Le Maître des Secrets | Lord of the Mysteries | 诡秘之主
A+ a-
Chapitre 69 – Le Quartier Est
Chapitre 68 – Un indice Menu Chapitre 70 – Le Syndicat des Dockers

Vol 2 : L’Homme Sans Visage / Chapitre 69 – Le Quartier Est

Dans les locaux de l’école de médecine sur le point d’être abandonnés, Audrey, qui faisait un détour pour quitter la Réunion qui venait de s’achever, se sentit soudain dériver. Elle distingua l’épais brouillard gris familier et très haut, la silhouette floue située au centre.

« Ceci est un indice. »

La voix solennelle du Fou était accompagnée d’images semblables à un film, en couleur qui plus est !

Un homme – qui n’était pas particulièrement musclé mais mesurait près de deux mètres – vêtu d’une robe de prêtre noire, se tenait dans l’ombre. Il avait des cheveux blonds légèrement bouclés, des yeux marron foncé froids et mauvais, et les coins de sa bouche légèrement affaissés lui donnaient l’air d’un loup féroce.

La jeune femme le regarda fixement durant un moment et comprit soudain :

Un indice ? Un indice sur l’attentat à la bombe de la rue Dharavi et la noyade de Gavin ? Serait-ce le meurtrier ?

M. Le Fou a déjà un indice… Il est vraiment impressionnant…Non, omnipotent ! Soupira-t-elle avant de se tourner vers Fors.

Celle-ci, qui avait ôté son masque, son bonnet chirurgical et venait de monter en voiture, remarqua le regard un peu étrange de Miss Audrey.

– « Y a-t-il quelque chose sur mon visage ? » S’empressa-t-elle de demander, perplexe.

– « Non », répondit Audrey qui détourna le regard, s’assit et ôta son déguisement.

Se rappelant la réunion, Fors, intriguée, s’enquit :

– « Miss Audrey, pourquoi n’avez-vous pas annoncé que vous achetiez la formule du Spectateur? Cela vous aurait permis d’établir un contact avec les Alchimistes en Psychologie. »

La généreuse Miss Audrey, en effet, était restée la plupart du temps silencieuse. Elle n’avait vendu que quelques matériaux dotés d’énergie spirituelle et en avait acheté d’autres en conséquence.

Celle-ci eut un léger sourire :

– « C’est la première fois que j’assiste à une réunion au sein de ce cercle. Je pense qu’il est plus important d’observer et d’attendre.

« S’il est vrai que je suis impatiente d’acquérir la formule de la potion et plus encore les objets occultes, je me suis dit qu’il n’y avait pas urgence et qu’il serait plus stratégique de me familiariser avant de passer à l’action. »

C’est également une ” habitude professionnelle ” dans la voie du Spectateur. De plus, il n’y avait pas les ingrédients Transcendants que M. Le Monde souhaite acquérir, comme le liquide céphalo-rachidien de Panthère Noire à Motifs Sombres ou les Cristaux Médullaires de la Source des Elfes…

Fors regarda cette jeune fille, qui n’avait pas encore dix-huit ans, avec le sentiment qu’elle était plus mature que jamais.

– « Si j’avais été comme vous autrefois, je n’aurais pas gaspillé une opportunité aussi précieuse. »

Pour toute réponse, Audrey eut un sourire réservé.

– « Dès demain matin, je demanderai à certains amis bien spécifiques s’ils ont des pistes sur l’attentat de la rue Dharavi. Attendez les informations au même endroit que Xio. »

– « Entendu », répondit Fors, confiante.

Au lieu de retourner rue Minsk, Klein resta dormir dans son studio du Quartier Est, situé rue du Palmier Noir.

Il craignait en effet que le meurtrier présumé en robe noire ait des complices susceptibles de parcourir les rues pour le retrouver. Même s’il s’était déguisé pour ne pas être reconnu et s’il y avait peu de chances qu’ils ne tombent sur lui, d’après sa divination, c’était toujours possible.

Dès l’aube, il enfila une tenue d’ouvrier bleu foncé, mit une casquette marron clair et descendit les escaliers qui menaient dans la rue.

Un brouillard blanc teinté de jaunâtre enveloppait les environs et l’air froid du matin imprégnait les silhouettes floues des passants.

Klein baissa la tête et hâta le pas, tout comme ces gens qui s’étaient levés tôt pour aller travailler.

Tout en marchant, il avisa devant lui un homme qui devait avoir entre quarante et cinquante ans. Les tempes grisonnantes, vêtu d’une veste épaisse, il piétinait sur place, frissonnant et tâtonnait à la recherche d’une cigarette. Finalement, il sortit de sa poche intérieure une boîte d’allumettes vide et l’ouvrit d’une main tremblante, laissant tomber sa cigarette fripée qui roula devant Klein.

Celui-ci s’arrêta, la ramassa et la lui rendit.

– « Merci, merci ! Je ne peux pas vivre sans cette vieille amie et il n’en reste que quelques-unes », dit l’homme.

