Combat Contre Le Destin | Way of Choices | 择天记
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Chapitre 13 : Un ami qui avait le don de mettre mal à l’aise (partie 2)

– « Si je ne me trompe pas, vous êtes supposé être un jeune homme ordinaire! »

– « En effet, je n’ai pas encore commencé la pratique »

– « Et vous espérez remporter le Grand Test ? »

– « C’est vrai je n’accepterai que la première place. »

Tang Trente-six avait demandé cela de manière directe et acerbe. Chen Changsheng répondit avec calme et sérieux, comme si c’était une évidence pour lui. Un peu comme lorsqu’il affirmait qu’il fallait faire très attention à son alimentation, ne pas manger trop salé ou trop gras, dormir et se lever tôt afin d’avoir un corps sain.

La réalité de la vie, c’est qu’il fallait en premier lieux se préoccuper des nécessités substantielles.  

Confronté à un problème, Chen Changsheng savait garder une attitude calme. Il était confiant dans le fait de pouvoir venir à bout de toutes sortes de tracas et de situations difficiles. En soi, c’était plutôt une attitude positive, mais parvenir à la première place au Grand Test n’était pas aussi simple que le fait de manger, de boire ou d’uriner.

Chen Changsheng n’avait pas le choix : il fallait absolument qu’il soit le premier.

Il avait répondu en toute simplicité, comme si c’était une chose naturelle. Mais un enfant sans puissance, ni force réelle qui annonçait qu’il entendait arracher la moustache du Dragon d’Or avec son épée serait peut-être un excellent sujet de conte de fées. Cependant, dans la vie réelle, on penserait certainement de lui qu’il était un rêveur insensé.

Soit ce garçon était fou, soit c’était un génie exceptionnel!

Entre génie et stupidité, la seule nuance résidait dans la faisabilité de l’objectif.

Mais les gens comme Chen Changsheng ignoraient totalement la frontière entre les deux : ils avaient la certitude de parvenir à leurs fins.

Tang Trente-six était un garçon très fier, voire un peu narcissique.

Cependant, voilà qu’il était confronté à un jeune homme en apparence innocent et naïf qui était visiblement bien plus narcissique que lui. Une telle fierté pouvait lui porter un coup destructeur.

La parole insensée d’un jeune fou ne pouvait influencer un véritable génie comme Tang Trente-six, cependant, là où Chen Changsheng le mettait mal à l’aise, c’était lorsqu’il lui confiait son ridicule objectif avec un regard des plus sérieux.

Tang n’avait ni l’intention de le décourager, ni celle de se moquer de lui. Au fond de son cœur, il était persuadé que cet exploit, en apparence impossible, pouvait être réalisé!

Pourquoi cette pensée ? Il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme Chen Changsheng, au comportement toujours impeccable de manière à ce qu’on ne puisse le prendre en défaut.

Tang resta silencieux. S’il avait pu savoir que Chen avait également laissé sans voix Mme Xu et Shuanger lors de sa visite chez le général, il se serait senti réconforté et aurait même eu compassion de ces deux dames.

Son thé terminé, Tang Trente-six mâcha les feuilles pour se remettre de ses émotions. Il n’avait noté aucun changement d’expression sur le visage de Chen Changsheng, comme si ce dernier n’avait jamais abordé la question du Grand Test. Tang Trente-six secoua la tête et se dit que Chen était bien plus intéressant que ce qu’il avait estimé au départ.

– « Il ne vous reste qu’un an… Même si j’admire votre ambition et votre courage, il serait irréaliste de ma part de vous souhaiter bonne chance. Au vu des circonstances, ce serait hypocrite. Je voudrais simplement vous rappeler que la maison du général Xu n’abandonnera pas facilement et tentera par tous les moyens de vous en empêcher. »

Tang Trente-six ignorait le conflit opposant Chen Changsheng et la maison du général Xu. D’après lui, la capitale étant placée sous le règne de la Sainte Reine, même si la famille du général avait l’intention d’entraver l’avenir du jeune homme au moyen de sombres machinations, elle serait cependant limitée.

Chen Changsheng demeura un moment silencieux avant de dire :

– « Je vais tenter de les éviter. »

– « Comment  cela  serait-il possible ? Même  l’institut Zhaixing  vous a refusé l’entrée. »

– « C’est aussi ce que je ne comprends pas », répondit Chen.

