Auteur : Thremendous
Traductrice : Moonkissed
Si ce monde est comme un aquarium, alors qu’est-ce donc que la Porte d’Ascension ? Et le Palais du Commandement Servant ?
‘Non, ce n’est pas ça.’
J’effaçai ces spéculations délirantes.
‘Peut-être que ce monde est simplement ainsi, naturellement. N’allons pas trop loin.’
Avant tout, si ce monde est comme un aquarium, pourquoi l’Ancêtre Yang Su-jin reviendrait-il dans cet espace confiné ?
Pourquoi un être si puissant, capable de déchirer le vide et de redescendre des royaumes supérieurs, ferait-il cela ?
‘C’est probablement simplement la nature de ce monde. Ne nous laissons pas emporter par de grandioses idées.’
Penser trop grand finirait tôt ou tard par engendrer des démons du cœur.
‘…Un monde qui n’est pas sphérique…’
Après tout, si l’on y pense, c’est un monde où des cultivateurs de rang Êtres Céleste parcourent librement les continents.
Si la structure d’un tel monde était exactement comme la Terre, cela n’aurait pas de sens, n’est-ce pas ?
À quel point le monde devrait-il être solide pour supporter tout cela ?
Alors que j’étais perdu dans mes pensées—
— Ah, en parlant d’un monde sphérique, cela me rappelle un autre conte que j’ai lu enfant.
— …?
Buk Hyang-hwa pointa le ciel et dit :
— Dans un conte que j’ai lu quand j’étais petite, il était dit qu’il existe des gens qui vivent très loin, dans le Royaume Astral, des gens qui s’accrochent à une terre sphérique.
N’est-ce pas drôle ? Vivre sur une terre sphérique. Les gens du côté du bas devraient-ils rester accrochés pour ne pas tomber ?
Je trouvais que c’était un conte d’une créativité vraiment imaginative.
Je leva les yeux vers le ciel nocturne, désormais recouvert par les ténèbres.
— Le Royaume Astral…
Un ciel rempli d’étoiles.
Peut-être que ces étoiles sont de véritables planètes ?
Ce monde est-il le seul à avoir une structure aussi étrange ?
Ou existe-t-il d’autres mondes de ce genre, tout aussi singuliers ?
Si seul ce monde est ainsi, pourquoi est-il si bizarre ?
Je ruminai encore quelques idées, mais cela ne fit que me donner mal à la tête.
‘Ça suffit. Pour l’instant, il n’y a aucun moyen de savoir.’
Le mieux à faire est de devenir un Être Céleste, puis d’examiner la structure de ce monde moi-même.
‘Oui, concentrons-nous sur ce qui est devant nous, pour l’instant.’
Je calma mon esprit et remonta sur le navire avec Buk Hyang-hwa, qui admirait le ciel au Bord du Monde depuis un moment.
— Vraiment, c’est magnifique. Le ciel là-bas, sous nos pieds…
— …En effet.
— Pff, partons maintenant ?
— Oui. Le chef de clan et Cheongmun Ryeong doivent s’inquiéter ; rentrons.
— D’accord, et si nous sommes dans l’extrême ouest… combien de temps faudra-t-il pour rentrer à Byeokra ?
— Au moins un ou deux mois, je dirais.
— Mon père va s’inquiéter.
La voyant soucieuse de son père, je demandai :
— À l’origine, le prix du pari de Mademoiselle Buk n’était pas des artefacts magiques, mais une tournée en votre compagnie. Et si nous comptions ceci comme une tournée, pour cette fois ?
— Se hâter pour rentrer, ça compte comme une tournée ? Le Cultivateur Seo ne trouve pas cela regrettable ?
— Qu’y a-t-il à regretter ? Je suis à la base un vagabond qui parcourait le monde ; des tournées, j’en ai eu mon comptant.
À mes mots, elle sourit doucement et contempla la mer nocturne.
Je perçus une pointe de regret dans son intention.
— …Sur le chemin du retour, faisons tout de même un petit détour par des endroits comme Shengzi et Yanguo.
— Oui, ce serait bien aussi.
— …?
‘Pourquoi a-t-on l’impression qu’elle n’est toujours pas remontée ?’
Son sentiment de regret persista, me laissant perplexe.
Quelques jours plus tard.
