Les Chroniques d’un Pilleur de Tombes | Grave Robbers' Chronicles | 盗墓笔记
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Chapitre 14 – Poker-face

Le gros type toussa :

― Camarades, il semblerait que je vous ai impliqués là-dedans et que nous allons tous mourir. Moi, Gros Lard, je n’ai jamais eu peur de rien. Mais je ne m’attendais vraiment pas à mourir de cette façon

Comme il était en noir de la tête aux pieds, je ne distinguais pas bien sa silhouette dans l’obscurité. J’y regardai donc de plus près et réalisai qu’il était assez joufflu. Honnêtement, je ne pensais pas qu’une personne aussi grosse pouvait être pilleur de tombes.

― D’où tu sors, espèce de gros lard ? J’ai vraiment envie de te battre à mort, là, tout de suite ! l’invectiva Grande-gueule.

J’étais au bord des larmes en voyant les bâtons de feu s’éteindre.

― Dépêchez-vous de faire quelque chose ! Autrement, ça n’aura aucune importance de savoir qui bat qui ! Les insectes auront l’avantage ! leur dis-je.

Grande-gueule regarda autour de lui puis tendit son arme au gros type et à moi un bâton de feu :

― Nous aurions pu tenir un moment si nous avions brûlé nos vêtements, nous dit-il, mais les flammes sont trop petites à présent et il se pourrait que nous mourions avant même d’avoir pu les enflammer.  À trois, je distrais ces insectes pendant que vous courez vous réfugier sur le mur. Si vous voulez atteindre cette porte, vous allez devoir vous faire la courte échelle. Ça devrait suffire. Comme je suis rapide, je courrai vous rejoindre dès que vous serez en haut. Il n’y a pas une seconde à perdre !

Ne me laissant même pas le temps de la réflexion, Grande-gueule sauta d’un bond dans le tas de mangeurs de cadavres. Ces derniers déferlèrent alors comme un raz-de-marée, ouvrant la voie devant nous. Je criai et tentai de le sauver, mais le gros type me retint et me dit :

― Grimpe !

Il m’entraîna en courant sur la courte distance qui nous séparait du mur et m’aida à l’escalader jusqu’à la porte. Je lui tendis ensuite la main et le tirai vers le haut. Je jetai un coup d’œil en bas et vis que Grande-gueule était couvert de ces insectes dévoreurs. Il se roulait par terre tant il souffrait et à le voir, je faillis pleurer.

― Debout ! lui cria le gros. Tout de suite, vite ! Ce n’est qu’à quelques pas ! dépêche-toi !

Mais Grande-gueule ne pouvait pas se relever. Les mangeurs de cadavres rampaient déjà dans sa bouche, et à chaque fois qu’il tentait de se redresser, il était projeté au sol. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ces insectes soient si agressifs. Grande-gueule se recroquevilla en position fœtale, nous regarda crier d’en haut et secoua misérablement la tête.

En quelques secondes, son visage fut complètement couvert d’insectes. Je le vis tendre une main couverte de blessures et mimer un coup de feu. Je compris aussitôt qu’il nous demandait de le tuer.

Le gros, qui ne pouvait plus supporter ce spectacle, serra les dents :

― Pardonne-moi, frère !

C’est alors qu’on entendit se déclencher la trappe et quelqu’un sauta. Je notai au passage que cet homme avait sauté, ce qui lui avait permis d’atterrir correctement, mais si lourdement qu’il souffla un grand coup et dut prendre appui sur le sol pour se stabiliser. Les mangeurs de cadavres, d’abord stupéfaits, se mirent à courir dans tous les sens dans une tentative désespérée de s’éloigner de cet homme. Ces gros insectes repartirent comme ils étaient venus, en raz-de-marée, et disparurent dans les trous percés dans le mur.

Je regardai de plus près ce nouvel arrivant et exultai de joie. N’était-ce pas Poker-face ?

― Mon Dieu ! cria le gros, ce type a survécu !

Je regardai attentivement Poker-face et ma joie retomba. Les vêtements qui couvraient son torse étaient en lambeaux et il était couvert de sang. On aurait dit qu’il avait subi une blessure relativement grave.

Poker-face se précipita vers Grande-gueule et le hissa sur son dos. Voyant qu’il était sauvé, nous tendîmes aussitôt la main pour les remonter. L’un attrapa Grande-gueule, et l’autre Poker-face.

La mer, en effet, peut se transformer en champs de mûriers. (1) Nous étions dans une situation désespérée et pensions mourir jusqu’à ce que Poker-face ne vienne tout changer. Nous aurions voulu examiner les blessures de Grande-gueule mais Poker-face nous en dissuada d’un signe de la main.

― Il faut partir. Vite ! Ça arrive.

