Au-delà du Mur | Across the Wall
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Chapitre 3 : l’Elfe chasseuse

 

Le temps semblait suspendu à cet instant, ni le clapotis de l’eau, ni le chant des oiseaux ou le bruissement des feuilles ne pouvaient rien y faire.

Elle était devant moi, l’air ahuri, et quand bien même je voulais détourner les yeux, je n’y arrivais pas. L’eau ruisselante sur son corps la présentait telle une nymphe toute droite sortie d’un conte de fées. Cependant, l’expression d’horreur sur ses yeux écarquillés contrastait avec cette scène fantasmagorique.

Était-ce la vue de mon corps dénudé qui la repoussait ? Ou était-ce l’homme qui se tenait face à elle ? Toutefois, quelque chose me murmurait que la véritable raison était bien plus sombre qu’elle n’y paraissait. Alors que les secondes défilaient, son visage rougit. Elle s’immergea à toute vitesse dans l’eau en poussant un cri de peur, me ramenant aussitôt à la réalité. Me comprendrait-elle si je lui expliquais les circonstances de ce quiproquo ? À peine y avais-je pensé qu’elle partit se réfugier auprès d’un rocher où reposaient ses affaires.

“Eh, je… !”

Alors que je m’apprêtais à l’appeler, je me figeai. Elle venait de me mettre en joue avec un grand arc fait d’un bois sombre. Il était bandé, une flèche effilée et luisante prête à être décochée à la moindre sollicitation.  Je déglutis et pris quelques instants pour réfléchir.

Cette inconnue me fixait avec un regard si glacial que je pouvais ressentir un frisson sur mon corps tout entier. Ce n’était pas la fraîcheur de l’eau qui produisait cette sensation funèbre, non, c’était la caresse de la grande faucheuse venant récolter mon âme pécheresse.

Comment allais-je m’en sortir ?

D’après mes maigres connaissances, ainsi que les accessoires se trouvant à ses côtés, j’en déduisais qu’elle devait être chasseuse. Or, j’étais totalement nu, au beau milieu de la forêt, face à quelqu’un qui s’apprêtait à me tuer de sang-froid ; mes suppositions s’arrêtèrent là.

“Nud e railrra nuya, Hinel !” vociféra-t-elle. “Eda lia oo lem eme ?”

“Qu’est-ce qu’elle dit ?” pensai-je en fronçant les sourcils.

C’était incompréhensible. Était-ce du danois ? Ou peut-être du turc ? Peut-être parlait-elle anglais ?

J’avais beau chercher, ça ne ressemblait à rien de connu. Je remarquai que son regard se porta sur mes tatouages. Pensant avoir piqué son intérêt, je tentai le tout pour le tout et me mis à lui faire des mouvements des mains en lui criant : “Ami ! Moi être ami !”

Sans crier gare, et peut-être parce que je m’agitais violemment, mon interlocutrice relâcha la corde et la flèche fila dans ma direction.

“Oh Meeeerde !!!!” criai-je en panique.

Voyant la mort approcher, je me jetai instinctivement sur le côté et plongeai dans l’eau froide. Au même moment, la flèche me frôla, m’égratignant au passage, et vint se planter dans le tronc derrière moi.

“Bordel ! Elle est dingue !” m’écriai-je, le cœur battant à toute allure.

J’étais foutu, c’était certain. Cette femme aurait décidément ma peau, quoi que je dise ou fasse. Je retins ma respiration et demeurai immergé jusqu’à ce que je doive remonter à la surface, en manque d’oxygène. Émergeant de l’eau en happant de grandes bouffées d’air, je m’élançai sans attendre derrière un rocher situé à proximité.

Le souffle rapide et la respiration saccadée, je scrutais frénétiquement les alentours avec la peur au ventre. J’aurais voulu pouvoir lui dire que tout ceci n’était qu’une méprise… Même si, je l’avoue, je n’aurais pas dit non à un peu de tendresse de sa part.

“Merde ! C’est pas le moment de penser à ça.”

Plusieurs minutes passèrent, pourtant aucune attaque ne vint. Au bout d’un moment, je pris mon courage à deux mains et, avec une ultime précaution, sortis la tête de ma cachette.

“Est-elle toujours… là ?”

Plus personne. Ses affaires avaient également disparu.

“Où est-elle ?” me demandai-je tout balayant du regard les alentours.

J’eus beau examiner autour de moi, il n’y avait plus aucune trace d’elle. Elle s’était évanouie dans la forêt, comme par magie. Puis tout à coup, un vrombissement retentit au loin et quelques secondes plus tard, Nyfeirg me rejoignit.

“John, tout va… Bien ?” demanda-t-elle, confuse.

Je lui expliquai mon histoire folle après m’être rhabillé. Elle demeura silencieuse jusqu’à sa fin avant d’acquiescer nonchalamment.

“Je comprends mieux dans ce cas.”

“Attends, qu’as-tu compris ? C’était une méprise ! Une méprise !” répliquais-je, dépité.

“J’admets que vouloir te tuer était excessif,” concéda-t-elle avant d’adopter une posture pensive. “Tu me dis qu’elle avait des oreilles pointues ? C’est singulier.”