Nous avons progressé vers l’est et avons finalement atteint la chaîne de montagnes où se trouvait autrefois la Secte du Divin Tonnerre Céleste Doré.
— Cet endroit s’appelle le Pic du Ciel Brisé, dans la chaîne où se situait la Secte du Divin Tonnerre Céleste Doré. Mademoiselle Buk a dû en entendre parler, n’est-ce pas ?
Buk Hyang-hwa s’émerveilla de la beauté du Pic du Ciel Brisé.
‘Les lieux que Kim Young-hoon et moi avons détruits dans ma vie précédente sont encore intacts, ce qui me rappelle des souvenirs.’
Désignant un des sommets, elle dit :
— Je l’ai lu dans des textes anciens. Au sommet le plus élevé se trouvait la Bannière de Foudre Céleste, un trésor sacré de la Secte du Divin Tonnerre Céleste Doré. On disait que c’était un incroyable trésor immortel.
En tant qu’artisane, c’est dommage de ne jamais l’avoir vue. Je voulais contempler l’un des Trois Grands Trésors du monde, mais je n’ai vu que le Navire de Traversée du Néant en ruines.
Les Trois Grands Trésors désignaient les trésors sacrés de trois sectes célèbres sur tout le continent.
Le Navire de Traversée du Néant de la Vallée du Fantôme Noir.
La Bannière de Foudre Céleste de la Secte du Divin Tonnerre Céleste Doré.
L’Armure du Ciel Azur de la Secte de la Création du Ciel Azur.
Chacun de ces trésors était soit un trésor immortel, soit un trésor dharmique unique égalant les trésors immortels par son importance.
Particulièrement notable, la Bannière de Foudre Céleste de la Secte du Divin Tonnerre Céleste Doré était, d’après la légende, un véritable trésor immortel : on raconte que la Divinité Dorée Yang Su-jin l’utilisa dans le royaume immortel.
Tout comme la légende du Navire de Traversée du Néant, capable de traverser le royaume des morts, la Bannière de Foudre Céleste pourrait provoquer artificiellement des Tribulations Célestes ; sa puissance et son statut sautaient aux yeux même sans l’avoir vue.
‘…Pourtant, il n’y a presque aucune rumeur au sujet de l’Armure du Ciel Azur…’
Chaque fois que le Saint Tigre Azur apparaît vêtu de cette armure bleue, c’est probablement l’Armure du Ciel Azur, un trésor dharmique unique, mais elle ne semble avoir aucune fonction particulière hormis sa solidité apparente.
Ainsi, personne ne sait vraiment grand-chose de l’Armure du Ciel Azur.
C’est un secret du Clan Cheongmun, et pour un étranger comme moi, il est évident qu’ils ne m’en parleront pas.
‘Bah, les trésors immortels ne m’intéressent pas vraiment.’
Buk Hyang-hwa était songeuse, fixant sans fin le sommet le plus élevé du Pic du Ciel Brisé, où l’on disait que la Bannière de Foudre avait résidé.
Soudain—
— Ah… !
Au-dessous du Pic du Ciel Brisé.
Plusieurs anciens et jeunes, qui semblaient cueillir des herbes en contrebas, nous saluèrent respectueusement alors que nous passons sur notre artefact volant.
Buk Hyang-hwa demanda, surprise :
— Pourquoi ces mortels nous saluent-ils ? Nous n’avons rien fait pour eux…
— Hmm… Mademoiselle Buk, vous n’êtes jamais sortie de la Cité de Cheon-saek ?
— Eh bien, pas exactement… Je n’ai pas vraiment quitté l’est de Byeokra. J’ai bien visité Yanguo. Mais ce n’était qu’un court voyage d’affaires de trois jours pour un artefact, et je suis rentrée en hâte…
— Ah, je vois.
Je lui expliqua la perception des mortels envers les cultivateurs.
— À Cheon-saek et dans l’est de Byeokra, comme c’est le territoire du Clan Gongmyo, les artefacts de qualité abondent, attirant beaucoup de cultivateurs.
En conséquence, les mortels y sont assez familiers des cultivateurs, tandis qu’à Yanguo et Shengzi, la majorité des mortels ignorent jusqu’à l’existence des cultivateurs, les prenant souvent pour des immortels de légende.
— Ah, je comprends…
‘Je crois deviner pourquoi Buk Joong-ho est resté discret sur le pari que sa fille a fait avec ce gars du Clan Byeok, en y conditionnant une tournée.’
