Nefolwyrth
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Chapitre 8 – Revenu seul

-1-

L’aube révélait les contours de la cité de Lucécie. Le chariot arrivait à l’est, conduit par Frem et secondé par sa masse.

Nÿzel avait fini par me rejoindre à l’arrière pendant que je somnolais. Malgré leur présence, je n’eus aucun mal à m’endormir après tout ce que j’avais enduré la veille. Rester coucher à même le bois n’était pas si terrible une fois qu’on avait oublié toute notion de confort..

Pourtant, je me sentais éreinté dès le matin. La perspective de cette nouvelle journée rouvrait la plaie comme s’il était encore fraîche. J’étais rentré sans Nojù.

Nÿzel : « Tu en tires une de ces têtes, Prince Lucéard ! »

J’ignorai pourquoi celui-ci s’évertuait à faire précéder mon prénom de mon titre. Peut-être était-ce trop irrespectueux de se contenter de me tutoyer. Son attitude n’avait pas vraiment de sens.

Lucéard : « Je n’ai pas très bien dormi. »

Il aurait été difficile de remettre en question ce fait. Mais mon humeur n’avait rien à voir avec cela, et le bandit me parut comprendre aussitôt de quoi il s’agissait. Il abandonna quelques instants son rôle de mauvais garçon.

Nÿzel : « …Allez, tiens bon, on est tous dans le même bateau. »

Il avait beau être celui qui retenait ma sœur prisonnière, j’appréciai qu’il ne fasse aucune mention de tout ce qui pourrait la concerner.

Lucéard : « Nÿzel, c’est bien ça ? Sans vouloir être indiscret, tu es plutôt bien éduqué, ça s’entend quand tu parles. Tu ne cacherais pas quelque chose ? »

Plutôt que de supporter ce silence gênant, je décidai d’entamer la conversation.

Nÿzel : « Ah, ça, je ne peux pas le dire. C’est du passé de toute façon. Désormais, je suis complètement hors-la-loi ! …Même si je dois reconnaître que je n’ai pas l’impression d’en être un. »

Il soupira à l’idée que son rêve de banditisme eut pris une drôle de tournure.

Frem : « Enfin, c’est plus qu’une question de jours avant qu’on ne quitte Azulith. »

Notre chauffeur suivait la discussion depuis son poste et n’hésita pas à rappeler Nÿzel à l’évidence.

J’ai l’impression d’avoir déjà entendu quelque chose du genre.

Lucéard : « Vous allez être…bannis ? »

M’essayant à une hypothèse, je compris au claquement de langue de Frem que j’avais tapé dans le mille.

Frem : « Quelque chose du genre, oui. Tout ça parce qu’un gamin de 16 ans s’est infiltré dans notre repaire, à tout casser et s’est enfui. Le gars qui supervise Lusio a fait en sorte qu’on soit congédiés pour ça. »

Pour qui il se prend ? Il ne doit pas avoir cinq ans de plus que moi.

Je fis à peine mine d’être désolé.

Lucéard : « Oh, je suis navré. »

Frem : « Tu peux ! »

Imperméable à l’ironie, Frem semblait satisfait.

Nÿzel : « Encore une fois, t’es à côté de la plaque, Frem. »

Nÿzel était habitué à interagir avec ce genre d’anti-génie, mais cela ne l’empêchait pas d’être cynique.

Frem : « Quoi ? »

Personne ne prit la peine de lui expliquer.

Bien trop tôt, le chariot s’arrêta.

Frem : « On y est ! »

Je posai les pieds sur la terre ferme, à contrecœur. Rien n’avait changé ici.

Dans un premier temps, on se dirigea vers la place principale. Je restais en arrière, ma capuche couvrait le haut de mon visage.

Sur notre chemin, un large bâtiment, désaffecté depuis bien longtemps, était en rénovation. Du reste, tout me parut identique. Cela ne faisait après tout que deux mois que j’étais parti. Néanmoins, toutes ces visions et ces odeurs me semblaient provenir d’une vie antérieure.

On finit par atteindre la place centrale. Nÿzel nous fit face devant le large panneau de la ville où étaient placardées diverses informations. Il semblait contrarié.

Nÿzel : « Pas d’erreur, c’est bien aujourd’hui. »

Frem ne passait pas inaperçu avec son arme fétiche, et les habitants nous regardaient du coin de l’œil alors que Nÿzel s’apprêtait à nous faire part de son plan.

Nÿzel : « Frem et moi, nous allons guetter autour de la place d’exécution pour empêcher que Baldus n’intervienne. De ton côté, Prince Lucéard, il faut que tu demandes au Duc de gracier Agris. »

Agris, hein ? J’imagine qu’il ignore son nom de famille.

Il prit une pause avant d’aborder un sujet délicat.

Nÿzel : « Désolé de te demander ça, mais il faudrait que tu écourtes autant que possible tes retrouvailles. Nous savons seulement que l’exécution est prévue pour cet après-midi. Et Baldus risque de s’en mêler avant. »

Lucéard : « Compris. »

J’obtempérai docilement. Il ne fallait pas traîner. Je ne m’attendais pas à obtenir une grâce de mon père, mais je devais au moins l’interroger sur son étrange comportement. Pour être tout à fait honnête, je savais très bien que cette histoire d’exécution allait passer inaperçue dans notre conversation. Mon cœur se serrait à l’idée de devoir affronter son regard.

-2-

Je me retrouvais face au palais, moins confiant que jamais.

Les gardes postés à l’entrée se montrèrent de plus en plus méfiants à mesure que j’approchais.

Garde : « Vous là ! Que faites-vous ici ? »

La capuche que je revêtais tomba en arrière, révélant le visage du prince disparu. La réaction de stupéfaction des gardes m’indiqua qu’ils m’avaient reconnu.

Garde : « M-mon Prince ! »

Les courtisans qui eurent la chance d’entendre se tournèrent dans ma direction. Ils essayaient de se rapprocher de l’allée principale pour m’apercevoir. Que pouvaient-ils penser ? Je craignais que mon père ne pense les mêmes choses. Pour eux, qu’étais-je devenu ?

Ma voix tremblait d’appréhension.

Lucéard : « Emmenez-moi auprès du Duc. »

Sans même que je ne sois annoncé, on me laissa entrer dans le bureau de mon père. Celui-ci était assis et s’occupait de la paperasse qui ne cessait de s’accumuler. Son visage était le même que le mien, comme si ces deux mois l’avaient changé à tout jamais.

Illiam : « Que me vaut cette visite ? »

La porte s’était refermée derrière moi. Je ne pouvais que baisser les yeux, alors que mon père les levait pour apercevoir son mystérieux invité.

Sa plume lui glissa des mains. Il restait immobile, ne pouvant pas assimiler une telle vérité en aussi peu de temps.

Lucéard : « … »

Qu’importe mes efforts, aucun mot ne sortait. Il y avait tant à dire, mais reconnaître la réalité dans sa forme la plus simple était toujours bien trop difficile.

Illiam : « … »

Ce silence me parut une éternité. J’osais à peine imaginer ce qu’il pouvait ressentir. Je serrai poings et dents avant de me lancer.

