Chapitre 9-3 – Métamorphose
Caius regrettait d’aggraver le sort de Gron, toutefois il était tenu de respecter la loi miaou. Quand un suspect était à côté d’un chat miaoulant et qu’il refusait de plaider coupable, il fallait augmenter graduellement les sanctions contre lui et son matou.
Si le camp militaire s’avérait bizarre, ce n’était rien comparé à la ville de Billouticus. Les gardes fermaient les portes de la ville la nuit, mais pénétrer dans Billouticus ne constituait pas une grosse difficulté lorsque la lune apparaissait. En effet les murailles de la cité possédaient des centaines de trous de grande taille, assez larges pour permettre à un homme très obèse de passer sans problème. Les prêtres décrétèrent que pour des questions d’aération, il fallait trouer les murailles. Cette drôle d’initiative aidait le vent à circuler dans Billouticus, mais surtout elle arrangeait drôlement les affaires des criminels et des envahisseurs.
Certains murmuraient que les religieux billouticiens travaillaient pour les guildes de voleurs. En effet les prêtres imposèrent une série de réformes qui entravait sérieusement le travail de la police, et qui faisait la joie des bandits. Avant d’avoir le droit d’appréhender un voleur, un membre des forces de l’ordre devait lui réciter la litanie du repentir à voix haute. Comme la litanie faisait plus de mille pages, et que les enquêteurs passaient plusieurs heures à déclamer, beaucoup de voleurs réussissaient à s’enfuir. Heureusement rien ne contraignait les militaires à dire la litanie.
Les habitants de la ville devaient posséder un coffre dans lequel, ils mettaient plus de la moitié de l’argent qu’ils gagnaient chaque mois. Le coffre se trouvait obligatoirement dehors, en position ouverte. Il était formellement interdit de le faire garder par quelqu’un. Pour arriver à vivre décemment, beaucoup de gens se mettaient à mentir sur leur niveau de salaire.
Billouticus n’était pas complètement vide, les mesures étranges qui régissaient la cité, attiraient beaucoup de criminels. Certains bandits l’appelaient même la ville miraculeuse. Pour étouffer les révoltes, les religieux punissaient les gens récalcitrants avec une drogue spéciale qui ôtait tout libre-arbitre. En outre les prêtres constituaient la principale source d’information, des billouticiens, donc ils avaient des moyens de contrôler le mécontentement.
L’aspect du temple principal de Billouticus interpella Gron, en effet l’édifice religieux ne possédait pas des murs droits mais obliques.
Gron : Ce temple est immense.
Décurion: Le temple de Billouticus est l’édifice religieux du dieu unique, que l’on a adopté il y a une semaine, il s’agit du temple du soleil Richnou Billoute. Je vous déconseille de tenter de vous enfuir, nous avons des tortures mortelles plus sadiques que la crucifixion. Par exemple nous pouvons vous infliger la roue de la Billoute, Chante tes Billoutes, Compte tes Billoutes, ou le Conseil de la grande Billoute, pendant des semaines.
Gron réfléchit à la situation, une fois son tour de découverte des installations religieuses terminé, le gobelin commencerait sans doute à avoir très mal. Donc il fallait un plan bien conçu pour se tirer de l’embarras. Il pensa ainsi à un moyen de s’échapper, le plus simple d’après lui consisterait à procurer une arme, à provoquer une diversion bien retentissante, et à endosser un costume de poulet. En fait il pourrait se passer de tous les autres éléments stratégiques avec un costume de poulet.
Non, il y avait un problème de logique dans ce que Gron prévoyait d’après lui, le costume de poulet seul ne suffirait pas, il manquait une catapulte. Et un mur géant afin de mener quelques essais sur soi-même. Il était nécessaire selon le gobelin de servir lui-même de projectile pour sa catapulte, tout en endossant un costume de poulet, afin de pouvoir configurer rapidement la machine de guerre.
Ainsi Gron estimait qu’avec mille tonnes de briques, une catapulte, un costume de poulet, du ciment, une équipe de bâtisseurs, des guérisseurs avec du matériel de soin il possédait tout ce qu’il fallait pour mener la grande évasion pour lui et son maître.
Heureusement Rintam réordonna rapidement les pensées de son subordonné en puisant dans les restes de pouvoir magique en lui. Il ne lisait pas dans les pensées de son serviteur, mais il voyait à son regard que Gron était en mode délire. Et le chat fit bien, car il ne restait que quelques minutes avant que la crucifixion sur lui et le gobelin ne commence.
Tous deux se rapprochaient d’un supplice affreux. Encore quelques centaines de pas, et ils sortiraient du temple pour être exposés dehors comme sujets de répression fanatique.
Gron : Puis je lire une prière, ô grand décurion Caius Bonus ?
Décurion : Pour racheter votre âme ? Accordé.
Gron : Il y a un grand livre noir dans ma poche, c’est mon missel. Pourriez-vous me l’ouvrir page trente-deux, afin que je lise mon psaume ?
Décurion : Certes. Il est devenu rare de voir un bon croyant.
Gron : Pourriez-vous tenir mon livre un peu plus haut ? Merci. Que les zozos disparaissent, abracadabra hocuspocus.
Gron, Rintam et le décurion se téléportèrent, à cause de l’action du sort, ils atterrirent de nouveau à l’intérieur du donjon dans la salle des invocations. Le sort eut aussi pour effet de libérer Rintam de ses menottes pour chat.
Décurion : Mais où suis-je ?
Gron : Hourra nous sommes de retour au donjon, zut le livre est en train de brûler.
Rintam (feule) : Miaou.
Gron : Excusez-moi de vous avoir encore écrasé avec mon postérieur maître.
Rintam : Miaou. J’ai retrouvé mon apparence humaine, mais mon grimoire est en cendres. Gron espèce de misérable c’est de ta faute, je vais t’obliger à manger tes pieds !
Gron : Pitié maître, sans mes pieds il me sera beaucoup plus difficile de nettoyer les dix miroirs de votre chambre, ainsi vous aurez du mal à contempler votre reflet à cause de la poussière.
Rintam : Gr, tu t’en tires encore pour cette fois, mais tu seras quand même fouetté. Quant à toi décurion, qu’as-tu à dire pour éviter le fouet ?
Décurion : Ramenez-moi tout de suite chez moi, sinon cela ira mal pour vous !
Rintam : Le problème est que mon grimoire a brûlé, et que sans mon livre de magie, il est impossible de te renvoyer là d’où tu viens. Bon assez discuté, par le paralysus que mon ennemi soit immobile.
Décurion (paniqué) : Je ne peux plus bouger !
Rintam : Gron, conduis le décurion dans la salle des supplices.
Gron eut soudain une idée, il aurait peut-être dû utiliser son oiseau mécanique pour résoudre les problèmes avec la rencontre avec le décurion et ses hommes. Puis il se dit que ce n’était pas la peine de conjecturer, et surtout sa machine n’était pas encore tout à fait au point. Il restait des livres à consulter, et des études à mener pour lui donner des fonctions optimales en cas d’adversité.