Elle semble trop ignorante du monde extérieur.
— Mais, les gens là-bas ont l’air de prier pour quelque chose ?
— On dirait bien.
— Ne devrait-on pas les aider ?
Après un moment de réflexion, je répondis :
— Suivez votre cœur.
Après tout, ce n’est pas une personne malveillante, et elle a même offert de l’eau aux voyageurs dans le désert ; son intervention auprès des mortels ne poserait pas de problème.
Wo-woong !
Elle abaissa l’altitude de l’artefact volant pour approcher ceux qui priaient avec ferveur.
— Oh, regardez, des immortels !
— Les immortels ont répondu à nos prières !
— Immortels, s’il vous plaît, aidez notre village !
Ils suppliaient dans la langue de Shengzi, et je traduis pour elle.
— Oh, mon Dieu. Ancien, quel est le problème ?
Elle s’adressa à l’aîné qui paraissait le plus sincère, et je traduis ses mots.
— Que se passe-t-il ?
De l’extérieur, cela pourrait paraître arrogant, mais compte tenu de mon âge mental, cet ancien m’apparaissait honnêtement comme un simple enfant.
‘Je serai plus âgé que Yuan Li si cette vie se poursuit.’
Avec un sourire pour moi-même, je posai la question à l’aîné, qui s’inclina précipitamment et répondit :
— Ah, immortel ! Nous souhaiterions que vous aidiez notre village. Tous les quinze jours, un démon scolopendre apparaît chez nous et dévore les jeunes gens en âge de se marier.
Nous avons signalé le problème aux autorités, mais elles restent muettes. Nous avons invité des experts martiaux pour le vaincre, mais ils sont tous devenus la nourriture du démon scolopendre !
De grâce, aidez-nous…
‘S’ils ont saisi les autorités, les clans de cultivateurs auraient dû agir…’
Je perçevais quelque chose d’étrange et écouta leur histoire.
Le village de Seoak, en région montagneuse, vivait en paix jusqu’au jour où un démon scolopendre s’est mis à apparaître, dévorant des jeunes gens tous les quinze jours.
Bien que le démon paraisse intelligent, il n’acceptait aucun autre tribut, et après le signalement aux autorités, des gens à l’allure suspecte ont rendu visite au scolopendre. Depuis, les autorités ont feint d’ignorer les appels du village.
Accablé de frustration, le village de Seoak a invité des experts martiaux pour capturer le démon ; tous ont été dévorés à leur tour, et leur intervention n’a fait que pousser la créature à engloutir plus de villageois.
‘Après la visite de ces individus suspects, les autorités ont fait semblant de ne rien savoir ?’
Il a dû y avoir un marché entre les clans de cultivateurs et le démon.
Après ce raisonnement, je partageai mes conclusions avec Buk Hyang-hwa.
— Que faisons-nous, Mademoiselle ? La situation semble complexe ; voulez-vous aider ?
Après réflexion, elle hocha la tête.
— Je veux aider. Tant que cela ne perturbe pas l’emploi du temps du Cultivateur Seo.
— Haha, je n’ai rien d’urgent. Si Mademoiselle Buk veut aider, je l’assisterai.
— Merci.
Après notre échange, nous nous adressons à l’aîné et aux autres cueilleurs d’herbes qui attendaient.
— Nous allons aider. Conduisez-nous.
— Merci infiniment… !
Guidés par l’aîné, nous descendons du navire et nous dirigeons vers le village de Seoak.
De nombreuses maisons y étaient détruites, et de profondes cavités, qui semblaient être les empreintes du scolopendre, parsemaient les lieux.
— Chaque fois que le démon scolopendre tente d’attaquer, nous essayons de l’en empêcher, mais il ravage tout sur son passage, trouve les jeunes hommes et femmes cachés, et les dévore…
— ……
— À cause de cela, beaucoup ont aménagé des cachettes dans leurs maisons, ou se préparent à quitter le village. Sans l’offre d’aide des immortels, notre village de Seoak aurait été dispersé.
Je demanda à l’aîné :
— Bien. Savez-vous où vit ce démon scolopendre ?
— Il y a une grande grotte au-delà de ce pic ; le démon vit au fond…
Buk Hyang-hwa et moi acquiesçons.
— Entendu, nous allons aller voir.