Alors que je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire, le gros gars, qui semblait savoir de quoi il parlait, s’était levé d’un bond et hissait Grande-gueule sur son dos. Je ramassai la lampe de celui-ci, passai devant, et nous nous engouffrâmes tous les quatre dans le passage de pierre.

Je ne savais pas depuis combien de temps nous courions et ni combien de tours nous avions fait lorsque Poker-face attrapa le gros :

― Ok. Il y a quelque chose de bizarre dans la façon dont ce passage a été conçu. Je doute fort que cette chose nous rattrape de sitôt.

Lorsque nous nous arrêtâmes enfin, je m’aperçus que j’étais en nage. Je m’empressai de demander de quoi ils parlaient mais pour toute réponse, Poker-face soupira et allongea Grande-gueule sur le sol. C’est vrai, me dis-je.  N’est-il pas plus important d’examiner d’abord notre grand blessé ?

Grande-gueule était grièvement touché. Son corps tout entier était couvert de blessures. Enveloppé de bandages – si tant est que nous en ayons assez – il ressemblerait certainement à une momie. J’examinai ses blessures, et heureusement, la plupart étaient superficielles. Par contre, il en avait en plusieurs endroits du cou et de l’abdomen qui auraient pu être fatales. Ces insectes semblaient très doués pour attaquer les parties molles et sensibles du corps humain. Cela me fit penser au cadavre que j’avais touché quelque temps plus tôt et qui semblait avoir subi les pires morsures au niveau du ventre.

Poker-face appuya sur l’abdomen de Grande-gueule et sortit la lame d’or noir qu’il portait à sa ceinture :

― Maintenez-le au sol.

Choqué, j’eus un mauvais pressentiment.

― Que comptes-tu faire ?

Il regarda le ventre de Grande-gueule comme un boucher regarde sa victime puis glissa ses deux doigts étrangement longs autour de la plaie.

― Il en a un dans l’estomac, me dit-il.

― C’est pas vrai…

Je le regardai avec méfiance, puis jetai un coup d’œil à Gros-lard qui maintenait déjà les jambes de Grande-gueule au sol.

― Au vu des performances dont vous avez fait montre jusqu’à présent, j’ai tendance à le croire, dit-il.

N’ayant pas d’autre choix, je me déplaçai pour maintenir les bras de Grande-gueule. Poker-face leva sa lame, fit une entaille dans son estomac et y inséra ses doigts à la vitesse de l’éclair. Il tata, agrippa quelque chose et eut tôt fait d’en sortir un mangeur de cadavres d’un vert bleuté. Mais Grande-gueule s’arquait de douleur. Il était si fort, que j’avais grand mal à le retenir.

― Celui-ci est mort d’asphyxie, dit Poker-face en jetant le cadavre de l’insecte. Mais la blessure est très profonde. Si elle n’est pas stérilisée, elle risque de s’infecter ce qui pourrait poser de gros problèmes.

Le gros sortit la « Balle de la Gloire » du révolver :

― Pourquoi ne pas tirer parti de la vaste expérience des Américains et utiliser cette ‘Balle de la Gloire’ là où elle est vraiment nécessaire ? Nous pourrions l’ouvrir et utiliser la poudre pour cautériser sa blessure.

Grande-gueule attrapa le pied du gros gars tout en serrant les dents de douleur avant de l’insulter.

― Je n’ai pas été blessé par balle ! Tu veux… me cramer les intestins ? Il sortit de la poche de son pantalon un paquet de bandages tachés de sang, apparemment ceux dont il s’était servi pour soigner sa blessure à la tête. Heureusement que je ne les ai pas jetés, dit-il, Utilisez-les pour me panser. Et enroulez-les bien serrés ! Cette blessure n’est rien !

― L’héroïsme est démodé de nos jours, camarade, dit la bonbonne. J’ai déjà vu tes intestins, alors inutile de jouer les braves.

Il était sur le point d’ouvrir la balle lorsque Poker-face et moi l’arrêtâmes.

― Ne fais pas l’idiot, lui dis-je, la balle va lui brûler les organes et le tuer. Mieux vaut panser la blessure.

Le gros gars acquiesça et nous nous mîmes vite à l’œuvre. Lorsque nous eûmes utilisé tous les bandages, je déchirai quelques morceaux de mes vêtements et les enroulai autour de la plaie.

Grande-gueule manqua s’évanouir sous le coup de la douleur et je fus très ému de le voir, là, appuyé contre le mur, haletant. Si je n’avais pas laissé tomber les bâtons de feu, il ne serait peut-être pas dans cet état.

― Au fait, qui diable es-tu ? demandai-je au gros.

Il était sur le point de répondre lorsque Poker-face nous fit signe de nous taire, ce que nous fîmes. J’entendis alors un son effrayant provenant d’un côté du passage.

Notes explicatives :

(1) Idiome signifiant quelque chose comme : « tout change avec le temps » ou « la roue finit toujours par tourner ».



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