“C’est peut-être l’apparence des habitants de ce monde ?” supposai-je.

Ni moi ni Nyfeirg n’en avions la réponse mais une chose était claire : cette femme était d’une beauté indéniable. Cette rencontre m’apprit également que ce monde était habité par d’autres personnes. Bien que ce fût rassurant, cela soulevait de nombreuses questions : Y avait-il d’autres personnes habitant ce monde, à part elle ? Parlaient-ils la même langue ? Et la plus importante de toute : Nyfeirg était-elle le Saint-Esprit des motos ?

“Pourquoi ai-je l’impression d’être tournée en ridicule par toi ?” demanda cette dernière froidement.

“Hum… pardon, je m’égarais,” avouai-je.

Quoi qu’il en soit, je faisais mieux de ne pas la recroiser si je voulais vivre plus longtemps.

Mon ventre se mit subitement à gargouiller. Je m’abreuvai à la source afin d’amoindrir la sensation de faim, or je savais que je ne pourrais pas l’éviter indéfiniment. Je saisis à nouveau mon arme d’une manière évidente quand Nyfeirg me lança un regard inquisiteur.

“J’en peux plus, il faut que je bouffe…”

Elle ne me répondit pas immédiatement ; je constatai alors qu’elle était en proie à un cruel dilemme. Et puis, après un long silence…

“Très bien…” concéda-t-elle. “Mais je t’accompagne, cette fois-ci.”

“Quoi ? Tu veux venir ?” demandai-je l’air incrédule.

“Que veux-tu dire par-là ?” demanda-t-elle, vexée. “Je te dérange ?”

“Bien sûr que non, cependant les animaux ne semblent pas approcher quand nous sommes ensemble.”

“Dois-je te rappeler ce qu’il s’est produit hier ?”

Je n’avais rien à redire à ça.

“Bref, les choses sont réglées.”

“Hum…”

Les négociations s’annonçaient difficiles.

D’un côté, Nyfeirg était ma seule protection face aux menaces de la forêt tandis que d’un autre, je risquais de mourir de faim un jour ou l’autre si elle restait avec moi constamment. C’était une situation assez ironique dans un sens. Après d’âpres échanges, nous arrivâmes à un consensus : elle promit de se tenir à bonne distance de moi tant que je restais dans son champ de vision, au cas où quelque chose surviendrait.

***

Sa première réaction fut la consternation en voyant cet Humain émerger de l’eau puis elle eut soudainement peur en pensant qu’il s’agissait d’un esclavagiste venu la capturer. Elle se voyait déjà enfermée et abusée par eux comme ils le feraient en temps normal. Puis la peur laissa place à la honte. Savoir son corps souillé par les yeux de cet homme répugnant l’indignait au plus haut point.

Elle se cacha instinctivement le corps dans l’eau et s’écria. Elle ne voulait pas être violée du regard davantage. Puis, quand elle en eut l’occasion, elle se rendit auprès de ses affaires, saisit son arme et le mit en joue. Elle s’apprêtait à tirer quand elle constata qu’il n’avait toujours pas bougé.

“N’approche pas davantage, Humain !” cria-t-elle avec colère. “Que fais-tu par ici ?”

Silence. 

Ne la comprenait-il pas ? Elle avait pourtant utilisé la Langue Commune, même si son niveau était rudimentaire, elle pouvait exprimer des choses simples. Alors pourquoi ne disait-il rien ?

Plus elle l’observait, plus cet homme devenait suspicieux. En premier lieu, pour quelles raisons était-il là ? Cela n’avait pas de sens. Les Humains ne s’aventuraient jamais par ici, seuls qui plus est. En général, ils se déplaçaient toujours à plusieurs, or elle n’en avait repéré aucun autre. Et puis, comment était-il arrivé ici sans avoir été dévoré par les bêtes qui y vivaient ? Elle se souvint de l’avertissement de la forêt concernant l’arrivée de deux visiteurs dont un Humain. Dans un premier temps, elle n’avait pas voulu y croire ; puis elle dut se rendre à l’évidence. Quelles étaient ses intentions et où se trouvait le second visiteur ? Au vu de sa réaction et de son air inoffensif, peut-être était-il simplement perdu ? Après mûre réflexion, elle renia aussitôt cette idée. C’était inconcevable ; ils étaient ignobles, fourbes et violents. Cette conclusion était gravée en elle après toutes ces années.

Pourquoi cette haine ? Tout cela remontait à son enfance.

La femme appartenait à la race des Elfes, une race humanoïde aux longues oreilles pointues qui vivaient en harmonie dans les forêts. Il existait d’ailleurs d’autres races elfiques, réparties sur le territoire et ailleurs dans le monde.

Une de leurs particularités était de pouvoir interagir avec l’esprit appartenant à la forêt dans laquelle ils résidaient, ainsi que communiquer avec les végétaux. Ils pouvaient ressentir la présence d’êtres vivants qui s’y trouvaient et parfois même s’en servir pour repérer leurs ennemis.

