Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 19 – Le Cadavre de la Femme

Chapitre 19 Le Cadavre de la Femme

Quoique ce regard froid me fît dresser les cheveux sur la tête, j’étais incapable d’en détourner mon attention. Durant un moment, je ne sus vraiment pas comment réagir. J’étais suspendu là, tel un saucisson, sans aucun moyen de m’échapper. Je ne pouvais que prier et faire mon possible pour tenter de me libérer. Mais au bout d’un quart d’heure passé là sans voir le cadavre ni ses yeux bouger, je finis par me demander si tout ça n’était pas une illusion. Cela dit, même un immortel se serait senti mal face à ces yeux étranges et hypnotiques. Je détournai finalement le regard et me dis que je devais trouver au plus vite un moyen de descendre. J’avais le sang à la tête et l’impression que mon cerveau allait éclater.

Je réunis toutes mes forces pour lever la tête et réalisai que mon corps était dans un état lamentable. Chaque centimètre de ma peau ou presque était couvert d’ecchymoses et j’avais les jambes entravées par des lianes. Je tournai la tête et ce que je vis me coupa le souffle. À perte de vue pendaient des cadavres suspendus par les pieds et qui se balançaient sous le vent tels des carillons osseux. C’était un spectacle tout à fait saisissant.

En y regardant de plus près, je vis que tous ces corps suspendus aux branches étaient des dépouilles d’hommes et d’animaux. La plupart étaient complètement desséchés, mais quelques-uns étaient encore en décomposition si bien que de temps à autre, une odeur pestilentielle emplissait l’air. Des mangeurs de cadavres de différentes tailles se pressaient tels des mouches sur ces cadavres et grignotaient leur chair. Je me félicitai d’avoir récupéré le sang de Poker-face sur Grande-gueule et de l’avoir appliqué sur mon corps, car visiblement, c’était efficace. Bien que ce fût un peu immoral, cela valait mieux que de perdre mes bras ou mes jambes.

Je me souvins alors que Gros-lard avait, lui aussi, été attrapé par ces plantes aux mains fantômes et ne pus m’empêcher de m’inquiéter pour lui. Je regardai autour de moi mais ne vis que des lianes. Je fouillai dans mes poches : elles ne contenaient rien d’autre que mon appareil photo numérique, chose totalement inutile dans ces circonstances.

Je commençais à m’énerver lorsque les lianes autour de mes jambes se relâchèrent brusquement. Me sentant tomber, je me couvris aussitôt le visage de mes bras, mais les lianes n’avaient que légèrement relâché leur emprise.

J’ouvris les yeux et vis le visage de la femme à quelques centimètres du mien. Un peu plus et nos lèvres se rencontraient. Terrifié, je fermai aussitôt la bouche et fis l’impossible pour rentrer le cou. C’est alors que je remarquais une petite dague attachée à la taille du cadavre en armure. Un sentiment d’euphorie m’envahit et je pensai : Belle fée, étant donné ma situation, verriez-vous un inconvénient à ce que j’emprunte le couteau de votre ami ?

Je me contorsionnai la taille et usai de toutes mes forces pour atteindre la dague. Après m’être balancé deux ou trois fois d’avant en arrière, je saisis la poignée de l’arme et tirai aussi fort que je pus. Celle-ci était si bien ancrée dans son fourreau qu’il me fut impossible de la déloger. Je ne parvins qu’à arracher la ceinture du défunt.

Devant l’étendue du désastre, je me dis : merde ! Maintenant que j’ai arraché sa ceinture, il va se montrer hostile !

J’agrippai aussitôt le fourreau de mes jambes et tirai fortement pour arracher le couteau. À l’éclat de lumière froide sur le tranchant de la lame, je sus qu’il s’agissait d’une arme de bonne facture.  Un cadeau du ciel , pensai-je. Je mis toutes mes forces à soulever mon buste et entrepris de trancher la liane qui entravait mes jambes. J’étais tellement concentré sur ma délivrance que je ne prêtai pas attention à ce qui se trouvait en dessous. Lorsque la plante se scinda et que je tombai, il fut trop tard pour le regretter. En une fraction de seconde, je me retrouvai allongé sur le corps de cette femme.

Pour être honnête, j’eus la chance de pouvoir contrôler un peu ma chute, sans quoi j’aurais écrasé de tout mon poids le cadavre et en aurais fait jaillir les excréments. Mais l’inertie était trop importante et je me retrouvai le visage pressé contre le sien. Le contact de ses lèvres glacées me flanqua la chair de poule.

Abasourdi, je restais là à me demander si sa langue allait sortir de sa bouche, s’insérer dans ma gorge et aspirer tous mes organes. À cette pensée, je me réjouis de ce qu’il s’agissait d’une femme car si le corps avait été celui d’un homme, j’en serais mort de dégoût.

Un long moment plus tard et ne voyant pas l’ombre d’une langue sortir, je me dis : Finalement, j’ai de la chance. Je suis tombé sur une personne juste et raisonnable.

Je relevai lentement la tête et éloignais mon visage du sien lorsque soudain, une bouffée de parfum parvint à mes narines et deux bras s’enroulèrent autour de mes épaules. Je me figeai aussitôt et mon corps tout entier se raidit. Au même moment, le cadavre de l’homme émit un bruit sourd, ce qui n’était pas de bon augure. Frère, ne te trompe pas ! Pensai-je. C’est ta femme qui ne veut pas me laisser partir ! Je ne suis pas en train de flirter avec elle !

En tournant la tête, je vis que le bruit provenait simplement de la chute d’un morceau d’armure à l’endroit même où j’avais arraché la ceinture et en fus soulagé. Mieux valait pour moi être retenu par le corps de cette femme et non par celui du monstre couché à ses côtés, sans quoi j’aurais probablement pissé dans mon pantalon.

Cette situation perdura une dizaine de secondes. Lorsque je vis qu’elle ne bougeait plus, je tentai de glisser subrepticement ma tête de sous son bras. Mais dès que je bougeais, ses bras bougeaient avec moi. Quand je m’avançais, elle s’avançait et quand je reculais, elle reculait.

Je décidai alors que la meilleure façon de me libérer d’elle était de redresser brusquement le cou et de rouler sur le côté, mais je ne m’attendais pas à ce que ses bras m’enserrent si étroitement. En relevant la tête, je la mis en position assise. Sous l’effet du brusque mouvement, le cadavre ouvrit la bouche. Il y avait quelque chose à l’intérieur.



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