Combat Contre Le Destin | Way of Choices | 择天记
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Chapitre 12 : Un ami qui avait le don de mettre mal à l’aise

Chen Changsheng lui avait dit de ne pas se gêner pour commander ce qu’il souhaitait mais pour Tang Trente-six, ײne pas se gênerײ avait un double sens : il s’agissait aussi bien de la commande que de ses rapports avec Chen.

Tang trouvait le jeune homme sympathique, cependant le menu n’indiquait pas les prix. Il commanda quelques plats parmi les spécialités du restaurant :

De la soupe d’oiseaux, un poisson à deux têtes cuit à la vapeur

Voyant que Chen Changsheng fronçait les sourcils, Tang se dit que sa commande était peut-être trop chère. Il tourna la tête et dit au serveur :

– « Mettez-moi de la perche à la place du poisson à deux têtes… et remplacez la soupe d’oiseaux par de la soupe Brasenia schreberi. »

A ces mots, les sourcils de Chen Changsheng se détendirent.

Tang Trente-six sourit, satisfait. Il observa les changements presqu’imperceptibles dans l’expression de Chen et se dit que ce jeune homme semblait plutôt gentil et attentionné. Il dit au serveur :

– « Apportez-moi un bol de cerf aux fleurs de prunier. »

Chen Changsheng fronçant à nouveau les sourcils, Tang Trente-six le regarda et se reprit :

– « Remplacez le bol de cerf par du porc et des légumes en conserve.

Chen Changsheng fronçait toujours les sourcils.

Tang Trente-six en fut un peu fâché. Ce n’était qu’un bol de porc gras, ce qu’il ne mangeait jamais chez lui. Chen ne pouvait-il pas payer cela ?

Une nouvelle fois, il s’adressa au serveur :

– « Nous nous contenterons d’une salade d’Herba Houttuyniae et d’oreilles de porc à l’huile au piment rouge. »

Chen Changsheng n’avait toujours pas changé d’expression. De toute évidence, il était encore en désaccord avec ce que commandait Tang Trente-six.

Ennuyé ce dernier lui dit :

– « Comme c’est la première fois que vous m’invitez à dîner et que vous n’êtes guère à l’aise pour communiquer, je ne dirai rien. »

– « Pourquoi dites-vous ça ? » demanda Chen, surpris.

– « Même si vous n’avez pas assez d’argent, cela ne se fait pas de faire cette tête devant un invité. Sincèrement, je suis ennuyé. Un homme peut être décapité, perdre son sang, mais jamais il ne doit perdre la face! Être contraint de vendre son manteau de cuir et fourrure lorsqu’on a besoin d’argent est peu de chose pour un homme. »

Persuadé d’avoir raison, Tang aimait faire la leçon aux autres. Mais Chen Changsheng, qui n’était pas tout à fait d’accord avec ses paroles, répondit :

– « C’est comme lorsque l’on dit qu’il faut gifler son visage pour le faire gonfler si l’on veut avoir l’air bien portant. » 

Un peu fâché, Tang Trente-six demanda :

– « Qu’est-ce que cela signifie ? »

– « C’est un adage qui vient du village de Xining », répondit gravement Chen Changsheng.

Ce que Tang voulait savoir, c’était la signification de cet adage. « Pourquoi m’explique-t-il son origine ? » se demanda-t-il.

Il était vraiment fâché. Cependant, calme et imperturbable, Chen poursuivit :

« …et je n’ai pas de manteau de fourrure. »

Soudain, le silence retomba.

Tang Trente-six, qui trouvait que la situation était un peu compliquée, en oublia d’être fâché. Il savait seulement que certains élèves issus de grandes et célèbres familles, lorsqu’ils n’avaient pas assez d’argent, vendaient leurs manteaux de fourrure pour s’acheter de l’alcool. Mais jamais personne ne lui avait dit qu’il existait des gens trop pauvres pour posséder un manteau de fourrure.

Comment quelqu’un d’aussi pauvre pourrait-il inviter les autres à manger sans perdre la face ?

Non seulement Tang Trente-six n’avait jamais manqué d’argent, mais jamais non plus il n’avait invité quiconque à dîner.

Il regarda son vis à vis et dit le plus sérieusement du monde :

– « Dans ce cas, c’est moi qui vous invite. Aujourd’hui, vous allez bien manger. »

Chen Changsheng, qui ne comprenait pas, demanda :

– « Pourquoi faites-vous cela ? »

Tang le regarda gentiment et expliqua :

– « Si vous n’avez pas de manteau de fourrure, vous ne possédez probablement rien de précieux. Comment pourriez-vous m’inviter ? »

Chen prit un air innocent et répondit :

– « Mais… j’ai de l’argent ! »

Une nouvelle fois, le silence retomba.

Tang Trente-six, qui faisait grise mine, demanda :

– « Dans ce cas, pourquoi faites-vous cette tête à chaque fois que je commande quelque chose ? »

Chen Changsheng se remémora les évènements. Il commençait à comprendre.