Contrairement aux Humains, ils étaient réputés pour leur physique particulièrement attrayant, grâce notamment à leur mode de vie sain et leur sang gorgé d’énergie vitale. Par conséquent, quand les deux races se rencontrèrent pour la première fois dans leur histoire, leur relation vira progressivement à l’antagonisme : les premiers étant effrayés par l’apparence des seconds, qui eux-mêmes les jalousaient et finirent par les chasser pour les asservir et s’en enrichir.

Les Elfes n’étaient pas de nature belliqueuse. Leur bonheur était de jouir des plaisirs simples de la vie, parmi leurs congénères, dans leurs villages. Il en résulta, malheureusement, qu’ils furent les victimes des Humains cupides et avides de richesses.

Bien qu’ils ne fussent pas violents, ils savaient se battre quand il le fallait. Toutefois leurs rangs se clairsemaient à cause, notamment, d’un taux de fécondité extrêmement bas, couplées à de longues périodes de chasse et d’enlèvements. De ce fait, ils ne le faisaient que lorsque cela s’avérait nécessaire.

La chasseuse avait perdu sa famille par la faute d’esclavagistes, quand elle était enfant. Elle avait vu ses parents être tués sous ses yeux alors que ses semblables l’éloignaient pour la protéger. En grandissant, elle avait développé une haine féroce envers eux, ces Humains qui n’étaient qu’une plaie dans l’harmonie du monde, ces Humains qui méritaient d’être exterminés.

C’est pourquoi elle ne prévoyait pas d’épargner celui-ci. Elle comptait même le faire souffrir comme elle-même avait souffert auparavant. Après tout, ce n’était qu’un juste retour des choses, elle ne voyait pas en quoi son comportement était répréhensible. Cependant, en voyant celui de cet homme, elle hésita. Son regard fut attiré par les dessins sur ses avant-bras. Ils représentaient des formes indescriptibles, mais elle put remarquer une épée transperçant un cœur sanglant. Quelle était la signification de ces dessins ? L’homme remarqua que son attention avait bifurqué et il se mit à s’écrier avec joie.

“Quelle langue parle-t-il ?” s’interrogea-t-elle en le voyant s’ébrouer dans tous les sens. “Qu’importe,” murmura-t-elle.

Ce n’était pas son problème. Elle tira sans état d’âme, mais ce dernier esquiva miraculeusement son attaque. Tout d’abord surprise, elle profita de cette opportunité pour récupérer ses affaires et s’enfuir le plus vite possible avant qu’il n’appelle des renforts.

Une fois abritée, elle se rhabilla et observa l’Humain qui s’était caché derrière un rocher.

“Ridicule,” ricana-t-elle. “Si j’étais lui, je…”

Au loin, un étrange bruit se fit entendre et se rapprochait de lui à toute vitesse. La forêt, alors effrayée par ce vrombissement, prévint l’Elfe de la menace. Elle ne savait pas de quoi il s’agissait et agrippa instinctivement son arme, néanmoins ce qu’elle vit dépassait son imagination.

Le bruit provenait d’une ombre qui se déplaçait sur le sol aussi rapidement qu’un oiseau, pourtant elle ne volait pas. Elle apparut au-dessus d’une colline et rejoignit l’Humain peu après. D’ailleurs, celui-ci ne semblait pas effrayé par son arrivée.

“Qu’est-ce donc ?” s’interrogea-t-elle en considérant cet étrange visiteur.

Son apparence élancée ressemblait à celle d’un cheval dont les pattes avaient été remplacées par des roues. Sa tête avait la forme d’un crâne Humain, dont les yeux émettaient deux rayons sinistres et balayaient les alentours. Son dos, courbé d’une étrange manière, revêtait une peau faite d’un matériau inconnu. Ses roues, similaires à des miroirs anthracite, luisaient sous les rayons du soleil. Enfin, ses entrailles produisaient un bruit rauque s’apparentant à des gargouillis monstrueux. Elle avait l’air terrifiante.

Le plus incroyable était que cette chose pouvait se déplacer toute seule.

“Par la forêt ! Comment est-ce possible ?” avait-elle murmuré, effarée.

Malgré l’air maléfique de cette entité, la femme ne pouvait s’empêcher de la fixer comme si elle en était envoûtée. Tout en déglutissant, elle se surprit à la contempler avec une envie sournoise.

“Si seulement elle était en ma possession, ma mission en serait facilitée grandement…” murmura-t-elle tout en voyant ces deux étrangers se réunir.

Et puis le second choc se produisit.

Alors que l’humain venait d’endosser ses étranges vêtements, elle entendit une voix mécanique résonner dans l’air. Ses mots étaient semblables à ceux de l’homme. Ne comprenant pas ce qu’ils se disaient, elle cligna plusieurs fois des yeux ; son cerveau ne parvenait pas à lier les deux éléments.

“D’où vient cette voix ? Elle ne peut pas provenir de cette chose, n’est-ce pas ?”

Bien qu’elle l’eût entendu distinctement, elle n’arrivait pas à y croire, elle ne le voulait. Plus cette voix résonnait, moins cela avait de sens, mais elle fut obligée d’accepter la réalité.

