Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 9 – La Tombe Antique

 

Ça ne devait pas faire longtemps que ce téléphone était là. En le ramassant, je vis qu’il était couvert de sang et eus aussitôt un mauvais pressentiment.

― Il semblerait que nous ne soyons pas le seul groupe ici et qu’il y ait des blessés. Ce téléphone n’est certainement pas tombé du ciel.

J’ouvris le répertoire de contacts. Mis à part quelques numéros étrangers, il n’y avait pas grand-chose.

― De toute façon, nous n’avons aucun moyen de les retrouver, dit Oncle San. Nous ferions mieux de nous hâter.

Je regardai autour de moi mais en l’absence de tout indice, je n’eus d’autre choix que de dégager le chemin et de continuer à marcher. Comme la présence d’un objet aussi moderne dans cette nature sauvage me semblait plus qu’étrange, je demandai au vieux guide :

― Quelqu’un d’autre que nous est-il venu dans cette forêt dernièrement ?

― Un groupe d’environ une douzaine de personnes voilà deux semaines, mais ils n’en sont toujours pas ressortis. Cet endroit est dangereux, messieurs. Il n’est pas trop tard pour faire demi-tour.

― Ce n’est qu’un monstre, intervint Poids-lourd. Laissez-moi vous dire qu’un zombie millénaire lui-même a dû faire des courbettes à notre jeune maître ici présent. Avec lui dans les parages, nous n’aurons aucun problème de monstres, n’est-ce pas ? Demanda-t-il à l’adresse de Poker-face, qui l’ignora comme s’il était du vent.

C’était un peu blessant pour Poids-lourd mais que pouvait-il y faire ?

Nous marchâmes sans relâche jusqu’à ce que le ciel commence à s’assombrir et atteignîmes notre destination avant quatre heures de l’après-midi.

Là se dressaient plus d’une dizaine de tentes militaires, pour la plupart intactes. D’excellente qualité, elles étaient restées bien sèches et propres à l’intérieur malgré les feuilles en décomposition qui recouvraient l’endroit. En les fouillant, nous découvrîmes de nombreux objets du quotidien ainsi que des équipements disséminés çà et là, mais pas de corps. Le vieil homme ne nous avait pas menti.

Nous trouvâmes même quelques barils d’essence et un générateur protégé par une bâche. Par contre, la majeure partie des pièces étaient en mauvais état. Poids-lourd essaya bien de le mettre en route mais en vain. L’essence, toujours impeccable, n’y était pour rien.

En fouillant partout, je m’aperçus que toutes les étiquettes avaient été arrachées. Il n’y avait plus aucun logo ni sur les tentes, ni sur les sacs à dos. C’est étrange, pensai-je. On dirait que ces gens ne veulent pas qu’on sache d’où ils viennent.

Nous fîmes un feu de camp et dînâmes simplement. Le vieux guide ne cessait de regarder autour de lui comme s’il craignait que le monstre ne se jette sur lui pour le pendre. La nourriture compressée avait si mauvais goût que je ne mangeai pratiquement rien. Je pris juste quelques gorgées d’eau.

Tout en mangeant, Poker-face regardait la carte. Il désigna un emplacement où était dessiné une étrange tête de renard :

― Nous sommes sans doute ici. Nous nous regroupâmes autour de lui et il poursuivit : C’est ici qu’ils offraient des sacrifices aux dieux. La plate-forme sacrificielle doit-être juste en dessous, avec les sacrifiés qu’on enterrait avec les morts.

Oncle San s’accroupit, prit une poignée de terre, la mit sous son nez, la renifla et secoua la tête. Il fit quelques pas et renouvela l’opération.

― C’est enterré trop profondément. Nous allons devoir creuser un peu.

Nous raccordâmes les tubes d’acier filetés aux têtes de pelle pendant qu’Oncle San traçait des marques sur le sol avec ses pieds pour indiquer les endroits où nous devions pelleter.

Poids-lourd positionna la tête de sa pelle puis l’enfonça dans le sol à l’aide d’un marteau à manche court. A mesure que la pelle s’enfonçait, Oncle San posait la main sur le tube d’acier pour se faire une idée de ce qu’il y avait sous terre. A la treizième section il s’écria soudain :

― Nous y sommes !

Nous remontâmes la pelle section par section jusqu’à la tête sur laquelle était collée une motte de terre. Poids-lourd la dévissa et l’approcha du feu afin que nous puissions y jeter un œil.

Oncle San et moi devînmes blancs tandis que Poker-face laissait échapper une exclamation. Un liquide semblable à du sang s’écoulait de la motte.

