposition.

« Atchoum ! »

Bennett, au loin sur le continent Sud, éternua soudain. Il eut un mauvais pressentiment.

« La grippe ? »



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