Chapitre 29 – Bonnes Personnes et Bonnes Actions
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Que s’est-il passé ? Klein se raidit instantanément.
Il avait déjà été victime de trop d’accidents et savait qu’il se retrouvait facilement mêlé aux affaires des Transcendants. Face à une situation similaire, il ne put s’empêcher d’être inconsciemment sur ses gardes. Cela ressemblait fort à une forme de stress post-traumatique.
Après avoir observé attentivement la silhouette d’Hazel Macht disparaître dans l’escalier, Klein comprit qu’elle était simplement pressée et non paniquée.
Cela signifiait qu’elle maîtrisait la situation… De plus, Macht était député à la Chambre des Communes, un membre de la haute société, juste en dessous des nobles du royaume. Il devait y avoir des Transcendants pour le protéger. Oui, le fils aîné du comte Hall était également présent, donc ses gardes du corps devaient aussi être des Transcendants… Par ailleurs, la cathédrale Saint-Samuel n’était qu’à dix minutes en calèche de Boklund Street. Si un incident devait se produire, les Faucons de la Nuit, les prêtres et les évêques accourraient… À moins d’un sacrifice volontaire, personne ne provoquerait d’accident à ce bal… Klein se calma peu à peu et émit une autre hypothèse concernant la situation d’Hazel.
Elle se précipitait au troisième étage pour dissiper les effets néfastes de l’objet mystique !
La question que Klein avait posée à Arrodes auparavant était de savoir où se procurer un objet mystique capable de voler les pouvoirs des Transcendants, et l’une des réponses qu’il avait reçues était : « Hazel Macht ! »
En repensant à leur danse, l’image d’Hazel se reconstitua rapidement dans l’esprit de Klein, son attention se portant sur ses différents accessoires.
Des ornements pour les cheveux, des boucles d’oreilles, un collier, une broche, des gants résille… Lequel pouvait bien être ? Klein détourna le regard et se rendit compte qu’il avait soif. Il prit donc un verre d’eau et le vida d’un trait.
À peine avait-il reposé son verre qu’il vit son professeur d’étiquette, Wahana Heisen, s’approcher de lui avec une assiette.
Cette dame portait une robe rouge, mais elle n’avait rien de vulgaire. Elle sourit à Dwayne Dantès et dit : « J’ai remarqué que vous n’appréciez pas l’alcool. »
« Il m’est déjà arrivé de rater une affaire importante à cause de l’alcool », répondit Klein, ajoutant spontanément une touche d’expérience et de profondeur au personnage de Dwayne Dantès.
Bien sûr, il savait se contrôler. Il n’avait pas besoin d’utiliser ses pouvoirs de Sans-Visage pour donner l’apparence d’avoir un doigt de moins afin de prouver sa détermination lors de cet ancien serment.*
En entendant cela, Wahana sourit, pensive.
« Votre passé est empreint de mystère. C’est terriblement attirant pour beaucoup de jeunes femmes. »
Elle n’insista pas sur le sujet et ajouta : « J’ai oublié de vous dire que le problème de mon mari est résolu. »
Klein prit une coupe de champagne et la leva. Puis, avec un sourire, il dit : « Voilà de quoi se réjouir. Félicitations. »
Il ne fit aucune allusion à son aide secrète.
Wahana le fixa intensément en levant son verre de vin rouge.
« À votre santé ! »
Après avoir trinqué et pris une gorgée, Klein s’excusa poliment, posa sa coupe et se dirigea vers les toilettes.
Ce n’était pas pour se rendre au-dessus du brouillard gris, mais uniquement à cause des effets néfastes du Glas de la Mort. Il avait trop bu et avait besoin d’aller aux toilettes.
En sortant des toilettes, Klein leva les yeux vers l’escalier qui menait du deuxième au troisième étage. Il aperçut Hazel Macht qui descendait d’un pas tranquille. Son expression était imperturbable.
En effet, ce n’était pas un gros problème… C’est probablement dû aux effets secondaires de l’objet mystique qu’elle possède… Je me demande bien ce que c’est… Klein poussa un soupir de soulagement en balayant nonchalamment la piste de danse. Pendant l’entracte entre deux chansons, il s’approcha d’une femme et l’invita à danser.
Avec l’allure et le charisme de Dwayne Dantès, son invitation ne pouvait être refusée.