“Par… ! Quelle est cette chose ? Un démon ? Un dieu ?”

Toute sa certitude sur le monde était en train de s’effondrer progressivement. Elle mit du temps à se remettre de ses émotions. À quelle civilisation appartenait cette entité ? Et cet Humain, d’où venait-il ? Il y avait quelque chose de suspicieux en eux. Son attention se porta naturellement vers lui et elle le considéra pendant un moment.

Son apparence était lugubre, mais également étrange. Il avait de longs cheveux noirs et un bouc qui lui arrivait au bas du cou. Ses yeux étaient d’un noir abyssal. Il portait un manteau en cuir noir qui accentuait ses épaules et sa taille. En bas, un long pantalon en fibres et aux pieds d’étranges bottines en cuir noir. Il avait un style excentrique, quand bien même elle ne pouvait renier qu’il s’accordait avec la monture qui l’accompagnait. Ils étaient assortis l’un à l’autre.

Parallèlement, l’homme avait entre ses mains un casque, noir lui aussi. Il ne semblait pas servir au combat, il avait l’air plus décoratif. Finalement, s’il avait un indéniable sens de la mode, le seul mot qui lui venait en tête au moment de le décrire était : banal. Il n’était ni musclé, ni extrêmement beau, en revanche il se dégageait de lui un naturel et une curiosité rarement vue chez un Humain adulte. Il avait l’air de découvrir le monde dans lequel il se trouvait. Était-ce possible ou était-ce un acte ?

Elle secoua la tête puis reprit sa concentration.

Peu après, les deux visiteurs mirent à se disputer. L’Elfe fronça les sourcils. Elle s’était placée en lieu sûr dans la cime d’un arbre et se déplaçait de branche en branche sans faire de bruit. Elle avait appris dès son plus jeune âge à utiliser son environnement pour se mouvoir sans être repérée et elle avait développé davantage ce talent grâce à son métier.

“Pourquoi se disputent-ils ?”

Au bout d’un moment, les deux parvinrent à un consensus et se séparèrent.

“Que font-ils ?” se demanda-t-elle. “Auraient-ils oublié le dragon ? Non…”

L’homme avait dans sa main un bâton taillé grossièrement et semblait chercher quelque chose. D’un autre côté, la créature mécanique se tenait à bonne distance de lui, sans pour autant se laisser distancer, tout en se déplaçant silencieusement.

La femme plissa les yeux tout en analysant la situation.

“Ne chercherait-il pas à …” s’interrogea-t-elle avant de secouer la tête en ricanant. “Je savais les Humains bêtes, mais à ce point ?”

Et sans surprise, sa conjecture s’avéra correcte… Du moins, c’était l’intention de celui-ci, mais sa méthode était vouée à l’échec. L’Elfe lui lança un dernier regard avant de jeter son dévolu sur sa partenaire.

“Il doit y avoir une solution…” se dit-elle tout en demeurant accroupie.

Elle se mordit la lèvre inférieure tout en cherchant désespérément une solution. Elle repensa à ce que la forêt lui avait dit, pourtant elle en renia l’idée immédiatement. Le fait de s’associer à un Humain était impensable. Tôt ou tard, il la trahirait, comme les autres. Elle ne pourrait jamais lui faire confiance. De plus, elle avait une mission, c’était sa priorité. Elle déterminerait la survie de son peuple et elle seule pouvait l’accomplir.

Le village auquel elle appartenait se situait dans une région reculée, vierge de toute incursion étrangère, qui octroyait à ses habitants nourriture et protection naturelle. Pour y accéder, il fallait traverser des falaises abruptes, déjouer la vigilance des sentinelles du village et se diriger à travers l’épaisse forêt sauvage, sans compter les bêtes féroces qui y résidaient. Jusqu’à présent, les Elfes y vivaient en sécurité, mais la présence d’un dragon menaçait leurs vies. Ils étaient capables de voler et possédaient une force effrayante. En un souffle, ils pouvaient anéantir un village entier et ils se délectaient de la chair fraîche ; il s’agissait de la pire nouvelle depuis leur installation dans la région, il y a cinquante ans.

D’après les anciens, les dragons ne s’aventuraient pas ici. Quelles raisons l’avaient mené chez eux ? Personne n’avait su l’expliquer ; il leur fallait toutefois agir, et vite.

Le problème étant qu’il n’y avait pas assez de guerriers pour l’affronter. Toute la nuit, le débat avait duré toute la nuit. Finalement, la seule option fut d’envoyer quelqu’un éloigner le monstre le plus loin possible, ce qui revenait à sacrifier un des leurs. Toutefois, dans la société elfe, mourir pour son peuple était considéré comme un honneur et plusieurs voix s’étaient élevées, dont la sienne.

Comme elle était une chasseuse professionnelle, qu’elle connaissait les moyens d’appâter un monstre, sa candidature était toute désignée. Orpheline, sa seule attache était son amante. Elle était prête à renoncer à son bonheur pour cette mission suicide car elle avait une raison personnelle pour y participer. Dès que l’opportunité apparut, elle s’était décidée. Ainsi, après avoir préparé ses affaires et fait ses adieux à sa moitié la veille, elle avait quitté le village le lendemain puis s’était rendue en direction de la dernière position connue de la bête.

