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Le Mécanicien Légendaire | The Legendary Mechanic
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Chapitre 95 – Psychologie inversée

Un hélicoptère se posa sur l’héliport, dans l’enceinte du camp de base de la Rose militante. Trois hommes à la mine glaciale en descendirent. Il émanait d’eux une aura de mystère qui dissuadait quiconque de les approcher. Ils se ressemblaient d’ailleurs presque trait pour trait, comme sortis du même moule.

Code 3, Code 5 et Code 9 étaient des assassins formés dans le même camp d’entraînement.

« Quelle est la situation ? » demanda sans détour Code 3, le capitaine de l’équipe.

Luo Qing lui fit un résumé des événements.

Code 3 plissa les yeux. « L’ennemi est un sniper, et son embuscade contre vos soldates visait à jauger vos capacités. Il voulait vous faire sortir toutes de votre base. Il détient des renseignements détaillés sur vous, et d’après les dernières informations fournies, il séjourne probablement dans le camp de la compagnie Fabian. Seulement, la compagnie Fabian n’est pas le genre de partie qu’on peut se permettre de contrarier. Impossible de mener des assassinats sur son territoire. »

« Que comptez-vous faire, alors ? » demanda Luo Qing.

« C’est vous, la cible du tueur. Nous allons donc vous utiliser comme appât pour le faire sortir. Ensuite, à nous trois, nous lui tendrons une embuscade et nous garantirons la mise à mort. »

« Renard spectral, c’est toi qui sortiras avec nos équipes ces prochains jours », ordonna Luo Qing.

Renard spectral hocha la tête.

Dans le camp de la compagnie Fabian, Han Xiao, dans sa chambre, se grattait le menton mal rasé. Il restait perplexe.

On dirait que la Rose militante ne se bat plus aussi bien que par le passé…

Les talents de combat de Dorothy lui laissaient une impression étrange. Si c’était là tout ce dont la Rose militante était capable, rien n’expliquait que la prime n’ait pas encore été empochée.

Une fois de plus, la méfiance de Han Xiao s’éveilla : il avait le sentiment qu’une information capitale lui échappait. Il partit donc trouver Antonio pour éclaircir ses doutes.

Han Xiao frappa à la porte du bureau d’Antonio et jeta un œil par l’entrebâillement. Antonio épluchait des dossiers à sa table de travail.

« Qu’est-ce qui vous amène ? » rit Antonio.

Han Xiao s’assit face à Antonio et le regarda droit dans les yeux. « Je veux en savoir plus sur les différentes milices actives dans le désert de Somar. »

« Je vous ai déjà remis le rapport. Vous y trouverez les effectifs et les territoires de toutes ces milices. »

« Je veux ce qui ne figure pas dans le rapport. » Han Xiao haussa les sourcils. « Vous voyez très bien ce que je veux dire. »

Antonio alluma un cigare et s’esclaffa. « Vous avez donc fini par le comprendre. Toutes ces milices ne sont que des outils au service des familles fortunées qui les financent. Elles entretiennent ces miliciens pour les aider à chercher Felonia. Tant qu’on n’aura pas anéanti ces bailleurs, des flots de miliciens continueront de se déverser sans fin dans le désert. »

« Les troupes de Couton sont financées par la famille Rothschild, celle qui a mis en jeu votre prime. Haha, inutile de faire l’étonné : les primes sur la Rose militante sont toutes publiques. »

Han Xiao n’était pas surpris. Dans ce cas, pour accomplir sa mission, il lui faudrait anéantir la Rose militante tout entière, et en particulier sa cheffe, Luo Qing.

Antonio tira une bouffée et poursuivit avec calme : « La Rose militante est financée par l’organisation Ordifina. Cette organisation contrôle divers groupes de pression politiques et gère aussi des installations secrètes où l’on forme mercenaires et assassins. Son siège se trouve sur le continent Ouest, ce qui la rend relativement moins puissante sur le continent Sud. Mais ce n’est certainement pas une petite structure qu’on peut prendre à la légère. »

Han Xiao eut une illumination. Voilà pourquoi aucun des assassins du Dark Net envoyés contre les miliciennes n’était revenu : la Rose militante disposait d’un puissant soutien qui lui fournissait des renforts.

« Qu’est-ce que Felonia a de si particulier ? Comment ces ruines peuvent-elles attirer l’attention d’autant de forces différentes ? » Han Xiao sentait que le mystère de Felonia n’était pas étranger aux récompenses de sa mission d’assassinat.

Puisqu’un grand nombre de renforts était attendu, Han Xiao devait planifier soigneusement ses prochains pas.

Au départ, Han Xiao avait deux idées en tête. La première : attendre que la cible vienne se présenter à sa porte. La seconde : attirer les ennemies hors de leur camp. Les deux méthodes exigeaient que la Rose militante quitte sa base. Or les renforts dépêchés par l’ennemi devineraient forcément la tactique qu’il comptait employer. Il était donc fort probable qu’ils aient ordonné à la Rose militante de sortir de sa base pour l’attirer, lui, et finir par lui tendre une embuscade.

Que faire ? Prendre un chemin inattendu, peut-être ?

Han Xiao se massa les tempes en pesant ses options. Et s’il installait un piège quelque part, puis faisait mine d’ignorer l’embuscade ennemie ? Une fois le contact établi, il attirerait les ennemis dans son piège et retournerait la situation à son avantage.

