Néo-Life
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Sept jours étaient passés depuis que Marlon avait récupéré la rune d’Absorption, et il s’était remis du choc que cela avait provoqué chez lui.

Aucun souvenir n’avait subsisté quant au trajet de retour jusqu’au campement.

Il s’était simplement réveillé près du feu, Luna léchant son visage et les rayons du soleil frappant déjà intensément le paysage forestier.

Abasourdi, comme groggy par une nuit blanche, il avait inspecté son corps et n’avait rien trouvé d’alarmant, pas de plaies ou blessures provenant de la période de temps que son esprit avait effacé, seuls ses vêtements étant recouvert de boue et de feuillage. Comme s’il s’était roulé par terre avec force et à de nombreuses reprises, mais il avait beau faire de gros efforts, rien n’y fit.

Sa mémoire était restée blanche sur cette période et même Loki répondit évasivement quand il lui posa la question, assurant seulement au jeune homme que rien de grave ne s’était produit et qu’il avait juste décompensé du stress produit par sa trouvaille glauque et perturbante.

Il eut beau insister, il ne tira rien de plus de la part de l’IA et il se contenta donc de reprendre sa routine de chasse, même s’il se doutait que son silence n’augurait rien de bon.

Il avait réarmé les différents pièges à fosse, nettoyant sommairement les piques de bois et les recouvrant de sang de rongeur, capturés grâce aux deux pièges à loups qu’il avait disposé sur les chemins de passage de la faune. Cela avait permis de recouvrir l’odeur de loup et de pourriture, évitant la méfiance de leurs congénères quant à la présence de pièges.

Marlon avait eu besoin d’un peu plus de temps pour réarmer le piège à contrepoids, mais au terme d’une longue tergiversation intérieure, il finit par s’y coller. Etrangement, le corps décomposé et déchiqueté ne lui posa plus autant de problèmes quand il y fut de nouveau confronté, une absence de sentiments ou d’émotions totales alors qu’il décrochait le puzzle humain et nettoyait la place pour ne pas alerter une prochaine proie.

Les journées, il effectuait sa routine d’entraînement avant d’aller tuer des Arbols, trois ou quatre en général, ces créatures ne lui posant plus aucun souci depuis qu’il avait trouvé la technique parfaite pour les abattre et récupérer des ressources.

A chaque trajet qu’il faisait pour partir en chasse ou bien pour revenir au campement, il faisait de plus en plus attention à la végétation qu’il rencontrait, attentif aux diverses espèces de plantes grimpantes ou même aux nuances de couleurs présentes sur les herbacées rencontrées.

Son livre lui avait en effet appris énormément de choses, chaque type d’herbe pouvant être trouvé comprenant des grades de qualité différents, et des effets plus ou moins puissants suivant la manière dont elles étaient récoltées ou bien conservées.

Il était bien sûr très loin de tout connaître, mais enrichir son savoir lui donnait un sentiment d’accomplissement qui lui servait de béquille alors que ses émotions se fanaient de plus en plus au fil des jours qui passaient. De plus, cela remplissait chaque jour un peu plus son Codex, auquel il avait accès d’une simple pensée.

Il faisait également attention à n’aller que dans des parties de la forêt qu’il n’avait pas encore exploré, se dirigeant grâce à la carte fournie par son interface.

Ainsi, une après-midi où il se promenait dans la partie Est de la forêt, à l’opposé de là où il avait posé ses divers pièges, il trouva plusieurs plantes qui pouvaient s’avérer forts utiles si elles étaient utilisées correctement.

Sur les troncs d’arbres, à peu près sur une vingtaine de mètres de diamètre, des Dendrion Rouge poussaient comme de la mauvaise herbe et n’attendaient que d’être cueillis par le premier qui les reconnaitrait.

Ils formaient comme des marches autour des troncs qu’ils parasitaient, leurs feuilles aussi larges et ayant la même forme que des nénuphars, tissant un réseau de petites tiges fines et transparentes qui reliaient les différents arbres sur lesquels ils se trouvaient. L’on aurait presque dit des toiles d’araignées qui auraient étés tissées par quelque créature magique inconnue.

