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Chapitre 960 : Nouvelles traces de l’ennemi

Durant les jours qui suivirent l’inauguration du train, régna à la Cité Sans Hiver un enthousiasme si palpable que Roland pouvait même le ressentir depuis le château.

Et cela n’était pas une simple impression de sa part, le rapport de l’Hôtel de Ville lui-même confirmait ces données.

– « En trois jours, les demandes de citoyenneté ont augmenté de 60% et la moitié, soit environ 735, proviennent de personnes qui ont emménagé depuis moins de deux mois. En d’autres termes, nous avons reçu en trois mois et demi plus de demandes que nous n’en aurions recueillies en cinq mois! » Annonça Barov, tout joyeux, le rapport à la main. « Si le nombre de demandeurs avait légèrement diminué après l’attaque des Diables, les chiffres actuels non seulement compensent la différence mais témoignent également d’une augmentation rassurante quant à l’inquiétude des gens vis-à-vis des Diables. Cette manifestation a été un énorme succès, Majesté. »

Roland ayant introduit les Données Statistiques et l’Analyse Détaillée au sein de la gestion, le Directeur de l’Hôtel de Ville incluait désormais des chiffres de plus en plus détaillés à ses rapports, Barov ayant le sentiment que ces données comparatives étaient indispensables pour tirer des conclusions. Il avait même inventé des formules d’analyse, dont une appelée “Période séparant l’Arrivée de l’Installation”, qui d’après lui, reflétait la détermination des immigrés à devenir citoyens de la Cité Sans Hiver.

La carte d’identité étant devenue obligatoire dans le règlement de la ville, tout réfugié désireux de devenir citoyen officiel devait en faire la demande auprès de l’Hôtel de Ville. En règle générale, étaient éligibles ceux qui bénéficiaient d’un domicile fixe ou d’une spécialité quelle qu’elle soit. L’administration acceptait également les personnes qui avaient réussi l’examen et n’avaient pas de mauvais antécédents.

Instinctivement, les nouveaux arrivants attendaient donc cette carte avec impatience mais comme ils exerçaient dans des domaines différents, tous ne mettaient pas le même temps pour économiser le dépôt de fonds requis pour obtenir un logement. Barov s’efforçait donc de calculer la moyenne de temps nécessaire. D’après lui, plus la période était courte, plus les gens étaient loyaux envers leur Roi et plus ils avaient confiance en la nouvelle capitale.

Mais Roland n’était pas tout à fait de cet avis. En effet, il n’avait jamais vraiment cru en la loyauté des étrangers. Si leur confiance était réelle, en dernière analyse, ces gens se souciaient avant tout d’assurer leurs propres intérêts.

Comme, de tout temps, il avait toujours été logique de se ranger du côté du plus fort, le fait de montrer sa puissance au moment opportun contribuerait à renforcer considérablement la cohésion du peuple et pour ce faire, le train était une excellente opportunité. Même si la plupart des gens ne savaient pas vraiment de quoi il s’agissait, l’effet produit sur eux par sa taille, son poids de plusieurs centaines de tonnes et le rugissement de son cylindre était incontestable.  

Tonnerre lui-même avait été émerveillé en voyant le train longer la voie ferrée non loin des Quartiers du Château comme si nul ne pouvait l’arrêter. Jusque-là, à la différence des transports maritimes, l’acheminement terrestre des marchandises avait toujours été limité par le poids. Une barrière que, de toute évidence, le train n’allait pas tarder à briser. L’explorateur avait même lancé en plaisantant que lorsqu’il serait trop vieux pour vivre de nouvelles aventures, il déménagerait avec tous les siens à la Cité Sans Hiver où la vie était, en quelque sorte, une aventure en elle-même tant il y avait de choses nouvelles à découvrir en permanence.  

S’il avait été en mesure d’émerveiller le plus célèbre des explorateurs des Fjords, que dire de son impact sur la population!  

Où pourraient-ils trouver un endroit aussi prometteur ?

– « De plus », reprit Barov, « nous avons reçu des invitations émanant de nombreux marchands, dont certains sont membres des Chambres de Commerce de La Rivière Écarlate et de la Lumière d’Argent. Ils vous supplient de leur accorder audience. Je pense qu’ils aimeraient en apprendre davantage au sujet du train. »

– « Répondez-leur que c’est impossible », répondit Roland en souriant. « Pour le moment, le train n’est pas à vendre et même si c’était le cas, jamais ils ne pourraient se l’offrir. Mais vous pouvez leur proposer d’autres produits, comme ces machines à vapeur de première et seconde générations que j’ai remplacées dans le secteur minier. »  

La Cité Sans Hiver n’étant plus la pauvre ville frontalière d’antan, Roland ne pouvait pas recevoir tous les représentants des Chambres de Commerce. Le Directeur de l’Hôtel de ville pourrait parfaitement gérer ceux qui n’avaient aucune relation spécifique avec lui.  