Lucéard : « Père… Je suis désolé… Je suis revenu seul… »

Je grimaçais en réalisant l’ampleur de mon échec. Tous mes choix n’avaient engendré que la souffrance de l’homme en face de moi. Pourtant, sa réaction était à l’opposée de celle que j’attendais. Plutôt que de me haïr, plutôt que de sombrer dans le désespoir en apprenant enfin le décès de sa fille, l’émotion qui le dominait était sans l’ombre d’un doute le soulagement.

Illiam : « Tu n’as pas à t’excuser. Tu as pu revenir en vie, et c’est déjà bien au-delà de mes espoirs. Tu es maintenant tout ce qu’il me reste, mon fils. »

Pour lui qui s’était résigné à avoir perdu sa femme ainsi que ses deux enfants, ma venue se révélait être une bénédiction. Malgré tout, entendre de ma bouche que Nojù ne reviendrait plus l’avait une fois de plus brisé.

La main du garde derrière moi tremblait, produisant un léger cliquetis métallique. Je me sentais plus mal que jamais.

Mon père s’approchait et mit ses mains gantées sur mes épaules, qu’il tenait fermement. Il me dévisagea longuement. Peut-être ne savait-il pas quoi faire de plus pour endiguer mon malheur.

Illiam : « Tu as tellement changé depuis la dernière fois où je t’ai vu. »

Sa voix était si faible. Lui aussi avait changé. Sa présence n’avait plus rien d’intimidant. Cette tragédie avait été de trop pour lui qui avait à peine accepté la mort de l’amour de sa vie survenue il y a 10 ans.

Illiam : « Nous ne sommes pas seuls, mon fils, n’en doute jamais. Même si ce palais te semble vide, tu y trouveras toujours ta famille. »

Chacun de ses mots rendaient tout plus douloureux encore. Même si notre petite famille n’avait plus que deux membres, la famille royale et celle de ma mère étaient toujours bien là. Je n’osais imaginer ce qu’ils avaient dû subir.

Lucéard : « J’aurai dû donner signe de vie plus tôt… Mais j’avais peur que… »

Toujours accablé par la détresse et la crainte, je peinais à m’exprimer.

Lucéard : « J’avais peur de vous revoir. »

Faisant taire sa propre tristesse, mon père s’affaira à tenter de me consoler.

Illiam : « Tu n’as pas à t’en vouloir. Quoique j’ai pu dire ou penser, tu as fait ce qui pouvait me rendre le plus fier. »

Le garde derrière nous reniflait bruyamment.

Illiam : « Tu seras en sécurité ici. Je ne laisserai plus personne faire de mal à notre famille. »

Il se fit aussi rassurant que possible. Mais son attitude me parut contradictoire. Tenté par la promesse de revenir à ma vie d’avant, je choisis d’ignorer ce détail. Cependant, je savais bien que cette vie ne reviendrait pas. J’osai pour la première fois affronter son regard. Je me reculai, à sa grande stupéfaction. Ma voix tremblait.

Lucéard : « Je suis encore une fois désolé, Père. …Mais je ne peux rester. »

Cela signifiait pour lui qu’il allait encore vivre loin du reste des siens. Ce palais était trop large pour lui seul. J’en avais conscience.

Illiam : « Que dis-tu… ? »

C’était pourtant logique. C’était pourtant la seule chose sensée à faire. S’acharner à vivre normalement après ça était vain, et les mêmes tragédies finiraient par se répéter jusqu’à ce qu’on ose faire le bon choix.

Lucéard : « J’ai pris ma décision. Je ne reviendrai pas ici tant que je ne saurai pas pourquoi Nojù a dû mourir. Je ne reviendrai pas avant d’avoir détruit cette organisation qui m’a tout pris. »

Ce qui l’étonna, plus encore que le contenu de mes paroles, était le ton avec lequel je les avais déclamées. Là où mes mots auraient dû porter toute ma haine, on ne pouvait y entendre qu’une pure détermination.

Illiam : « En deux mois, tu as perdu toutes tes manières de prince, Lucéard. »

Il sourit en coin, avec amertume.

Illiam : « Mais tu n’as jamais autant ressemblé à ta mère. »

Le Duc de Lucécie savait d’avance quelle tournure allait prendre les événements et tenta de se montrer ferme, mettant fin à nos retrouvailles.

Illiam : « Si je te laisse partir, tu connaîtras la même fin qu’elle. Reste, Lucéard. »

Lucéard : « Hors de question. Je ne reviendrai jamais vraiment ici de toute façon. Le Lucéard que j’étais est mort avec sa sœur ! La seule chose que je peux faire est d’empêcher que tout ça n’arrive à quelqu’un d’autre ! »

Je m’en voulais aussitôt d’avoir haussé le ton. Mes mots avaient dépassé ma pensée. Cela avait suffit à décourager mon père.

Illiam : « Encore une fois, je suis totalement impuissant… Mais au moins, j’aimerai que tu me promettes quelque chose. »

Le voir dans un tel état, lui qui était toujours inflexible, rajoutait à ma peine. Je ne pouvais que l’écouter.

Illiam : « Reviens en vie, Lucéard. »

L’espace d’un instant, je crus entendre la voix d’une autre personne lorsqu’il prononça ces mots.

Lucéard : « …Je n’ai pas l’intention de mourir. Je repartirai demain au plus tard. »

L’idée de passer ma soirée ici ne m’enchantait pas le moins du monde. C’était pratiquement une concession, mais je lui devais bien ça.

Illiam : « Vraiment… Il n’y a que des têtes de mule dans cette famille. »

C’était peut-être là une tentative de sa part d’adoucir l’atmosphère, cependant, son désarroi gâchait toute la légèreté de cette remarque.

Lucéard : « Père…pourrais-tu m’en dire plus sur ce qui est arrivé à Mère ? Il y a un rapport avec ce qu’il s’est passé il y a deux mois, je me trompe ? »

Le Duc aurait dû s’y attendre et grimaçait à l’idée de faire obstacle à ma quête de vérité.

Illiam : « Je te l’ai déjà dit… Je ne peux en parler sous aucun prétexte. »

L’avait-il promis ? Mais était-ce un prétexte suffisant ? Ses informations auraient pu s’avérer cruciales. J’hésitai à insister.

Illiam : « Lucéard, tu m’as l’air d’être venu ici pour une raison particulière. Ne serait-il pas temps de tout me dire ? »

Il changea habilement de sujet. En effet, j’avais une mission. Mission que j’avais facilement oubliée après cette brève discussion.

Lucéard : « Oh… C’est vrai… »

Le regard de mon père se fit plus sévère, comme s’il reprenait du poil de la bête.

Lucéard : « Il n’y aurait pas une exécution dans les prochaines heures ? Une dénommée Agris ? »

Je rentrai aussitôt dans le vif du sujet. Le Duc hocha la tête avec intérêt.

Illiam : « C’est bien ça. Je comptais justement m’y rendre, tout cela m’intrigue. Je ne me souviens pas de son jugement, pourtant, quand la peine capitale est encourue, j’essaye autant que possible d’assister au procès. »

Il m’apporta le compte-rendu du dit procès, qui trônait sur son bureau. Je le lus avec attention. Tout y était banal. Mais un détail attira mon attention.

Lucéard : « J’ai compris… Cette date… C’est le jour après mon enlèvement. Vous n’avez pas pu assister à ce procès car vous étiez en déplacement à la capitale. Autrement dit, c’est votre conseiller qui a dû s’y rendre. »

Ma dernière phrase était particulièrement sèche, impliquant que je mettais la faute sur cet homme que je n’avais jamais pu encadrer.

