Chapitre 20 – Voeu
Les choses allaient de mieux en mieux pour Rintam l’ambitieux, en grande partie à cause de l’orbe de toute-puissance. Ainsi son taux de réussite en matière de sorts augmenta considérablement. De plus sa puissance magique fut très amplifiée, résultat Rintam l’avare pouvait maintenant détruire un quartier entier, en recourant à une petite partie de son énergie surnaturelle. Après avoir conquis le village de Lofen, il se tournait vers la ville de Xapar. Pour l’instant il ne lançait pas encore d’offensive, mais d’ici quelques semaines, il s’estimerait prêt à défaire Elililm l’archimage qui vivait à Xapar. Sur le plan de la richesse le radin vivait un rêve éveillé, il découvrit un sort qui transformait de manière permanente le fer en or, résultat il produisait chaque jour au moins dix lingots d’or.
La nouvelle de la prise de Lofen inquiéta les elfes de la forêt millénaire. Ceux-ci envoyèrent un contingent pour neutraliser Rintam, mais ils se firent battre presque instantanément. Caius le décurion les massacra avec ses orques. Les cinq cents elfes qui assaillirent le donjon ne firent pas long feu face à mille orques. Caius recrutait de plus en plus facilement des troupes. En outre il arrivait à progressivement modifier la mentalité de ses subordonnés. Par exemple ses soldats orques même s’ils rechignaient, acceptaient de s’équiper de casques.
En prime ils commençaient à agir avec un minimum d’esprit d’équipe, ils apprirent quelques manœuvres d’attaques coordonnées. Pour l’instant le décurion se bornait à exiger des mouvements de troupes simples. Mais il espérait bien d’ici quelques années pouvoir mettre en place des stratégies complexes et subtiles, obliger ses troupes à faire preuve d’une discipline de fer.
Gron ne s’avérait pas inactif, il avait durement négocié pour obtenir l’affaire du siècle. Tout ce qu’il lui restait à faire, c’était d’obtenir la signature de son maître Rintam, pour finaliser un processus lui ayant demandé des mois de travail.
Gron : Maître, s’il vous plaît j’ai besoin d’une signature sur ce document.
Rintam : Voilà. Il signa. Quoique, j’ai un mauvais pressentiment, montre-moi les détails du document que j’ai paraphé. Alors il est question d’acheter un dirigeable. Tu te moques de moi Gron ?
Gron : Mais maître ce moyen de transport sera très utile pour vos projets de conquête, vous pourrez faire couvrir de grandes distances à vos troupes. De plus vous ferez de grosses économies, vu que vous n’aurez plus besoin de nourrir de chevaux.
Rintam : Le problème du dirigeable est que cette technologie n’est pas au point, cette machine est incapable de voler au-dessus d’un arbre de plus de vingt mètres.
Gron (enthousiaste) : Le vendeur de dirigeable m’a averti que nous aurions des sensations inoubliables si nous achetions sa machine. Et surtout survivre à un voyage à l’intérieur est une preuve formidable de la capacité à transcender un destin hautement mortel. Personnellement je trouve cet argument intéressant.
Rintam : Il ne manque pas d’air ceux qui ont essayé de m’escroquer en passant par toi.
Gron : Vous aussi vous ne manquez pas de r.
Rintam (menaçant) : Attention Gron ta bêtise est divertissante, mais je ne tolère pas l’insolence.
Gron : Quand je disais que vous avez beaucoup de r, je parlais des lettres de votre nom, il contient plus de quatre r. Vous vous appelez Rintam Rarirorara.
Rintam : Bon jeu de mot, mais je t’interdis d’acheter un dirigeable, ou un autre engin volant mis au point par des gobelins. Bon assez discuté, va me chercher à manger dans les cuisines.
Rintam n’était pas tiré d’affaire, il devenait de plus en plus puissant, mais il restait un être qui pouvait mourir. Surtout que son rival au courant de l’existence de l’orbe de toute-puissance, avait plusieurs cordes à son arc. Il disposait de milliers de moyens de mettre à mort l’ambitieux. En effet il s’avérait à la tête du plus grand empire criminel du monde, des millions de personnes travaillaient pour lui. Par conséquent les revers que Rintam et ses serviteurs infligèrent au rival, étaient des coups d’épée dans l’eau. Le rival n’utilisait pas toutes ses forces par souci de discrétion. Mais s’il voulait, il pourrait mettre à feu et à sang sans problème le pays de Richedune. D’ailleurs bien qu’il soit diminué sur le plan magique, il était capable de mettre en déroute une armée entière sans trop se fatiguer.
