Chapitre 1042 – L’épreuve du feu du Royaume Balayé par les Vents
Pas un souffle d’air ne s’échappait du temple, mais à cet instant précis, Meng Hao eut l’impression qu’un vent violent lui fouettait le cœur. Des grondements résonnaient dans son esprit, le plongeant dans un état de stupéfaction.
« Personne ne peut affirmer avec certitude ce que le Parangon du Rêve Marin a prévu pour l’Échelon… » dit Grand-mère Neuf, sa voix flottant comme une brise sous les voûtes. « Cependant, au fil des âges, les Trois Grandes Sociétés Taoïstes du Royaume des Montagnes et des Mers ont reconstitué ce qui semble être la seule explication logique. L’Échelon… est une liste de modèles suprêmes ! Seuls ceux qui remplissent les conditions requises pour devenir un Parangon peuvent l’intégrer. L’Échelon a été conçu pour former les futurs Parangons du Royaume des Montagnes et des Mers ! »
Les yeux de la matriarche brillaient d’une clarté absolue, et son ton ne laissait aucune place au doute :
« Depuis le grand cataclysme de l’Antiquité, aucun nouveau Parangon n’est apparu dans notre monde. Même Ksitigarbha, reconnu par tous comme le cultivateur le plus puissant du Royaume, n’a pas franchi cette ultime étape. Cela peut paraître normal tant le sommet est difficile à atteindre, mais la vérité est que cela défie toute logique. Seul le Parangon du Rêve Marin en connaît la raison exacte. »
L’esprit de Meng Hao était en pleine ébullition.
« Voilà l’origine profonde des Sociétés Taoïstes et de l’Échelon, » poursuivit-elle en le fixant. À ses côtés, le Maître Divin gardait les yeux clos, plongé dans un silence solennel, tandis que Ling Yunzi soupirait doucement. « En tant que dirigeants du Monde Divin des Neuf Mers de la Neuvième Montagne, ce que nous pouvons faire pour toi, c’est mobiliser toute la puissance de notre secte pour t’aider à franchir les portes du Royaume Antique ! Nous t’accordons une autorité totale : nos bibliothèques de magies taoïstes et nos réserves de ressources te sont ouvertes. Mais le plus important… c’est que nous allons déverrouiller pour toi le Royaume Balayé par les Vents ! »
À la mention de ce nom, Ling Yunzi leva lentement la tête, et le Maître Divin ouvrit les yeux. Une pression colossale sembla s’abattre sur le temple, comme si les mots eux-mêmes transportaient un pouvoir redoutable.
« Le Royaume Balayé par les Vents est un terrain d’épreuve unique, partagé par les neuf Mondes Divins des Mers, » expliqua Grand-mère Neuf d’une voix plus basse. « Chacune des Trois Grandes Sociétés Taoïstes contrôle son propre monde secret. Chaque secteur a le droit de demander l’ouverture du Royaume Balayé par les Vents. Au fil des éons, notre branche ne l’a réclamé qu’une seule fois : pour le patriarche de la première génération de ton clan Fang ! Aujourd’hui, après tant d’ères, nous sommes prêts à l’ouvrir une seconde fois… pour toi ! »
« Le Royaume Balayé par les Vents ? » répéta Meng Hao, intrigué. Il percevait la gravité de la situation, bien que ce nom lui fût totalement inconnu.
« Avant la grande catastrophe, » raconta la doyenne avec une pointe de nostalgie, « trois mille Royaumes Inférieurs s’étendaient sous l’autorité du Royaume Immortel Parangon. Lors de la guerre sainte, nombre d’entre eux se rebellèrent. La destruction fut presque totale, et seuls trente-trois royaumes survécurent… Le Royaume Balayé par les Vents était l’un de ces domaines rebelles, ravagé par les combats. Ce qu’il en restait fut conquis par le Parangon du Rêve Marin, et ses habitants actuels descendent de ces anciens insurgés. Façonnés et entraînés au fil des générations, ils ont renoué avec leurs anciennes traditions et révèrent désormais le Royaume Immortel. C’est devenu notre terre d’épreuve ultime. Là-bas, tu pourras contempler la puissance que possédait le Royaume Immortel à son apogée ! »
Un éclat singulier traversa le regard du Maître Divin. Ling Yunzi lui-même retint son souffle, habité par le souvenir des gloires passées.
« Si ce domaine sert de terre d’épreuve privilégiée pour le Monde Divin des Neuf Mers, c’est parce que sa destruction a laissé son Essence dans un état de chaos permanent. En raison de cette instabilité, les lois fondamentales y sont bien plus faciles à percevoir et à analyser. Pour un cultivateur, c’est le sanctuaire idéal pour assimiler l’Essence. Or, l’Essence est la porte d’entrée du Royaume du Dao, et progresser à travers le Royaume Antique consiste précisément à entrer en contact avec elle. Dans le Royaume Balayé par les Vents, l’Essence du Monde peut être directement absorbée, offrant une illumination fulgurante ! Quant à toi, tu pourras y façonner directement ton Fruit du Dao et utiliser cette énergie pour faire ton entrée dans le Royaume Antique ! »
Meng Hao était profondément ébranlé. Grâce aux souvenirs extraits de l’âme de Yi Fazi, il connaissait déjà certains fragments de l’histoire ancienne. Mais les révélations de Grand-mère Neuf lui apportaient une vision claire : ce domaine était un vestige direct de l’ère primordiale. Son chemin vers le Royaume Antique étant intimement lié aux Fruits du Nirvana, savoir qu’il pouvait absorber l’Essence d’un monde pour former des Fruits du Dao lui confirmait que cette épreuve lui serait d’un secours inestimable pour fusionner avec ses artefacts.