Illiam : « Monsieur Rhaegoriath et moi-même partageons la même opinion concernant la peine capitale, il n’est pas à blâmer. S’il l’a préconisé, il faut en conclure qu’il avait ses raisons. »

Quoi qu’il en fut, le moment était venu.

Lucéard : « Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour vous demander de gracier cette condamnée, Père. »

Il vit dans mon regard que j’étais sérieux, et il en soupira.

Illiam : « C’est bien ce que je craignais. Dans quoi t’es-tu impliqué, mon pauvre fils ? »

Lucéard : « Quelqu’un compte sans doute lui porter secours, et cela pourrait s’avérer très dangereux. »

Malgré mon ton menaçant, le Duc ne semblait pas impressionné.

Illiam : « Eh bien ? Je ne pense pas qu’il puisse venir à bout de la garde à lui tout seul, et s’il le faut, il me suffit d’envoyer un mage de la Cour, ou encore un chevalier. Je ne vois pas vraiment où tu veux en venir… »

Il avait pourtant raison, le problème ne venait pas de là. Je me sentais pourtant obligé d’insister. Mon père me fit avouer les véritables motifs qui m’avaient poussé à coopérer.

Lucéard : « Il y aura toujours au moins une victime à déplorer. Je ne pense pas qu’il repartira sans sa sœur. »

Son regard changea. Le Duc semblait chagriné par mon comportement. J’y compris ma propre raison d’agir.

Illiam : « Sa sœur… Je vois… C’est donc pour ça… »

Je ne pouvais que détourner les yeux. Je me sentais honteux.

Lucéard : « C’est juste que… »

Je ne pouvais même pas tenter de me justifier. Le voile était tombé.

Illiam : « Je ne peux rien promettre. Je vais étudier cette condamnation plus en détails, mais ne te fais pas d’illusion. On ne gracie pas des criminels. »

Je me sentais bête d’avoir suggéré ça en premier lieu. Je savais pourtant ce qu’il en était.

Lucéard : « Je comprends… »

Mon père devenait de plus en plus ferme à mesure que notre conversation progressait. C’était rassurant de le voir ainsi, néanmoins, il semblait à présent questionner mes activités.

Illiam : « Quand même… Tu me dois des explications. Est-ce bien raisonnable de suivre cette voie, Lucéard ? »

J’étais en train de prendre conscience de la situation. C’était en effet très discutable, mais les circonstances étaient trop complexes pour juste conclure que je m’étais allié avec les assassins de Nojù.

Lucéard : « N-ne vous en faites pas, Père. Je vais juste tenter de le retrouver et le raisonner avant le procès. Je serai prudent. »

Tout indiquait dans mon ton que j’avais conscience du danger auquel je m’exposais. Mon père fronça les sourcils pour communiquer son insatisfaction. Il finit par laisser couler, encore une fois.

Illiam : « Ne rentre pas trop tard. Et, si tu as un instant, ce serait aimable de ta part d’aller saluer ton majordome…ainsi que Madeleine. »

Lucéard : « J’y penserai… Au revoir, Père. »

Je me frottai les yeux après avoir quitté son bureau. Tout cela était bien trop pénible à entendre. Je savais pourtant ce que signifiait retourner au Palais. Néanmoins, le vivre était tout autre chose.

Je fuyais autant que possible tout ce que je connaissais. C’était presque comme si je niais que cet endroit puisse encore exister. Je m’éloignai du Palais le plus vite possible. Une fois dehors, j’engloutis ce que m’avait préparé Madame Pénumbra.

-3-

J’avais plus ou moins retrouvé mon calme alors que j’approchais du quartier militaire. A l’Ouest de la demeure ducale, tout en étant à la périphérie de la ville, la base de la garde de Lucécie s’élevait fièrement, comme pour tenter de faire de l’ombre à la forteresse qui servait de QG aux chevaliers de notre cité. Entre ces deux structures, il y avait une prison dont l’architecture récente lui conférait une atmosphère paisible. Quelques autres bâtiments épars encadraient une route étroite menant à une place que l’on utilisait uniquement pour les exécutions publiques.

Cette façon de rendre la justice était exemplaire, mais très peu populaire. Le peuple de Lucécie, en tout cas, n’appréciait pas ce genre de spectacle, pour la plupart…

Les prisonniers étaient encore forcés d’assister à l’exécution de l’un des leurs il n’y a pas plus de 50 ans. Mais ces ignominies paraissaient déjà loin. Certains envisageaient même de donner une nouvelle raison d’être à la place des exécutions. Et pourtant, le bourreau, lui, continuait son service.

Il n’y avait pas de raison de se sentir en danger ici. L’autorité du duché était partout.

Je surpris les gardes une fois de plus en leur révélant mon identité. Ils me laissèrent ainsi pénétrer dans le couloir de la mort. La demoiselle avec qui je souhaitais m’entretenir était au troisième étage. Les autres niveaux étaient tous destinés à ce que les condamnés ne puissent s’enfuir.

Il s’agissait cette fois-ci d’une vieille bâtisse mal éclairée. Le rez-de-chaussée était un débarras où le silence régnait, ce qui me permit d’entendre peu de temps après mon arrivée des bruits suspects provenant de l’extérieur. Je choisis de m’éloigner des escaliers pour me cacher derrière une large caisse en bois.

Un homme venait d’entrer. Ses pas lourds s’arrêtèrent tandis qu’il inspectait les alentours. Il haletait péniblement, comme s’il peinait à respirer. Je sentis au fond de moi qu’il s’agissait de Baldus.

Je me décidai alors à sortir la tête, je plissai les yeux. J’aperçus ses cheveux en pagaille, son teint pâle inquiétant, ainsi que ses yeux injectés de sang. Il fut aussi surpris de me voir que je ne l’étais.

Baldus : « Cette tenue… »

Sa voix était faiblarde, mais pourtant rauque, comme s’il avait hurlé toute la journée. Tout cela me confirmait qu’il était en piteux état.

Lucéard : « … »

Je restais sur mes gardes, choisissant de ne pas m’exposer à lui.

Baldus : « T’es là pour m’empêcher de libérer Agris…c’est ça ? »

Il tentait de parler sur un ton léger pour sauver les apparences. Ses pensées devaient être confuses, mais il ne s’était pas trompé.

Lucéard : « Frem et Nÿzel te cherchent. Tu as conscience que tu risques d’y passer si tu t’acharnes à vouloir sauver ta sœur ?»

Comme si je réprimandais un enfant, je fis en sorte d’être le plus clair possible.

Baldus : « Ça ne t’a pas arrêté, si j’me souviens bien. »

Même s’il paraissait affaibli sur tous les plans, il ne lui fallut qu’une phrase pour me couper le sifflet.

Baldus : « Et on peut savoir c’que tu fais avec ces deux joyeux lurons ? Bah, et puis, on s’en tape, reste planqué, ça vaut mieux pour toi, gamin. »

Prêt à dégainer son arsenal, il s’attendait à ce que je fasse du zèle. Pourtant, je continuais le dialogue, paisiblement.

Lucéard : « Tu ne portes même plus de masque, ton bouclier ne marche plus ? »

Feignant l’ignorance, je me servais de ce détail pour lui soutirer la vérité. Je soupçonnais déjà les raisons de son état actuel.

