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Chapitre 21 – Nains destructeurs

Chapitre 21 – Nains destructeurs

Malheureusement Rintam ne put enfiler l’armure d’immortalité, bien que celle-ci soit adaptée à sa taille. Il y avait un sort qui empêchait de la mettre. L’avare passa plusieurs jours à essayer d’annuler l’enchantement, mais cela fut en vain. Tout ce qu’il gagna à s’acharner ce fut des décharges électriques très douloureuses. Le radin tenta de fondre l’armure pour la retravailler plus tard, mais elle semblait indestructible. Même des sorts qui produisaient une chaleur de plus de dix mille degrés n’arrivaient pas à lui faire le moindre effet. L’ambitieux pensa vendre la protection à une organisation de mages, puis il se dit qu’il ne fallait pas augmenter le nombre de ses ennemis. Un artefact magique inutile pourrait mettre en colère des magiciens.

Après avoir testé des centaines de sorts en vain sur l’armure, Rintam fit des recherches dans sa bibliothèque pour trouver un moyen de pouvoir la mettre. Mais malgré tout le savoir qu’il accumula, il ne trouva rien d’intéressant. Soudain l’ambitieux eut une révélation, peut-être que le clergé lié aux dieux de la guerre pourrait le renseigner. Les prêtres des divinités guerrières y connaissaient souvent un rayon sur les armes et les armures magiques. Cette intuition se révéla juste, un clerc de Proélium révéla au radin, que l’armure d’immortalité ne pouvait être mise, que si son précédent propriétaire la confiait de son plein gré.

Dans le cas contraire, la protection nuisait de plus en plus à celui qui la volait, elle s’emparait petit à petit de sa chance. Le prêtre de Proélium conseilla à Rintam de lui remettre l’armure, avant qu’un accident funeste n’arrive. L’ambitieux refusa d’abord, mais après avoir subi vingt déboires, il finit par revenir à la raison. Il fit vraiment grise mine, mais il se soumit à la recommandation du prêtre. Rintam avait quand même été gagnant grâce à Alice le paladin noir. L’armure d’immortalité était inexploitable, mais l’avare tira un grand profit financier de l’épée magique d’Alice.

De son côté le rival de Rintam s’imaginait pouvoir bientôt pavoiser, grâce au fait que l’orbe de toute-puissance lui reviendrait sous peu. Il fignolait de nouveaux plans depuis sa salle du trône.

Méchant : Alors est-ce que tu as l’orbe de toute-puissance ?

Valet : Malheureusement votre paladin noir a échoué dans sa mission, de plus elle est morte de manière stupide. Au lieu de tuer son adversaire, elle s’est occupée de ses cheveux. Ainsi Rintam a pu la massacrer.

Méchant : Comment est-ce possible ? Mon paladin bénéficiait de la protection de l’armure d’immortalité, même un sort jeté par un archimage elfe n’aurait pas pu le tuer.

Valet : Le paladin avait enlevé son armure, pour prouver à Rintam qu’elle était une femme.

Méchant (affligé) : Décidément il doit y avoir un mauvais génie qui œuvre pour que mes subordonnés aient des réactions stupides. Tant pis même si cela va me coûter très cher, je vais faire appel à mes semblables, de la compagnie des nains destructeurs.

Valet : Sans vouloir vous vexer, est-ce un choix judicieux ? Je sais que vous avez une grande confiance dans vos congénères les nains, mais les nains destructeurs vont vous coûter les yeux de la tête.

Méchant : Je sais, mais j’ai les moyens de me payer leurs services, de plus j’attends prochainement de grosses rentrées d’argent. Enfin dès que je maîtriserai complètement l’orbe de toute-puissance l’ensemble des richesses du monde m’appartiendra. Ha, ha, ha !

La puissance actuelle du rival était déjà très impressionnante, mais avec l’orbe elle risquait de devenir démentielle. En effet même une coalition de la majorité des souverains du monde du Gerboisia ne suffit pas à provoquer le démantèlement de l’organisation du rival. De plus ce dernier se vengea de manière sanglante sur ceux qui le dépossédèrent de l’orbe, il mit à mort plus d’une centaine de souverains et leur famille proche.

En outre le rival pouvait compter sur des milliers de fanatiques prêts à donner sans hésiter leur vie pour sa cause. Il maîtrisait à la perfection les poudres fanatisantes. Il était capable de transformer le plus modéré des hommes en une incarnation du radicalisme en quelques heures, grâce à ses préparations à avaler.

Il réussit à unir plus d’un tiers du monde de Gerboisia sous sa botte. Il n’échoua à conquérir l’intégralité de la planète, qu’à cause de la trahison d’un lieutenant. Le rival se vengea sur le traître, mais le renégat réussit avant de mourir à donner des renseignements précieux.

Gron le gobelin était peut-être le meilleur allié du rival, il proposait des projets totalement idiots à son maître. Résultat le jour où Rintam ne fera pas attention, il sera dans les ennuis jusqu’au cou.

