La Tour des Mondes
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Chapitre 271 : Dresser ce qui ne peut l’être.
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Je reproduis les mouvements du zèbre en me mettant à quatre pattes. La conversation est assez stagnante, mais je ne compte pas en démordre. Ruer, menacer de frapper, gratter le sol,…

Autant de choses que j’imite et qui semblent garder à distance le zèbre. Dans le fond, je me demande s’il essaye de gagner du temps pour que les autres puissent se reposer, mais lui n’en a pas l’occasion, donc cela me convient. De toute façon, même si tout le groupe à une dizaine de mètres derrière lui décide de fuir à nouveau, je n’aurais qu’à les poursuivre encore.

Ils ne sont pas si nombreux que ça de toute façon, j’ai eu le temps d’en compter 12 pendant ma course.

Le zèbre se cabre à nouveau et je fais pareil. Il me voit probablement comme un prédateur, mais tant que je n’attaque pas, j’ai une chance de faire un lien.

Alors que le zèbre semble attendre quelque chose, je décide de jeter un fruit au sol devant lui. Je décide ensuite de faire des bonds sur place et de reculer de quelques pas dans ce qui j’espère est compris comme un traité de paix. Après quelques instants à sautiller sur place, le zèbre commence à renifler le fruit et finit par le manger. Il y a du progrès j’ai l’impression.

Sans trop réfléchir, j’en profite pour essayer de proposer un lien en me concentrant sur lui, mais comme s’il essayait de chasser quelque chose de sa tête, il la secoue dans tous les sens. Fae ne plaisantait donc pas quand elle a dit que les zèbres ne se laissaient pas dresser si facilement.

Je jette un nouveau fruit dans sa direction pour le calmer et tenter à nouveau de créer un lien. C’est assez nouveau pour moi de faire ça aussi consciemment. J’essaye de me rappeler de Yuu et Juliette et de la sensation de créer un lien. Malheureusement, le zèbre n’apprécie pas du tout et commence à se tourner pour lancer ses sabots arrière dans ma direction.

« Pour ton information, tu as devant toi le mal dominant. Derrière lui, tu as son harem et sa progéniture. N’essaye pas de le dresser, c’est totalement inutile tant qu’il te voit comme un rival. »

Je soupire en écoutant ce que Fae me raconte. C’est le genre d’information que j’aurais aimé avoir plus tôt, mais déjà elle m’en donne, je dois m’estimer heureux.

Le zèbre commence à se rapprocher en continuant à jeter ses sabots dans ma direction. J’ai déjà eu plusieurs tentatives la veille pour savoir ce qu’un coup de ce genre peut me faire.

S’il préfère la mort au dressage, j’imagine que je vais m’approprier son « harem ».

Alors que j’esquive une attaque du zèbre, je passe sur le côté et le frappe moi-même avec un coup de pied sans me retenir. Il n’est pas tout seul à pouvoir jouer à ce jeu.

Pendant ensuite une dizaine de minutes, mon échange avec le zèbre est simplement d’esquiver puis de le frapper à mon tour. Malheureusement pour le zèbre, sa course pendant plus de 4h a sans doute eu un effet négatif sur son endurance, mais je m’en moque. Au bout d’un moment, l’échange d’attaque finit par tourner à mon avantage. Sachant que chacune de ses attaques peut me tuer ou au moins me blesser gravement, je n’ai pas de raison de me retenir moi-même.

Finalement, le zèbre s’effondre sur le côté et semble incapable de se relever, même si ça ne l’empêche pas d’essayer.

Je dirige une fois de plus un lien dans sa direction. Si je le vois comme une sorte de fil que je contrôle, c’est bien plus facile. Je ne peux pas compter sur le zèbre pour le former seul, donc cet exercice de visualisation me semble être le mieux.

Cela dit, le zèbre refuse encore et j’ai l’impression d’avoir un enfant borné en face de moi…

Tch. La mort plutôt que de finir emprisonné.

Je me rappelle ensuite de ce qu’a dit Fae sur l’instinct de survie et sur la classe de Dresseur. J’ai besoin de le tenter d’une façon ou d’une autre. Trouver ce qu’il ne peut pas refuser.

Sa propre survie ? Ça revient à le menacer et ce n’est pas ce que je veux… Cette histoire d’aura commence à réellement être un casse-tête. Ce n’est pas de la séduction, ce n’est pas non plus de la menace ni du mimétisme, alors comment suis-je censé faire ?