Elle n’avait jamais vu de dragon. Parce que ces animaux étaient extrêmement dangereux et rares elle n’avait fait que les imaginer. Néanmoins, elle avait appris que leur orgueil rivalisait avec leur férocité. Elle pouvait s’en servir dans son plan.

Après quelques heures de marche, elle avait l’avait repéré dans une clairière, dormant paisiblement. Ses écailles rouge sang recouvraient son corps musculeux qui s’élevait à chacune de ses respirations.

“Il est énorme,” déclara-t-elle en l’examinant de la tête aux pieds.

Il mesurait approximativement quinze mètres de long et, les ailes déployées, plus du double. Elle avait estimé qu’il devait être encore juvénile. Les adultes étaient plus grands et leurs écailles plus épaisses, c’était en tout cas ce qu’elle avait appris.

En vérité, elle était pétrifiée de peur. Elle ne s’attendait pas à rencontrer une telle calamité en ces lieux isolés. La seule raison pour laquelle elle souhaitait ardemment participer à cette mission était qu’elle cherchait une excuse pour quitter sa terre natale ; elle s’en irait alors massacrer ces sales esclavagistes qui lui avaient arraché ses parents. Bien qu’elle fût tentée de le faire de nombreuses fois, elle en avait été empêchée par les circonstances de la vie. Cependant, ses sombres envies ne l’avaient jamais quittée.

Maintenant que l’occasion se présentait face à elle, elle ne pouvait plus reculer ; tout se jouait maintenant.

“Je vais y arriver ! Il le faut,” se rassura-t-elle encore tremblante.

Elle inspira profondément et se détendit, prit son arc, le banda et visa la partie la moins protégée de l’animal : ses yeux.

“Ô Vénérable Thaldae, toi qui règnes en ces lieux, puisses-tu me donner la force et le courage !” murmura-t-elle solennellement.

Une brise lui caressa le visage, signifiant que la forêt avait répondu à son appel. Elle stoppa alors sa respiration puis tira de toutes ses forces sur la corde et l’arc se courba jusqu’à ce qu’elle la relâche. La flèche fut propulsée à toute allure et vint se planter directement dans l’œil du dragon. Sous la puissance de l’impact, l’animal endormi s’éveilla et se mit à rugir, assailli par une douleur folle.

Le cœur de la chasseuse fit un bond dans sa poitrine. La colère de ce monstre était terrifiante, cependant elle se ressaisit aussitôt et agrippa fermement son arc.

“Eh, immonde lézard, je suis là !” s’écria-t-elle en faisant de grands signes de la main.

Aussitôt, elle s’élança à travers la forêt sans attendre que ce dernier s’envole à sa poursuite. À cause de son corps massif, il n’avait eu d’autres choix que de survoler la cime des arbres, seulement l’Elfe était petite et elle connaissait les lieux comme sa poche. Elle se muait à travers la canopée comme une anguille dans l’eau, échappant à la vigilance du monstre qui, malgré ses sens aiguisés, n’arrivait pas à suivre son rythme effréné.

Il tenta de la déloger à maintes reprises voulant brûler tout autour de lui, mais l’esprit ancestral de la forêt l’en avait empêché en le désorientant, tant par le biais d’odeurs nauséabondes que par l’occultation de son champ de vision grâce au feuillage des arbres. Elle ne pouvait tolérer que ce blasphémateur vienne troubler sa quiétude millénaire.

La traque avait duré des jours. L’Elfe harcelait le dragon, le dragon poursuivait l’Elfe. Même le soir, le cycle continuait. A contrario, ce n’était pas un problème pour elle. Elle avait l’habitude des nuits sans sommeil.

Pourtant, depuis quelques heures maintenant, le dragon avait changé d’attitude. Celui-ci survolait la zone à la recherche de quelque chose. Grâce à cette accalmie, elle en avait profité pour se reposer et avait trouvé la source d’eau. En y réfléchissant, elle se demandait si ce changement chez lui n’était pas dû à l’apparition de ces deux étrangers. C’était une chance à saisir.

“Comment a-t-il fait pour survivre jusqu’à présent ?” se demanda-t-elle en observant l’Humain maladroit.

Soudain, elle écarquilla les yeux et elle sentit la nausée l’attaquer.

“Quel idiot…. Eurk…”

L’homme venait de goûter des baies et les avait recrachés immédiatement après. Appelées Baies Exquises, elles possédaient un fort pouvoir dispersif quand elles étaient broyées et servaient à éloigner les animaux. La chasseuse n’avait pas anticipé pareille folie.

“Par la forêt, comment peut-il faire ça ? Est-il fou ?”

Écœurée par ce geste inconsidéré, elle faillit vomir plus d’une fois. Une fois calmée, elle se recomposa et le vit cette fois se mettre à creuser dans le sol. Il y déposa d’autres baies, sans doute dans l’espoir d’y attirer quelconque animal ; c’était pourtant inutile.

