Le Chevalier des Elfes
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Chapitre 22 –

Thérésa la modérée était une personne très tolérante, de plus elle s’avéra curieuse de connaître Arthur à cause de ses performances guerrières. En effet le fort battit à plates coutures les champions d’escrime les plus réputés de l’école de Sar. La première rencontre entre Arthur et la modérée eut lieu durant un défi martial, elle fut rapidement défaite. Impressionnée par le niveau de combattant du fort, Thérésa demanda des leçons. Arthur qui se sentait plutôt seul, accepta de se lier à la modérée.

Après les cours dispensés par le fort, il y avait des bavardages entre les deux camarades. Ils se découvrirent tous les deux plusieurs points communs, comme un intérêt pour la politique et les mathématiques, cela les rapprocha. Toutefois l’amitié entre Arthur et Thérésa était loin de faire l’unanimité, le fort en devenant proche de la modérée renforça l’antipathie qu’il suscitait. En effet Thérésa était l’idole de Sar, sa beauté, son intelligence, le fait qu’elle appartienne à une lignée noble très ancienne, lui valaient de nombreux prétendants. Arthur n’était pas amant avec la modérée, mais il devint son meilleur ami, cette situation horripilait des centaines d’elfes. Pour Othion une personne très attachée au maintien de la pureté de la race elfique, Thérésa commettait une erreur plus que préjudiciable, elle défendait une folie auquel il était urgent de remédier. Résultat la modérée courait un danger réel. En effet Othion pouvait aller vraiment très loin, pour défendre des idées racistes. Il n’hésita pas à battre presque à mort une de ses sœurs, parce que celle-ci montra un intérêt affectif pour un humain.

Même si de sombres nuages menaçaient la relation d’amitié entre Thérésa et le fort, et qu’Arthur s’avérait pleinement conscient qu’il attirait sur lui de l’animosité de part de plusieurs elfes en fréquentant la modérée ; il refusait de lâcher le morceau, il éprouvait de l’affection sincère pour son amie.

Et il se sentirait profondément misérable et faible de céder à des gens qu’il méprisait ouvertement. En outre du point de vue politique se lier avec Thérésa pourrait représenter un superbe tremplin pour sa carrière militaire. Certes le fort ne voulait pas devenir l’amant ou le mari de la modérée, mais en agissant habilement il sera possible de connaître une accélération de carrière. D’après ce qu’Arthur comprit le père de Thérésa faisait partie des plus proches conseillers du haut-roi des elfes. Même si le fort appréciait la modérée pour beaucoup d’autres choses que ses relations politiques, il avait assez de cupidité pour essayer de profiter tout de même discrètement de l’influence de Thérésa.

Il apprit au fil de discussion avec des elfes, que rejeter l’intrigue au nom de principes moraux conduisait souvent à stagner, que les elfes n’étaient pas totalement imperméables aux jeux de pouvoir, que l’héroïsme et la compétence étaient très utiles pour progresser dans l’armée, mais que négliger la politique constituait une faiblesse préjudiciable pour l’avancement. Certes Arthur désirait préserver une bonne image auprès de la modérée, éviter de la fâcher en passant pour une personne carriériste, qui choisissait les gens en fonction de leur puissance politique.

Néanmoins le fort n’abandonnait pas totalement l’intrigue avec son amie, il s’adonnait prudemment au jeu du pouvoir, mais il était quand même un joueur. Même si aujourd’hui il souhaitait surtout passer un agréable moment avec son amie. Il bavardait avec elle au sein d’un parc connu pour ses écureuils joueurs, ses chênes multi-centenaires et ses bancs de pierre dont certains seraient plus vieux que l’école de Sar.