Mon oncle le renifla et fronça les sourcils. Même si lui et moi avions lu les notes de mon grand-père concernant les cadavres sanglants, cela ne suffisait pas pour en tirer une conclusion précise. Mais à voir cette terre imbibée de sang, nous sûmes que la tombe qui se trouvait sous nos pieds n’avait rien d’anodin.

Je regardai mon oncle, attendant sa décision. Il réfléchit un moment, alluma une cigarette et dit :

― Quoi qu’il en soit, continuons à creuser. Nous en reparlerons plus tard.

Grande-gueule et Poids-lourd n’avaient pas cessé de creuser. Poids-lourd retira encore quelques pelletées qu’il portait systématiquement à Oncle San pour qu’il les renifle. Au bout d’un moment, mon oncle prit une truelle et relia entre eux les trous qu’ils venaient de creuser.

Je les regardai s’affairer, tout positionner et en un rien de temps, les contours grossiers d’une tombe antique se dessinèrent sur le sol.

Localiser les grottes était une compétence fondamentale chez les pilleurs de tombes. En général, les contours tracés en surface correspondaient à la tombe située en dessous et rares étaient ceux qui se trompaient. Mais en regardant le plan, je ne pus m’empêcher de penser que quelque chose clochait. Si la plupart des tombes datant de l’époque des Royaumes Belligérants n’avaient pas de palais souterrains, ce n’était manifestement pas le cas de celle-ci. Par ailleurs, le fait qu’elle ait un plafond de brique était vraiment inhabituel.

Oncle San prit quelques mesures avec ses doigts et détermina grossièrement l’emplacement du cercueil.

― Il y a un plafond de briques en dessous, dit-il. Nous ne pourrons donc pas creuser. La seule chose que je puisse faire est de me servir de mon expérience pour en marquer l’emplacement approximatif. Cela dit, ce palais souterrain est très étrange. Comme je ne connais pas l’épaisseur des briques, je vais devoir me fier à ce que je sais des tombes de la dynastie Song et nous faire entrer par le mur du fond pour y jeter un coup d’œil. Si ça ne marche pas, nous devrons tout recommencer. Il faut faire vite.

Mon oncle et les autres pilleurs de tombes, qui creusaient des tunnels depuis plus de dix ans, étaient extrêmement rapides. Tel un tourbillon, leurs trois pelles volèrent de haut en bas et en un rien de temps, ils avaient creusé sur sept ou huit mètres. Comme nous étions au milieu de nulle part et que nous n’avions pas besoin de nous soucier de trouver un endroit où mettre la terre retirée, nous la déversâmes simplement près du trou.

Bientôt, Poids-lourd nous cria d’en bas :

― C’est fait !

Il avait creusé une large zone sous le tunnel, extrait une bonne quantité de terre et mis à jour une importante section de mur en brique. Nous allumâmes une lampe de mineur et descendîmes. Voyant que Poids-lourd frappait de sa main le mur de briques, Poker-face s’empressa de le retenir :

― Ne touche à rien !

Son regard était si perçant que Poids-lourd, surpris, fit un bond en arrière.

Poker-face posa alors ses deux longs doigts sur le mur et palpa longuement la fissure dans les briques : Il y a un dispositif antivol dans ce mur. Nous allons devoir enlever toutes ces briques. Il ne faut surtout pas les pousser à l’intérieur et encore moins les casser !

Grande-gueule toucha le mur et demanda :

― Comment sommes-nous censés retirer ces briques alors qu’il n’y a même pas de jointure ?

Poker-face, qui était occupé, l’ignora. Posant ses doigts sur l’une des briques, il exerça une force telle qu’il l’arracha du mur. Imaginez la force qu’il faut pour extraire d’un mur une brique aussi épaisse que celle-ci avec seulement deux doigts ! Ceux-ci n’étaient vraiment pas à prendre à la légère.

Il posa délicatement la brique sur le sol et pointa du doigt l’arrière de celle-ci où nous aperçûmes une cire rouge sombre.

― Ce mur est couvert d’acide d’alun, généralement utilisé pour concocter des pilules d’immortalité, nous dit-il. Si jamais nous brisons cette couche de cire, ce puissant acide organique sera projeté sur nous et nous brûlera la peau en un instant.

Je ravalai ma salive, sous le choc à la pensée du monstre sans peau que grand-père avait vu. Et si ce n’était pas un cadavre de sang mais son grand-père qui aurait été aspergé d’acide ? Grand-père aurait-il tiré sur son aïeul ?