“Où a-t-il appris à chasser ?” s’interrogea-t-elle, désemparée.

Le temps passa et elle eut une idée.

“Il y a peut-être moyen de me servir d’eux…” murmura-t-elle pensivement.

S’acoquiner avec cette personne la rebutait, toutefois elle devait le faire.

“C’est pour la mission, j’y arriverai !”

S’étant préparée mentalement, elle décida d’agir.

***

Cela faisait maintenant quelques heures que ma chasse n’avait rien donné. J’avais trouvé quelques baies mais Nyfeirg m’avait déconseillé d’en manger, par prudence. L’odeur qui émanait d’elles était pourtant délicieuse, j’en apportais à ma bouche et croquai dedans avant de tout cracher à cause du goût infect de leur chair.

“On dirait de la mer… Eurk !”

N’en pouvant plus, je régurgitai un mélange de salive et d’acide gastrique, me faisant comprendre l’absurdité de mon geste.

“Tout va bien, John ?” demanda Nyfeirg  au loin.

Je lui fis signe de la main que tout allait bien, mais jamais plus je n’y goûterais. Cependant, ces baies pouvaient peut-être me servir à quelque chose. Je creusai un trou et les y plaçai dedans, espérant attirer un animal. Après tout, ce qui était mauvais pour moi ne l’était peut-être pas pour eux. Ce fut une belle tentative, car après avoir attendu un long moment, rien ne vint.

“C’est pas vrai,” maugréai-je, dépité.

Las, je finis par abandonner pour ce soir et, avec grande résignation, partis m’abriter du vent dans le creux d’un arbre.

Clic. 

La flamme apparut et vint lécher le bois sec, le faisant lentement crépiter au rythme de sa combustion. Le regard vide, le corps fatigué, je fixais le feu danser devant moi pendant que mon esprit musait. Nyfeirg était à côté de moi, silencieuse. Autour de nous chantaient les insectes entre deux rafales de vent.

“Aaah,” soupirai-je.

“Hum ?” réagit soudainement Nyfeirg.

Un craquement attira son attention et elle illumina un point précis des fourrés situés non loin de nous.

“Qu’y a-t-il ?” demandai-je tout en me tenant sur mes gardes.

“Nous avons un invité…”

Ici ? À cette heure avancée ? Qui cela pouvait-il être ? Une bête affamée ? Une attaque ?

Je me rapprochai aussitôt de Nyfeirg, tenant mon bâton fermement d’une main et mon casque d’une autre, prêt à la chevaucher au moindre signe de danger. Mon rythme cardiaque s’accéléra tandis que la transpiration commençait à se former sur mon front. Dans cette atmosphère tendue, une ombre apparut de derrière un arbre. La lumière de Nyfeirg révéla le mystérieux visiteur.

Mes sourcils s’élevèrent alors que la confusion m’envahissait.

“C’est…”

“Tu la connais ?” m’interrogea Nyfeirg, curieuse.

“C’est la femme dont je t’ai parlé tout à l’heure…”

Elle se cachait le visage à cause de la lumière intense qui l’illuminait.

“Praera, suirn irrui rad na derc du fudh ull irrui ?” demanda-t-elle d’une voix calme.

Tout ce qu’elle disait était du charabia pour moi.

“Je ne comprends rien !” répliquai-je aussitôt. “Parle Anglais au moins !”

“John, laisse-moi essayer, veux-tu ?” proposa soudainement Nyfeirg.

Je posai mon regard sur elle avec surprise.

“Tu… Tu comprends ce qu’elle dit ?”

“Je… crois que oui.”

Aussitôt, celle-ci se mit à converser avec l’étrangère. Au fur et à mesure de leur échange, le visage de celle-ci passa de la curiosité à la stupéfaction. Ses réponses devinrent aussi plus joyeuses.

“Que dit-elle ?” demandai-je après un moment d’égarement.

“Elle dit être venue en paix.”

“En paix?” répétai-je, les sourcils froncés. “Après avoir voulu me tuer, je trouve ça assez suspicieux…”

“Elle avoue avoir mal réagi. Regarde, elle est venue avec un présent.”

La femme agita sa main. Entre ses doigts se trouvait un étrange animal, immobile. Aussitôt, la lueur d’espoir qui semblait avoir disparu de mes yeux réapparut.

“Dis-lui qu’elle est la bienvenue dans ce cas !”

“Où est donc partie ta suspicion ?” rétorqua Nyfeirg en soupirant.

Maintenant qu’elle se tenait devant moi, je pouvais l’observer en détail.

Une longue chevelure blonde qui flottait dans le vent, des yeux bleus brillant comme des diamants, un regard perçant soutenu par un visage fin sur lequel venaient se déposer quelques taches de rousseurs. Je remarquai aussi la présence d’une petite cicatrice sur la base de son cou et qui remontait vers la mâchoire.

Ses cheveux étaient parés de deux longues épingles en os taillées finement tandis qu’une de ses oreilles portait un croc blanc. Mon regard se porta sur la forme de ses oreilles avant de la parcourir de haut en  bas.

Sa taille se rapprochait de la mienne tandis que son physique élancé lui donnait une allure athlétique ; ses muscles saillants pouvaient en témoigner.