Un peu embarrassé, il expliqua :

– « Parce que… la soupe d’oiseaux que vous avez commandée est connue pour être un fortifiant. Il est préférable de la consommer en automne et en hiver. Nous sommes au début du printemps. Cette soupe, qui suscite le feu à l’intérieur de notre corps, ne ferait pas de bien à notre santé. »

Tang Trente-six, qui ne s’attendait pas à cette réponse, insista :

– « Et les autres plats ? Ils ne sont pas bons eux non plus ? Ce sont pourtant des spécialités de ce restaurant. »

– « Le poisson à deux tête est un poisson des mers profondes. Il se nourrit essentiellement de petits poissons, de crevettes et de serpents. Un dépôt de toxines s’accumule dans son corps. Pour que le poisson soit comestible, il faut le faire bouillir et jeter l’eau. Mais la cuisson à la vapeur ne supprime pas le dépôt de toxines. De plus, nous ne sommes que deux. Manger trop de protéines animales n’est pas bon pour la santé. Quant au porc aux légumes en conserve, la viande utilisée contient beaucoup trop de matières grasses. Il vaut mieux s’en abstenir. »

Il s’interrompit, réfléchit, et ajouta : « Les oreilles de porc sont bonnes, mais l’huile pimentée n’est pas conseillée. Par ailleurs, manger trop d’Herba Houttuyniae risque de vous causer une occlusion intestinale. Elle non plus n’est pas bonne pour la santé. »

– « Arrêtez! » s’écria Tang Trente-six qui ne voulait plus rien entendre.

Cette liste interminable de choses mauvaises pour la santé lui donnait l’impression que des mouches bourdonnaient autour de ses oreilles. Qui pourrait encore être heureux après ce que Chen venait d’énumérer ?

Bien sûr, certains aliments n’étaient pas bons pour la santé, qui prêtait attention à ces détails lorsqu’il mangeait ? Comment pouvait-on être aussi strict vis-à-vis des aliments ? S’il s’était agi d’un vieillard, Tang aurait parfaitement compris qu’il mette l’accent sur la santé. Mais Chen n’avait que 14 ans! 

– « Que se passera-t-il si je mange des aliments qui ne sont pas bon pour la santé ? Je vais mourir sur place ? » Rétorqua Tang Trente-six.

Chen Changsheng le regarda gravement et dit :

– « Vous ne mourrez pas sur place, mais ne vivrez certainement pas longtemps. »

Tang Trente-six, qui ne savait que répondre, demanda, curieux :

– « Dans ce cas, que mangez-vous au quotidien ? »

– « Deux liangs (cent grammes) de viande, deux livres de légumes, des patates douces et diverses céréales. Je ne bois jamais de soupe. »

– « Et depuis combien de temps vous alimentez-vous de cette façon ? »

– « Depuis mon enfance. J’ai toujours mangé comme ça », répondit Chen Changsheng.

Ce fut au tour de Tang Trente-six de froncer les sourcils.

Rien qu’à leur nom, ces plats ne semblaient guère savoureux. Et ce jeune homme s’alimentait ainsi depuis quatorze ans! Quelle triste vie!

Il compatit du fond du cœur.

Pendant le repas, tous deux demeurèrent silencieux. Tang Trente-six trouvait que les plats étaient trop communs, quant à Chen Changsheng, il était d’avis qu’ils étaient mauvais à la santé. Bref, aucun des deux n’était satisfait, cependant, leurs goûts étaient inconciliables. Pour manger une fleur de tofu ou zòngzi, certains ajoutaient du sucre, d’autres du sel, selon leur goût. Entre goût et recherche de la santé, les avis étaient particulièrement divergents.

La première invitation de Chen Changsheng se termina à la hâte.

À la fin du repas, on apporta deux tasses de thé. Les jeunes gens se mirent à discuter de l’examen d’entrée à l’institut Tiandao et Tang voulut aussi connaître les détails concernant les évaluations de l’institut Zhaixing ainsi que des deux autres. Il lui fit part de son étonnement et de ses doutes concernant le fait que même les militaires puissent être influencés par la famille du général Xu.

À part cela, ils ne trouvèrent plus rien à se dire.

En général, lors de leurs premières conversations, les nouveaux amis évoquaient leur enfance, leurs expériences mutuelles ou encore se cherchaient des intérêts communs. Mais les histoires d’enfance étant particulièrement ennuyeuses à leurs yeux, il leur fut impossible de pousser jusque-là leur relation.

Embarrassé, Tang Trente-six se leva et se mit à faire des allers-retours entre la chambre et le balcon, sa tasse à la main. Si Chen Changsheng avait les moyens de louer une chambre aussi grande, située juste à côté du Tombeau du Livre Sacré, il était évident qu’il ne manquait pas d’argent.

Il avait été ridicule de le croire.

En passant devant une vitrine de présentation, son regard s’arrêta sur une épée. Immédiatement, il stoppa sa marche.

L’épée était courte et magnifique. Fine et délicate, elle avait presque la même taille qu’un poignard. Son fourreau, fait de cuir ordinaire et sa poignée étaient très simples.

Globalement, cette épée n’avait rien de remarquable. Pas même un peu de poussière ou de sang. Mais cette arme, ordinaire à l’extrême, attira l’attention de Tang Trente-six au point qu’il voulut la voir de plus près.