Poker-face demanda à Poids-lourd de creuser un autre puits vertical de cinq mètres puis sortit de son sac une aiguille hypodermique et un tube en plastique. Il relia le tube à l’aiguille et plaça l’autre extrémité dans le puits. Grande-gueule alluma un bâton de feu (1) et chauffa au rouge l’aiguille que Poker-face introduisit délicatement dans la paroi de cire. L’acide d’alun, un liquide rouge, se mit alors à couler de l’extrémité du tube directement dans le puits.

Bientôt, la cire sur le mur devint blanche, ce qui semblait indiquer que tout l’acide présent à l’intérieur s’était écoulé. Poker-face hocha la tête : C’est bon ! dit-il.

Nous nous mîmes aussitôt à déplacer les briques et en peu de temps, créâmes dans le mur un trou suffisamment grand pour qu’une personne puisse passer. Oncle San y jeta un bâton de feu et regarda à l’intérieur.

Nous étions entrés par le côté nord de la tombe et avions remarqué que le sol était constitué de solides morceaux d’ardoise sur lesquels étaient gravés des caractères anciens. Ces plaques étaient disposées de la même manière que huit trigrammes divinatoires du “Livre des Mutations” (2), les plus grandes en périphérie et les plus petites au centre. Huit lampes sensées brûler en permanence – et qui, manifestement, étaient éteintes – étaient disposées autour de la tombe au centre de laquelle avait été placé un chaudron carré à quatre pieds, orné des symboles du soleil, de la lune et des étoiles. Au sud de la tombe, face à nous, se trouvait un sarcophage de pierre et derrière, un passage descendant qui menait je ne sais où.

Oncle San passa la tête dans la tombe, renifla et nous fit signe de le suivre. Un par un, nous enjambâmes le trou.

Mon oncle regarda les caractères gravés sur le sol et dit à Poker-Face :

― Jette un coup d’œil à ce qui est écrit, petit frère. Peux-tu nous dire qui est enterré ici ?

Pour toute réponse, Poker-face secoua la tête.

Nous enflammâmes quelques allumettes que nous jetâmes dans les lampes funéraires de sorte que toute la tombe fut éclairée. Brusquement, je me souvins du monstre mentionné dans les notes de mon grand-père. Apparemment, celui-ci avait entendu à plusieurs reprises une sorte d’étrange ricanement, ce qui suffit à me faire dresser les cheveux sur la tête. Grande-gueule, qui était monté sur le chaudron pour voir ce qu’il contenait, poussa soudain un cri de joie :

― Maître San ! Il y a un trésor là-dedans !

Nous grimpâmes à notre tour et vîmes, dans le chaudron, une momie sans tête aux vêtements pourris et qui portait des bijoux de jade. Sans la moindre hésitation, Grande-gueule s’empara des joyaux.

― Ce doit être le buste de quelqu’un qu’on a abandonné ici après l’avoir sacrifié. Sa tête a été coupée et offerte aux cieux et son corps placé ici comme une offrande au propriétaire de la tombe. C’était certainement un prisonnier de guerre, sachant qu’un esclave ne porterait pas de tels bijoux.

Sur ces paroles, Grande-gueule sauta aussitôt dans le chaudron pour voir ce qu’il pourrait y trouver d’autre. Poker-face, qui n’avait pas eu le temps de l’arrêter, se tourna vers le sarcophage. Heureusement, rien ne se produisit.

― Espèce d’idiot ! s’écria mon oncle, ce chaudron est l’endroit où l’on met les sacrifiés ! Tu as envie d’en faire partie ?

― Je ne suis pas Poids-lourd, Maître San. Tu espères donc me faire peur ? Il fouilla un peu et lui montra un grand flacon de jade. Regarde ! Il y a des trucs intéressants ici. Pourquoi ne pas retourner ce chaudron et voir un peu ce qu’il contient ?

― Cesse donc de faire l’imbécile et sors de là ! ordonna Oncle San qui, ayant vu Poker-face blêmir en regardant le sarcophage, savait que quelque chose n’allait pas.

C’est alors que j’entendis une sorte de ricanement. Je tournai la tête et un frisson me traversa : cela ne provenait pas du cercueil mais de Poker-face !

Notes explicatives :

(1) Il s’agit d’une sorte d’ancêtre du briquet ou de la lampe de poche. Une source de lumière pratique et que l’on peut porter en permanence sur soi. Il permet d’allumer un feu ou une lampe et est bien plus facile d’utilisation qu’une grosse et encombrante torche. (Pour le visuel, c’est  !)

(2) explique parfaitement et mieux que je n’aurais su le faire ce dont il est question. De quoi satisfaire les férus de culture Chinoise traditionnelle !



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