– « La maison du général Xu ne peut pas affecter l’institut Zhaixing. Xu Shiji n’a pas un si grand pouvoir. J’ai entendu dire que… c’était quelqu’un du Palais qui avait donné l’ordre. Je serais très curieux de connaître le lien qui existe entre vous et la maison du général Xu. Quel est donc ce secret, si grave qu’il ait été jusqu’à impliquer le Palais ? »

C’est alors que Chen Changsheng réalisa que derrière son échec à l’examen d’entrée de l’institut Zhaixing se cachait une sombre histoire. Il était bien trop surpris pour répondre la question de Tang.

Mais une fois remis de ses émotions, il éprouva un sentiment de satisfaction : cet institut, auquel il tenait beaucoup, ne lui avait refusé l’entrée qu’en raison d’un ordre qu’il avait reçu.

La question était la suivante : qui pouvait bien avoir donné cet ordre ?

Outre le lointain continent de l’ouest, il existait de nombreux lieux mystérieux auxquels les gens ordinaires n’avaient pas accès. C’était le cas par exemple, des grands instituts au sud, la Cité des Neiges au nord…

Cependant, après la victoire finale des humains sur la race des démons sous le commandement de la dynastie des Zhous qui gouvernait alors le pays, le Grand Palais de la capitale devint l’un des endroits remarquables du monde.

Selon les légendes, le Grand Palais était un lieu mystérieux où les domestiques au service de la royauté étaient en réalité des puissants de niveau Tongyou, où les vieux eunuques n’étaient autres que des génies de niveau Juxing, où il y avait un petit pont de bambou, où il existait même un dragon noir, fidèle depuis mille ans!

Au cours des quatorze dernières années, Chen Changsheng avait appris beaucoup de choses au sujet du Grand Palais dans ses livres, mais jamais il n’aurait pu imaginer que sa vie serait un jour liée à ce lieu, impressionnant et lointain. Silencieux, il réfléchissait aux paroles de Tang Trente-six, incapable de comprendre pourquoi le Grand Palais agissait ainsi.

« De nombreux « chiens » sont à genoux aux pieds de la Sainte Reine. Xu Shiji est l’un des plus féroces, cependant, il n’a pas le pouvoir de faire en sorte que le Palais donne des ordres à l’institut Zhaixing. Quand bien même il l’aurait pu, le général n’avait pas besoin de faire appel au palais ni de se mettre en dette avec eux afin qu’ils interviennent dans un problème personnel. Les nobles du Grand Palais ont très bien pu agir de leur propre initiative… »

C’est alors que les pensées errantes de Tang Trente-six s’éclaircirent tout à coup. Le jeune homme contempla le visage innocent de Chen Changsheng : il n’était pas très sûr de ses suppositions. Se pourrait-il que ce garçon, qui ne savait même pas comment on invitait quelqu’un à déjeuner, ait une quelconque relation avec le phénix ?

Tang aurait bien voulu lui poser la question directement, mais il s’était déjà fait une idée de sa personnalité : Si Chen n’avait pas envie d’en parler, il ne dirait rien.

Tang se contenta de lui dire :

– « La personne la plus importante au sein de la famille du général Xu, c’est elle. Vous le savez certainement »

Tout en parlant, il regardait Chen droit dans les yeux.

Chen Changsheng, qui depuis longtemps était resté silencieux, demanda soudain :

– « Elle… Comment est-elle ? »

Tang Trente-six, en apparence très calme, sentit un tsunami envahir son cœur. À en croire les paroles et les expressions du visage de Chen Changsheng, il était certain cette fois qu’il y avait un lien entre lui et la jeune phénix, mais il ne savait pas exactement où était le problème.

– « Il m’est difficile de vous dire qui elle est exactement. Ni la légende ni les rumeurs ne rapportent de traits particuliers de sa personnalité. »

Tang Trente-six marqua une pause : c’était vraiment difficile de lui répondre. Au même moment, il croisa le regard de Chen Changsheng, et soudain, il comprit :

« Elle vous ressemble. Elle aussi a le don de mettre les autres mal à l’aise. En ce qui vous concerne, les gens ne savent que vous répondre car vous êtes beaucoup trop calme et votre ton est parfois si ennuyeux que je n’ai plus envie de vous écouter. Selon les rumeurs, elle parle peu et se montre très rarement en public. Mais comme vous, elle a le don de déprimer les autres. »

Chen Changsheng était perplexe.