– « Je vois », répondit Barov en tripotant sa barbe.  

– « Puisque les gens sont de si bonne humeur, pourquoi ne pas appliquer le nouveau système relatif aux forces de réserve ? » Suggéra Roland pour changer de sujet.

– « Je n’y vois pas d’inconvénient », répondit Barov. « Mais… Votre Majesté, pensez-vous vraiment que la guerre pourrait tourner si mal ? »

– « Simple précaution. Ne pensez-vous pas qu’il faut prendre au sérieux une guerre déterminante pour le sort de l’humanité ? »

Roland avait ordonné à l’État-Major de rédiger ce nouveau système dès son retour de la précédente campagne. Il comportait essentiellement deux parties : l’instruction et la formation militaires ainsi que l’expansion des forces de réserve, la première devant être intégrée dans l’instruction primaire afin de sensibiliser les élèves à la discipline et au combat. Quant à la seconde, elle serait mise en place de manière à ne pas affecter la production. Les gens seraient formés par groupe à toutes sortes de techniques de combat, un peu comme une milice.  

Le nouveau système militaire ayant un caractère d’obligation, mieux valait le mettre en place dans un moment où la population était particulièrement enthousiaste. Ceci fait, l’armée de Graycastle deviendrait un organisme capable de s’auto gérer. S’il n’y avait plus assez d’homme sur la ligne de front, l’arrière pourrait immédiatement leur envoyer des soldats alors que jusqu’ici, il fallait deux à trois mois pour former des recrues.

Les menaces que représentaient Timothy et l’Église ayant été levées dans le District de Longsong, Roland envisageait de rappeler la Seconde Armée et d’en faire une force de réserve, d’autant plus que l’attaque sur deux fronts qui avait eu lieu précédemment lui avait rappelé la nécessité de constituer une deuxième armée. Lorsqu’éclaterait la Bataille de la Divine Volonté, il n’aurait pas besoin de mener personnellement ses hommes au front.

– « En attendant, vous pouvez commencer à préparer le prochain recrutement militaire », ordonna Roland. « Dès la fin des Mois des Démons, je veux voir les troupes officielles dépasser les 10 000 hommes avec l’équipement adéquat. Comprenez-vous ? »  

– « Oui, Votre Majesté », répondit sans hésiter Barov.

– « Très bien, vous pouvez disposer. »

Soudain, Roland fronça les sourcils :

« Attendez! ».

– « Autre chose, Majesté ? » Demanda Barov en s’arrêtant net.  

Mais en cet instant, l’attention de Roland était totalement captivée par Rossignol.

– « Je viens d’avoir des nouvelles de Sylvie », disait-elle. « Elle aurait repéré de nouveaux mouvements du côté des Diables et il semblerait que les Bêtes Volantes aient élargi leur zone de patrouille. Apparemment, ils construisent un nouveau camp. »

– « Rappelez-les immédiatement », répondit Roland. Puis, se tournant vers Barov, il ordonna : « Veuillez convoquer tous les responsables de départements pour une réunion. Il se passe quelque chose au Nord. »

Un moment plus tard, la salle de conférence était pleine.

Sylvie, qui n’avait jamais assisté à une réunion de ce genre, était plutôt nerveuse en faisant son rapport détaillé. Fort heureusement, Foudre s’empressa de lui prêter main forte.

À l’origine, c’était une enquête de routine.

Étant donné la menace que représentaient les Bêtes Volantes et pour des raisons de sécurité, Roland avait interdit à Foudre, Maggie et Loélia de se rendre seules dans le secteur des vestiges de Taquila. Cependant, et afin de garder un œil sur les éventuels mouvements des Diables, Maggie emmenait Sylvie surveiller le pourtour du secteur tous les quatre jours. L’instrument fantôme n’ayant pas réussi à localiser avec précision la cible, les sorcières s’étaient vu contraintes de pallier à ses défaillances.

L’Œil Magique pouvant voir bien au-delà de la portée des Diables, il leur suffisait de surveiller régulièrement le secteur tout en maintenant une distance de sécurité.

Mais cette fois, les enquêtrices avait repéré la trace de Bêtes Volantes dans un endroit jusque-là jugé parfaitement sûr.