Le haut de son corps était habillé d’une chemise sans manches par-dessus laquelle un haut en cuir venait épouser sa taille et retenir sa poitrine. Ses avant-bras étaient protégés par des brassards en cuirs attachés par des lanières. Enfin, une ceinture composée de peaux de bêtes laissait pendre plusieurs bandes qui protégeaient son entrejambe et ses flancs. Je pouvais constater que différents outils étaient attachés à sa taille tels que des cordes, des pieux et aussi une petite hache circulaire dans son dos.

Ses jambes, quant à elles, étaient nues mais étaient armées d’un fourreau contenant deux dagues et ses pieds chaussaient des bottines en cuir. Les zones du talon et du bout des pieds semblaient renforcées pour, certainement, les protéger de l’usure de la marche.

Dans son dos, un arc imposant avec son carquois de flèches reposait, le même qui avait servi à m’attaquer plus tôt.

Elle me tendit son butin avec réticence. Au moment où je me saisis de celui-ci, elle eut un mouvement de répulsion et s’écarta aussitôt. Ignorant de la raison à sa réaction, je n’y fis pas attention et amenai ce délicieux repas près du feu.

Il s’agissait d’une race d’oiseau dont l’abdomen était recouvert d’écailles tandis que sa tête ressemblait à celle d’un aigle. Je le déplumai en premier lieu, puis je le posai sur le feu après l’avoir embroché avec une branche pointue.

“Viens manger !” lui dis-je alors qu’elle demeurait immobile.

La femme me fixa avec appréhension avant de s’asseoir à bonne distance de moi. Pendant que je préparais le repas, je pouvais sentir son regard perplexe en direction du feu.

Pendant que le repas cuisait…

“Au fait, désolé pour tout à l’heure !” dis-je maladroitement.

“…”

J’en étais sûr ; elle devait me détester. Je lui souris et elle tressaillit légèrement.

“Au fait, comment t’appelles-tu ?” demandai-je.

“… Ryvelirn,” répondit-elle froidement.

Entre deux réponses, Nyfeirg jouait le rôle de traductrice, conviant presque instantanément nos paroles l’un à l’autre. Je ne savais pas comment elle y arrivait, mais elle était capable de comprendre et parler parfaitement cette langue imprononçable pour moi.

“Moi c’est John, et voici Nyfeirg.”

La femme cligna des yeux plusieurs fois tout en nous examinant l’un puis l’autre.

“Qu’y a-t-il ?” demandai-je.

Aucune réponse. Son regard était rivé sur Nyfeirg, pour une raison inconnue. Je la regardai à mon tour avec un air interrogateur.

“Je ne sais pas non plus,” me répondit-elle, perplexe.

“Tout va bien ?” demandai-je à Ryvelirn.

Encore une fois, aucune réponse. Alors que l’atmosphère était devenue étrange, Ryvelirn se mit une fois de plus à parler à Nyfeirg. Après quelques échanges, l’expression de notre invitée s’adoucit.

“J’ai dit à Ryvelirn que tu venais d’un pays éloigné et tu ne parlais pas la Langue Commune,” me murmura Nyfeirg.

“Qu’est-ce que c’est que la Langue Commune ?” demandai-je avec suspicion.

“Il semble que ce soit une langue que les autochtones utilisent quand ils interagissent avec les autres races.”

“Les autres races ? Parce que Ryvelirn n’est pas Humaine ?”

“As-tu remarqué ses oreilles pointues ?” me demanda-t-elle d’un ton sérieux. “Elle fait partie des Elfes.”

“Elfes…” murmurai-je tout en examinant Ryvelirn. “Je n’ai jamais entendu ce terme avant. Demande-lui ce qu’est-ce qu’un Elfe par rapport à un Humain ?”

Nyfeirg lui posa alors la question et Ryvelirn écarquilla les yeux avec grande stupéfaction. Visiblement, le fait que je ne le sache pas devait lui être inconcevable. Elle soupira faiblement et se mit à nous expliquer succinctement les différences entre les deux races. Je l’écoutai avec grande attention tout en mangeant l’oiseau, et ce, jusqu’à ce qu’elle ait terminé.

“Je comprends mieux alors,” répondis-je pensivement. “Par ailleurs, que fais-tu ici toute seule ?” lui demandai-je tout en lui tendant une aile grillée.

“Comme vous le savez, un dragon rôde dans les environs,” dit-elle tout m’ignorant. “Mon village court un grave danger avec ce monstre à proximité. Ma mission est de l’empêcher de s’approcher de celui-ci.”

“Ah, c’était donc lui qui nous a attaqués plus tôt…”

“C’est cela,” ajouta-t-elle d’un ton grave. “Je n’ai malheureusement pas la force de l’affronter seule. C’est pourquoi je requiers ton aide, Humain. Autorise-moi à utiliser ta monture magique afin de sauver mon village !”

“Monture magique ?” m’interrogeai-je en jetant un regard sur Nyfeirg. “Elle ne sait pas ce qu’est une moto après tout.”