En franchissant le pic indiqué par l’aîné, nous arrivons à la grotte où le scolopendre résiderait.
Des ossements humains jonchent le sol, et une énergie formidable pesait dans l’air.
— Donc, c’est un démon en fin d’Édification du Qi.
Je comprends pourquoi les clans de cultivateurs n’ont pas pu s’en charger.
Un démon de fin d’Édification du Qi est considéré de niveau “ancien” parmi les clans, même parmi les hauts anciens.
Il est déraisonnable que des maîtres de Formation du Noyau ou des vénérables anciens se mêlent d’affaires purement mortelles.
Wo-woong !
À notre entrée, la conscience du démon scolopendre résonna dans la nôtre.
[Qui, êtes-vous ?]
Je fixa l’obscurité de la grotte.
Quelque chose bruissait à l’intérieur, et bientôt un scolopendre géant se révéla.
Je répondis par la conscience au scolopendre.
[Pourquoi attaques-tu des villages humains pour les dévorer ? Il existe bien d’autres proies. De plus…]
Me souvenant de la réaction du démon renard, je dis :
[La chair humaine ne vous semble pas si savoureuse, à vous autres ; pourquoi chasser spécifiquement l’homme ?]
Le scolopendre frémit de ses antennes et répondit :
[Chair, humaine. Si je mange, je peux enfanter, progéniture comme moi.]
[Quoi ?]
[Je, suis seul. Les miens n’ont pas, la même intelligence, que moi ; quand j’ai des enfants, ils ont une vie courte.
Avant, j’avais des amis, je pouvais parler. Un jour, des humains qui déplacent les cieux, ont tout pris. Ceux à forte énergie ont été emmenés, et maintenant, moi seul, reste.]
J’écoutai l’histoire du démon scolopendre.
[Alors, j’ai pensé : si je mange des gens avec de l’intellect, ma progéniture aussi, l’aura. Donc, j’ai mangé celles qu’on appelle jeunes filles et garçons en âge de se marier, au sang pur chez les humains.]
Les bêtes démoniaques naissent à l’origine en vivant assez longtemps pour obtenir un Noyau Démoniaque.
Mais combien de temps vivent les bêtes ordinaires ?
En général, pour qu’une bête ordinaire devienne une bête démoniaque, il faut une chance infime, ou bien naître espèce spéciale, comme la Tribu du Tigre Puissant, la Tribu du Saint Peng, ou la Tribu du Dragon Marin.
Cependant, les bêtes démoniaques ordinaires, n’étant pas de telles espèces, n’héritent pas nécessairement de ces traits.
Les cultivateurs qui se marient entre eux ont davantage de chances de transmettre les racines spirituelles à leur descendance.
C’est pourquoi existent les clans de cultivateurs.
Et les bêtes démoniaques ?
On les appelle collectivement ainsi, mais elles sont en réalité des espèces entièrement différentes, et il est incroyablement difficile pour deux individus d’une même espèce de se rencontrer.
Même s’ils s’accouplent, la probabilité de transmettre des traits spirituels est plus faible que chez les cultivateurs humains.
Et cela ne se règle pas en mangeant de la chair humaine.
[…Les manger ne fera pas naître vos petits avec des Noyaux Démoniaques.]
[Non, ils le deviendront !]
[Qui te l’a dit ?]
[Mon instinct ! Les humains, même sans noyaux démoniaques, sont intelligents ! Forcément, si je mange des humains intelligents…]
J’interrompis le scolopendre.
[Il n’existe rien de tel. La seule façon pour tes enfants de devenir comme toi, c’est qu’ils survivent assez longtemps pour s’éveiller, embrasser leur nature spirituelle, et former leurs propres Noyaux Démoniaques.]
[Non ! Les tiens, ceux qui ont de la puissance spirituelle, viennent à moi, disent qu’ils me soutiennent ! Ils me laissent, dévorer le village, demandent ma mue en échange !]
‘On dirait que les clans de cultivateurs ont laissé le scolopendre tranquille en échange de sa mue.’
Pour les clans, la perte d’un ou deux villages mortels est insignifiante, et le scolopendre est étonnamment puissant ; ils ont donc fait semblant de le soutenir, tout en récupérant sa mue.
[Ils t’ont simplement trompé avec leur soi-disant soutien. Leur encouragement ne rendra pas miraculeuse ta descendance.]