Les Dendrions Rouges étaient des plantes relativement communes, mais pas dans cette partie du continent ordinairement, et ils avaient une variété d’utilisations qui en faisait des ingrédients particulièrement recherchés dans le monde de l’herboristerie et de l’alchimie.

On s’en servait pour créer des potions de soins mineur, savoir acquis par Marlon grâce au livre qu’il avait acheté, ou bien encore pour créer des décoctions de repousse capillaire.

A se rappeler les vendeurs à la sauvette dans la capitale, il se demanda si la population n’avait pas un problème de calvitie récurrent dans cette partie du monde, et il toucha instinctivement sa propre chevelure pour s’assurer qu’elle ne se mettait pas à tomber, tirant de Loki un ricanement moqueur qu’il préféra ignorer.

L’ombre un peu plus épaisse fournie par les Dendrions recelaient également une autre trouvaille intéressante, qui était celle-là beaucoup moins commune que ces derniers.

De l’Amanite Cyanosée. C’était également une espèce qu’il avait découvert grâce à son ouvrage d’herboristerie. L’Amanite était un champignon violacé qui était utilisé dans la création d’antidotes ou bien de poisons foudroyants, tout dépendant de la quantité fournie et de la recette qui était suivie. Le pied était d’un blanc limpide, ce qui jurait avec la tête violette du champignon, et Marlon fut très content de tomber sur cette espèce de fungus, car c’était quelque chose d’encore plus recherché que le Dendrion, d’après son livre.

L’Amanite Cyanosée se nourrissait des petits insectes qui venaient se poser sur sa tête, les empoisonnant dès l’instant où leurs pattes entraient en contact avec elle et décomposant les chairs de ses proies en les absorbant par osmose, ne laissant aucune trace de ses méfaits pour ses prochaines victimes.

Il fut prudent en les récoltant, les emballant dans plusieurs épaisseurs de feuilles vertes bien épaisses avant de les ranger dans un vêtement et d’empaqueter le tout avec un peu de corde effilochée qu’il lui restait.

Il avait compris que l’écosystème de ce continent était très interdépendant. Chaque plante, chaque liane, chaque insecte avait son utilité, sa fonction précise, et tous fonctionnaient en symbiose par rapport à d’autres éléments naturels. Il se garda donc de récolter l’entièreté de ses trouvailles, et surtout de récolter des parts relativement égales pour ne pas perturber cette balance délicate. Cela lui serait utile sur le moyen terme s’il voulait retrouver de ces plantes sans avoir à refouiller l’entièreté de la forêt.

Toutes ses trouvailles avaient une place près de sa tente, et le tas commençait à être conséquent, entre les peaux de loups, les écorces d’Arbol et les paquets de plantes et herbes qu’il avait récoltés depuis son arrivée devant la forêt de Cronande.

Durant ces sept jours, il ne dormit pas beaucoup, et uniquement la journée, ne voulant en aucun cas revivre la nuit infernale durant laquelle il s’était fait attaquer par les loups.

Pour passer les nuits, outre la lecture assidue de son ouvrage, qu’il avait fini et s’appliquait maintenant à relire pour bien enregistrer toutes les informations qu’il contenait, il s’éfforçait de tester divers mélanges d’herbes et autres plantes pour améliorer ses connaissances en alchimie.

Il y avait des règles de bases qu’il avait déjà compris, même si le manque de matériel l’empêchait de faire de la vraie alchimie.

Cela lui avait demandé de nombreuses tentatives, dont la plupart s’avérèrent être des échecs monumentaux.

Avec ce qu’il avait à sa disposition, il ne pouvait préparer que deux types de recettes alchimiques : des décoctions et des pâtes.