Il étendit la main pour saisir la poignée, mais Chen Changsheng fut plus rapide.

Ils se regardèrent et Chen dit à Tang :

– « Cette épée m’appartient »

En comparaison avec les chaudes vapeurs émanant de la tasse que Tang Trente-six tenait à la main, son visage parut soudain glacial.

– « Je ne peux même pas la toucher ? »

Chen Changsheng s’aperçut que Tang était un peu fâché. Il se sentit gêné mais insista cependant :

– « Il faut d’abord me demander la permission. Si je suis d’accord, vous pourrez la prendre. »

Tang Trente-six libéra sa main droite et secoua sa manche. Puis, se dirigeant vers la table, il reposa sa tasse.

Un peu embarrassé, Chen se dit qu’il avait sans doute mal agi. C’était son premier ami et il l’avait fâché. Paniqué, il se dirigea vers la table et tendit l’épée à Tang Trente-six.

Ce dernier le regarda et demeura impassible.

Chen Changsheng approcha l’épée du visage de Tang Trente-six.

Comme ce dernier refusait de la prendre, il se plaignit :

– « Vous agissez comme un enfant. »

Chen Changsheng ne savait plus que dire. Pourquoi Tang se braquait-il comme un enfant maintenant ? À court de solutions, il retourna devant la vitrine et remit l’épée à sa place. Puis, tournant la tête, il demanda :

– « Vous aviez une raison particulière de venir me voir ? »

– « Vous êtes le seul que je connaisse dans cette capitale. Après avoir été témoin de vos expériences ces deux derniers jours, il fallait que je vienne vous rendre visite. Ne vous gênez pas avec moi, je suis très gentil. » Tang Trente-six changea tout à coup de ton et dit : « J’agis toujours en fonction de ce que je ressens. Sachez qu’il est très rare que j’apprécie les jeunes gens de votre âge. Vous devriez vous en sentir plutôt flatté. »

Instinctivement, Chen Changsheng le regarda, étonné

– « Dans ce cas… merci beaucoup ! »

– « C’est tout ? »

– « Mais je viens de vous inviter! »

Tang Trente-six se leva et, regardant Chen droit dans les yeux, déclara :

– « J’ai décidé que vous seriez mon petit frère. »

– « Votre petit frère ? Comment cela ? »

– « Cela signifie que désormais, vous resterez à mes côtés et je vous protègerai », répondit gravement Tang Trente-six.

Mais Chen Changsheng refusa radicalement :

– « Non, non, j’ai beaucoup trop à faire, je ne peux me permettre de passer trop de temps avec vous. »

Tang Trente-six était très fier. Il était venu voir Chen Changsheng dans cette auberge parce qu’il avait pitié de ce génie. Celui-ci n’avait pas hésité à refuser sa proposition et Tang souhaitait des explications :

– « Qu’avez-vous donc de si important à faire ? Chercher un moyen d’intégrer un institut ? Pour quelle raison y tenez-vous tant ? Pourquoi tant d’acharnement ? »

 Chen Changsheng lui retourna la question :

– « Et vous ? Pourquoi êtes-vous venu à la capitale ? »

– « Pour participer au Grand Test. Je veux être le champion », répondit fièrement Tang Trente-six. Soudain, il se souvint de la jeune phénix qu’il avait connue dans les montagnes du sud. Si jamais elle revenait.

« Plus exactement, je vise la seconde place », corrigea-t-il.

Puis il se rappela Monsieur Qiushan. Peut-être participerait-il également au Grand Test cette année…

« Euh… j’essayerai d’être troisième.  En bref, je veux que mon nom soit gravé sur la stèle de pierre qui se trouve devant le Tombeau du Livre Sacré », résuma finalement Tang.

– « Vous êtes très ambitieux. Je vous admire beaucoup », répondit Chen en le regardant. Soudain, une pensée lui traversa l’esprit : « Il vous faudra alors changer de nom et vous appeler Tang Trois ? »

Tang Trente-six, ne sachant que répondre, insista :

– « Mais vous ? Qu’est-ce qui vous a amené à la capitale ? »

– « Je veux moi aussi participer au Grand Test », répondit Chen avec franchise.

 Son interlocuteur, qui pourtant ne s’y attendait pas, n’en fut pas vraiment surpris.

 Chen Changsheng précisa :

– « Cependant, je n’espère ni la seconde, ni la troisième place. »

– « Il vaut mieux avoir une connaissance claire et juste de soi-même, mais il ne faut jamais perdre confiance. N’oubliez pas que les trois premiers au Grand Test auront le droit de pénétrer dans le Tombeau du Livre Sacré »

– « Je veux être le premier », dit soudain Chen. Il regarda Tang et ajouta : « Je ne peux me permettre d’être second ou troisième, il faut absolument que je gagne. »

Silence de mort.

Tang Trente-six avait envie de fuir. Décidément, ce jour-là, il était souvent à court de réponses face à Chen Changsheng.

Tout ce que le jeune homme disait ou faisait avait le don de mettre les autres dans une situation gênante.

Abattu, Tang ne trouva rien à répondre.



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