Elle me fixa au même instant intensément d’un air lugubre. J’étais quelque peu perplexe. J’avais le pressentiment que la seule ‘aide’ que je pouvais lui offrir était de lui confier Nyfeirg. Je ne lui servais à rien dans cette histoire, mais je n’avais aucune intention de lui donner ce qu’elle me demandait. Que devais-je faire ? Je ne la connaissais pas et n’avais donc aucun lien avec son village. Nyfeirg sentit mon hésitation et me murmura : “Que veux-tu faire, John ? Rien ne nous oblige à l’aider.”

“C’est vrai… Toutefois, elle pourrait nous être utile…”

“Tu as raison,” dit-elle avec compréhension.

“Tu veux que l’on t’aide, mais que peux-tu nous apporter en retour ?” demandai-je à Ryvelirn d’un ton ferme.

Je n’avais pas l’intention d’être un bon samaritain et de partir en croisade sans contrepartie. Quand Ryvelirn entendit ma demande, elle fronça les yeux légèrement puis elle se mordit la lèvre inférieure.

“Je… Je n’ai rien à t’offrir pour le moment…” finit-elle par avouer, la tête basse.

“Pas besoin de me payer, il y a d’autres manières,” dis-je nonchalamment.

Alors que je lui répondais, mes yeux se glissèrent inconsciemment sur sa poitrine.

Étrangement au même moment, l’Elfe me vit faire et je vis son visage se contorsionner en une horrible expression teintée de honte. Elle se cacha la poitrine en panique puis se releva et me dit :

“ Je n’aurais pas dû te demander. Finalement, tu es comme les autres…”

“Attends !” répliquai-je, désemparé. “Ce n’était pas volontaire !”

Pourtant, Ryvelirn ne m’écoutait plus. Elle salua Nyfeirg et disparut dans l’obscurité sans même me regarder.

“Ah, mais quel con !” soupirai-je.

“La prochaine fois, fais attention où regardes…”

Cependant, elle fixait le dos de Ryvelirn alors qu’elle s’éloignait de nous à grands pas.

***

“Je savais que je ne pouvais pas lui faire confiance,” s’indigna Ryvelirn, le visage empourpré. “En fin de compte, il n’était intéressé que par mon corps. Immonde créature !” Pesta-t-elle tout en serrant les poings. “Qu’importe, je m’occuperai de ce dragon toute seule… Je n’ai besoin de personne pour y arriver !”

***

Le jour qui suivit, nous n’eûmes aucune nouvelle de Ryvelirn. Elle s’était tout simplement évaporée dans la forêt et le dragon rôdait toujours au-dessus de nous. Quand il nous survolait, nous allions nous cacher et attendions qu’il s’en aille pour continuer notre route.

Alors que nous marchions, je repensais à ce que Ryvelirn avait dit hier soir. Nyfeirg me voyant l’air préoccupé intervint pour me réconforter.

“Ne t’embête pas avec ces pensées inutiles, cette femme est trop prude pour toi.”

“Quand je t’entends parler, j’ai l’impression d’être un pervers” répondis-je avec abattement.

Soudain, un tremblement se fit ressentir dans la forêt. Je me retournai et vis au loin de la fumée noire s’échapper de la cime des arbres. J’eus aussitôt un mauvais pressentiment.

Se pouvait-il que…

“John, tu sais que cela ne nous concerne pas,” dit ma partenaire en voyant mon inquiétude.

“Je sais mais… je ne peux pas laisser cette personne mourir ainsi non plus…”

“Dois-tu vraiment y aller ?”

“Non, évidemment. C’est peut-être hypocrite de ma part, mais je me sentirais mieux si j’y allais…”

Un second tremblement se fit ressentir. Ma décision était prise désormais. Aussitôt décidé, je chevauchai Nyfeirg, démarrai le moteur qui s’anima violemment puis tirai sur la poignée des gaz et opérai un demi-tour avant de me diriger vers la lisière de la forêt sans plus tarder.

Alors que nous approchions, nous retrouvâmes Ryvelirn courant à travers les arbres embrasés par le souffle brûlant du dragon énervé. Ce dernier tournoyait dans les airs et l’attaquait frénétiquement pendant qu’elle se cachait.

“Que faites-vous là ?” s’écria-t-elle en nous voyant approcher, passablement énervée.

“On est venu t’aider !” lui répondis-je.

“Pourquoi accepterais-je ton aide ? Pervers !” me répondit-elle tout en tirant vers le dragon.

Une gerbe de feu s’abattit sur nous, nous obligeant à nous replier dans la forêt. Sa réponse cinglante me déstabilisa. J’inspirai un coup puis lui demandai : “Tu veux te débarrasser de ce dragon ? Nous pouvons t’aider !”

“Et comment vas-tu t’y prendre ?”

“Grâce à elle,” répondis-je tapotant le réservoir de ma moto.

“Tu peux nous faire confiance, Ryvelirn,” ajouta Nyfeirg.

Ryvelirn, irrésolue, nous regarda. Après quelques instants d’hésitation, elle embarqua et vint se placer derrière moi puis nous quittâmes la forêt en direction de la vallée.

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