Les décoctions pouvaient être considérées comme des soupes dans lesquelles il infusait ou écrasait divers ingédients, les mélangeant sans interruption pour éviter que la chaleur ne soit trop forte et ne rende le tout totalement inefficace, chose très difficile à faire sur un feu de camp qui ne possédait pas de stabilité à proprement parler.

La solution avait été de surélever légèrement sa marmite pour que les flammes ne soient pas en contact direct avec le métal et ne corrompe pas ses décoctions à cause de la chaleur instable.

Pour ces dernières, il fallait des ingrédients possédant des vertus similaires et c’est là que son savoir en herboristerie s’avérait utile, mais il n’arriva qu’à créer une décoction empoisonnée grâce à cela.

Il avait mélangé de l’Amanite Cyanosée, du Lierre Soyeux déclenchant de l’urticaire mais soignant les crampes d’estomac et enfin du sang d’Arbol qui avait été mentionné dans son livre comme étant un bon nettoyant intestinal mais qui se transformait en puissant diarhéique si mal dosé.

Il avait du consommer un des deux antidotes qu’il possédait après avoir testé la solution sur lui, persuadé qu’il avait réussi à produire une solution pour redonner de l’énergie à quiconque la consommait. Malheureusement pour lui, seuls les effets négatifs des ingrédients avaient été conservés et aucun des effets positifs n’avait subsisté.

Loki avait beaucoup rigolé cette nuit là, et Luna s’était tenu éloignée de son maître jusqu’à ce qu’il aille se laver dans le ruisseau pour se débarasser des odeurs rémanentes.

Quant au deuxième type de création, les pâtes ou beaumes, elles étaient beaucoup plus simples à réaliser. Il suffisait d’un ingrédient unique, pilé ou déchiré, puis bouilli jusqu’à ce qu’il ne reste au fond de la marmite que cette fameuse pâte.

Il avait récupéré des feuilles sur un arbre nommé Liptus, qui possédaient une odeur mentholée très forte dès qu’on les portait au nez. Reconnues grâce à son ouvrage, encore une fois, il savait qu’elles possédaient des vertus désinfectantes, et il s’était donc empressé de créer ce fameux beaume avec.

Après plusieurs essais où la mixture avait brulée au fond de la marmite, il était enfin parvenu à obtenir ce qu’il voulait, mais n’avait pu le tester faute de blessure purulente à désinfecter. Il n’allait pas se blesser volontairement et laisser une plaie s’infecter pour le plaisir de vérifier ses effets, mais son savoir inné lui soufflait que le beaume aurait les effets désirés, ce qui lui suffit amplement.

La fameuse nuit où il réussit son mélange, il s’assit , épuisé par de nombreuses nuits sans sommeil et des repos trops courts lors des journées et soupira lourdement avant de s’adresser à Loki.

« Combien de temps penses-tu que je devrais rester dans cette forêt, Loki ? »

Le silence régna encore quelques secondes avant que l’IA ne réponde au jeune homme.

« En un peu plus d’une semaine, tu as abattu plus de trente Arbols et grâce à tes pièges, une vingtaine de loups sylvestres. Je pense d’ailleurs que tu devrais en changer les emplacements maintenant, les prédateurs vont commencer à se méfier. Ce qui fait plus de cinquante créatures en une semaine, donc cinquantes pièces d’argent…et tu as encore presque trois mois devant toi avant le début du tournoi. »

Le jeune homme hocha la tête, une absence d’émotions totale sur le visage si ce n’était de l’agacement à cause de la fatigue qui l’assaillait sans cesse.

« Un mois. Je vais rester encore un mois, a peu près. Si je continue à ce rythme, je vais pouvoir m’équiper pour toutes les professions et surtout acquérir d’autres livres comme celui là », dit-il en brandissant son ouvrage d’herboristerie.

« C’est un laps de temps qui me semble raisonnable. Mais reste prudent, une erreur est vite arrivée. »

Loki n’étaya pas plus avant sa réponse, mais il était intérieurement inquiet.