Thérésa eut la malice de demander à Arthur de s’asseoir sur un banc spécial d’après la rumeur. La construction en pierre aurait la faculté de créer des sentiments amoureux. Thérésa essaya différentes tactiques pour se rapprocher du fort, mais ses stratégies ne connurent pas le succès escompté. Certes elle s’entendait bien avec Arthur mais uniquement d’un point de vue amical. Or elle désirait plus, former un couple avec l’élu de son cœur. Problème ses plans ne changèrent pas l’amitié en amour. Thérésa était consciente qu’elle s’appuyait surtout sur la superstition pour sa dernière manœuvre. Mais elle se dit que même si les chances d’arriver à conquérir le cœur d’Arthur s’annonçaient minces grâce au banc, il fallait quand même saisir l’occasion.

Et puis l’endroit où se situait le morceau de pierre taillé n’était pas difficile d’accès et plutôt joli, donc cela ne coûtait pas grand-chose de tenter le coup. Il y avait deux chênes de belle apparence qui entouraient sur la droite et la gauche le banc.

Entendu Thérésa aurait une chance incroyable si son stratagème marchait comme elle le voulait. Toutefois elle pensait qu’elle devait tenter d’exploiter toutes les opportunités de conquérir le cœur de son bien-aimé, du moment que le plan ne se basait pas sur une action en rapport avec les forces des ténèbres.

Elle essaya plein de moyens d’inciter Arthur à s’intéresser physiquement à elle, les décolletés plongeants, le recours au vin afin de débrider les inhibitions du fort, et quantité d’autres tours. Cependant elle se heurtait à un franc désir de la part de sa cible de rester un ami.

Arthur : Aujourd’hui est un jour spécial Thérésa, c’est ton anniversaire, je t’offre ceci.

Thérésa : Voyons ce que c’est. Tu as du goût Arthur, ce collier en argent est magnifique.

Arthur : Thérésa je suis désolé de te dire ça, mais il serait temps que nous mettions les choses au clair. Il est trop tôt pour que nous formions un couple.

Thérésa : Nous avons pourtant appris à nous connaître, et je sais que physiquement je te plais beaucoup.

Arthur : C’est vrai, je ressens du respect et de la tendresse à ton égard, ainsi qu’une forte attirance physique. Mais je t’aime par amitié pas par amour.

Thérésa : Nous avons pourtant de nombreuses valeurs en commun, comme le respect de la nature. Comme moi tu considères une forêt comme plus sacrée qu’un temple majestueux.

Arthur : C’est agréable d’avoir des opinions convergentes sur certains points mais cela ne suffit pas.

Thérésa : Est-ce parce que je suis une elfe et toi un humain ?

Arthur : J’ai des défauts, mais je ne suis pas raciste. Au contraire je me sens très honoré qu’une elfe de ton statut m’ait offerte son cœur, cela me remplit de fierté.

Thérésa : Je veux bien attendre que tu m’aimes par amour. Même s’il te faut un délai de dix ans, je suis d’accord pour patienter.

Arthur : Il y a un autre facteur que les sentiments qui me gêne. Tu tiens absolument à devenir mère, mais moi je n’ai pas envie de devenir père.

Thérésa : Avoir un enfant est une joie, cela apporte un bonheur fou.

Arthur : Une sorte de folie latente coule dans mes veines. J’ai très peur que si j’ai une descendance, celle-ci soit sanguinaire.

Thérésa : Tu es pourtant une personne calme et mesurée, Arthur.

Arthur : Je suis un berserker, en échange de puissance physique j’ai acquis une rage qui me ronge, n’oublies pas. J’accepterai peut-être d’avoir un enfant si tu changeais d’avis sur le recours à l’adoption.

Thérésa : Je suis navré Arthur, mais ma réponse est non, l’adoption est un terrible déshonneur, réservé à des maudits par Jéhavah. Je refuse de recourir à cette solution, je veux accoucher d’un enfant.

Arthur : C’est dommage Thérésa, mais nous aboutissons à une impasse, la question des enfants est primordiale dans un couple. Si on ne peut pas la résoudre, on ferait mieux de rester amis, et à ne pas chercher à devenir des amants.

Thérésa : Cela m’attriste que tu vois les choses comme cela Arthur. C’est vrai que la question des enfants est importante, mais je n’abandonne pas la partie. Un jour nous formerons un couple uni.