Je continue ensuite de changer ma façon de présenter le lien en essayant, la compassion, la colère et même… l’affection…

au point où j’en suis, je ne peux pas vraiment dire que ça fonctionne.

— Fae, un indice peut-être ?

— Tu penses encore que c’est une sorte de contrat où tu as quelque chose à faire. Ce n’est pas un casse-tête où il faut trouver la bonne solution pour que ça fonctionne.

— Je suis censé ne rien faire ?

— Tu peux continuer à lui mettre des coups de pied si ça te fait du bien ?

— …

— C’était pourtant très amusant à regarder !

— Mimétisme, loi du plus fort, proposer le lien, communiquer, le forcer… Rien ne fonctionne.

— Le problème ne vient pas du zèbre si tu te poses la question. Je l’ai déjà dit suffisamment.

J’ai très envie de frapper Fae maintenant, ou au moins la secouer dans tous les sens en espérant qu’elle va finir par me donner une réponse… mais là encore, ce serait prendre ce problème d’enseignant qui se moque de moi de la mauvaise façon. Il suffit de l’amadouer peut-être.

— Puis-je demander à la divine et sublime gardienne des Dresseurs un véritable indice ?

— … C’est… pas les mots que j’emploierais pour me définir… mais belle tentative.

Alors que le zèbre devant moi continue de gémir en étant incapable de se relever, je fais appel à ce qu’il me reste de patience, pour me mettre à genou et fermer les yeux.

« Maîtresse de la vie animale et du monde sauvage. Moi, Nomad, je te demande humblement conseil. »

Pendant une dizaine de secondes, je n’entends plus rien. Je me retrouve seul dans la savane à me demander si j’ai fait mouche ou si je l’ai vexée. Dans le doute, je préfère ne rien dire et rester à genoux. C’est cependant la voix d’Ephy qui retentit et pas celle de Fae.

« Elle est en train de faire un malaise. Je crois que c’était trop d’émotions et elle se cache la tête dans un oreiller pour oublier. »

… J’y suis allé trop fort ? C’est intéressant de voir que la flatterie peut avoir un tel effet sur Fae, mais si elle n’est plus capable de formuler quoi que ce soit, cela ne m’aide pas. Autant continuer, cela dit.

« Gardienne des Dresseurs. J’attends ta réponse. »

Il se passe ensuite quelques secondes, mais finalement la voix de Fae retentit.

« Très bien, tu as droit à un véritable conseil. Arrête de penser en termes de lien, car cette espèce de fil que tu visualises n’intéressera pas un zèbre ou même un moustique. Déploie ton esprit. Tu es un Dresseur, pas un Magicien, ni un Druide ou même un Shaman. Les animaux font partie de toi et tu fais partie d’eux. Arrête de réfléchir, ouvre-toi aux possibilités et irradie. Si tu y arrives, aucun animal dans cette savane ne voudra résister. Aucun animal ne sera ton ennemi. En faisant cela, tu auras une meute. »

Alors que Fae termine son conseil, je décide de m’asseoir sur la terre battue et de fermer les yeux.

Je n’ai jamais médité par le passé, mais c’est sans doute le moment de faire de l’introspection et de m’ouvrir à ce qu’elle appelle une aura.

Je me concentre sur mon propre souffle. C’est finalement, le dernier mot qu’a prononcé Fae, qui me tourne dans la tête, « Meute ». Je repense à ce que j’ai vu dans l’arène, ce chaos sous ses ordres où chaque animal était à la fois unique et uni aux autres. Je repense à Yuu, Juliette et Micha et à tout ce que je pouvais ressentir à travers les liens. Tout ce qui fait de moi un Dresseur.

Je ne crois pas vraiment en ce que Fae appelle l’esprit ou même à la spiritualité, qui sonne plus comme quelque chose de paranormal à mes oreilles, mais c’est sans doute ça mon problème. Je me pose des barrières sans même m’en rendre compte alors que j’ai eu la preuve dans cette arène que je pouvais devenir bien plus. Il est temps d’ouvrir mon esprit.

*

Fae regarde Nomad sur l’écran en serrant les dents. Hormis Orion, cet idiot est bien la seule personne a lui avoir fait de tels compliments. Elle en a sans doute trop dit, mais tant pis. Ce n’est que le début de son entraînement.

« Dooonc, maîtresse de la vie animale, tu penses qu’il va s’en sortir maintenant ? »

Fae se met à sourire mystérieusement en continuant à observer son Dresseur. Tout cela n’est qu’un début.

« Appelle-moi comme ça encore une fois et je te fais manger un oreiller. »



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