Gron : Maître j’ai une nouvelle très intéressante, je peux désormais transformer l’or en savon parfumé.

Rintam : Et à quoi cela va servir ?

Gron : À garantir votre propreté.

Rintam (en colère) : J’ai parfois envie de te faire un lavage de cerveau pour t’ôter ta connerie ! Même si c’est un processus douloureux.

Gron : N’hésitez pas, je ne demande que ça.

Rintam : Hein ?

Gron : C’est un rêve très cher à mon cœur, de pouvoir me laver l’intérieur de la tête sans risquer de mourir, d’arriver à avoir un corps propre partout, partout.

Rintam (las) : Rah tu m’agaces.

De son côté Caius le décurion qui se promenait sur la plus haute tour du donjon, vit d’abord un nuage de poussière. Il ne s’en inquiéta pas outre mesure, mais au bout de quelques minutes, il changea d’avis. En effet une véritable armée marchait contre le donjon, et elle s’avérait bien plus nombreuse, que les groupes d’elfes qui attaquèrent la dernière fois.

Le décurion prit une longue-vue, afin de mieux distinguer les caractéristiques des troupes ennemies. Ce qu’il découvrit, amplifia son malaise. Les adversaires étaient au moins dix mille, et leur armement semblait de première qualité. De plus vu la cohésion et la discipline de leur déplacement, Caius estima qu’il avait affaire à des troupes d’élite. Il se demanda qui pouvait craindre Rintam au point de déployer une force armée digne d’un roi.

Le décurion quand il distingua les bannières ennemies poussa un cri de désespoir. Le drapeau qu’il vit montrait une forteresse qui s’écroulait. Caius pensa alors qu’il ne pouvait pas triompher. Quand ses soldats orques découvriront l’identité des adversaires à combattre, ils s’enfuiront comme des dératés. D’ailleurs le décurion songea très sérieusement à décamper. Il savait qu’il agissait lâchement, mais il croyait sincèrement qu’il n’avait aucune chance de réussir à l’emporter.

Quant à se rendre, cela constituait une option suicidaire, pour ne pas dire douloureuse. Les ennemis qui se déployaient autour du donjon, étaient réputés pour détester les témoignages de lâcheté. Ils pouvaient montrer un certain respect, pour un opposant qui se battait jusqu’au bout, mais ils torturaient les adversaires qui parlaient de reddition.

Puis Caius se reprit et se dit que même des ennemis en surnombre, et bien équipés n’étaient pas invincibles. En outre il y avait peut-être quelque chose à tenter, une manœuvre qui semblait absurde, mais on ne savait jamais. Parfois un acte farfelu s’avérait la meilleure solution à un problème épineux. Le décurion pénétra dans la salle des complots de Rintam pour avertir le dirigeant des lieux du péril.

Décurion : Maître j’ai une très mauvaise nouvelle, la compagnie de nains baptisée les destructeurs de forteresse se dirige vers le donjon.

Rintam : Diable, voilà qui est fâcheux, il faut mettre d’urgence un plan afin de contrer nos ennemis.

Gron : On pourrait peut-être négocier ?

Rintam : Malheureusement les destructeurs de forteresse prennent ce qu’ils veulent, et ne cherchent jamais à parlementer, spécialement avec des ennemis. Nous risquons tous de finir dans des estomacs de nains.

Gron : Je suis sûr que je peux obtenir quelque chose.

Rintam : J’aimerais partager ton optimisme, mais je ne crois pas que les destructeurs nous laissent la vie sauve, même si nous ne luttons pas contre eux, et que je leur donne tout mon or.

Gron : J’ai quand même la ferme intuition, que je suis capable de m’arranger avec les nains qui nous menacent.

Rintam : Tu rêves mon pauvre Gron, les destructeurs ont pour point d’honneur d’être impitoyables. Ils considèrent comme une disgrâce de discuter avec leurs adversaires.

Gron : Cela ne m’empêchera pas d’obtenir une concession.

Rintam : De quoi es-tu sûr de bénéficier ?

Gron (tout fier) : Je suis certain d’être cuit, et non d’être mangé cru.

Rintam : Ouah, je suis ébahi par ton don pour la négociation, tu es un sacré idiot, cru ou cuit, ton sort sera le même.

Gron : Peut-être mais quitte à être mangé, je préfère que la saveur de mon corps soit optimale.

Rintam : Passons à autre chose, l’un de vous deux a t-il une idée valable, pour se débarrasser des destructeurs ?

Décurion : Les destructeurs sont très confiants dans leurs capacités martiales. Si on arrivait à surprendre par derrière nos ennemis, on aurait une chance de l’emporter.

Rintam : Le problème vient du fait que les destructeurs sont des professionnels de la guerre, et que mes orques sont indisciplinés. Je vois mal comment on pourrait bénéficier de l’avantage de la surprise.

