Chapitre 1077 – Écriture de la Divinité Dao
La principale fonction de la cinquième stèle de la Porte D’or était de renforcer la foi des disciples envers la secte. En matière de bien et de mal, la doctrine imposait d’accepter aveuglement les décisions et les explications de l’institution au détriment de son propre jugement.
Si un disciple échouait à faire preuve d’une dévotion absolue, l’épreuve ne s’amorçait même pas et le candidat se voyait expulsé, tout comme Meng Hao avait failli l’être.
En revanche, si la foi était avérée… le défi commençait réellement. Dès lors, le niveau de cultivation et la ferveur envers la secte déterminaient le rang final.
Quelques instants plus tôt, au cœur de la simulation, les démons sanguinaires avaient continué d’apparaître sous des formes sans cesse renouvelées. Lorsque le nom de Meng Hao s’était hissé parmi les mille premiers, le carnage avait brutalement cessé. L’épreuve ne s’était pas interrompue pour autant : la réalité virtuelle s’était brisée en mille morceaux pour laisser place à un environnement inédit.
Il appartenait toujours à une organisation et recevait des directives similaires. Cette fois, son camp incarnait les envahisseurs. Une voix souveraine leur annonçait que cette terre conquise constituait en réalité leur patrie originelle !
Il leur fallait massacrer toute résistance et exécuter le moindre cultivateur s’opposant à leur avancée.
Le scénario était complexe, distillant la confusion chez la plupart des participants. Pourtant, à la fin, les proclamations de la secte s’avéraient exactes : cet endroit représentait bel et meill leur berceau oublié !
Les affrontements s’étaient poursuivis et le nom de Meng Hao avait grimpé jusqu’à la cinq centième place. Puis, le décor avait de nouveau basculé. Un autre monde s’était matérialisé, accompagné de nouvelles directives.
Des schémas identiques s’étaient répétés lorsqu’il avait franchi la barre des 400, 300, 200… puis du TOP 100. Les mutations scénaristiques surviennaient à chaque palier de cent positions franchi.
Le rythme s’était ensuite accéléré. Lorsqu’il avait atteint le TOP 20, il avait arpenté d’innombrables réalités. La seule constante demeurait la secte : ses ordres étaient éternels, ses jugements indiscutables.
Ce processus s’apparentait à un conditionnement absolu. Toutes ces expériences visaient à convaincre le candidat que la secte détenait la vérité ultime en toute circonstance. Conserver cette foi permettait de poursuivre l’épreuve ; laisser s’insinuer le moindre doute entraînait l’expulsion immédiate.
Finalement… le nom de Meng Hao avait intégré le TOP 10. Le monde s’était une fois de plus effondré pour se reconstruire sous une forme étrangement familière.
C’était… la planète Ciel du Sud !
C’était la terre de ses origines, le théâtre de ses souvenirs les plus ancrés. En apercevant les contours de la planète Ciel du Sud, son cœur avait frémi.
Sa capacité à feindre l’allégeance commença à faiblir. La force de bannissement se remit à palpiter discrètement autour de lui.
« Cet endroit… est une planète étrangère ! La véritable planète Ciel du Sud de la Neuvième Montagne et Mer a été détruite et métamorphosée en un portail ! Et derrière cette porte est apparue cette nouvelle planète ! »
« Annihilez cet endroit ! Tirez parti de son énergie pour sceller la Porte des Étoiles ! »
Alors que l’injonction résonnait, Meng Hao observa les innombrables pratiquants qui l’entouraient. Leurs visages lui étaient familiers, bien que leurs noms lui échappassent : il s’agissait de ses compagnons d’armes virtuels, avec lesquels il avait combattu à travers les différents mondes de l’épreuve !
Des rugissements de guerre s’élevèrent alors que la horde se ruait sur la planète Ciel du Sud. Meng Hao sentit ses entrailles se tordre à la vue des reliefs, des fleuves et des contrées de sa jeunesse, ainsi que des visages de ses anciens proches.
« Exterminez toute forme de vie sur ce monde ! À l’arrivée des Étrangers, leurs lignées s’éveilleront et ils se dresseront contre nous ! Rasez cette planète ! Effacez-la de la carte ! »
À ces mots, la foule se jeta dans un massacre sans merci. Seul Meng Hao demeura immobile, muet.
