C’était un don orienté vers l’encaisse, insuffisant pour valoir une aptitude de Modelage, mais qui rendait bel et bien Han Xiao plus résistant.
Il se rappela que Hila possédait, elle aussi, une récupération passive. [Constitution extraordinaire] produisait des effets voisins et lui donnait en outre 300 points de vie supplémentaires par le bonus de santé.
Pour un Mécanicien, est-ce vraiment une bonne chose d’encaisser à ce point ? Han Xiao ne savait s’il devait en rire ou en pleurer. Cela le poussait à combattre au corps à corps. À ce rythme, sentait-il, son style allait voler en éclats.
Je veux seulement être un Mécanicien technique. Le corps à corps, c’est pour les brutes !
Il me faudrait un don offensif ou un don de fabrication, mais ces aptitudes de Modelage-là sont bien trop rares. Les plus courantes restent les dons défensifs et les dons de renforcement.
En Mécanicien, ce dont il avait le plus besoin, c’étaient des dons qui s’accordent à ses armes à feu. Il espérait déclencher le don [Tir mortel]. Ce n’était pas une aptitude de Modelage, mais ses effets étaient plutôt bons. La condition : infliger des dégâts extrêmement élevés à l’arme à feu, cinquante fois, contre des cibles d’un niveau au moins égal au sien. Il l’avait déjà fait près de quarante fois, mais les ennemis de son niveau se faisaient rares : il lui faudrait du temps.
Quant aux stimulants temporaires, il comptait en loger quelques-uns dans le module d’injection rapide du Mecha, puis trouver le moyen de vendre le reste, de préférence aux joueurs : une nouvelle rentrée d’argent.
Parmi les drogues, il s’en trouvait une, à sa grande surprise, qui était inachevée et ne comptait qu’une seule seringue.
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Drogue inconnue : produit semi-fini d’une drogue quelconque, effets inconnus.
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Sa couleur était limpide comme de l’eau. D’ordinaire, les choses inconnues réservent des effets surprenants. Han Xiao pressentait que celle-ci n’était pas anodine ; mais il ne l’emploierait pas tant que ses effets resteraient obscurs.
L’Institut de recherche Louis achèvera peut-être ses travaux un jour. Il me suffira d’y retourner à l’occasion, et j’en connaîtrai les effets une fois le produit fini. Han Xiao haussa les sourcils.
Pour fabriquer des drogues ou étudier les potions magiques, il fallait acquérir la classe [Pharmacien]. Han Xiao ne tenait pas à préparer des potions ni à gaspiller un emplacement de classe ; et il jugeait la fabrication des potions fort différente de celle des machines. Les potions exigent des proportions et des procédés rigoureux, où la moindre erreur mène à l’échec, tandis que fabriquer une machine relève d’un pur travail de canalisation.
Han Xiao quitta Kaylos en fraude dans l’après-midi. Une autre mission d’intimidation l’attendait à Maple : Bennett voulait qu’il effraie des fonctionnaires du gouvernement, qui vivaient dans la capitale. Les deux personnes envoyées en avance pour sonder le terrain se tenaient déjà prêtes dans la ville.
La capitale de Maple se nommait Karimochi, ce qui signifie la Cité de la Feuille d’érable.
…
Les organisations financières qui soutenaient l’Institut Louis mirent très vite une prime sur le Dark Net. La cible n’était autre que « Heisenberg », avec le visage dont Han Xiao s’était servi à l’institut et un enregistrement où on le voyait s’échapper en Mecha.
Germinal en eut connaissance sans tarder.
« Il n’y a personne de ce nom dans notre organisation. »
Le chef en fut saisi. L’organisation ne comptait sur ces terres que quelques agents de renseignement en immersion profonde et des espions, et il n’avait certainement ordonné à personne de dévaliser un institut de recherche civil. Il n’y avait qu’une explication : ce « Heisenberg » était un imposteur qui se couvrait du nom de Germinal.
Il n’imagina même pas un coup monté… car il n’y avait nul besoin de leur en faire porter le chapeau. Le monde entier leur était hostile : un ennemi de plus ou de moins ne changeait rien.
Depuis la défaite de Germinal, chacun les prenait à la légère, comme un tigre sans crocs, et l’on ajoutait l’insulte à la blessure. Qui donc était ce Heisenberg de rien du tout ?
Ce qui retint l’attention du chef, ce furent les performances du Mecha. À sa grande surprise, il constata que la technologie de cette combinaison surpassait celle sur laquelle son organisation travaillait. Même le [Projet Super-Soldat], qui enchaînait pourtant les percées, n’atteignait pas ce degré d’efficacité.
Si nous mettions la main sur ce Mecha, notre puissance de combat individuelle ferait un bond prodigieux. Quelle organisation a bien pu concevoir cela ? Si c’est un ennemi…
Les mains du chef se crispèrent sur le bord de la table et laissèrent une marque nette dans le métal. D’un ton grave, il ordonna : « Que notre réseau de renseignement surveille discrètement l’homme qui porte ce Mecha. Je veux savoir tout ce qu’il fait. »
Hélas, ce fut la seule et unique fois où l’on observa Han Xiao en Mecha. Les agents de Germinal ne purent recueillir aucun autre renseignement. Tout cela restait fort mystérieux.