Tandis qu’il dansait, mangeait, bavardait, puis mangeait encore, le bal toucha lentement à sa fin, les invités prenant congé les uns après les autres.
Ayant rempli sa mission d’échanger les cartes de visite, Klein fit de même. Cependant, il ne fut ni le premier ni le dernier à partir.
Le silence se fit bientôt dans la salle, tandis que Madame Riana surveillait les domestiques qui nettoyaient les lieux. En même temps, elle fit signe à sa fille, Hazel Macht, de s’approcher.
« La prestation de Monsieur Dwayne Dantès a dépassé mes attentes. Plusieurs dames m’ont même posé des questions à son sujet en privé », dit Madame Riana d’un ton voilé. « Hazel, quelle a été ton impression de lui lorsque tu dansiez et discutiez avec lui ? Tu es bien plus mature que les filles de ton âge. Je fais confiance à ton goût et à ton jugement. »
Elle connaissait très bien sa fille et avait délibérément ajouté cette dernière phrase ; autrement, il était peu probable qu’Hazel ait eu envie de donner une réponse détaillée.
Hazel n’était pas si arrogante face à sa mère. Après un moment de réflexion, elle dit : « Il ne connaît pas très bien ce milieu et il aborde facilement des sujets qui peuvent être offensants, mais il est très cultivé. »
« Très cultivé… » Madame Riana fut légèrement surprise en répétant les paroles de sa fille.
Connaissant Hazel, c’était un compliment plutôt flatteur.
Elle ne put s’empêcher de s’inquiéter : sa fille avait un faible pour Dwayne Dantès.
Hazel méprisait-elle les célibataires qui l’entouraient, les jugeant trop jeunes, inexpérimentés et incapables ? Dwayne Dantès était justement le genre d’homme que les filles précoces apprécient… Riana regretta soudain d’avoir invité ce gentleman au bal.
Elle savait qu’avec le caractère d’Hazel, elle pourrait très bien s’enfuir si elle rencontrait la moindre objection à son nouvel amour.
Hazel sembla deviner les pensées de sa mère et déclara d’un ton neutre : « Je n’aime que les hommes suffisamment puissants. »
Ouf… Riana poussa un soupir de soulagement, enfin débarrassée de ses soucis. C’était parce que Hazel était toujours une jeune fille sous sa protection.
…
Tard dans la nuit, Hazel se leva. Grâce à sa vision nocturne, elle enfila des vêtements qui n’entravaient pas les mouvements.
Elle descendit du balcon de sa chambre en évitant soigneusement les gardes du corps de sa famille. Elle alla jusqu’au jardin et arriva au milieu de la rue Boklund. Toutes les plaques d’égout n’étaient pas accessibles par des échelles métalliques verticales.
Hazel souleva habilement la plaque d’égout et descendit avant de la refermer par en dessous.
Près de quarante-cinq minutes plus tard, elle déplaça de nouveau la plaque d’égout et retourna dans l’ombre de la rue.
À cet instant, Hazel aperçut une ombre se glisser avec agilité dans un jardin voisin.
Terrain 160… Elle lut l’adresse correspondante.
Il s’agissait de la résidence de Dwayne Dantès.
Au troisième étage du manoir, Klein fut une fois de plus tiré de son sommeil par son intuition. Il ressentit l’envie irrésistible de capturer l’infiltré qui l’avait dérangé et de le donner en pâture à la Faim Rampante.
Cette fois, il ouvrit directement son étui à cigares en fer et libéra sa marionnette Spectre.
Senor, dans son manteau rouge sombre, se dirigea d’abord vers le miroir en pied avant de bondir vers l’oriel de la chambre de son valet.
« Il » observa Richardson et vit le valet se redresser, le regard fixé sur la porte, empli de peur et d’anxiété.
La porte s’ouvrit silencieusement et une ombre se glissa à l’intérieur.
Sous le clair de lune pourpre, l’infiltré révéla une peau jaune brunâtre, une silhouette douce et des cheveux noirs courts et bouclés. Il venait manifestement du Continent Sud.
Une aura froide et sombre émanait de lui. Il se tenait près de la porte et regarda Richardson, demandant d’une voix grave : « As-tu pris ta décision ? »
« Ne crois pas que tu puisses trouver la paix en partant. En toi coule le sang des sujets de la Mort. Tu es destiné à tout abandonner pour restaurer la gloire de Dieu.