Son visage était pâle et visiblement, il ne s’était pas rasé depuis un bon moment. Au coin de ses yeux se lisait un épuisement sans bornes.

– « Encore une fois, je n’ai pas dormi de la nuit. J’ignore combien de temps je pourrai tenir. Par la grâce du Seigneur, j’espère pouvoir entrer à l’hospice aujourd’hui. »

Un sans-abri qui a été chassé, se dit Klein qui demanda sur un ton désinvolte :

– « Pourquoi le roi et ses ministres ne vous permettent-ils pas à tous de dormir dans le parc ? »

– « Qui sait ? Mais à dormir dehors par ce temps, nous avons de grandes chances de ne jamais nous réveiller. Le jour, c’est quand même mieux car on trouve des endroits plus chauds. (Il soupira) : mais du coup, nous manquons de temps ou d’énergie pour chercher du travail. »

L’homme alluma une cigarette et tira dessus avec délice.

Comme s’il avait retrouvé une partie de ses forces, il se mit à marcher aux côté de Klein. Cherchait-il à aller jusqu’au bout du brouillard ou quelque part tout au fond ?

N’ayant pas l’intention d’échanger des civilités, Klein était sur le point d’accélérer le pas pour s’éloigner de lui lorsqu’il vit l’homme se pencher et ramasser un objet sombre sur le sol.

On aurait dit un trognon de pomme entièrement grignoté.

L’homme avala sa salive, fourra dans sa bouche le trognon couvert de saleté, le mâcha pour le réduire en purée et l’avala. De toute évidence, il en avait l’habitude.

Devant le regard surpris de Klein, il s’essuya la bouche, haussa les épaules et eut un sourire amer :

– « Voilà presque trois jours que je n’ai pas mangé. »

Touché au cœur, Klein en ressentit une émotion indescriptible.

Soupirant intérieurement, il sourit et répondit :

– « Désolé, je ne me suis pas présenté. Je suis journaliste et j’écris actuellement sur les sans-abri. Puis-je vous interviewer ? Allons dans un café. »

L’homme se figea un instant:

– « Pas de problème », répondit-il. « Il fait beaucoup plus chaud à l’intérieur que dans la rue.

« Si vous pouviez rester un peu après l’entretien et me laisser dormir une demi-heure… Non, un quart d’heure ! C’est encore mieux. »

Klein en resta bouche bée. Comme il ne savait que répondre, il conduisit sans un mot son “interviewé” dans un café bon marché situé au bout de la rue.

Les tables et les chaises étaient plutôt grasses et l’établissement étant doté de murs et de fenêtres, il y avait pas mal de clients. Il y faisait bien plus chaud que dans la rue.

L’homme se gratta la gorge, dissimulant ainsi sa pomme d’Adam qui bougeait en raison des effluves.

Klein lui fit signe de s’asseoir et alla commander deux grandes tasses de thé, une assiette d’agneau mijoté aux petits pois, deux pains, deux toasts, une portion de beurre de basse qualité ainsi qu’une portion de crème artificielle pour un total de 17,5 Pences.

Une fois les plats prêts, le jeune homme les porta à leur table.

– « Mangez quelque chose. Nous passerons à l’entretien lorsque vous serez rassasié. »

– « C’est pour moi ? » demanda l’homme, à la fois avide et surpris.

– « A l’exception d’une tranche de pain grillé et d’une tasse de thé, le reste est pour vous », répondit Klein en souriant.

L’homme s’essuya les yeux et a dit d’une voix légèrement étouffée.

– « … Vous êtes vraiment un homme au grand cœur. »

– « Étant donné que vous n’avez rien pris depuis longtemps, ne mangez pas trop vite », l’avertit notre détective.

– « Je sais, un de mes vieux copains est mort comme ça. »

L’homme d’âge moyen faisait son possible pour ralentir le rythme et de temps à autres, prenait une grande gorgée de thé.

Klein termina son toast et observa tranquillement, attendant que l’homme termine son repas.

– « Ouf, je n’avais pas mangé autant depuis trois mois, ou plutôt six. Ce qu’ils donnent à l’hospice est juste suffisant », dit l’homme au bout d’un moment en reposant sa cuillère devant les assiettes vides.

Klein, qui se faisait passer pour un journaliste, demanda d’un ton désinvolte :

– « Comment êtes-vous devenu vagabond ? »

– « Par malchance. A l’origine, je travaillais et menais une vie plutôt agréable. J’avais une femme et deux adorables enfants, un garçon et une fille. Mais il y a quelques années, une maladie infectieuse les a emportés. Moi-même j’ai fait un long séjour à l’hôpital et perdu du même coup mon travail, ma fortune et ma famille. Depuis, comme je ne trouve pas souvent de travail, je n’ai pas de quoi louer un logement ni acheter de quoi manger. Aussi, j’erre dans les rues ou les parcs, ce qui m’a considérablement affaibli et a rendu plus difficile ma recherche d’emploi… » Expliqua l’homme avec une pointe de nostalgie et de tristesse.

