Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 21 – Le Cadavre du renard aux yeux verts

Chapitre 21 : Le Cadavre du renard aux yeux verts

Ebahi, je pensai en moi-même : cette voix me semble très familière. Serait-ce Oncle San ? Mais il n’est pas déjà sur la falaise ? Comment se fait-il que sa voix me semble si proche ?

Je le cherchai aussitôt des yeux mais il n’y avait personne d’autre que Gros-lard dans les environs. Tandis que j’essayais de comprendre ce qui se passait, j’entendis Oncle San me dire :

― Ne sois pas si imprudent. Tu as du sang sur les mains. Dès que tu mettras tes doigts dans la bouche de ce cadavre, il se transformera en zombie.

Je cherchai partout la source de cette voix et finis par m’apercevoir qu’elle provenait de dessous la plateforme. Mais celle-ci était si opaque que je ne pouvais pas voir ce qu’elle cachait.

― Oncle San, m’empressai-je de demander, es-tu sous la plateforme de jade ?

― Je t’expliquerai tout plus tard, contente-toi de suivre mes instructions pour l’instant. Baisse la tête de ce cadavre, appuie ton pouce contre sa gorge et frappe-la à l’arrière de la tête. Surtout, laisse ton pouce en place sans quoi elle avalerait la clé !

Je fis ce qu’il me demandait, appuyai mon pouce contre sa gorge et la frappai légèrement à l’arrière du crâne. La clé tomba aussitôt sur la plateforme. Je sentis le poids sur mes épaules se relâcher brusquement, ses bras se détendre et son corps retomber sur la dalle de jade.

Réalisant que j’étais enfin libre, je poussais un profond soupir lorsque j’entendis Oncle San me dire :

― Mon neveu, est-ce que le gros est à côté de toi ?

Je levai les yeux vers Gros-lard. Il avait ramassé la clé et l’étudiait très attentivement.

― Oui, répondis-je hochant la tête.

― Regarde s’il a une ombre, dit mon oncle dans le dialecte de Hangzhou.

Ses propos me laissèrent perplexe. Quoique je ne comprisse pas ce qu’il voulait dire, je regardais les pieds de Gros-lard mais étant donné que l’ombre de la plateforme couvrait la sienne, je ne pourrais pas lui répondre si je ne sortais pas la tête pour vérifier.

― Je ne peux pas le voir clairement pour le moment, dis-je à mon oncle.

Ce dernier eut soudain l’air très inquiet.

― Écoute, je dois te dire quelque chose. N’aie pas peur, mais j’ai vu le corps de ce gros type en arrivant ici tout à l’heure et je ne pense pas qu’il soit humain. Fais attention.

J’examinai Gros-lard : il avait les joues rouges et ni son comportement, ni ses mouvements ne s’apparentaient à ceux d’un fantôme. Je nageais en pleine confusion.

― Oncle San, tu es sûr d’avoir bien vu ? C’était peut-être quelqu’un d’autre.

― J’en suis certain. Ça doit être lui. J’ai bien vu. C’est probablement l’un des derniers survivants de ce groupe de pilleurs de tombes qui nous a précédés. Il a dû t’encourager à mettre la main dans la bouche du cadavre de cette femme à l’instant, non ? Il essaie probablement de te causer du tort !

A ces mots, je pris peur :

― Donc, tu dis que ce gros devant moi est un fantôme ?

― Oui. Quoi qu’il puisse te dire, ne le crois pas. Maintenant, jette un coup d’œil rapide autour de toi et vois s’il y a quelque chose que tu pourrais utiliser pour éloigner les mauvais esprits.

Pendant que je m’affairai, la bonbonne leva la tête pour me regarder. Ses yeux semblaient très étranges, pleins de ressentiment, ce qui me fit croire à moitié ce que venait de dire mon oncle. Je m’empressai de tâtonner et touchai la ceinture du cadavre en armure à laquelle était encore attaché le fourreau de la dague. Je la ramassai aussitôt, pensant que les anciens gravaient des sorts sur leurs ceintures pour se protéger des fantômes.