Inquiet que pendant ce laps de temps, la folie de Marlon ne passe encore un cap. Il se rappelait de son black-out, parfaitement même, et il avait pris alors conscience qu’ils avaient un gros problème sur les bras, bien plus qu’il ne l’aurait cru.

Le jeune homme avait divagué pendant des heures, parlant à sa mère décédée comme si elle était à ses cotés, frappant au hasard des arbres avec son épée en les prenant pour des créatures s’en prenant à lui ou bien à elle. Des phrases étranges avaient été prononcées, comme si sa personnalité s’était scindée en deux sous l’impact final qu’avait été la découverte du corps déchiqueté, sa voix changeant selon celui qui s’exprimait.

Il s’était roulé sur le sol, hurlant de rire ou pleurant à chaudes larmes, alternant entre les deux sans qu’aucune logique ne semble en faire partie.

Puis finalement, il était arrivé au camp, un miracle d’après l’IA qui n’avait cessé d’interpeller le jeune homme sans que celui-ci ne réponde une seule fois à ses appels, totalement coupé de la réalité.

Même sa chimère s’était tenue loin de lui, poussant des feulements sourds alors que le jeune homme avait continué à divaguer, discutant gaiement avec une personne n’existant plus.

L’IA n’avait pas de solutions pour le moment, estimant que le mieux pour le jeune homme serait effectivement d’aller voir Jacob, qui était celui à avoir le mieux cerné le problème de Marlon, l’ayant apparemment expérimenté lui-même, ou du moins quelque chose de proche. Et ne voulant pas braquer son poulain, il évita d’amener le sujet sur le tapis pour le moment.

Il essaierait de l’aiguiller avec délicatesse pour ne pas se retrouver confronté à un nouvel épisode délirant comme celui auquel il avait assisté, c’est tout ce qu’il pouvait faire pour le moment.

Après cette courte discussion, Marlon s’était recentré sur son entraînement, essayant de nouvelles combinaisons de runes avec des écorces d’Arbol comme support et leur sang comme catalyseur.

Pour une fois, il ne lui fallut pas longtemps pour trouver une nouveauté qui lui servirait sans aucun doute énormément dans l’avenir.

Combinant Vie et Absorption, il vit l’intrication runique s’illuminer puis se consumer comme toute celles qu’il connaissait déjà. Dans son intention il avait ciblé un arbre lui faisant face, et il sentit une vitalité nouvelle envahir son être alors que ses feuilles se flétrissaient instantanément et que son écorce noircissait légèrement.

Cela ne fut bien entendu pas suffisant pour tuer la plante centenaire qu’il avait ciblé, mais les effets étaient bien plus que suffisants pour ce qu’il pourrait en faire. Il refit un essai, s’infligeant cette fois-ci une entaille légère à la main, et celle-ci se résorba partiellement alors qu’il réutilisa le même sort sur son mannequin géant d’entraînement.

Ce n’était pas aussi efficace que son sort de soin, mais il se sentait bien plus énergique, plus…vivant. Comme s’il absorbait directement la vie de sa cible, sa vitalité, son essence même. Ses yeux se mirent à briller et un grand sourire apparut sur son visage alors qu’il imaginait toutes les possibilités de sa nouvelle trouvaille.

Une forte odeur de chocolat chaud avait envahi l’air et les sons environnants s’étaient assourdis pendant quelques secondes alors qu’une phrase parvenait à ses oreilles.

« Ho quelle magnifique trouvaille, mon ange… »

Interloqué, Marlon releva la tête, ouvrant la bouche pour demander à Loki l’origine de ce nouveau surnom, mais il se tut. La voix n’avait pas la même intonation que l’IA, une chaleur certaine s’en dégageait et le rassurait profondément.

La partie consciente de son esprit qui voulait hurler de peur devant ce qu’impliquait d’entendre la voix qu’il semblait avoir reconnu se tut, bâillonnée par son inconscient qui lui souffla qu’un moment d’égarement n’était rien. Après tout, il avait le droit à un peu de réconfort, quel que soit son origine.

