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Chapitre 9-2 – Métamorphose
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Chapitre 9-2 – Métamorphose

Gron : Aïe ! Nom d’une moisissure de pied, mais où sommes-nous tombés ? Nous ne sommes plus au donjon. Mais où est le maître ?

Rintam : Miaaaaaou ! (il feule)

Gron : Oups, oh désolé votre malfaisance, j’étais tombé sur vous. J’ôte de suite mon insignifiant postérieur de votre pelage démoniaque.

Rintam : Miaaaaou !

Gron : Oui, je sais, je sais. J’irai me faire fouetter, mais en attendant nous devrions rentrer au donjon. Mais nom de diable, où sommes-nous arrivés ? Des troncs, des feuilles, des branches, un chemin, des buissons, maître ?

Rintam : Miaou ?

Gron : Je crois que nous sommes dans une forêt de chênes !

Caius Bonus : Quel sens de l’observation.

Gron : Aaah ! Qui êtes-vous ?

Décurion : Je suis le décurion Caius Bonus, troisième cohorte, seconde manipule. En patrouille dans la forêt pour chopper les mecs louches.

Gron : Ah ? Et il y en beaucoup par ici ?

Décurion : Oui, vous ! Suivez-moi.

Gron : Où devons-nous aller ?

Décurion : Nous allons au camp de Bibendum pour que vous subissiez un interrogatoire.

Rintam : Miaou, miaou.

Le décurion se sentait désolé pour Gron et le chat, mais il allait devoir appliquer la procédure standard de l’armée sur les matous.

Décurion : Ha, ha, votre chat s’exprime en code, il a dit miaou, miaou. Je suis sûr qu’il s’agit d’une phrase codée, pour mettre sur pied un stratagème diabolique. Cela alourdit les charges à votre égard.

Gron : Mais pas du tout, je crois juste que mon chat veut qu’on le nourrisse.

Décurion : Qu’est-ce qui me prouve que ce chat est bien un chat ?

Gron : Ben euh, qu’est-ce qu’il vous faut comme preuve ?

Décurion : Les chats ont neuf vies, c’est bien connu, si votre animal survit à un coup d’épée en plein cœur, je considérerais que c’est un chat.

Gron : Je ne peux pas vous laisser faire de mal à mon chat. Même s’il survit au coup d’épée, il subira une douleur atroce.

Décurion : Ha, ha, je dois en déduire que votre chat n’est pas un chat, puisque vous refusez que je vérifie son nombre de vies. Bon assez discuté allons au campement.

Gron : Attention une limace.

Décurion : Et alors ?

Gron : Elle fait au moins cinq centimètres.

Décurion : Je suis terrifié, non je blague.

Gron : La limace mange une feuille.

Décurion : Votre tentative de diversion est pitoyable, je vous conseille d’arrêter, vous vous couvrez de ridicule.

Gron : Je vous assure que c’est primordial de vous occuper de la limace. Elle dévore une feuille qui rend beau, intelligent, chauve, immortel, chauve, énergique, chauve, immunisé à toutes les maladies, chauve.

Décurion (déconcerté) : Euh pourquoi vous insistez à mort sur une feuille maudite rendant chauve ?

Gron : Le mot chauve contient le son chau, et quand on a chaud, on essaie souvent de boire. Donc j’essaie subtilement de faire diversion en vous donnant soif, en utilisant le son chau de manière détournée.

Décurion (ironique) : Ouah quel plan terrible, j’en suis tout retourné.

Gron (voix basse) : Suivez-moi maitre, il nous serait difficile de fuir.

Décurion : Vous dites ?

Gron : Rien du tout votre pestilence, je rassurais euh… mon chat ! Voilà tout.

Décurion : Pestilence ? J’ai fait mes ablutions ce matin même !

Gron le gobelin bêta se fit frapper et tomba dans les pommes. Il fut emmené dans un camp romanoi de grande importance, vu que la garnison contenait plus de mille soldats. Le décurion Caius Bonus n’adhérait pas à la propagande officielle sur la magie, il croyait que les aptitudes surnaturelles pouvaient servir l’intérêt commun. Toutefois comme il voulait rester vivant, il taisait ses opinions sur la magie. Cela n’empêchait pas Caius de traquer avec relativement peu d’énergie les jeteurs de sort, et de se concentrer plus sur la lutte contre les voleurs. Le manque d’enthousiasme du décurion dans la chasse aux mages lui joua des tours.