Baldus : « Mes expériences ont mal tourné. Mon corps s’est mis à produire la même substance que j’utilise dans mes élixirs. J’ai pu me forcer à dormir quelque fois grâce à mes poisons, mais plus rien marche depuis pas mal de temps… Franchement, je pensais que ne pas pioncer m’aurait fait clamser plus tôt que ça. »

Je remarquai pour la première fois sa curiosité scientifique. Son rire pénible et irrégulier s’intercalait entre ses mots. La situation était à présent limpide.

Lucéard : « Qu’est-ce que tu penses faire dans un tel état ? S’il te reste un peu de lucidité, rends-toi compte que c’est voué à l’échec. Ta sœur pourra éventuellement être graciée si tu ne gâches pas tout en la faisant s’évader. »

C’était, je l’avoue, un demi-mensonge. Je ne plaçais pas trop d’espoir dans son éventuelle grâce.

Baldus : « Tu m’crois benêt ?! Et qu’est-ce qui se passera si elle est pas graciée, petit génie ? »

Encore une fois, son raisonnement tenait la route. Mais son obsession n’avait rien de sage.

Trois gardes descendirent après avoir entendu des éclats de voix. Ils tombèrent chacun leurs tours avant même d’être arrivés en bas des escaliers.

Même si vous avez chaud, vous devriez garder vos casques…

Je commençais à douter du sérieux des défenseurs de cette cité.

Je profitais de l’occasion pour sortir de ma cachette. Un dard m’attendait, comme s’il avait anticipé ma réaction.

Ce fut la première entrée en scène de Caresse, dont le métal rouge para habilement le projectile. Baldus eut une absence, puis finit par signifier son étonnement.

Baldus : « Tiens ? Et ta magie alors ? Et c’est quoi cette épée ? On dirait qu’il s’en est passé des trucs en deux mois, gamin. T’as même pu parer un de mes dards. T’as vraiment des notions d’escrime alors ! »

Lucéard : « Pas vraiment. C’est surtout toi qui est beaucoup plus lent que la dernière fois. »

Je n’étais aucunement modeste, et j’en profitai pour pointer une vérité qu’il semblait ignorer.

Baldus : « T’as pris du tempérament aussi, petit prince. »

Le mal-être qui se lisait sur son visage décrédibilisait sa tentative de paraître sympathique. Il finit par lancer une boule au centre de la pièce, qui, en explosant, libéra une épaisse fumée violette. Que de bons souvenirs.

Baldus : « Bon, faut que je file. »

Il ramassa le projectile que j’avais repoussé avant de s’enfuir dans les escaliers. Je me lançais à sa poursuite, après m’être bouché le nez. Au prochain étage, tous les gardes étaient déjà dans les bras de Morphée. Baldus s’était arrêté. Il faisait face au dernier représentant de l’ordre dans cette pièce. Comme tous les autres gardes, ce dernier avait retiré son casque. Son épaisse chevelure rousse aurait de toute façon peiné à rentrer dans un modèle standard. Il devait à peu près avoir mon âge. Ses yeux bleus fixaient son adversaire avec assurance, son sourire se redressait, tout comme son menton, qui lui permettait d’afficher sa fierté, ainsi qu’une excitation non dissimulée.

???: « Je me présente : Ceirios Dydd, 147ème au classement annuel de l’école de chevalerie de Lucécie de l’an passé, et apprenti compagnon. Au nom de notre Duc, je vous arrête…et surtout… Surtout… »

Ses pupilles s’illuminèrent, il était sur le point de pleurer.

Ceirios : « Je suis tellement content qu’il arrive enfin quelque chose quand je suis de garde ! Surtout que c’était vraiment le dernier endroit où je m’attendais à servir à quelque chose !»

Je souriais en coin, ne sachant pas quoi penser de cet étrange numéro. Baldus l’ignora et lui lança un dard après l’avoir malgré tout écouté. Ce dernier le para seulement à la seule force de son bras.

Ceirios : « Ne pense pas m’avoir avec ça. …Même si en vérité, si je ne t’avais pas vu à l’œuvre à l’instant, je me serais fait avoir comme un bleu. »

On dirait qu’il pense à voix haute…

Excédé, Baldus lui en renvoya trois autres, qu’il repoussa de son bras droit avec aisance.

Ceirios : « Trop. Facile. »

Il se frotta le nez avec un air supérieur. A la différence des autres gardes qui avaient l’équipement complet, le gant qu’il portait à la main droite était fait d’un tissus épais. On pouvait voir un des dards plantés profondément à travers le vêtement.

Lucéard : « …V-vous en avez un dans la main, monsieur Dydd. »

Je pointais du doigt en direction de son bras après avoir soupiré.

Ceirios : « Ah. »

Il constata par lui-même que mon observation était exacte. Un long silence se fit. Baldus et moi attendions qu’il s’endorme d’une seconde à l’autre. Ceirios nous fixait tour à tour, et souriait poliment, il était tout sauf inconscient.

Baldus : « …Pourquoi tu dors pas ? »

Avant de répondre, Ceirios ôta l’arme empoisonnée et la jeta au sol, ne considérant même pas l’utiliser contre son propriétaire.

Ceirios : « Mon bras est recouvert de métal, tu ne peux pas l’atteindre avec un truc comme ça. »

Lucéard : « …Excusez-moi, mais votre gant n’est clairement pas en métal, regardez… »

J’essayais de le confronter à sa propre ignorance, mais il semblait toujours aussi sûr de lui. Son visage finit éventuellement par se décomposer après qu’il m’ait fixé longuement.

Ceirios : « M-mon Prince ?! Je ne vous avais pas reconnu ! Ohlala, mais que faire ??? C’est un honneur de vous rencontrer ! Oh, c’est pas le moment ! Mais euh, pour répondre à votre question, j’ai eu un accident et mon bras est littéralement recouvert de métal, mais je cache le tout avec un gant ! Haha ! J’arrive pas à croire que je suis en train de parler au prince Lucéard de Lucécie ! Je sens que je vais m’évanouir ! »

Il est si nerveux tout à coup. …Et il se sent vraiment obligé de partager son ressenti avec nous ?

Il gesticulait dans tous les sens, ce qui me divertissait vaguement. Je réalisais alors le sens de ses mots. Son accident avait dû être douloureux.

Lucéard : « Mais comment pouvez-vous mouvoir votre bras normalement, alors ? »

Baldus, à moitié absent, écoutait d’une oreille, curieux d’en entendre plus concernant ce miracle.

Ceirios : « Ah, ça… C’est une longue histoire. »

Il se frotta la tête, plongeant dans des souvenirs que j’étais incapable d’imaginer. Il finit par se ressaisir.

Ceirios : « Mon prince, sans vouloir vous offenser, il y a un intrus dangereux dans la salle, nous n’avons pas le temps de parler ! Même si…je dois reconnaître que si cette discussion me permettait de me faire une réputation, ce pourrait être intéressant. C’est carrément une occasion en or, en fait.»

Si la situation est vraiment si urgente, retenez-vous de penser à haute voix.

Ceirios : « Bien, on en reparlera après que j’en ai fini avec lui ! …Euh enfin si vous le voulez bien ! »

Il avait vraisemblablement du mal à soutenir le niveau de son langage.

Baldus fixait le plafond, comme s’il somnolait. Ceirios serra le poing droit dont des étincelles jaillirent à travers le gant. Il bondit sur l’insomniaque en hurlant avec enthousiasme.