Même si les caractères étaient bien effacés, je reconnus aussitôt l’écriture utilisée par l’État de Lu. Cela signifiait-il que cet homme était vraiment le Roi Shang ? Mais alors, qui était la femme ? Son épouse ?

Pendant que je réfléchissais, mes yeux scrutaient furtivement la ceinture. Je ne compris pas la signification de la plupart des mots, mais la phrase “Souverain de Yinxi” inscrite en poudre d’or était très reconnaissable. Il était question, en effet, d’un sort destiné à éloigner les mauvais esprits.

L’enthousiasme me gagnant, quelque chose m’interpellait tout de même.

― C’est étrange. Cette plateforme n’est pas transparente. Comment peux-tu nous voir ? demandai-je à mon oncle.

― Je l’ignore. Mais je te vois presque aussi clairement que si je regardais à travers un morceau de verre transparent. Lorsque je suis arrivé, j’ai vu que tu étais sur le point de prendre la clé dans la bouche de cette femme et je t’ai arrêté. Heureusement que tu m’as entendu, sans quoi les choses auraient pris une mauvaise tournure.

À mesure que je l’écoutais, ma perplexité grandissait et je ne parvenais pas à me défaire du sentiment que quelque chose clochait.  Le lit de jade n’est pas très large et ces deux cadavres sont serrés l’un contre l’autre, me dis-je, de plus, le clair de lune ici n’est pas particulièrement lumineux. Il me semble impossible de voir aussi clairement à travers deux corps couchés l’un contre l’autre avec une luminosité aussi faible.

Je jetai un nouveau coup d’œil au gros et constatai qu’il observait toujours la clé. Je sus alors que quelque chose n’allait pas.

Vu son caractère, il aurait dû nous interrompre même s’il ne comprenait pas le dialecte de Hangzhou. Comment pouvait-il fixer cette clé aussi-longtemps ?

Je roulai hors de la plateforme et lui tapai sur l’épaule pour voir sa réaction. À ma grande surprise, celle-ci fut explosive. Il me lança un regard furieux et cria :

― Sale gosse ! Tu m’as menti depuis le début !

Puis il leva la main et tenta de me poignarder avec la dague.

Choqué, je reculai de quelques pas.

― Qu’est-ce que tu fais ?

Il avait les yeux très rouges et on aurait dit qu’il n’entendait rien à ce que je lui disais. Il se précipita vers moi et tenta à nouveau de me frapper. Ses mouvements étaient très précis et je compris que si je ne prenais pas la fuite, je finirais poignardé. Je me retournai aussitôt et courus vers les marches de pierre.

Il me poursuivit en grinçant des dents comme si je venais de tuer son père :

― Tu crois pouvoir m’échapper ?

Je fuyais désespérément sur le chemin de pierre – ce gros courait très vite malgré son poids – et étais sur le point d’atteindre l’autel sacrificiel lorsque soudain, je fus pris d’angoisse à la vue des lianes sur le sol. Si jamais je marchais dessus, je me retrouverais aussitôt pendu comme un saucisson. Ce gros lard est-il vraiment un mauvais esprit qui essaie de me faire subir le même sort que lui ? me demandai-je . Mais quel genre d’esprit maléfique poignarderait les gens avec un couteau ?

J’étais en pleine réflexion lorsque je vis que le chemin devant moi se terminait. Je m’arrêtai et utilisai la ceinture que j’avais à la main comme un fouet. Le gros esquiva, mais je me précipitai pour lui mordre la main en me disant que j’étais probablement la première personne au monde à oser faire ça à un fantôme. Il hurla de douleur et lâcha le couteau que je poussai d’un coup de pied.

Mais ce geste me rendit vulnérable durant une fraction de seconde et la bonbonne en profita. Il me plaqua au sol et m’agrippa le cou.

― Je vais t’étrangler, enfoiré !