Il prit une gorgée de thé, soupira et reprit :

« Je n’ai pas d’autre choix que d’attendre une opportunité d’entrer à l’hospice. Mais comme vous le savez, ces établissements n’accueillent qu’un nombre limité de personnes. Avec un peu de chance et si je fais la queue dans les temps, je pourrai passer quelques jours en paix, récupérer un peu et trouver un travail temporaire. Je dis bien temporaire car bientôt, je serai à nouveau sans emploi et le processus se répétera. J’ignore combien de temps encore je pourrai tenir comme ça. J’aurais dû être un bon travailleur. »

Klein réfléchit un moment :

– « Combien vous reste-t-il de cigarettes ? »

– « Plus beaucoup », répondit l’homme avec un sourire amer. « C’est tout ce qui me reste depuis que mon propriétaire m’a mis à la porte. On ne peut pas les emporter dans les hospices, mais je les cacherai dans les coutures de mes vêtements. Je ne les fumerai que dans les pires moments pour garder un peu d’espoir. Je ne sais pas combien de temps je tiendrai mais permettez-moi de vous dire qu’il fut un temps, j’étais un bon travailleur. »

N’étant pas un journaliste professionnel, Klein ne savait plus quelle question poser. Il tourna la tête vers la fenêtre et aperçut des visages marqués par la faim.

Certains, relativement sobres, étaient des habitants du Quartier Est et d’autres, aux regards engourdis et épuisés qui n’avaient plus rien d’humain, des vagabonds.

Il n’y a pas à proprement parler de fossé entre les deux, les premiers pouvant facilement devenir les seconds. Le monsieur en face de moi, par exemple…

Il se retourna et s’aperçut que l’homme s’était endormi, recroquevillé sur une chaise.

Après quelques minutes de silence, le jeune homme lui tapota l’épaule pour le réveiller et lui remit une poignée de pennies de cuivre :

– « Voici pour l’interview », dit-il.

– « D’accord, d’accord ! Merci ! Merci ! » Balbutia l’inconnu qui ne réalisait pas ce qui se passait. Tandis que Klein se dirigeait vers la sortie, il lança : « Je vais de ce pas prendre un bain et passer une bonne nuit de sommeil dans un motel bon marché. Ensuite, je chercherai du travail. »

A midi, Klein assista à une fête chez les Sammer. Les convives étaient au nombre de dix.

On y servait du jus de pomme mais aussi des steaks, du poulet rôti, du poisson frit, des saucisses, de la soupe à la crème, une multitude de délices, le tout accompagné de deux bouteilles de champagne et d’une de vin rouge.

En revenant des toilettes, il rencontra Mme Stelyn Sammer qu’il remercia sincèrement :

– « C’était un somptueux déjeuner. Vraiment délicieux. Merci pour votre hospitalité. »

– « Il m’a coûté 4 Livres et 8 Solis », répondit en souriant la jolie Stelyn. « Le plus cher, c’était le vin mais les trois bouteilles faisaient partie de la collection de Luke. Il a une réserve personnelle. »

Sans attendre la réponse du jeune homme, elle ajouta : « Vous avez gagné dix Livres rien qu’avec l’affaire de Mary. Si la chance continue à vous sourire, vous pourrez bientôt organiser une réception comme celle-ci. Les gens de notre classe s’invitent mutuellement une fois par mois. »

Klein, qui commençait à avoir l’habitude de ses manières, lui répondit aimablement :

– « Eh bien, je devrai attendre que mes revenus atteignent quatre cents Livres par an avant de me considérer comme vous. »

A ces mots, Stelyn releva légèrement le menton et s’efforça d’atténuer son sourire :

– « 430 livres. Il vous faut 430 livres. »

Zone des docks, Quai de Balam Est, taverne de l’Alliance Ouvrière…

Chaussée de bottes qui rehaussaient considérablement sa taille, une épaisse barbe collée sur le visage, Xio avait l’air d’un petit homme.

Elle tenta de se remémorer le portrait que lui avait remis Miss Audrey, s’efforçant de graver dans son esprit l’image du meurtrier présumé.

Si c’est lui qui a tué Gavin, il fréquentait probablement cette taverne… Se dit la jeune femme.

Elle commanda un verre de bière de seigle, à déjeuner, alla se blottir dans un coin et se mit à manger lentement. De temps à autres, elle jetait un regard furtif autour d’elle pour voir si elle n’apercevait pas sa cible.

Au bout d’un moment, la porte de la taverne s’ouvrit et Xio, par réflexe, leva les yeux.

Ses pupilles se rétrécirent au point de paraître des aiguilles et elle manqua se transformer en statue de pierre.

Le client qui venait d’entrer mesurait presque deux mètres!

🏆 Top tipeurs
  • 🥇1. Meifumado
  • 🥈2. matsu 1
🎗 Tipeurs récents
  • matsu 1
  • Meifumado


Rejoignez-nous et devenez correcteur de Chireads Discord []~( ̄▽ ̄)~*
Chapitre 68 – Un indice Menu Chapitre 70 – Le Syndicat des Dockers