Loki n’entendit pas le discours intérieur de Marlon, pas plus qu’il ne perçut le conflit intérieur qui venait de se passer en lui, la folie du jeune homme occultant parfaitement toute perception que pouvait avoir l’IA de sa conscience.

L’odeur marquante disparut aussi vite qu’elle était apparue, et les sons revinrent à la normale.

Les jours défilèrent donc ainsi, entre routine journalière de chasse, expérimentations diverses, qu’elles soient alchimiques ou runiques, et troubles intérieurs de Marlon. Aucun évènement particulier ne vint perturber ce quotidien que le jeune homme trouvait de plus en plus monotone, si ce n’était le changement des pièges à fosse, qu’il déplaçait tous les trois ou quatre jours pour éviter de faire baisser son ratio de chasse.

Plus rien ne le perturbait ni ne l’émulait. Il s’ennuyait, entassant jour après jour de plus en plus de carrés de peaux lupines, préparant des sorts grâce aux écorces et au sang récupéré sur les Arbols, et s’entraînant. Encore et toujours les mêmes gestes, les mêmes repas, les mêmes discussions monotones…

Jusqu’au vingtième jour de chasse.

Dans la matinée, Marlon releva ses pièges comme d’habitude, ramenant les cadavres de loups tombés dans les fosses jusqu’au camp avant de les dépecer et de récupérer les matériaux dont il avait l’utilité. Il se dirigea vers le piège à contrepoids en dernier, rituel qu’il avait adopté depuis le fameux jour où il avait trouvé les restes du corps humain accroché dessus, d’un pas blasé, l’épée toujours en main ou une quelconque créature serait présente, lorsqu’il entendit des cris.

Des appels à l’aide, plus exactement. Et une voix féminine l’interpellait entre deux cris, l’encourageant toujours plus à avancer à se dépêcher.

« Ta prochaine proie est là, mon ange. »

La voix était devenue plus nette, comme si elle se trouvait juste à quelques mètres de lui. Et encore cette odeur chocolatée qui prenait le dessus sur ses sens alors que les sons alentours s’atténuaient fortement, comme s’il se trouvait dans un morceau de coton l’entourant.

Alors que ses pas s’accéléraient et que les feuilles mortes craquaient allégrement sous ses enjambées de plus en plus pressées, il aperçut une silhouette drapée de blanc apparaître furtivement derrière un arbre.

Quand il arriva à sa hauteur, elle avait disparu. Mais il la vit de nouveau, quelques mètres plus loin, une main délicate l’invitant à la rejoindre alors que la silhouette s’estompait de nouveau derrière un conifère verdoyant.

Les cris résonnaient toujours au loin, et il comprenait maintenant ce qu’ils disaient.

« Quelqu’un ! A l’aide, s’il vous plaît ! Je vous en supplie, que quelqu’un vienne m’aider ! »

« Allez, tu y es presque, mon ange. Encore quelques mètres et tu pourras apaiser ma colère, ma tristesse. Ha, si tu savais à quel point j’ai attendu cet instant… »

Il aperçut entre deux clignements d’yeux le visage souriant de la femme habillée de blanc et un sourire fit une apparition furtive sur son visage. La partie consciente de son esprit reprit cependant le dessus et il continua de se diriger vers les cris de plus en plus sonores de quiconque était pris dans son piège.

Son cœur battait follement dans sa poitrine, son cerveau était un amas de pensées chaotiques qui s’affrontaient violemment en tentant de poser un semblant de normalité dans ce qu’il était en train de vivre, sans grand succès. Des larmes coulaient de nouveau sur ses joues depuis qu’il avait reconnu la silhouette lui faisant signe avec indolence et sympathie.

Il arriva enfin à l’emplacement de son piège et vit un jeune homme suspendu la tête à l’envers au-dessus du sol, de long cheveux noirs de jais couvrant son visage et ses bras battant désespérément l’air en tentant de trouver un semblant de prise pour se sortir de cette situation désespérée.