Il me faudra plus d’armes.

Renard spectral emmena son équipe pour une troisième patrouille. Elles erraient sans but dans le désert. Gagnée par une pointe de frustration, elle demanda par radio : « Pourquoi l’assassin ne se montre-t-il pas ? Il a peur, ou quoi ? »

À l’autre bout des ondes, Code 3 répondit : « Les assassins sont des gens méticuleux. Le succès de son embuscade signifie qu’il attendra d’avoir observé vos mouvements avant d’agir de nouveau. »

La nuit était retombée. Ces derniers temps, Han Xiao était souvent occupé la nuit.

Il chargea dans la jeep le nouvel équipement qu’il avait fabriqué, puis quitta le camp au volant pour rejoindre le site où il comptait installer son piège.

La jeep franchit les portes du camp. La lueur de ses phares faiblit à mesure que le véhicule s’enfonçait dans le désert.

Au même moment, très loin de là, une longue-vue observait la scène.

Sur une dune à un kilomètre de là, Code 9, drapé d’une étoffe jaune, suivait les mouvements de la jeep à la longue-vue. Un rictus glacial lui monta aux lèvres.

« La cible a quitté le camp. Elle fait route vers le nord. Je suppose qu’elle va installer son piège. Elle a sans doute découvert notre existence et compte jouer la psychologie inversée pour nous attirer dans son piège à son tour. »

Puisqu’ils savaient que Han Xiao se terrait dans le camp de la compagnie Fabian, ils le tenaient naturellement à l’œil.

« L’ennemi est plutôt amateur. » Code 3 respirait la confiance. Il s’attendait à une mission facile : tout était sous leur contrôle.

À l’aube, Han Xiao rentra à la base et partit trouver Antonio.

« Vous voulez que je vous serve de chauffeur ? » Antonio paraissait abasourdi.

« Oui. J’ai besoin que vous conduisiez : mes mains seront occupées à tirer. »

« Attendez… C’est votre mission ; en quoi cela me concerne-t-il ? Pourquoi devrais-je vous aider ? » Antonio n’y comprenait rien.

« Vous sortez si rarement : comment pouvez-vous rester ici à ne rien faire ? Venez avec moi goûter aux beautés de la nature. »

Antonio désigna le désert aride. « Quelle nature voulez-vous voir ici ? »

« Tout cela n’est que la surface. Qui sait, peut-être verrons-nous un mirage magnifique ? Peut-être des montagnes et des rivières cachées ? Le désert est immense ; je suis certain que ces merveilles se révèlent à qui explore les lieux d’un cœur fervent. »

« Je ne crois pas que nous soyons assez intimes pour voyager ensemble », répondit Antonio, gêné.

« Alors donnez-moi une chance de devenir votre ami. » Han Xiao éclata de rire.

« … On vous a déjà dit que vous aviez la peau épaisse ? »

Han Xiao porta la main à son masque facial. La peau épaisse, il l’avait, c’était indéniable : son masque comptait à lui seul deux épaisseurs.

Antonio avait beau paraître obèse, Han Xiao sentait l’immense puissance de combat qu’il recelait. S’il l’avait choisi comme chauffeur, c’était parce qu’il savait qu’Antonio ne commettrait guère de bévues et ne mourrait pas si facilement.

Un chauffeur ordinaire, lui, serait mort presque instantanément au premier contact avec l’ennemi, le laissant se débrouiller seul.

Antonio réfléchit un instant. « Si vous voulez que je participe à la mission, je veux une part de vos gains. »

« Que diriez-vous de cinq pour cent ? »

« Pas question ! C’est trop peu. » Antonio secoua la tête.

« Ne discutez pas. Vous venez seulement conduire le véhicule. Cinq pour cent, c’est déjà une offre généreuse. »

« Si nous croisons des ennemis, le chauffeur sera forcément la première cible. Vingt pour cent au minimum. »

Han Xiao écarquilla les yeux, incrédule. « Pourquoi ne pas carrément détrousser les gens ? »

« C’est précisément ce que je suis en train de faire. » Une lueur d’espièglerie passa dans les petits yeux d’Antonio.

Après un long marchandage, Han Xiao se résolut finalement à contenter Antonio avec 20 000 dollars. Payer en argent sonnant était plus fiable qu’un simple accord verbal ; leur collaboration prit la forme d’un contrat d’embauche. 20 000 dollars pour un chauffeur d’un jour : la dépense était assurément extravagante.

Antonio casa sa masse adipeuse sur le siège conducteur, tandis que Han Xiao s’installait à l’arrière de la jeep. Il tendit ensuite les coordonnées radar à Antonio et lui exposa le plan.

Le plan entendu, Antonio eut un petit rire.

« Intéressant. »

La matinée touchait à sa fin. Le soleil était brûlant, et des mirages commençaient à se former sous la chaleur intense du désert.

L’équipe que dirigeait Renard spectral n’alignait que deux jeeps. Elles sillonnaient le désert en fouillant les environs.

« Une jeep approche ! » s’exclama une soldate.

Une jeep blindée apparut sur une dune, non loin de leur position. Elle roulait parallèlement aux leurs. C’était celle de Han Xiao et d’Antonio.

« L’ennemi approche ! » Renard spectral jubilait.

Une voix sinistre s’éleva de l’appareil de communication, froide, chargée d’instincts meurtriers : « La proie est enfin dans le piège ! »



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