Arthur : Tu m’excuseras Thérésa, mais je dois étudier dur, j’ai un contrôle de nain commun, la langue la plus parlée des royaumes nains dans deux jours. Or tu sais que je ne suis pas un génie, en ce qui concerne les langues.

Thérésa : Je sais, avant que tu ne partes, j’aimerai que tu répondes à une question. Pourquoi étudies-tu une langue difficile telle que le nain commun, alors que tu n’as pas l’intention de travailler dans un royaume nain ?

Arthur : Si tu crois que l’avenir c’est un rapprochement entre humains et elfes, moi je mise plus sur l’union entre les elfes et les nains. C’est pourquoi j’apprends le nain commun.

Thérésa : Tu es un humain Arthur, tu as beau avoir adopté la majorité des traditions des elfes, tu n’en restes pas moins un homme.

Arthur : C’est parce que je suis humain, que je sais le danger que représente nombre des miens pour les elfes et surtout la nature.

Thérésa : Pourquoi t’investis-tu tant contre tes semblables ?

Arthur : Je considère avoir une immense dette d’honneur à l’égard des elfes. Et pour la rembourser, je suis prêt à causer un carnage contre l’humanité. Je rembourse toujours mes dettes peu importe les conséquences. Or les humains sont des ennemis récurrents des elfes. Bon je dois y aller, je te dis à la prochaine Thérésa.

Thérésa : Au revoir Arthur.

Othion le vaniteux vivait un véritable cauchemar, ce maudit Arthur obtint l’amour de Thérésa. Il réussit là où des dizaines d’aristocrates elfes échouèrent. C’était complètement incompréhensible, il s’avérait inconcevable qu’un homme issu du peuple, un ancien esclave de surcroît parvienne là où des nobles très prestigieux se firent éconduire.

En effet Thérésa refusa plusieurs propositions de mariage dont certaines émanant d’elfes issus de famille royale. Elle invoqua divers prétextes, certains très pertinents, et d’autres plutôt fantaisistes pour ne pas avoir à se lier avec des personnes de sexe masculin qui lui déplaisaient. Elle n’éprouvait cependant pas de goût particulier pour les gens de nature féminine, elle désirait surtout vivre une vie tranquille.

Or en devenant la compagne d’un aristocrate, elle risquait de mener une vie sociale trépidante, et surtout remplie d’obligations étouffantes. Alors elle rejeta tous les prétendants elfes qu’elle rencontra. Puis elle découvrit Arthur une personne franche avec ses amis, doté d’un vaste savoir, mais pas prétentieux avec ses alliés pour autant, et qui s’intéressait à la protection des modestes. Alors elle se mit à ressentir un vif intérêt pour lui. Elle savait qu’elle commettait un tabou social en fréquentant un humain, mais elle s’en moquait éperdument. D’ailleurs elle prenait un malin plaisir à contourner certaines conventions juste pour faire enrager les gens bien-pensants. Elle n’était pas une anarchiste, toutefois elle aimait bien bousculer certaines traditions, et causer des remous déplaisants pour les conservateurs.

Thérésa concevait de grands projets pour Arthur, elle espérait bien que son ami arriverait à mener une carrière la plus prestigieuse possible. Et s’il fallait un coup de main pour accélérer l’ascension du fort, elle n’hésiterait pas à donner de sa personne. Elle s’appuierait sur toutes les ressources à sa disposition afin d’accroître les chances de promotion d’Arthur, quitte à bousculer certaines susceptibilités, à générer de la colère chez d’autres elfes.

Elle voyait le fort comme un élément indispensable pour l’avenir des royaumes elfiques. Elle pensait que son ami incarnait un mouvement de changement très profitable pour les elfes. Elle considérait qu’Arthur apporterait un renouveau en matière de méthodes militaires qui sauverait un grand nombre de vies, et qui contribuerait à préserver les elfes de défaites humiliantes.