Ainsi bien que Caius ait fait preuve d’un très grand mérite à des dizaines de reprise, il stagnait au rang de décurion, il ne commandait que dix hommes. Quant des personnes beaucoup moins méritantes et compétentes que lui se trouvaient à la tête d’une centaine de soldats.

Les habitants de Chtitonum, ne connaissaient pas les origines du rejet de la magie dans la province. Ils ne disposaient pas de preuves formelles que la majorité des mages était dangereuse, mais les magiciens pouvaient servir de boucs émissaires pout tout et n’importe quoi. Les Chtitoniens s’en donnaient à cœur joie pour accuser les mages de tous leurs malheurs.

Le décurion Caius Bonus constituait une exception très rare parmi ses concitoyens. Il fallait dire que Caius s’avérait particulièrement tolérant. Il acceptait des comportements que la majorité de ses congénères trouvaient choquants, comme par exemple le droit pour une femme de guerroyer. Il allait jusqu’à pousser l’audace de défendre lors de certains débats, la liberté politique de la gente féminine. Il clamait que la femme était égale voire supérieure à l’homme dans le domaine des hautes fonctions sociales. Que l’empire romanoi aurait beaucoup à gagner, si l’impératrice détenait le pouvoir à la place de l’empereur.

Le décurion avait le pressentiment que le gobelin, représentait peut-être une amélioration de sa vie. Mais Caius mit rapidement de côté ce qu’il voyait comme un délire, et emmena Gron et Rintam dans une tente en tissu. L’endroit pouvait contenir une dizaine de personnes debout.

Le décurion jugeant les deux prisonniers inoffensifs mena seul l’interrogatoire. Surtout que le gobelin était solidement attaché à une chaise en bois par des cordes, et que Rintam avait les quatre pattes entravées par des menottes pour chat. Caius était désolé, mais la procédure standard dans l’armée consistait à solidement limiter la liberté de mouvement des matous.

Gron : Aïe, ma tête.

Décurion : À présent que vous êtes réveillé, nous allons procéder à l’interrogatoire.

Gron : Peut-être pourriez-vous me détacher au préalable ?

Décurion : Négatif. D’abord répondez aux questions.

Gron : Et dire que normalement c’est moi qui attache les autres.

Décurion : Oh ! Vous m’écoutez, vermine ?

Gron : Oui bien sûr. (A voix basse) : Connard.

Décurion : Désirez-vous attenter à la vie de l’empereur des Etats Romanois ?

Gron : Non.

Décurion : Etes-vous, ou avez-vous été terroriste ?

Gron : Terroriste ? Hmmm, non ?

Décurion : Possédez-vous des armes ?

Gron : Une haleine quelquefois repoussante, c’est une arme ?

Décurion : Je pense que non. Avez-vous une compétence dangereuse pour autrui, telle qu’une connaissance des poisons ou d’un art martial ?

Gron : Je suis une terrible machine à tuer, j’ai massacré des centaines de personnes, qui avaient d’abord été capturées, ligotées aux pieds et aux mains, bâillonnées, et rendues aveugles par mes sbires.

Décurion : En somme vous êtes plutôt inoffensif seul. Vous ne faites du mal à quelqu’un, que s’il est rendu très vulnérable par un de vos alliés. Avez-vous volé ?

Gron : Je suis le plus grand voleur de tous les temps.

Décurion : Je ne vous crois pas.

Gron : Il y a de meilleurs voleurs que moi, mais j’ai commis tout de même des dizaines de coups audacieux.

Décurion : On se rapproche de la vérité, mais il y a encore du chemin à parcourir.

Gron : J’ai effectué un vol important.

Décurion : Vous continuez à mentir.

Gron : Très bien un jour j’ai dérobé un sucre aux cuisines alors qu’il n’y avait pas de surveillance. Mais j’ai quand même beaucoup de mérite j’ai planifié mon coup pendant des mois. Le sucre est une denrée très répandue dans le pays dont je viens, mais mon mérite en tant que voleur est immense. Car après tout il a fallu que je fasse un saut ultra millimitré, super exact de deux centimètres pour atteindre la boîte à sucres en terre cuite, c’est quelque chose, hein ?

Décurion : Je ne vois pas en quoi un saut minable est exceptionnel ?