Ceirios : « Foudro-poing ! »

Baldus réussit à éviter le coup de justesse et rendit une droite à son adversaire qui renversa un meuble dans sa chute. Le bandit partit ensuite en zigzagant en direction des prochains escaliers.

Restant à bonne distance, je m’assurai du coin de l’œil que Ceirios n’était pas trop amoché.

Ceirios : « Zut, je fais mauvaise impression devant la famille royale… »

Il se releva d’un bond et nous partîmes tous deux à la poursuite de Baldus.

Ceirios : « Reveneeez ! »

Au deuxième niveau, tout le monde dormait déjà. Baldus était essoufflé mais gravissait vaillamment les marches au bout de la pièce. Il venait de monter dans l’estime de Ceirios.

Ceirios : « Il est motivé ! »

C’est vraiment nécessaire comme remarque ?

Baldus dévala les escaliers dans la seconde qui suivit, il avait pu voir une silhouette apparaître fugacement avant d’être repoussé. Le hors-la-loi était à présent au sol, sur le dos. Il se redressa, et attrapa son bras pour constater l’ampleur des dégâts.

Baldus : « J’me sens un peu plus frais maintenant que je saigne. »

???: « Bientôt tu ne sentiras plus rien du tout. »

Tous levèrent la tête en direction de cette voix tonitruante.

En un mouvement véloce, des griffes rouillées surgirent des manches du nouvel arrivant et plongèrent sur le pauvre malfrat qui gisait par terre.

Lucéard : « AUXILIA EIUS ! »

Comprenant aussitôt que Baldus n’y survivrait pas, la flûte-double conclut l’incantation. Le coup s’était arrêté net. Le rescapé se tournait vers moi, perdu.

???: « Qui va là ? »

Le garde venu du dernier étage portait une armure de garde presque complète, casque inclus, et je ne pus reconnaître qu’à sa voix qu’il s’agissait d’un homme. Seulement, plutôt que de porter les gantelets, il avait choisi de dissimuler ses griffes de combat sous de longues manches de tissus.

Lucéard : « Votre Prince. »

Mon regard ferme se tournait dans sa direction. Les lèvres de Ceirios, qui était à côté de moi, décrivaient un “trop classe” qu’il ne prononça pas. Ma prestance était une imposture et ne semblait pas intimider celui qui venait de mettre au sol le bandit.

???: « C’est impossible… Notre prince n’utilise pas de magie. »

Ceirios se frottait le menton, n’ayant à aucun moment douté de moi. Il avait assez vu mon visage sur des portraits pour ne pas me remettre en question.

Lucéard : « Déclinez votre identité. »

Ce garde n’avait pas à tuer l’intrus sans sommation. Ce pourquoi je le regardais sévèrement.

???: « Je suis Tyla griffes-de-rouille, ancien capitaine des Griffus. »

Nous étions à présent deux à nous frotter le menton.

C’est pas un nom de fille, ça ?

Ceirios : « C’est pas un nom de fille, ça ? »

Je fronçais les sourcils en regardant Ceirios avant de me tourner de plus bel face à Tyla.

Lucéard : « Je ne connais pas ce groupe. C’est une unité spéciale, c’est bien ça ? »

Tyla : « En effet. Je ne connais pas le chef actuel des Griffus, cela dit. J’ai été affecté à une autre compagnie récemment. Le Duc en personne m’a demandé de surveiller les condamnés. »

Père a dû demander des renforts. Mais quand même, j’aurai dû arriver avant lui.

Lucéard : « Je ne vous ai pas vu entrer. »

Tyla : « C’est tout à fait normal, je viens d’arriver par la fenêtre. »

Comme si c’était “tout à fait normal” il m’expliqua calmement la raison derrière ce mystère.

C’est une espèce rare, lui aussi…

J’avais d’autant plus de raison de m’inquiéter pour l’avenir de Lucécie.

Tyla : « Vous dites être le fils du Duc, n’est-ce pas ? »

Lucéard : « C’est bien ça. C’est moi qui ai suggéré que des renforts soient affectés ici, mais je ne peux pas non plus vous laisser le tuer. »

C’était un sujet sur lequel je ne plaisantais pas.

Tyla : « C’est assurément un criminel, Monsieur. Je ne peux pas le laisser troubler l’ordre public davantage. »

Offusqué de ne pas pouvoir anéantir la nuisance devant lui, il argumenta.

Lucéard : « Il est bien assez faible pour être emmené dans son état actuel. »

Tylas : « Tous ceux qui entravent le bon déroulement de la procédure sont des ennemis de la Justice, et par extension, mes ennemis. »

Je lui lançai un regard accusateur.

Lucéard : « J’en déduis que vous voulez vous en prendre à votre Prince ? »

Il réagit à ce dilemme en raidissant son corps.

Tyla : « Je ne sais pas si vous êtes réellement le prince. Dans le doute, je ne vous tuerai pas. Mais cet homme est un criminel. Il doit mourir. »

Pensant que mes paroles auraient pu le raisonner, je ne réagis pas à temps. Il lança une fois de plus ses griffes en direction du cou de Baldus. Ce dernier para les lames à l’aide d’une boule violette, qui explosa au contact. La fumée se répandit aussitôt.

Baldus : « Bonne nuit ! »

On n’entendait plus que son rire à travers la brume soporifique. Il s’éloignait.

Lucéard : « Reviens ! »

Ceirios m’avait devancé et bloquait la route à Baldus, on percevait dans sa voix qu’il était en train de se pincer le nez.

Ceirios : « Plus un geste ! »

Tyla, un genou au sol, semblait satisfait de l’intervention spontanée de son collègue.

Tyla : « Très bien. »

Baldus : « Laisse-moi passer, choucroute rousse. »

Ceirios : « Je vais faire mauvaise impression si je te laisse passer toi et ta calvitie envieuse. »

Baldus se mit à lancer des dards frénétiquement, il n’était même pas amusé par la dernière remarque de son obstacle. Ceirios ne pouvait pas parer autant de projectiles et finit par se faire toucher. Il se laissa alors tomber contre les marches en douceur. Les escaliers étaient suffisamment larges pour que je puisse passer à côté de tout ce petit monde. J’étais à présent l’ultime rempart qui séparait Baldus du dernier étage.

Baldus : « Pars, gamin, je te l’répéterai pas. »

Il sortit sa dague pour donner plus de poids à sa menace.

Lucéard : « Et après quoi ? »

Tout aussi sérieux que lui, je dégainais ma propre arme.

Lucéard : « Tu vas la libérer et tu te retrouveras coincé là-haut, encerclé par toute une armée. Comment pourras-tu sauver ta sœur après ça ? »

Je me mis en garde, résolu à me battre.

Lucéard : « Je ne ferai pas la même erreur que toi. Je ne te laisserai pas passer. »

Son emprise sur la réalité était faible, et mes paroles venaient de lui offrir un moment de lucidité. Sa situation était désespérée, mais son éveil prolongé l’avait amené à s’obstiner aveuglément.

Baldus : « Je ne compte pas laisser Agris caner sans rien faire. »

Lucéard : « Moi non plus. Et c’est pour cette raison que je vais t’arrêter. »

La tension était palpable. Je restais immobile. Je ne comptais pas l’attaquer moi-même, lui laissant une chance de se rendre. Lui non plus ne bougeait pas. Il guettait une ouverture. L’attente était interminable.