Gron : Il reste la solution de la corruption.

Rintam : Je refuse qu’une seule de mes chères pièces d’or soit donnée à des nains barbares.

Gron : Je pensais à autre chose, nous avons des tonnes d’un bien particulier, dans l’ancienne mine gobeline, on pourrait donner aux destructeurs de l’eau salée.

Rintam : Expliques-moi en quoi une eau imbuvable, serait susceptible d’intéresser quelqu’un ?

Gron : L’eau souillée a un goût certes ignoble, mais aussi différent de l’eau pure, celui-ci pourrait plaire aux destructeurs.

Rintam : L’eau souillée rend malade, voire provoque la mort, Gron ton niveau de bêtise me sidère un peu plus chaque jour. Tu penses qu’idiot c’est un métier ?

Gron (sincère) : Si raconter des bêtises est un travail, alors que je peux demander une augmentation de salaire ?

Rintam (las) : Gron j’ai assez discuté avec toi, décurion aurais-tu une solution utile et réalisable ?

Décurion : Me faire balancer par une catapulte, c’est le meilleur moyen de nous en sortir.

Rintam (résigné) : Cela me paraît fou, mais soit, au point où on en est.

Décurion : Merci maître.

Gron : C’est génial Caius ! Tu adhères enfin pleinement à l’esprit catapulte ! Je suis un peu jaloux de ne pas servir de projectile comme toi, mais je suis aussi très content que tu ais enfin réaliser la grandeur de s’associer corps et âme à une catapulte.

Rintam avait envie de gifler Gron, mais le désespoir l’emporta sur la colère. Donc il se borna à soupirer bien fort. Quant au décurion son amitié était suffisante pour qu’il s’implique dans le délire du gobelin. Caius choisit de ne pas réprimander son interlocuteur loufoque à cause d’un mélange de pitié et d’affection.

Décurion (troublé) : Euh, ben, euh merci.

Les nains virent à leur grand étonnement un homme être projeté au-dessus d’eux par une catapulte. Ils furent tellement hébétés que leur capacité à maintenir leurs défenses magiques au moyen d’un sort en fut bien affecté quelques secondes. C’était justement ce que cherchait le décurion, il en profita pour invoquer de la poussière dans l’atout-maître des nains, la machine à tempêtes.

Cet appareil magique produisait des cataclysmes venteux d’une puissance ahurissante, capables d’abattre une forteresse avec la réputation d’être imprenable. Il prenait la forme d’une gigantesque hélice reliée à un moteur à vapeur rempli de divers minéraux surnaturels. Le décurion n’eut pas besoin de matérialiser sa poussière à partir de ses mains, il s’arrangea pour que la crasse apparaisse directement dans la machine.

Ainsi le fantastique engin de siège montrait des signes de faiblesse, il peinait à démarrer. Les nains refusèrent de se laisser décourager, et insistèrent, ils insufflèrent davantage de puissance dans leur machine.

Il s’agissait d’une merveille d’ingénierie, qui demanda des siècles avant d’être mise au point. La machine fut un casse-tête pour plusieurs générations de mages et d’ingénieurs nains. Ce concentré de magie et de technologie constituait un trésor de savoir. Le secret de sa fabrication était d’ailleurs tellement bien gardé, que plus le temps passait plus le nombre de personnes capables de concevoir la machine diminuait. Ainsi il n’y avait que trois ingénieurs et cinq mages nains, qui connaissaient actuellement les secrets de conception de l’appareil mystique dans le monde de Gerboisia.

Mais même sans leur machine, les nains destructeurs auraient pu sans problème conquérir le donjon de Rintam. Cependant ils choisirent d’agir prudemment pour éviter des déconvenues. Ils avaient entendu dire par leur commanditaire, que Rintam pourrait leur donner du fil à retordre, si les destructeurs se rapprochaient trop du donjon.

Après dix minutes, ils remirent en marche leur appareil, un épais cordon de sécurité fut instauré pour protéger la machine. Au moment elle allait commencer à déchaîner des vents d’une violence terrible, les conséquences furent abominables pour les nains. La machine ne s’arrêta pas mais elle explosa carrément, elle causa la mort de plus de neuf dixièmes des nains présents. Les destructeurs survivants décidèrent de battre en retraite pour éviter de se faire massacrer, ils ne disposaient plus que de trois cents soldats en état de combattre. La souffleuse avait des mécanismes très délicats, il suffisait d’une épaisse couche de crasse pour causer sur cet appareil des dysfonctionnements majeurs.

Or le décurion s’arrangea pour invoquer une poussière spéciale dans la machine, il usa d’un sort de saleté aux effets pernicieux. La crasse matérialisée produisait souvent un sabotage particulièrement dévastateur. Quant au décurion il survécut à sa projection par une catapulte en recourant à un sort de vol pour atterrir en douceur au niveau du sol.



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