Une organisation capable de concevoir un tel Mecha a forcément de puissants appuis.
Le chef avait le sentiment d’avoir aperçu la pointe de l’iceberg d’une organisation cachée ; mais, faute d’autres pistes, il ne pouvait rien faire pour l’instant.
Il se ressaisit et demanda : « Où en est la capture des Inhumains ? »
L’assistant sortit les archives. « Nous avons capturé 2 103 Inhumains. Au début, ils se rassemblaient en quelques points fixes ; ensuite, ils se sont mis à fuir activement la capture et à se répandre ailleurs. De plus en plus résistent, et notre mission rencontre des obstacles. »
« Cyberlos a formulé une nouvelle théorie en observant les expériences. Même sans lavage de cerveau, ces Inhumains acceptent toutes sortes de requêtes et agissent avec un but très net. Ils manquent de bon sens, parlent étrangement et semblent disposer d’un moyen de communication qui leur est propre : certains se connaissaient déjà. Nous en cherchons encore les causes, sans résultat. Comme le dit Cyberlos, ces Inhumains ressemblent à des voyageurs venus du passé. »
« Quelle est la position des Six Nations envers les Inhumains ? » demanda le chef.
« Notre réseau indique que les Six Nations ont dépêché leurs propres équipes pour entrer en contact avec eux. Leurs attitudes vont de l’amitié à la contrainte. »
Le chef hocha la tête. Après un moment de réflexion, il déclara : « Ils ont suspendu leurs préparatifs de guerre, mais ce ne sera pas éternel. Des agents de chaque pays se sont déjà infiltrés sur Andrea : trouvez-les. Je veux que le moindre de leurs gestes soit sous notre surveillance. J’ai le sentiment que les Inhumains seront notre clé dans cette guerre. »
…
Le reflet des lunettes de soleil montrait la façade d’une villa luxueuse. Des agents des services secrets en civil patrouillaient sans relâche aux alentours. Un vieil homme blanc, qui avait tout du mendiant, remonta ses lunettes, tâta la casquette qui couvrait son crâne chauve, puis tripota la mini-oreillette dissimulée dessous.
« Villa en duplex, quatre niveaux. La porte du manoir exige le système intérieur pour s’ouvrir. Deux équipes réglementaires des services secrets patrouillent au-dehors, une équipe à l’intérieur : dix-huit agents en tout. Il quitte la maison à huit heures pile chaque matin, voyage en voiture blindée. Deux équipes l’escortent, il déjeune au restaurant intérieur du bâtiment gouvernemental, escorté par la même équipe. »
Hannes parlait à voix basse dans son micro tout en remontant ses lunettes. « La cible habite le quartier politique de Maple. Les rues grouillent de patrouilles et de sentinelles. Si vous comptez agir dans la rue, il faudra faire vite. »
La voix posée d’une femme, Vernina, se fit entendre dans l’oreillette. « Alors agissons dans la rue. Cela me rappelle le bon vieux temps. »
« Je dois être fou, lâcha Hannes, mécontent. Encore à travailler avec vous après ma retraite, et pour enlever un haut fonctionnaire de Maple. Bon sang, Garian, pourquoi fallait-il que ce soit moi ? Pourquoi n’avoir pas demandé à Bennett ? Il est encore au front, lui. Il a fallu que vous alliez chercher ce vieillard à la retraite. Vous ne pouviez pas me laisser quelques années de tranquillité ! »
« Pff. Tu me dois un service, et je n’aime pas Bennett. Il m’a fait trois trous dans la peau il y a trente-trois ans. » Une autre voix parut dans l’oreillette. Garian était un homme rude ; sa voix tenait du canon. « Et puis cesse de te plaindre comme une bonne femme. Les jours passés à ne rien faire et à planter des légumes t’auraient-ils amolli ? »
« Messieurs, n’oubliez pas qu’il y a une femme ici », dit calmement Vernina.
« J’ai déjà soixante ans, et tu as un an de plus que moi. Il n’est pas normal de songer à se battre et à tuer du matin au soir. » Hannes en restait sans voix.
« Pff, je n’ai pas encore soixante-dix ans. Tu appelles ça vieux ? » Garian geignit un moment, puis retrouva son sérieux. « Dans neuf secondes, des agents de patrouille déboucheront du coin de la rue. Reste bien caché. »
Hannes se voûta, et sa présence s’effaça aussitôt. Neuf secondes plus tard, un agent de patrouille tourna le coin de la rue et l’aperçut.
Il s’avança et lança : « Contrôle d’identité ! »
Hannes sortit une fausse carte, en tout point semblable à une vraie. L’agent y jeta un œil et la lui rendit. « On ne traîne pas ici. Circulez. »
Hannes traîna les pieds comme un vieillard, tourna au coin, puis pressa le pas. Il murmura : « Il y a bien trop de patrouilles et de sentinelles ici. Pour enlever la cible sans que nul ne s’en aperçoive, mieux vaudra agir de nuit. »
« Rentre d’abord. Nous discuterons du plan », déclara Garian d’une voix lourde.