Entendant les bruits de pas non loin de lui, il rabattit ses cheveux et sourit en voyant Marlon, le visage rouge d’être resté à l’envers si longtemps. Il ne faudrait pas beaucoup plus de temps pour qu’il perde connaissance.

« Ho mon dieu, enfin ! Aide-moi s’il te plaît ! Je suis tombé dans le piège qu’un abruti a posé ici, et je ne veux pas perdre une vie à cause de ces conneries ! Tu es bien un joueur de Néo-Life toi aussi, hein ? Allez, aide un camarade dans le besoin, je t’en serais redevable ! »

La silhouette en blanc était de nouveau apparue, se tenant juste à côté de celui qui venait de s’avérer être un joueur également, un grand sourire sur les lèvres, regardant le personnage pendu par les pieds comme une confiserie très appétante. La perception de Marlon fut tout à coup amoindrie, ses narines encore envahies par l’odeur chocolatée alors qu’elle lui parla d’une voix douce et chaleureuse, une voix aimante.

« Venge-moi, mon ange. Massacre-les tous, tous ceux qui sont sur ton chemin, sans aucune pitié… »

Marlon approcha de la silhouette suspendue, des larmes coulant toujours sur son visage, et il n’accorda pas un seul regard à sa proie avant de transpercer son abdomen de son épée, la retirant d’un mouvement sec et vertical, du sang et des tripes jaillissant à gros bouillons alors que des gargouillements s’échappaient dorénavant de la bouche de sa victime qui avait cru être libérée jusqu’au dernier moment.

Voulant bien faire, il sortit un support d’écorce sur lequel il avait tracé sa nouvelle combinaison de runes et finalisa le dessin avec un sourire chaleureux sur les lèvres.

Une fumée noire et verte s’éleva alors de l’écorce lorsqu’elle se consuma et le corps agonisant de sa victime devint flétri, comme s’il avait séché sur place. Les borborygmes s’éteignirent d’eux-mêmes et Marlon sentit une énergie incroyable pénétrer en lui, comme si l’on venait de doper son existence avec quelque chose de mieux que toute l’adrénaline du monde pourrait lui apporter.

La femme vêtue de blanc tendit alors ses deux mains vers lui et fit comme si elle voulait caresser son visage, des larmes rouges coulant sur ses joues d’albâtre, un sourire si aimant sur le visage.

Il absorba négligemment la rune qui venait de se former sous le corps de sa proie, lisant nonchalamment le message fourni par l’interface du système.

Ding

Vous avez appris la rune Esprit.

« Bien joué, gamin. Encore une rune qui devrait s’avérer utile ! Encore quelques centaines comme celle-ci et tu seras un vrai maître ! Hé, ça va ? Tu as l’air absent… »

Marlon secoua la tête et vit que la silhouette en blanc s’était éloignée, disparaissant sous les arbres en saluant le jeune homme qui venait d’accomplir sa volonté, un rire léger résonnant sous la canopée de Cronande et s’éteignant progressivement.

« Tout va bien, Maman. Je te rendrais fière ne t’inquiètes pas. »

« Eu…moi c’est Loki, gamin. Ça y est, on t’a perdu ? Ton cerveau a fini de disjoncter ? »

« Haha, non, non. Je rigolais, bien sûr. Ne t’inquiète pas, tout va bien, Loki. Je vais bien. On peut rentrer au camp maintenant, je m’occuperais de nettoyer tout cela demain. »

L’un comme l’autre savait pertinemment que rien n’allait, et que la folie de Marlon allait devenir problématique. Même ce dernier était conscient que son esprit de dégradait, et il lui fallait trouver une solution, avant que cela ne devienne trop difficile.

Mais cette pensée fut reléguée au second plan, supplantée par le bonheur qu’il avait ressenti à voir sa mère lui sourire. Elle était revenue, et elle semblait heureuse également, c’est tout ce qui comptait.

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