Baldus : « …Qu’est ce que tu fous ? »

Lucéard : « C’est plutôt à moi de dire ça. …En plus poli. »

Baldus : « … »

Lucéard : « … »

Il finit par comprendre que son fragile espoir de s’échapper reposait sur un timing précis. Il n’avait pas une seconde à perdre.

Il franchit le pas et envoya un coup d’estoc. Prêt à parer, je me fis avoir par une simple feinte, qui, en réalité, lui donnait l’occasion de lancer un dard depuis son autre main.

Je pus esquiver par miracle le projectile, tandis qu’il s’apprêtait à m’envoyer une de ces boules fumigènes.

Lucéard : « Tu ne m’auras pas deux fois ! »

Il la jetait vers le sol.

A sa grande surprise, plutôt que de reculer, j’avançais, pour frapper du pied la balle violette qui rebondit et explosa contre son visage.

Bien qu’il fut déboussolé dans un premier temps, il tira parti de mon aveuglement pour me pousser, avant de s’enfuir au dernier niveau.

-4-

Au troisième étage, il y avait des cellules de chaque côté d’un long couloir, et au fond, une fenêtre ouverte.

Baldus : « Agris ?! »

Le silence lui répondit. Après s’être avancé, il finit par entendre mes pas derrière lui.

Lucéard : « On dirait qu’elle n’est pas là… »

J’étais aussi perdu que lui. Il n’y avait que nous deux ici.

Baldus : « C’est débile. Son exécution est dans une demi-heure… »

Ceirios : « C’est normal qu’elle ne soit pas ici dans ce cas. »

Le jeune garde venait d’arriver, déterminé à rester conscient.

Ceirios : « Les condamnés sont envoyés dans la pièce en dessous de la place d’exécution pour les préparer à la cérémonie. Normalement, ils ont aussi droit à leur dernier repas à ce moment-là. »

Il a raison… Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Pour une fois que mes cours de procédure me servent.

Baldus était médusé.

Baldus : « … »

Il ne nous gratifia même pas d’une de ses remarques piquantes.

Tyla : « Hm, je me suis mépris, moi aussi. »

Toujours éveillé, Tyla venait de nous rejoindre.

Lucéard : « Pourtant, le bâtiment était bien gardé, à l’exception de cet étage. »

Ceirios : « Mon Prince, ça aussi, c’est tout à fait normal. Il y a un autre condamné à mort cette semaine. Et il est réputé comme particulièrement dangereux. »

Je scrutais une fois de plus la pièce.

Lucéard : « Et…où est-il donc ? »

Ceirios venait de faire le rapprochement et se murmurait à lui-même.

Ceirios : « …Nooon… »

Tyla : « La fenêtre était ouverte quand je suis arrivé, il est peut-être descendu par là. Ce condamné était un mage ? »

Pas tout le monde ne passe par les fenêtres, vous savez… ?

Ceirios : « Alors ça… Je me souviens juste de son nom. »

Lucéard : « Une intrusion et une évasion dans la même journée. Je constate que la sécurité a été radicalement renforcée par ici. »

Je souriais en coin pour souligner ce sarcasme. Ceirios semblait avoir pris cette remarque pour lui, et paniquait.

Ceirios : « D-désolé, mon Prince ! Je suis vraiment confus ! »

Le bandit finit par se ressaisir.

Baldus : « Bon, faut vraiment que j’me taille, les gars ! »

Avant qu’il n’ait pu prendre la poudre d’escampette, Ceirios et Tyla s’interposèrent. Il n’avait plus que la fenêtre pour tenter de s’enfuir. Il ne semblait cependant pas considérer cette option.

De mon côté, je m’interrogeais sur ce qui clochait dans cette pièce. Il manquait manifestement quelque chose. Un dangereux condamné à mort, évidemment. Mais pas que. Même avant d’avoir eu vent de son existence, j’avais déjà remarqué l’étrangeté de cette scène.

Je m’approchais de tonneaux entreposés dans un cellule vide, j’en ouvrais un discrètement, avant de le refermer aussitôt. Mon visage avait blêmi.

Ceirios : « Bon, tu es prêt à te rendre, maintenant ? Les renforts vont pas tarder. Tu es fait comme un rat ! »

Je me mis à courir, mon cœur bondissait dans ma poitrine.

Lucéard : « Monsieur Dydd, éloignez-vous ! »

Ceirios ne comprenait pas cette soudaine perte de sang-froid. Baldus non plus.

Ceirios : « Ne me dites pas que vous êtes de son côté, Mon Prince ?! »

Lucéard : « Non, éloignez-vous de Tyla !! »

Ceirios eut ainsi le temps d’éviter le coup de griffe qui l’attendait. Il perdit cependant l’équilibre et se retrouva plaqué contre le mur. La seconde attaque ne tarda pas, mais n’eut pas le temps de l’atteindre. Caresse venait d’entrer dans la bataille.

Comment n’ai-je pas pu m’en rendre compte plus tôt ?

Tyla se recula, il était à présent face à nous trois, les quatre lames rouillées qui dépassaient de chacune de ses manches se recourbaient vers l’intérieur en leur bout, rappelant les serres acérées d’un prédateur. Je pointais mon cimeterre dans sa direction, comme pour le sommer de ne plus s’approcher. Ceirios était sous le choc.

Ceirios : « M-monsieur Tyla ?! Mais pourquoi ? »

Tyla : « … »

On ne pouvait pas deviner ce qui se passait sous ce casque.

Lucéard : « Vous n’avez même pas eu de description de l’homme que vous surveilliez, Monsieur Dydd ? »

Ceirios : « Si, bien sûr. Un homme plutôt haut gradé de l’armée ducale qui était accusé de barbarie. Son nom c’était Tyleris Teisin. »

Sa mâchoire se décrocha à la fin de sa phrase.

Lucéard : « Un homme qui entre par la fenêtre du dernier étage pour monter la garde alors qu’il n’avait même pas pu être envoyé ici. Et par-dessus le marché, aucun garde à cet étage n’est présent alors qu’un dangereux condamné à mort devrait y être retenu avant son exécution. »

Tout était si clair que je m’en voulais d’avoir été aussi lent. Je parlais d’un ton sec tout en fixant Tyla, sachant pertinemment ce qui était advenu des personnes affectées ici.

Lucéard : « Si vous avez quitté votre poste de capitaine des griffons, il devait y avoir une bonne raison à ça ! »

Tyla : « Griffus, pas griffons. »

Le monstre face à nous retirait le casque qu’il avait dérobé à l’une de ses victimes.

Ceirios : « Quoi, c’était vous ?! »

Ceirios venait de se souvenir qu’il avait salué d’autres gens que ceux présents aux étages inférieurs quand il avait pris son poste plus tôt dans la journée. Des gens qu’il ne reverrait plus.

L’accusé était étrangement calme.

Tyla : « Je ne fais que rendre la justice. Les ennemis de la Loi doivent mourir comme les chiens qu’ils sont. Je n’ai fait que ce qu’on attendait de moi. Quand j’aurai abattu l’intrus, le Duc reconnaîtra de nouveau ma valeur. »

Il jeta le casque au sol. Ses cheveux courts et ébouriffés étaient aussi bruns que la barbe de trois jours qui recouvrait la large balafre s’étendant de son cou jusqu’à son nez. Son visage carré et son regard intense avait en effet quelque chose d’imposant. Il avait la carrure d’un meneur. Il ne faisait aucun doute qu’il était plus fort que moi. Certainement même plus fort que nous tous réunis. Son sourire torve annonçait le début des hostilités.