Certes pour l’instant le fort avait encore de nombreuses marches à franchir avant d’être véritablement influent sur les décisions. Mais Thérésa avait la foi à l’égard d’Arthur, elle s’imaginait qu’en le soutenant de façon appropriée cela causerait des changements heureux en terme d’évolution sociale pour le fort.

De plus elle jugeait que son ami méritait amplement un statut particulièrement honorable de par son courage et ses compétences. Arthur trimait bien davantage que nombre d’aristocrates elfes qui se contentaient de mener une vie de plaisirs, qui faisaient honte à leur race en s’adonnant à une opulence déplacée. Toutefois Thérésa fut tirée de ses réflexions par la faute d’une rencontre avec Othion. Pour éviter des représailles le vaniteux mit un masque blanc qui couvrait l’intégralité de son visage, et il parla avec une voix déformée.

Il rencontra son interlocutrice dans un coin isolé du parc. Il lui parla alors qu’elle flânait à côté du rocher des amoureux, une gigantesque pierre où le fait de graver l’initiale du prénom de l’être aimé augmentait les chances de bénéficier de son amour d’après la légende. Ainsi le rocher comportait des centaines de gravures de lettres, trouver un coin de pierre sans inscription s’annonçait difficile.

Il fallait aussi s’armer souvent d’une certaine patience avant d’arriver à laisser une initiale sur la structure en granit. Mais Thérésa se moquait des quolibets d’autrui quand il était question de parfaire ses chances d’attirer Arthur dans les filets de l’amour. Elle était surmotivée quand il s’agissait de construire des plans afin d’attraper le cœur de sa cible. Elle développa un intérêt particulier pour le fort en partie parce qu’elle pensait que son bien-aimé faisait partie des gens désintéressés à l’égard de sa position sociale.

Thérésa s’imaginait que tous les prétendants elfes qui la courtisèrent visaient l’élévation sociale ou du moins la recherche de prestige. Or elle croyait fermement qu’Arthur était très différent de ses fréquentations habituelles. Elle savait que le fort avait des ambitions, mais elle considérait que ce dernier n’avait pas pour objectif de profiter de ses liens avec elle pour stimuler sa carrière.

Il était vrai qu’Arthur récolta des inimités et se fit des ennemis en devenant l’ami de Thérésa. Mais il ne perdait pas de vue des buts en rapport avec la recherche d’une promotion. Seulement il camouflait avec beaucoup de subtilité ses dires. Il arrivait à faire croire à Thérésa qu’il était surtout intéressé par ses qualités morales. Bien sûr il y avait une réelle part de sincérité chez le fort mais aussi un zeste de manigance.

Thérésa se présentait actuellement de dos à Othion et s’avérait assez déçue de ne pas imprégner de marque nette sur le rocher. Alors la prochaine fois elle s’équiperait d’un burin et d’un marteau au lieu d’un simple couteau.

Othion : Bonjour Thérésa, j’ai une question importante à vous poser, avez-vous des sentiments pour le dénommé Arthur ?

Thérésa : Oui, j’aime beaucoup Arthur, mais je ne vois pas en quoi cela vous regarde, monsieur.

Othion : Vous déshonorez la race elfe, je me sens dans l’obligation de ramener à la raison les gens comme vous qui s’égarent gravement, en essayant de nouer des relations amoureuses avec des humains.

Thérésa : Je n’ai pas envie d’écouter plus longtemps un raciste dans votre genre, allez-vous en.

Othion : Je vous laisse une semaine pour rompre tout lien avec Arthur. Si vous continuez à le voir passé ce délai, je sévirai à votre encontre.

Thérésa : Si vous croyez que votre intimidation pitoyable me fait peur, vous vous trompez lourdement.

Thérésa la modérée tint tête à Othion le vaniteux, mais cela ne l’empêchait pas d’avoir peur, pas pour elle-même mais pour Arthur. Elle se dit que pour le bien du fort, il serait peut-être judicieux de cesser de le voir. La modérée se dit que faire passer le bonheur d’Arthur avant ses considérations personnelles était un comportement noble.

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