Désespéré, j’enroulai la ceinture autour du sien en pensant : tu n’es pas le seul à pouvoir te montrer impitoyable. On peut jouer à deux !

Je l’étranglais et il m’étranglait. Pour gagner dans ce genre de combat, il fallait réussir à étrangler l’autre avant de manquer totalement d’air. Mais il y mettait tant de force que je faillis cracher ma langue. Alors que j’usais de toute mon énergie contre lui, la ceinture, cassa avec un bruit sec. Même si, de prime abord, elle semblait bien conservée, les années l’avaient affaiblie et elle n’avait pu supporter la tension.

Cette ceinture de cuir était couverte de petites écailles semblables à des plaques d’armure en cuivre qui tombèrent sur mon visage comme des pétales de fleurs. Celle qui portait l’inscription « Souverain de Yinxi » atterrit dans ma bouche ouverte et se transforma en un liquide amer qui coula dans ma gorge. Étant donné qu’elle provenait d’un cadavre, j’en fus si écœuré que je m’étouffai. Une brume passa alors devant mes yeux et j’eus l’impression de sombrer dans un nuage noir.

Ce gros lard serait-il déjà venu à bout de moi ? me demandai-je, confus. Le goût amer dans ma bouche devenait de plus en plus fort et les objets devant moi plus nets. Je revins brusquement à moi me retrouvai pressé contre le lit de jade par ce gros type. Ses yeux étaient verts et ses mains fermement enroulées autour de mon cou. Je remarquai que la clé était toujours en place dans la bouche du cadavre dont les bras n’avaient pas quitté mes épaules. C’était extrêmement déstabilisant.

Je réalisai alors que tout ce qui venait de se passer n’était qu’une illusion !

Je me tournai vers le cadavre du renard aux yeux verts et constatai que son masque était toujours sur le sol. Ses yeux, à travers les fentes, nous fixaient tous les deux.

Pas étonnant que ce gros lard m’ait dit de ne pas le regarder tout à l’heure. Les yeux de ce cadavre de renard semblent détenir une sorte de pouvoir étrange ! me dis-je.

La bonbonne mettait tant de force à m’étrangler que même si j’étais revenu à moi, je n’allais pas tarder à mourir étouffé. Je commençais à paniquer lorsque du coin de l’œil, j’aperçus la boîte pourpre et or dans les mains du défunt renard. Sans trop réfléchir, je tendis la main, la pris et en frappai la tête du gros.

Furieux, celui-ci jura et resserra son étreinte.

Tu ne cherches pas à m’étrangler, tu as plutôt envie de m’arracher la tête ! pensai-je.  

Je réalisai alors que la seule façon de battre quelqu’un d’aussi terrifiant était de l’attaquer avec la même intention meurtrière. Je le frappai donc à nouveau mais ma force fut très différente cette fois. J’entendis un gros « bang » puis les yeux du gros se révulsèrent. Le coup était si puissant que presque tout son corps en tremblait. Il relâcha sa prise et s’effondra sur moi.

Tout en crachant une gorgée de sang, je vis que les yeux verts du cadavre du renard s’étaient soudain élargis. Une puissance étrange me poussait à les regarder. Sentant mon esprit s’embrouiller, je poussai précipitamment le gros sur le cadavre. Je n’avais ni le temps ni l’envie de m’intéresser à lui pour le moment, et son corps robuste semblait parfait pour masquer le regard du cadavre. Une fois cette barrière établie entre nous, l’attraction hypnotique cessa sur le champ.

Je m’assis et frottai mon cou couvert d’ecchymoses en forme de doigts, comme déformé par l’acharnement du gros lard. Mon corps me faisait un mal de chien. Ce cadavre de renard avait vraiment des yeux puissants. Si je n’avais pas avalé fortuitement cette écaille de cuivre, ce gros ou moi serions certainement morts.

Je jetai un coup d’œil à la boîte qui m’avait servi d’arme et aperçu une petite serrure. Surpris, je regardai la bouche de la femme : Serait-ce la clé qui ouvre cette boîte ?



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