Tyla : « Personne ne fera obstacle à la Justice. »

Il bondit sur moi comme un fauve, les griffes levées vers les cieux comme s’il s’agissait d’une position de combat.

Je ne nourrissais pas l’espoir de pouvoir battre une bête aussi féroce. Mais je ne comptais pas non plus mourir. Caresse réussit à parer son premier coup, ainsi que son deuxième. L’usage de ses deux mains et sa dextérité étaient d’autant plus décourageantes pour moi. J’étais contraint de reculer, complètement acculé en défense. La situation était pourtant loin d’être désespérée.

La brume soporifique a fait son effet, dirait-on ! Sans ça, je ne serai déjà plus qu’un jambon en tranches.

Cependant, ses coups se firent de plus en plus rapides, comme si son style de combat impliquait de tels enchaînements. Il finit par me désarmer avec une précision remarquable. Je bondis en arrière en dernier recours, levant ma main gauche.

Ceirios se retrouvait dans l’instant d’après devant moi, et balaya à main nue les griffes de notre adversaire, si tant est qu’on puisse qualifier sa main de nue.

Ceirios : « Fuyez mon Prince ! Et appelez des soigneurs pour ce gars ! »

Fier de se faire le chevalier servant d’un Prince, il en oublia totalement qu’il venait de me donner un ordre.

Baldus : « C’est bon, j’m’en occupe ! »

Lui aussi prenait beaucoup de fierté dans sa réplique, et souriait dans sa fuite pour rejoindre la lourde porte des cachots. Celle-ci était hélas fermée à clef.

Tyla : « Je ne laisserai aucun fauteur de troubles s’échapper. »

Le condamné avait fait une remarque de trop. Baldus se retournait vers lui, presque enragé.

Baldus : « T’as intérêt à tenir le coup, Agris. Je dézingue cet illuminé de la justice et j’viens t’chercher ! A nous trois, ça devrait vite être fini.»

Tyla s’en prenait à Ceirios, qui reculait lui aussi péniblement. Le jeune garde faisait en sorte de me laisser l’occasion de récupérer mon arme. Tyla interrompit son assaut pour pouvoir éviter les dards de Baldus. Son instinct était tout bonnement surhumain. Il dominait le combat comme s’il était capable de voir tout ce qui se passait dans la pièce.

Avec l’aisance d’un félin, il abattait à nouveau ses lames rouillées sur le gant en lambeaux de Ceirios.

Tyla : « Toi, tu te devais de représenter la Justice ! Tu as succombé au crime de ce monde, et maintenant, il est trop tard pour te repentir ! Ballet des griffes de rouille ! »

La cadence de ses attaques était bien trop soutenue pour l’apprenti chevalier, qui se retrouva tranché de toute part, ne pouvant qu’éviter que ses points vitaux ne soient endommagés. Il finit par tomber sur un genou.

Ceirios : « Pour une fois… Pour une fois que je peux lui faire honneur… Pour une fois… qu’un prince me regarde… »

La douleur s’entendait dans sa voix. Alors que j’attrapais précipitamment Caresse, je ne pouvais qu’assister à la scène. Tyla venait de parer des dards de sa main droite, et lança sa gauche en direction du jeune garde.

Tyla : « Vide-toi de ce sang pourri par le vice ! »

Ceirios attrapa les lames entre ses doigts métalliques dans un mouvement expert. Je pouvais enfin apercevoir ce bras d’un noir envoûtant. Ceirios releva la tête, révélant un sourire étincelant.

Ceirios : « Pour une fois…tous les éléments sont réunis pour que je brille ! »

Sa main fut soudainement parcourue par des étincelles d’un bleu électrique. Conduit par le fer rouillé, l’onde de choc foudroya Tyleris.

Tyla : « N-n-nooooon !!! »

Dans un flash, le capitaine des Griffus se retrouva projeté au sol, paralysé.

Ceirios se laissa ensuite retomber sur les fesses, soulagé.

Ceirios : « Mon Prince, j’espère que vous raconterez ce que vous venez de voir à tout le monde. »

Le condamné à mort convulsait encore. Je soupirai.

Lucéard : « Oui, ne vous en faites pas. »

Je n’osais pas non plus reconnaître qu’il m’avait bluffé. Le combat avait subitement pris fin. Mais rien n’était encore terminé.

Lucéard : « Quand même, quelque chose m’intrigue. Il a pu laver le sang pour dissimuler le massacre qu’il a fait dans cette pièce, d’accord. Mais comment se fait-il qu’on lui ait laissé ses griffes sur lui ? »

Ceirios tapa du poing dans sa main de fer.

Ceirios : « Oh mais c’est bien vrai ! Je n’y avais même pas pensé ! »

Tyla : « L’explication est très simple. »

Le rire dérangeant du condamné attira notre attention. Il était adossé au mur, personne n’aurait pu imaginer qu’il se relève aussi vite. Cela dit, il tremblait encore.

Tyla : « J’ai demandé à un des gardes de me les apporter. S’il n’avait pas obtempéré, jamais je ne lui aurais dit où était retenue sa précieuse petite famille. Heureusement, il s’est montré particulièrement docile. »

Il lançait un regard en direction des tonneaux, d’un air satisfait. Baldus, Ceirios et moi étions furieux.

Lucéard : « C’est inhumain ! Pourquoi avoir fait ça à des innocents ?! Tu aurais pu l’épargner et libérer sa famille comme promis, tu n’es vraiment qu’un monstre sans honneur !»

Mes insultes l’amusaient visiblement.

Tyla : « Je ne pouvais pas les libérer. Certes, ils sont retenus quelque part, mais ils sont morts depuis qu’ils y sont. »

J’écarquillai les yeux d’horreur en réalisant l’ampleur de ses méfaits.

Ceirios : « Comment ?! Comment un membre de notre belle armée a pu tomber aussi bas ?! »

Ceirios était de loin le plus remonté d’entre tous. Ce Tyla représentait tout ce qu’il haïssait.

Tyla : « Je ne fais que ce qui est nécessaire. Je n’aurai plus pu rendre la justice s’ils s’étaient avérés trop bruyants. Cette même Justice sacrée que vous vous apprêtez à contempler. »

Malgré son état, Ceirios se relevait. Son regard était infiniment froid.

Je compris d’instinct que ce garçon avait déjà assisté à de cruelles tragédies auparavant. Il me parut transformé. Je ne l’imaginais pas pouvoir se montrer aussi sérieux.

Ceirios : « N’utilise pas un mot dont tu ne sais rien, là où d’autres ont donné leur vie pour cet idéal. »

Même Tyla avait dû ressentir le potentiel qui émanait de ce garçon. J’aurai personnellement pu en frissonner.

Cela dit, Ceirios perdait beaucoup de sang et ne pouvait plus combattre. Ce fut Baldus qui reprit le flambeau.

Baldus : « Donne-moi les clefs, espèce de taré fini ! »

Tyla : « Toi, bandit, je vais juste te donner le châtiment que tu mérites. La rouille mordra ta chair jusqu’à ce que ton âme maudite ait expié tous ses péchés. »

Il reprit ses discours surréalistes avec autant d’aplomb que précédemment.