» Pense à ta mère disparue. Pense aux insultes que tu as subies. Souhaites-tu que ton enfant grandisse sous le regard méprisant des autres, qu’il soit à jamais au service d’autrui ? »
« Mais que puis-je faire… » Richardson baissa la tête et dit avec difficulté.
« Attends la mission. » La voix de l’infiltré se fit plus douce.
Richardson ne répondit pas, visiblement en proie à un conflit intérieur.
L’infiltré, indifférent à son hésitation, fit comme si Richardson avait acquiescé, se retourna, quitta la pièce et rebroussa chemin.
Un sujet de la Mort… Quelqu’un de l’Épiscopat Numineux, ou d’une autre organisation cherchant à restaurer Balam ? Ayant tout vu, Klein se laissa retomber sur son lit et murmura. Quelle mission confieraient-ils à Richardson ? Me voler mon argent pour financer l’organisation ? Ou bien provoquer un attentat terroriste lors d’un bal mondain ?»
À cet instant, l’infiltré descendit du balcon, traversa le jardin et franchit la clôture en barres d’acier.
Soudain, il vit une silhouette surgir de sa gauche. Il esquiva en serrant le poing et en lançant un coup de poing.
Fwoush !
Le coup frappa la silhouette noire, mais la traversa de part en part. C’était comme s’il avait frappé une ombre projetée par le lampadaire.
Au même moment, il reçut un violent coup à l’arrière de la tête et s’écroula au sol.
La silhouette d’Hazel apparut aussitôt derrière l’infiltré, le visage illuminé d’excitation. On aurait dit qu’elle avait réussi son coup.
Elle réprima rapidement ses émotions tout en conservant son arrogance. Elle se tourna vers les grilles métalliques noires du 160, rue Boklund.
La jeune fille se pencha et, saisissant l’infiltré par le bras, le traîna jusqu’à la porte de Dwayne Dantès.
Aussitôt après, Hazel relâcha sa main gauche, effaça toute trace de sa présence, s’avança le menton légèrement relevé et sonna.
Puis, elle partit rapidement, se dirigeant droit vers son domicile à travers l’ombre de la rue.
Sur un lampadaire, devant l’appartement 160, sur la grille métallique noire, se trouvait un morceau de verre. Il reflétait une silhouette vêtue d’un manteau rouge foncé et coiffée d’un vieux chapeau triangulaire. Elle avait tout vu.
…
Comment gérer cette situation… Dans sa chambre, Klein était perplexe.
Il savait qu’Hazel agissait anonymement pour le bien de son voisin en éliminant un infiltré, mais si son majordome portait plainte, l’affaire serait examinée en détail et confiée aux Faucons de la Nuit. Le moment venu, l’identité de celui qui avait assommé l’infiltré deviendrait cruciale.
Si Klein avait été un homme ordinaire, cela n’aurait eu aucune importance : il aurait pu laisser les Faucons de la Nuit mener leur enquête. Cependant, non seulement était-il un puissant Transcendants de la Séquence 5, mais il complotait également pour dérober un objet derrière la Porte de Chanis. Il ne voulait pas qu’un contretemps extérieur vienne ruiner ses plans, sous peine de devoir changer d’identité une fois de plus.
À vrai dire, sa première solution avait été de trouver un moyen de se débarrasser de Richardson.
Cependant, ce qu’il avait entendu le fit quelque peu changer d’avis.
Si je mettais fin aux services de Richardson, ce serait comme le précipiter dans le vide, malgré son désir de tranquillité. Il serait alors contraint de fréquenter ces gens… Malheureusement, Dwayne Dantès a une « mission » ; sinon, lui rendre service discrètement n’aurait pas été difficile… Klein soupira, perdu dans ses pensées.
Dix secondes plus tard, l’infiltré inconscient se redressa brusquement, fit craquer son cou et se fondit dans l’ombre. À ce moment précis, le majordome Walter sortit de la maison par la porte principale, après avoir entendu la sonnette.
*Ndt : Il existe un ancien rituel yakuza il me semble (peut-être répandu en Chine aussi) qui consiste à se couper un doigt quand on a fauté pour prouver sa détermination et demander pardon à son supérieur.