La majorité des chefs d’état du monde mangeait dans la main du caïd, un mot de la part de celui-ci déclenchait une crise gouvernementale. Même Arthur le haut-roi des elfes n’arriva pas à renverser le rival. Il lui infligea quelques revers, mais il fut contraint de négocier pour éviter que son royaume ne subisse une tourmente sans précédent. Dans le monde entier des prostitués, des tenanciers de salles de jeux clandestines, des vendeurs d’objets interdits versaient une commission au rival.
En outre ce dernier étendait progressivement son emprise sur les affaires légales. Il toucha au cours des cent dernières années une part des bénéfices des vingt plus renommées guildes de bâtisseurs de Richedune, le pays. Il était difficile de ne pas trouver une maison dans une ville ou un village richedunien qui n’ait pas rapporté de l’argent au rival. Son valet faisait un rapport dans la salle du trône.
Valet : Maître j’ai une mauvaise nouvelle, l’assassin que vous avez envoyé a été tué.
Méchant : Diantre, décidément Rintam a une chance insolente, dans ce cas je vais envoyer Alice mon paladin noir à la rencontre de mon ennemi. Vas me la chercher.
La tyrannie d’Alice lui joua des tours, aussi elle finit chassée de son royaume. Elle trouva refuge sur le monde de Gerboisia, où elle louait désormais ses services de guerrière et de mage.
Alice : Que voulez-vous maître ?
Méchant : Je souhaite que tu ailles à la rencontre du dénommé Rintam, et que tu le tues, de préférence lentement.
Alice : J’aurais une requête, je voudrais que vous me téléportiez près du donjon de votre ennemi.
Méchant : Tu sais bien que lorsque j’use d’un sort de téléportation, cela cause chez moi une douleur forte. De plus ton destrier possède une vitesse surnaturelle, il pourra t’emmener en moins d’un jour devant la demeure de Rintam.
Alice : Je sais mais si mon cheval magique galope vite, cela me décoiffera.
Méchant : Je m’en fiche, je ne vais pas souffrir intensément pour une histoire de cheveux impeccablement coiffés.
Alice : Je préfère mourir, plutôt que de me présenter devant quelqu’un en étant mal peignée !
Méchant : Tu mourras si tu ne m’obéis pas.
Alice : Dans ce cas-là, tuez-moi, je refuse de ne pas être à mon avantage quand je suis en mission.
Méchant : Tu as vraiment de la chance que j’ai un faible pour toi, je vais donc te téléporter. Mais tu as intérêt à réussir, sinon je t’interdis d’aller chez le coiffeur pendant une semaine.
Alice : Quelle cruauté, quel machiavélisme, vous êtes vraiment un démon parmi les démons, le plus vil des nécromanciens !
Méchant : Je t’autorise à mettre l’armure d’immortalité, pour garantir ta victoire.
Alice le paladin noir possédait un côté superficiel prononcé. Ainsi elle avait des tendances obsessionnelles quand il s’agissait de son apparence. Mais il valait mieux ne pas la sous-estimer. En effet le paladin réalisa des exploits mémorables. Elle tua seule un dragon adulte, elle obligea un roi-démon à lui jurer allégeance, elle mit à mort une armée de cinq mille humains, tout en ayant une main occupée avec un peigne.
Alice considérait Rintam comme une source d’ennuis pour elle. Cette dernière estimait que depuis qu’elle entendit parler de l’ambitieux, tout allait de travers pour elle. Dès qu’un événement un peu négatif lui arrivait, elle imputait la faute à Rintam.
La haine du paladin semblait irraisonnée, mais elle n’était pas étonnante. En effet Alice agissait souvent de manière disproportionnée. Quelqu’un faisant un léger compliment au paladin, pouvait être récompensé par plusieurs lingots d’or. Une personne qui insultait légèrement Alice risquait de perdre la vie, et de voir l’ensemble de sa famille proche périr dans des tourments terribles.