Baldus : « J’espère que t’as du temps devant toi, alors, le balafré, parce que j’ai de quoi expier pendant des heures. »

Le malfrat d’Azulith se planta des dards antidotes dans le bras.

Baldus : « Par contre, moi, j’ai pas le temps pour tes délires perchés, alors je vais devoir aggraver mon cas. »

Le visage de l’homme reprit des couleurs, il paraissait aussi frais qu’après une bonne nuit de sommeil.

Baldus : « Oh, je revis ! Dommage que ces trucs-là finiront par me tuer. »

Tyla : « Alors danse avec moi ! Ballet des griffes de rouille ! »

L’illuminé se jeta sur sa prochaine proie, privilégiant la mort d’un criminel à toutes les autres.

Baldus : « Qui voudrait danser avec un détraqué dans ton genre ? »

Par la force des choses, je soutenais Baldus. Il avait certes une grande gueule, mais pas que. Non seulement il était capable de parer tous les coups de son adversaire, mais il démontrait une certaine aisance.

Finalement, c’est pas plus mal que nous ne nous soyons pas affrontés à l’épée.

Ce type avait le dessus sur l’ancien chef d’une escouade.

Baldus : « Si tu continues de te battre aussi lentement, je vais peut-être enfin réussir à m’endormir ! »

Le rire gras qui ponctuait sa provocation ne manquait pas de mettre Tyla hors de lui. Il ne pouvait pourtant pas comprendre la portée de cette remarque.

Tyla : « Maudit criminel… ! »

Baldus n’avait pas non plus assez de vitesse pour espérer contre-attaquer avec sa dague. La situation se débloqua lorsque l’on vit la porte s’abattre au sol dans un grand fracas. Les renforts étaient là.

Frem : « Eh ben, y a du grabuge par ici ! »

Sa masse démesurée était à l’origine de ce tour de force. Avec lui à nos côtés, notre avantage devenait certain.

Baldus : « … »

Baldus ruminait en silence. Il n’était pas enchanté à l’idée de voir son compagnon d’arme nous rejoindre.

Frem : « Fais pas cette tête, gros suicidaire insomniaque ! On va la sauver ta sœur ! T’façon, au point où on en est, on a plus trop le choix. »

Il est certain qu’ils étaient à présent dans l’œil du cyclone, mais cela n’empêchait pas Frem de garder le sourire.

Lucéard : « Frem, prends garde à ce gars avec les griffes ! »

Au cas où il ne l’avait pas compris, j’attirai son attention sur notre ennemi commun. Ceirios me regardait, bouche-bée.

Ceirios : « Je n’imaginais pas le Prince parler comme ça, encore moins tutoyer des bandits ! …Je me serai pas fait duper deux fois dans la même journée, moi ? »

Lucéard : « Pensez moins fort, s’il vous plaît, monsieur Dydd… »

Tyla : « Parfait ! Encore un criminel ! Toi aussi, meurs ! »

Il se léchait les lèvres à l’idée de faire une victime de plus. Frem le regardait d’un air mauvais, comme si Tyla venait d’insulter tous ce qu’il aimait.

Frem : « Tu m’as traité de quoi, là ?! Et puis c’est quoi ces rasoirs tout pourri sur tes mains ?! Me dis pas que c’est ton arme de chiffe molle ?! »

Furieux, le dangereux psychopathe bondit sur Frem en criant, négligeant entièrement sa défense. Il ne pensait plus qu’à déchiqueter le jeune homme aussi violemment que possible.

Frem hurla à son tour, en soulevant sa masse fétiche, qu’il abattit sans hésitation sur son adversaire. Bien que le bandit semblait manier son arme sans effort, son poids réel était terrifiant et Tyla le ressentit, alors qu’il se retrouvait écrasé par l’impact. Continuant son mouvement jusqu’au sol, le corps inconscient du condamné perça brutalement le plancher de bois et finit sa course à l’étage inférieur.

La mâchoire de Ceirios se décrocha une énième fois. Le gouffre engendré emporta aussi le lanceur de l’attaque.

Une main l’attrapa alors qu’il était encore en apesanteur. Frem et Nÿzel se retrouvèrent du côté de Baldus après le bond du dernier arrivant. Bond qui lui avait permis de traverser une demi douzaine de mètres en une seule seconde.

Nÿzel peut vraiment faire de tels sauts ?!

Nÿzel : « Désolé pour le retard ! »

Tyla était au milieu des débris, et par miracle, toujours en vie. Cela dit, il ne se réveillerait pas avant un long moment.

Baldus : « Les gars, pourquoi vous vous mêleriez pas d’vos oignons pour une fois ? »

Toujours aussi mécontent, Baldus grognait en regardant tour à tour Frem et Nÿzel. Ce dernier s’approchait de l’unique fenêtre de la pièce, tandis que le guerrier à la masse souriait à son interlocuteur.

Frem : « Si on s’occupait que d’nos affaires, on s’ennuierait comme des rats morts. »

Après lui avoir tapé sur l’épaule, le jeune bandit s’assura que Baldus n’avait pas autant perdu la raison que ce que l’on racontait. La voix inquiète de Nÿzel attira notre attention.

Nÿzel : « Désolé de vous dire ça, mais le temps joue contre nous. Agris est en bas, sur la place ! »

Baldus détala aussitôt, suivi de prêt par son binôme. Nÿzel me lança un simple regard avant d’en faire autant. J’étais toujours auprès de Ceirios qui se vidait petit à petit de son sang. Il ne semblait cependant pas dérangé.

Lucéard : « Monsieur Dydd, il vous faut des soins d’urgence. Je ne veux pas trop vous en demander, mais il faudrait aussi que vous fassiez un rapport concernant ce Tyla. »

Je plaçais mes espoirs dans le jeune garde, sachant pertinemment que j’avais moi-même une mission à remplir.

Ceirios : « À vos ordres, mon Prince ! »

Il se releva avec beaucoup trop d’enthousiasme, pour au final faire une révérence aussi rapide que dramatique.

Ceirios : « …J’ai toujours rêvé de faire ça. »

Vos pensées, Ceirios… Gardez-les pour vous.

Le voir en si grande forme était malgré tout rassurant. Avant de partir, Ceirios se retourna, l’air grave.

Ceirios : « Vous allez rejoindre vos amis, mon Prince ? »

Lucéard : « Ce ne sont pas mes amis… »

Si les gens venaient à penser comme lui, ma réputation serait ruinée. Même si pour le moment les gens pensent que je suis de toute façon mort.

Ceirios : « Ils n’ont aucune chance face au bourreau. Enfin, vous avez déjà dû le voir, vous savez de quoi je parle. »

Il oubliait aussitôt qu’il s’adressait au Prince. Le garçon aux cheveux roux venait sans nul doute des quartiers pauvres. C’était surprenant qu’il ait pu devenir apprenti chevalier en premier lieu.

Lucéard : « Je sais… Mais je ne peux pas les arrêter. »

Je peux juste gagner du temps. Il n’y a qu’une seule personne qui puisse intervenir.

Anxieux, je fronçais les sourcils. Quand le premier d’entre eux aura mis les pieds sur la place des exécutions, la vie de chacun de nous pourra irrémédiablement basculer.



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