Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 24 – Ouverture du cercueil

Chapitre 24 – Ouverture du cercueil

Comme nous savions que la tombe avait une structure à deux niveaux, je ne trouvai pas étrange de voir soudain une porte à cet endroit. Je pensai simplement que pendant que nous parlions à l’instant, cette pièce s’était déplacée vers le haut ou vers le bas. Même si j’ignorais les intentions du propriétaire en concevant la tombe de cette façon, je n’allais pas paniquer à nouveau.

Mais ce cercueil à l’intérieur de la chambre était vraiment déstabilisant. Le nanmu doré était considéré comme le plus précieux des matériaux pour ce qui était de la fabrication des cercueils. Depuis des milliers d’années, la taille du cercueil dépendait de la taille du bois. Or celui que nous avions devant nous était énorme. Les rondins qui le composaient étaient presque aussi épais que les trente-deux troncs de nanmu doré utilisés pour fabriquer les piliers géants du mausolée de Changling.(1) Ce truc valait probablement plus qu’une pièce d’argent de taille humaine.

Mais pourquoi un cercueil d’une telle valeur avait-il été placé dans une chambre auriculaire ? C’était vraiment bizarre et laissait à penser que celui qui occupait la chambre funéraire principale était, à tout le moins, en or.

Cette tombe me laissait de plus en plus perplexe. On aurait dit que son propriétaire ne suivait aucune des règles établies. Non seulement il bouleversait toutes les positions feng shui, mais il avait installé partout des pièges extrêmement astucieux et non létaux. Je ne savais qu’en penser.

À la vue d’un tel cercueil, il était inévitable que les doigts des pilleurs de tombes se mettent à les démanger, surtout devant un objet aussi magnifique. Il devait cacher bien des trésors. Voyant que Gros-lard ne semblait pas pouvoir en détacher les yeux, je me mis à rire :

― Quoi, la seule vue de ce cercueil t’a déjà fait oublier notre situation désespérée ? Pourquoi ne prends-tu pas quelques-uns des objets qu’il contient ?

Je me moquai de lui, mais qui aurait pu s’attendre à ce qu’il ne décèle pas mon humour ?

― Votre Gros Maître est quelqu’un de sensé. Notre principale tâche, pour le moment, est de trouver des outils afin de percer le haut de cette putain de tombe, alors ne vous laissez pas distraire. Par contre, quand nous les aurons trouvés, rien ne nous empêche de revenir et de prendre quelques trucs ! me répondit-il, l’air très sérieux.

Amusé de voir à quel point il semblait confiant, je lui dis :

― Qui sait si cette porte sera toujours là quand tu reviendras. Peut-être que ça aura encore changé.

Le gros trouva ma remarque pertinente et comme il avait toujours envie de s’emparer du trésor, il en fut déstabilisé, ne sachant plus par quoi commencer. C’est alors que Poker-face nous fit signe :

― Taisez-vous, chuchota-t-il.

Il avait l’air grave et ne sachant pas ce qui se passait, nous obtempérâmes aussitôt. Il sortit son fusil et dit à voix basse : Ce n’est pas un cercueil ordinaire. C’est un incubateur à cadavres.

Ne voyant pas de quoi il parlait, je le regardai d’un air interrogateur, mais il ne prit pas la peine de m’expliquer et se contenta d’entrer dans la chambre auriculaire. Gros-lard avait voulu conserver son image de personne consciente et morale, mais en voyant Poker-face s’approcher du cercueil sans plus de cérémonie, sa nature immorale était revenue au galop et il lui avait aussitôt emboîté le pas.

Resté seul dans le couloir sombre, je regardai autour de moi. C’était trop flippant, aussi m’empressai-je de les rejoindre.

Cette pièce, avec ses deux serpents peints au plafond et son bassin au centre, était exactement la même que celle d’où nous venions, à l’exception d’une chose : il n’y avait pas de porcelaines. Nous ne voyions rien d’autre que cet énorme cercueil posé à un mètre du mur.