Deux raisons principales expliquaient la quête de l’apparence parfaite du paladin, une grande affection pour son père qui la couvrait de cadeaux, dès qu’elle remportait un concours de beauté, et une déception amoureuse. Le premier amour d’Alice refusa de former un couple avec elle, sous prétexte qu’il préférait une femme plus belle. Elle sacrifiait d’ailleurs une partie de son temps de sommeil pour améliorer son aspect physique.
Heureusement pour elle, Alice maîtrisait la magie comme très peu de personnes, et elle disposait d’un talent pour l’épée redoutable. La maniaquerie esthétique du paladin avait tout de même un bon côté. Elle poussait souvent ses adversaires à la juger comme peu dangereuse, donc elle incitait ses ennemis à baisser leur garde. Après qu’une violente lumière se soit déclenchée près de Rintam, Alice apparut dehors près de l’ambitieux se promenant dans une forêt de chênes.
Alice : Rintam tu es le déclencheur d’un terrible déboire financier me concernant. À cause de toi, au lieu de recevoir dix millions de pièces d’or de recettes l’année dernière, je n’ai eu droit qu’à 9 999 999 pièces d’or.
Rintam : Il ne t’est pas venu à l’idée que celui chargé de te remettre ton argent, ait pu mal compter ton or ?
Alice : Non pas du tout, tu fais une remarque pertinente. Mais j’ai d’autres griefs à ton égard, à cause de toi je me suis terriblement enlaidi. J’ai fini deuxième à un concours de beauté l’an dernier.
Rintam : Quelle place as-tu obtenu aux autres concours de beauté, auxquels tu as participé ?
Alice : L’année dernière j’ai fini première, dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent.
Rintam : C’est horrible, mais je peux te jurer sur tout ce que j’ai de plus cher, que je ne suis en rien responsable de ta deuxième place. Le succès rend certaines personnes jalouses, il se peut que des rivaux aient fait pression sur les juges chargés de t’évaluer.
Alice : Je sens que tu dis la vérité, mais je suis quand même sûre que tu m’as fait beaucoup de torts. Tu es le responsable de l’apparition d’un bouton sur mon nez, et pour ce terrible outrage je vais te faire souffrir à petit feu.
Rintam : Il existe beaucoup de gens qui trouvent insignifiantes, voire charmantes les petites imperfections esthétiques.
Alice : Quelle horreur ! Un bouton sur le visage c’est une véritable disgrâce ! Seuls les fous ne s’offusquent pas de cette situation dramatique !
Rintam : Si un bouton te met dans un tel état, j’ai une mauvaise nouvelle à t’apprendre, tu as une verrue au niveau de l’œil.
Alice : Horreur, je suis laide, je suis horrible, je suis défigurée, je suis un monstre, il faut vite que je traite cette flétrissure. Vite mon miroir, mais je ne vois rien, Rintam tu t’es moqué de moi, prépares toi à mourir.
Rintam sentait qu’il franchit une limite dangereuse, que toute négociation devenait maintenant impossible. D’un autre côté l’ambitieux n’avait pas envie de mener de tractations avec Alice. Il désirait la tuer pour pouvoir s’approprier son armure, dont il sentit la grande puissance mystique. Même si l’ambitieux estimait difficile de la battre sans un plan solide. Or il manquait de temps pour concrétiser un bon stratagème, son adversaire avait dégainé son épée et semblait bien décidée à s’en servir de manière à tuer.
Alors Rintam se tâtait pour explorer une voie plus consensuelle, faire de jolis compliments à son interlocutrice histoire d’alléger son humeur, d’améliorer son état d’esprit. Puis il se dit que le chemin de la victoire ne viendrait pas de la langue mielleuse mais de la ruse.
Il restait cependant à trouver les mots susceptibles d’apporter la victoire. Heureusement Alice tenait à se déplacer lentement, dans une tentative d’instiller de la peur dans l’esprit de l’ambitieux. Elle apportait ainsi un délai bienvenu dans l’élaboration d’une manigance orale nuisible pour elle.