Gron (enthousiaste) : Mon saut a été un modèle de précision grâce à au costume de poulet aux plumes ultra-aérodynamiques que j’ai employé.

Décurion : Hein ?

Gron (lyrique) : Pour être certain que la hauteur de mon saut soit optimale, j’ai bondi des milliers de fois en costume de poulet, j’ai effectué des tas de calculs, j’ai consulté des dizaines de spécialistes du poulet.

Décurion : Et tout cela pour un minable morceau de sucre ?

Gron (ton presque fanatique) : Vous n’êtes pas conscient des efforts titanesques qu’il a fallu pour penser poulet, voler poulet, et m’immerger dans la peau d’un poulet !

Le décurion n’arrivait pas savoir si son interlocuteur se moquait de lui, ou était sérieux. Il était peu content du côté absurde de la société où il vivait, mais là il avait peut-être trouvé plus loufoque. Il se focalisa sur les questions suivantes afin de couper court à une discussion surréaliste.

L’interrogatoire de Gron le gobelin bêta ne dura pas une ou deux heures, mais plus de dix heures. En plus de questions pertinentes comme par exemple le fait de demander à Gron s’il appartenait à une organisation subversive, il y avait des demandes plutôt particulières, telles que la pointure des chaussettes du gobelin, combien il mangea de kilos de pain au cours de l’année précédente, la quantité de sueur qu’il perdait en courant en ayant des boulets de cent tonnes attachés aux pieds. Le concepteur de la procédure actuelle des interrogatoires militaires chez les romanois semblait clairement dérangé.

Un observateur attentif remarquait aussi que certains détails clochaient, dans le camp militaire où les légionnaires emmenèrent le gobelin. Ainsi les portes du camp étaient grandes ouvertes la nuit, même en cas d’attaque ennemie. De plus toute personne tentant de les fermer, subissait une exécution sommaire. Les légionnaires se battaient non pas avec des lances ou des épées, mais des casseroles pour les sans grades, et des assiettes pour les officiers. Les plaintes pour améliorer l’armement des romanois de la province provoquèrent un empirement de la situation. Ainsi les officiers se retrouvèrent avec des assiettes non plus en métal, mais en tissu.

Les religieux décidaient de tout en matière de gestion militaire dans la province de Chtitonum. Problème le principal critère pour être un clerc influent, s’avérait le niveau d’aliénation mentale. Plus on tenait des raisonnements absurdes et loufoques, plus on obtenait de pouvoir religieux.

Cette situation dégoûtait au plus haut point le décurion Caius Bonus, mais celui-ci devait laisser faire, pour éviter de finir brûlé vif. Après des milliers de questions, Caius passa enfin à la dernière étape de l’interrogatoire à l’égard de Gron. Il aurait voulu sauver le gobelin, mais il se savait surveillé par des espions à la solde des religieux. Aussi contre sa volonté il appliquait souvent contre les prisonniers une procédure loufoque.

Décurion : Avez-vous menti à l’une des questions de cet interrogatoire ?

Gron : Euh, c’est une question piège ?

Décurion : Répondez !

Rintam : Miaou ?

Décurion : Miaou, c’est votre dernier mot ?

Gron : C’est mon dernier mot. (A voix basse 🙂 Ravi de vous revoir maître.

Décurion : Maître ? En voilà un drôle de nom pour un chat.

Gron : N’est il pas, hé, hé, hé.

Décurion : Bon. Vous allez être condamné aux galères pendant dix ans.

Gron (A voix basse) : Ça ne va pas beaucoup me changer par rapport à mon quotidien.

Rintam : Miaou, miaou.

Décurion : Puisque votre faux chat m’insulte j’aggrave votre peine, ce sera vingt ans de galère pour vous et votre animal.

Rintam : Miaou, miaou.

Décurion : Je vous inflige la peine de mort par décapitation.

Gron : Vous arrivez à comprendre le chat ?

Décurion : Non mais j’ai un sixième sens qui m’informe sur les intentions des gens. Par exemple mon intuition me souffle que vous avez envie de danser nu, tout en vous cognant la tête contre une palissade, et en mangeant des fraises.

Gron : Je vous assure que je n’ai pas ce genre de pensée.

Décurion : On résiste très bien, je vous impose la crucifixion, au lieu d’une mort immédiate, vous subirez une lente agonie. Tout condamné à mort à la crucifixion, a le droit de faire une prière dans le temple de la ville de Billouticus. Suivez-moi.



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