« Ce domaine sera ouvert par nos soins depuis la Neuvième Montagne, » reprit la matriarche. « Cependant, le Royaume Balayé par les Vents étant un bien commun à tous les Mondes Divins des Neuf Mers, les autres secteurs y enverront également leurs d’élite… des disciples qui font eux aussi partie de l’Échelon ! Tu croiseras donc probablement d’autres élus venus de l’ensemble du Royaume des Montagnes et des Mers. Si l’occasion se présente, élimine tes rivaux de l’Échelon. Mais si la tâche s’avère trop périlleuse, n’oublie jamais que préserver ta vie reste ta priorité absolue ! »
Meng Hao hocha la tête en silence. L’Échelon fonctionnait comme une ruche de créatures venimeuses se dévorant entre elles pour donner naissance au plus puissant spécimen. Seule la survie au milieu de périls mortels permettait d’atteindre une puissance absolue. Le Royaume des Montagnes et des Mers n’avait pas seulement besoin d’experts : il lui fallait un véritable Parangon.
« Peut-être même plus qu’un simple Parangon, » songea-t-il. « Après tout, les trois grands souverains d’antan n’ont pu que préserver un vestige du Royaume Immortel. Pour inverser le cours du destin, il faudra dépasser les limites de la perfection. »
Une vision s’imposa soudain à son esprit : neuf soleils remorquant une statue colossale, et neuf papillons gigantesques traînant un cercueil à travers le vide.
« Bien que les préparatifs soient lancés, » enchaîna Grand-mère Neuf, « il nous faut encore trois mois pour stabiliser le passage. Durant cette période, reste au sein de la secte et prépare-toi aux combats à venir. La pression des eaux de la Neuvième Mer pèse lourdement sur ta cultivation ; tu dois t’y acclimater au plus vite. Le Royaume Balayé par les Vents étant à moitié détruit, tu y feras face à une pression similaire. Si tu ne domptes pas le poids de la Neuvième Mer ici, chaque pas là-bas sera un calvaire. »
Elle désigna ensuite les stèles dorées de la porte :
« N’oublie pas nos monuments de classement. Chacun d’eux correspond à une épreuve. J’espère voir ton nom gravé sur chacun de ces monuments ! Tu es le deuxième représentant de l’Échelon de toute l’histoire de notre Neuvième Montagne. »
D’un mouvement de manche, elle fit léviter un second sac sans fond vers le jeune homme :
« Voici la récompense attribuée au vainqueur du concours de recrutement des Sociétés Taoïstes. Il contient de nombreux trésors, dont le plus précieux… outre un artefact immortel ancien, est un flacon de sang pur de Parangon ! Avant de franchir le portail, tu pourras l’utiliser pour expérimenter la puissance absolue. »
Meng Hao s’empara du sac, les yeux brillants d’un éclat intense. Il joignit les mains et s’inclina profondément devant Grand-mère Neuf, le Maître Divin et Ling Yunzi. Il n’ajouta pas un mot : en cet instant, la déférence de son salut traduisait sa détermination bien mieux que n’importe quel discours.
Grand-mère Neuf approuva d’un sourire, tandis que le Maître Divin hochait doucement la tête.
« Tu peux disposer, » dit la matriarche. « Ce sac contient la clé en jade de ta nouvelle demeure immortelle pour les trois prochains mois, ainsi que ton médaillon de commandement officiel. »
Alors que Meng Hao s’apprêtait à prendre congé, le Maître Divin brisa le silence :
« Lorsque la Horde Démoniaque a réclamé ses disciples, il te suffisait de les restituer pour apaiser les tensions. Pourquoi avoir fait preuve d’une telle intransigeance ? »
Le visage du patriarche était impassible, mais son regard sondait l’âme du jeune homme.
« Si leur rendre leurs captifs avait pu effacer leur haine à mon égard, je l’aurais fait sans hésiter, » expliqua calmement Meng Hao. « Mais il était évident que leur rancœur resterait intacte. Dès lors, pourquoi leur céder quoi que ce soit ? Je préfère largement revendre ces plats de fruits de mer contre des pierres spirituelles ou m’en servir comme monnaie d’échange. »
Un léger sourire étira les lèvres du Maître Divin :
« Au sein de nos frontières, tu ne risques rien. Cependant, si tu t’aventures au-dehors… fais preuve d’une prudence extrême. Au moindre péril, brise ton médaillon de commandement. Tant que tu te trouves à moins d’un million de milles nautiques de la secte, je pourrai me téléporter à tes côtés en un instant. »
Sur ces mots, il referma les yeux.
Meng Hao s’inclina une nouvelle fois. Il marqua un temps d’arrêt, puis se tourna vers les trois aînés :
« J’aurais une dernière question. Pourquoi les créatures marines m’ont-elles attaqué dès mon entrée dans la Neuvième Mer ? Et pour quelle raison mon arrivée au Monde Divin a-t-elle déclenché une telle furie chez les cultivateurs démoniaques ? Pourquoi me vouent-ils une haine si viscérale, quel que soit leur niveau de cultivation ? Je ne comprends pas. Aînés, pourriez-vous m’éclairer ? »
Meng Hao les fixa avec insistance. Il refusait de croire que des dirigeants de leur rang n’eussent pas percé le secret de cette hostilité soudaine.