Poker-face sortit un couteau, l’inséra directement dans la jointure et le fit bouger lentement, comme s’il cherchait quelque chose. Gros-lard, qui pensait qu’il allait ouvrir le cercueil, lui cria :

― Doucement, doucement ! Regarde-toi, Petit Frère. Toi qui te comportes toujours si bien d’habitude, comment se fait-il qu’à la vue de ce cercueil, tu te sois mis à agir comme si tu étais fatigué de vivre ?

Tout en parlant, il prit une bougie et fila dans un coin pour l’allumer.

― Merde, nous n’avons que très peu d’air et voilà que tu veux allumer des bougies ? Tu veux donc tous nous tuer ? lui lançai-je, furieux.

― Combien d’air une simple bougie peut-elle bien consommer ? Si c’est si important pour toi, je respirerai moins, me répondit-il en grognant.

Il alluma le briquet coupe-vent qu’il tenait à la main et la flamme, soudain, éclaira quelque chose dans le coin. Gros-lard, qui était plutôt courageux d’habitude, eut si peur qu’il tomba assis sur ses fesses. Je dirigeai aussitôt ma lampe dans cette direction et reculai d’un pas, effrayé.

Un chat mort desséché était assis dans le coin. Extrêmement grand, il était déjà dans un état de momification. Ses deux yeux fixaient le gros, presque toute sa peau était tombée et sa mâchoire pendante laissait voir une rangée de crocs acérés. Rien qu’en le regardant, je me sentis très mal à l’aise.

Depuis tout petit, je craignais par-dessus tout les chats morts. Lorsque ma famille attrapait des chats sauvages en train de voler des poissons, elle les pendait à un arbre et les laissait pourrir. Mais je n’étais qu’un enfant et ne savais pas ce que c’était. C’est ainsi qu’un jour, alors que je jouais en dessous, le cou d’un des chats se brisa et sa tête décomposée tomba dans mes mains. À la vue de ces crocs acérés et ces orbites vides, j’eus si peur que je mouillai mon pantalon et il me fallut plusieurs jours pour m’en remettre.

Gros-lard, voyant que ce n’était rien de plus qu’un chat mort, laissa échapper un juron, le chassa d’un coup de pied, puis alluma la bougie. Alors qu’il retournait au cercueil, je m’interrogeai. Cela portait malheur d’avoir un chat mort dans une tombe. Pourquoi ce cadavre de chat dans cette chambre funéraire ? Le propriétaire ne craignait-il pas que celui-ci ne transforme en zombies les autres morts présents dans le tombeau ?

Cela dit, il y avait tant de choses illogiques dans cet endroit. J’avais vaguement l’impression que l’homme qui l’avait conçu bravait délibérément les règles. En fait, on aurait dit que tout était fait à l’envers : si un objet n’était pas censé figurer dans une tombe, il l’y mettait quand même. Au train où allaient les choses, qu’adviendrait-il lorsque nous aurions enfin atteint la chambre funéraire principale ?

Poker-face, qui venait de trouver la serrure habilement cachée du cercueil, sortit de sa poche une petite boîte. Il y prit deux crochets, les glissa dans le joint et se mit à les manipuler. Au bout d’un court instant, il y eut un clic indiquant que la serrure avait cédé. Le couvercle du cercueil se souleva et des flots de liquide noir en jaillirent. C’était tout à fait écœurant, mais Gros-lard n’en avait cure. Repoussant le couvercle, il regarda à l’intérieur et poussa un cri d’effroi :

― Bon sang, il y a une foule de zombies là-dedans !

Note explicative :

(1) La tombe Changling désigne le tombeau de Zhu Di, troisième empereur de la dynastie Ming (1368-1644), et de l’impératrice Xu. Zhu Di fut le premier empereur de la dynastie Ming à construire une tombe. La salle de cérémonie principale comporte 60 grandes colonnes en bois précieux de nanmu, chacune étant faite d’un seul tronc d’arbre et mesurant 12,6 mètres de haut. Les quatre colonnes les plus intérieures mesurent jusqu’à 1,12 mètre de diamètre.



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