La contrainte d’expulsion commença à se densifier autour de lui, pareille à des voix innombrables le sommant d’obtempérer. Après un instant d’hésitation, Meng Hao prit une profonde inspiration et fit un pas en avant. Disparaissant dans un repli spatial, il réapparut entre l’armée d’invasion et les habitants de la planète Ciel du Sud, levant les mains pour stopper la charge.
Mais au moment où il tenta d’interposer son autorité, la force de bannissement le verrouilla et la voix de la secte tonna à ses oreilles avec une déception poignante :
« Après tout ce que tu as traversé, tu doutés encore de la secte ?! »
« Puisqu’il en est ainsi, tu contempleras la vérité de tes propres yeux ! »
La volonté de l’épreuve se mua en une contrainte irrépressible, le clouant sur place au milieu du vide étoilé.
Simultanément, l’armée des disciples s’évanouit. En une fraction de seconde, la planète Ciel du Sud sembla traverser des éons. Prise de secousses colossales, Meng Hao la vit s’ébranler lentement.
Alors qu’elle se déplaçait, son ancien emplacement mit à nu un gouffre béant.
Une porte monumentale !
Du cœur de cette ouverture jaillit un faisceau de lumière. À mesure qu’il se propageait, des hurlements terrifiants résonnèrent depuis la planète Ciel du Sud. Au même instant, un papillon de taille titanique s’enbola du portail.
L’envergure de cette créature paraissait infinie. Une foule de cultivateurs Étrangers s’en échappa, dégageant une intention meurtrière dévastatrice.
Sur leur passage, les étoiles se disloquaient et les planètes volaient en éclats. Des milliers de pratiquants périssaient dans des hurlements d’agonie. La Neuvième Montagne s’effondra et la Neuvième Mer entra en ébullition !
En un éclair, la Neuvième Montagne et la Neuvième Mer furent réduites à un champ de ruines. Des êtres chers à Meng Hao comme des inconnus trouvèrent la mort…
La planète Victoire de l’Est, la planète Roseau du Nord, la planète Félicité de l’Ouest… toutes s’effondrèrent successivement.
Dans l’ultime vision, la tortue Xuanwu géante laissa échapper un râle d’agonie avant d’exploser dans un geyser de sang et d’entrailles.
La projection s’éteignit, laissant Meng Hao immobile, abasourdi. Il en oublia toute tentative de résistance. Alors que l’illusion se dissipait, la force d’expulsion le saisit pour le rejeter hors de la stèle.
Juste avant son expulsion, la voix séculaire et endeuillée murmura une dernière fois à son esprit :
« Maintenant… tu crois ? »
Un frisson le parcourut et, lorsqu’il rouvrit les yeux à la réalité du Monde Divin des Neuf Mers, il se tenait devant la cinquième stèle dorée. Levant le regard, il découvrit son nom… gravé à la dixième place !
Des clameurs de stupeur s’élevèrent de la foule assemblée, mais Meng Hao demeura hermétique au tumulte. Il entendait à peine les commentaires autour de lui, le regard fixe.
C’est alors que la voix télépathique du Maître Divin résonna à ses oreilles :
« L’épreuve de la cinquième porte dorée s’amorce de la même manière pour chaque disciple. En revanche, ceux qui accèdent au TOP 10 contemplent tous des visions singulières… »
« Ce que tu as observé peut constituer un aperçu du futur, ou une simple illusion destinée à tester ta résolution. »
Meng Hao tourna son regard vers le Maître Divin. Après un long silence, il inspira profondément et balaya ses inquiétudes. Quelle que fût la nature de cette vision, l’expérience l’avait marqué au fer rouge.
Au bout du compte, seule la puissance absolue importe ! songea-t-il. Même si cette apocalypse devait se réaliser, si je deviens suffisamment fort, lorsque ce papillon franchira la porte… je l’anéantirai ! Et le destin sera réécrit !
Accorder sa foi à une secte est secondaire. L’unique priorité est d’atteindre le sommet de la puissance !
Les yeux de Meng Hao s’animèrent d’une résolution inébranlable. Il joignit les mains, salua le Maître Divin d’une révérence respectueuse, puis pivota pour s’élancer vers une autre stèle dorée.