« Elle n’a pas besoin de parler, de se moquer ou d’exprimer son mépris… Il suffit qu’elle soit présente pour mettre les autres mal à l’aise, moi y compris. Grâce au sang du phénix, elle a su comprendre le véritable sens de la pratique dès son plus jeune âge. Elle pratiquait mieux que quiconque. Et en plus de son talent de génie, elle était extrêmement persévérante. C’est bien simple elle est forte en tout… N’êtes-vous pas d’avis que ce genre de personne est un peu trop extrême, voire odieuse ?

C’est désespérant, même pour un génie comme moi. Ce genre de personne ne laisse aucun espace aux autres, c’est détestable »

Tang Trente-six le regarda et ajouta : « Vous et elle êtes toutes deux des personnes qui rendez les autres mal à l’aise, mais votre façon de faire est totalement différente, elle est vraiment… très spéciale. Pour tout dire, beaucoup de gens pensent que seul Monsieur Qiushan est capable de garder son calme face à une telle fille. »

Malgré ce discours, Tang Trente-six constata que l’expression du visage de Chen Changsheng n’avait toujours pas changé. Ils se saluèrent et Tang quitta l’auberge.

Après le départ de Tang, Chen Changsheng essuya la table. Après quoi, au lieu de prendre de son bain et de lire comme il avait l’habitude de le faire, le jeune homme sortit dans la cour, déplaça la chaise de bambou sous un grand arbre. Il s’allongea dessus et contempla les étoiles, magnifiques à travers le feuillage et les fleurs. Son expression restait impassible.

À l’évocation des noms de Xu Yourong et de Monsieur Qiushan, il était resté calme en apparence, mais intérieurement, Chen était inévitablement bouleversé. Après tout, il n’avait que quatorze ans. Il ressentait comme une aigreur au cœur, il craignait depuis toujours ce type de ressenti, et pourtant cela faisait déjà deux fois qu’il en faisait l’expérience depuis son arrivée à Kyoto

Devant ces quatre échecs, tous dus à la maison du général Xu, Chen se sentait très en colère. Cet ordre donné par le Grand Palais n’était pas lié à la famille mais à ce phénix en particulier, ce qui le fâchait encore plus. A présent, le cœur serré, il réalisa qu’il n’aimait pas cette petite fille appelée Xu Yourong.

Alors qu’il vivait encore au village de Xining, il avait dit un jour au disciple Yuren qu’il pourrait peut-être arriver un jour qu’il n’aime pas quelqu’un mais que jamais il ne haïrait qui que ce soit.

Voilà qu’à présent, il en venait à détester la jeune fille.

Oui, même si elle était un génie doté du sang du phénix et faisait peur à de nombreux puissants au sein des différents instituts, dans l’esprit de Chen Changsheng, elle n’était qu’une petite fille.

Evidemment, elle était née le 11 novembre, trois jours avant lui.

Cette jeune fille nommée Xu Yourong commençait vraiment à l’ennuyer.

Chen Changsheng était de plus en plus fâché et se demandait pourquoi son maître avait choisi pour lui un tel mariage. Il se leva de la chaise, sortit un petit objet de bambou de la ceinture et en rentrant, alla le ranger dans une petite boîte toute au fond de ses bagages. Puis il se mit à sa toilette, après quoi il se sentit beaucoup mieux.

Dans la boîte se trouvait l’engagement de mariage, et le petit objet de bambou qui lui avait été apporté par une grue blanche alors qu’il n’avait que onze ans. Il se souvenait de la grue blanche, de la lettre et de chacun des mots inscrits sur le papier. Il se souvenait aussi très bien que la grue blanche n’était plus jamais revenue depuis ce jour.

  

La nuit même, une grue blanche vint se poser au sommet de la montagne de la Vierge Sacrée.

Sous les étoiles, une jeune fille s’assit au pied de la falaise.



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