Cependant Rintam peinait à formuler les mots capables de le sauver. Il était incité à détaler à toutes jambes face à un adversaire quasi invulnérable à ses sorts. Il reconnut l’armure de son ennemie, une protection de métal incroyablement efficace pour résister aux attaques aussi bien magiques que non surnaturelles, capables d’encaisser un coup de canon sans une éraflure. L’armure grise n’avait pas d’ornement spécifique, mais elle inondait les sens mystiques des mages.
Rintam : Excuse-moi monsieur de m’être moqué de toi.
Alice : Je suis une femme regardes mon visage.
Rintam : Cela ne prouve pas grand-chose
Alice : J’ai une voix douce et sensuelle.
Rintam : La nature peut donner parfois une voix douce aux hommes.
Alice (ôte ses gantelets) : Regardes mes mains, elles sont trop délicates pour appartenir à un homme.
Rintam : Cela ne prouve pas de manière irréfutable que tu appartiennes au sexe masculin.
Alice : J’ai une poitrine développée.
Rintam : Ton armure permet de cacher tes formes, il faudrait enlever tes protections de métal pour démontrer tes dires.
Alice prononça une formule magique afin que son armure cessa presque instantanément de la recouvrir. En quelques secondes elle se retrouva seulement avec des vêtements en tissu.
Alice : Alors tu es convaincu ?
Rintam : En effet, je suis certain que tu es une imbécile, tant que tu revêtais l’armure d’immortalité, tu étais une grave menace. Mais maintenant que tu n’es plus protégée par elle, tu es une victime en puissance qui va mourir.
Rintam tira un carreau d’arbalète, il toucha un organe vital de son adversaire mais il y eut une surprise. Son adversaire vivait encore bien que touchée au cœur par un projectile magique enchanté pour percer de manière automatique cet organe vital. L’ambitieux n’y comprenait plus rien, il avait l’impression de nager en plein délire. Pourtant il ne consommait pas l’herbe qui faisait voir des étoiles le jour de Gron. Et il était certain que son adversaire appartenait bien au genre humain. Ou alors il s’était trompé, il affrontait une créature surnaturelle.
Rintam : Mais comment ?
Alice : J’ai deux cœurs, et je peux très bien vivre avec un cœur en moins, prépares toi à mourir Rintam.
Rintam se sentait complètement dépassé, il ne voyait pas d’échappatoire pour survivre. Recharger son arbalète serait trop long, et user d’un sort avait une probabilité risible de produire des effets positifs pour lui, de causer la mort de son ennemie. Quant à triompher au moyen des mots, d’entourlouper son ennemie, cela demeurait une possibilité, mais quand même bien plus difficilement accessible normalement, vu l’état de haine ardente d’Alice.
Elle reçut un projectile dans le corps à cause de Rintam, et elle serait morte sans sa particularité biologique. Ainsi elle comptait bien faire payer à l’ambitieux son attaque. Elle avait la ferme intention de l’étriper, de le couper très lentement. Rintam regrettait de ne pas s’être lavé les cheveux hier, de mourir sans être un minimum présentable. Puis il se dit que voilà la solution, les cheveux. Pas par l’intermédiaire d’un sort mais de paroles bien choisies.
Rintam : Tu as un bel épi.
Alice : Quoi ? Il faut vite que je fasse disparaître mon épi, je dois prendre mon miroir et mon peigne.
Rintam : Adieu, simple d’esprit.
Rintam balança un couteau dans le dernier cœur de son adversaire. Il recourut une nouvelle fois à un projectile enchanté, qui détruisit le dernier cœur encore vivant d’Alice. Cette fois cette dernière était belle et bien en train de mourir.
Alice (agonisante) : Quelle tragédie ! Je n’ai même pas pu me recoiffer.
De retour au donjon Rintam s’extasiait sur sa dernière acquisition, une armure apparemment fabuleuse. Il admirait dans sa salle des complots son butin.
Rintam : Ha, ha, je suis super intelligent, et super chanceux, j’ai obtenu l’armure d’immortalité, désormais personne ne pourra me vaincre !
Décurion : Sans vouloir vous vexer, si être immortel est un avantage indéniable, il ne suffit pas à vous rendre invincible. Une personne immortelle n’est pas invulnérable. Elle peut être blessée et ressentir la douleur.
Rintam : C’est juste, mais j’ai quand même fait une superbe acquisition.