Le délai de trois mois touchait à sa fin. Avant son départ, Meng Hao entendait bien s’emparer des 300 millions de jades immortels et imprimer son empreinte dans les annales du Monde Divin des Neuf Mers.
Hormis la cinquième stèle, je veux que mon nom… trône à la première place de toutes les autres stèles de la Porte d’Or ! Si je n’y parviens pas intégralement aujourd’hui, ce sera accompli avant mon départ définitif !
Prenant une profonde inspiration, il fondit sur la septième stèle dorée .
La septième stèle hébergeait l’épreuve du sens divin !
La perception spirituelle ne constituait pas a priori le point fort de Meng Hao. Il possédait néanmoins le premier tome de l’ Écriture de la Divinité Dao , qu’il avait étudié par le passé. Selon la légende, cet ouvrage représentait le texte suprême pour développer le sens divin. Pourtant, après l’avoir cultivé, Meng Hao n’en avait retiré aucun avantage spectaculaire à l’époque [1].
Tout au plus cela lui avait-il facilité le maniement des facultés arcaniques durant sa période dans le monde mortel. Mais depuis son accession au Domaine Immortel et l’élévation spectaculaire de sa cultivation, son sens divin restait en retrait par rapport à ses capacités physiques.
C’était précisément en exploitant cette faille que la Fille de la Mer, Bei Yu, avait pu l’immobiliser temporairement au moyen de son sixième sens [2]. Dès qu’il identifiait une faiblesse dans son jeu, Meng Hao s’employait immédiatement à la corriger.
Se pourrait-il que je l’aie cultivée de manière erronée ? Ou ce manuel n’était-il qu’une version incomplète de l’Écriture de la Divinité Dao ?
Les versets sacrés résonnèrent dans sa mémoire tandis qu’il franchissait le seuil de la septième stèle dorée.
À l’extérieur, dès son immersion, son nom surgit sur la stèle. L’ensemble des disciples retint son souffle, spéculant déjà sur le rang qu’il réussirait à décrocher.
Au cœur du monde virtuel de la septième stèle, Meng Hao renversa la tête en arrière et rugit, ses cheveux fouettés par des vents spirituels. Ce domaine se résumait à un escalier monumental de 10 000 marches de pierre, chaque palier matérialisant un rang dans la hiérarchie.
Les 9 000 premières marches ne présentèrent aucune difficulté majeure pour Meng Hao, mais les 1 000 dernières s’avérèrent progressivement écrasantes. À chaque enjambée, une pression divine accrue tentait de s’infiltrer dans son esprit pour briser sa conscience.
Une nuée de pensées parasites l’assaillait, instillant la confusion et rendant la progression éprouvante.
Cependant, plus la contrainte s’intensifiait, plus sa perception spirituelle s’affinait sous la pression. Les versets de l’Écriture de la Divinité Dao tourbillonnaient dans sa mémoire, lui révélant à chaque marche franchie des clés d’assimilation inédites.
Le temps s’écoula. Devant la septième stèle, la foule observait le nom de Meng Hao s’élever. Sa progression s’avérait nettement plus lente que sur les monolithes précédents.
« Le sens divin est bel et bien son point faible ! »
« Il n’a jamais marqué le pas aussi tôt sur la neuvième ou la cinquième stèle. Seule une perception spirituelle d’exception permet de franchir sans encombre la septième porte. Et il avance à tâtons ! »
« À ce rythme, intégrer le TOP 10 relèvera du miracle ! »
Tandis que les commentaires sceptiques fusaient à l’extérieur, Meng Hao tremblait de tout son corps au cœur de l’épreuve. Ses yeux étaient injectés de sang, mais un sourire confiant s’étirait sur ses lèvres.
Voilà donc la véritable méthode de cultivation de l’Écriture de la Divinité Dao !
J’ai compris !
Les yeux étincelants, il déploie des gestes incantatoires complexes, métamorphosant sa conscience en une sorte de trou noir spirituel. Dans une détonation interne, il se mit à absorber la pression divine environnante au lieu de la subir !
[1] Meng Hao a obtenu le premier manuel de l’Écriture de la Divinité Dao auprès de Choumen Tai au chapitre 301.
[2] Faisant référence à l’affrontement du chapitre 1071 où Bei Yu a utilisé sa contrainte mentale contre lui.