[Mensonges ! Ne mens pas ! Assez !]
À mes mots, le scolopendre se tordit brusquement de colère.
[Ma descendance, deviendra toute, moi ! Vous deux, jeune fille pure et garçon, si je vous mange, peut-être possible !]
Rumble !
Le scolopendre tordit son corps et exhala du poison.
Je contra le poison avec ma puissance spirituelle et regarda Buk Hyang-hwa.
— La discussion est vouée à l’échec. Cette créature a déjà dévoré des dizaines de personnes, on dirait…
— Oui, il semble juste de mettre fin à sa vie.
Elle ferma les yeux de peine en voyant les ossements humains qui jonchaient la grotte.
Je saisis mon Épée Sans-Forme et fis un pas vers le scolopendre.
C’est alors que—
Screech !
Le scolopendre poussa un cri, et des milliers de chauves-souris jaillirent des profondeurs de la grotte.
Simultanément, d’autres scolopendres, serpents, scorpions, et une foule de créatures venimeuses rampirent de partout.
Boom !
Le scolopendre me fonça dessus alors que j’ai dégainé l’Épée Sans-Forme, et je fus projeté hors de la grotte.
La créature, sentant ma Force Spirituelle Pure, m’attaqua en premier, et les bêtes venimeuses qu’elle avait convoquées fondent sur elle.
— Mademoiselle Buk, ça va ?
Je cria vers elle, prise pour cible par les venimeuses, et Buk Hyang-hwa activa silencieusement son dispositif de stockage.
Thud, thud !
Thud thud thud thud !
Des dizaines d’artefacts magiques — épées volantes, miroirs, luths, cloches, dagues, roues, métiers à tisser, tambours — et des centaines d’autres jaillissent de son stockage, emplissant l’espace autour d’elle.
— Ne vous inquiétez pas pour moi.
Rumble !
De nombreux artefacts s’activèrent en même temps, émettant de la lumière.
— Je garde toujours mon sac bien fourni.
Tandis qu’elle parlait, les épées volantes et les artefacts fusèrent dans toutes les directions, repoussant les bêtes venimeuses et dispersant de puissants sorts.
— Hah…
Je laissa échapper un rire en la voyant dégainer et disséminer une myriade d’artefacts.
— Pas besoin de s’en faire pour elle.
Je leva mon Épée Sans-Forme, face au scolopendre géant qui répandait une brume toxique devant moi.
[C’est regrettable pour ta progéniture, mais les humains que tu as mangés étaient innocents, et les dévorer n’a rien à voir avec l’éveil de leur nature spirituelle chez tes petits. Pourtant tu t’obstines ; tu ne me laisses pas le choix.]
Whirr !
Je fendis l’air de l’Épée Sans-Forme.
En un instant, la lame se transforma, balayant toute la brume toxique et frappant le scolopendre violemment.
— Solide.
La carapace du scolopendre était très dure.
— Même si j’ai frappé pour dissiper la brume plutôt que pour attaquer, je ne m’attendais pas à ce qu’il encaisse d’un bloc…
Bien sûr, touché par l’Épée Sans-Forme, le scolopendre cracha du sang vénéneux et tituba.
Il n’était clairement pas en bon état.
— Adieu.
Je descendis vers le scolopendre et enfonça l’Épée Sans-Forme dans sa tête.
Boom !
Ce n’était pas vraiment un combat.
Une Épée Sans-Forme de niveau Formation du Noyau.
Pour un démon scolopendre de fin d’Édification du Qi, ce n’est vraiment pas un match.
[Screech, screech…]
Malgré l’épée plantée dans sa tête, le démon se débattit encore quelques fois.
[Ma… progéniture… mes enfants…]
Il murmura et recracha du sang vénéneux un moment.
[Je… ne mourrai pas, si facilement…]
Whirr !
Une onde jaillit de la tête du scolopendre et se propagea alentour.
L’onde atteint les créatures venimeuses qu’il avait convoquées ; celles qui attaquaient Buk Hyang-hwa se dispersèrent soudain dans toutes les directions.
‘À l’instant…’
Connaissant la langue des démons, j’ai compris l’onde qu’il a émise.
‘Ce démon… a ordonné aux bêtes venimeuses de continuer d’assaillir le village.’
À partir de cette nuit, les créatures venimeuses commenceront à attaquer le village.
— Vous en avez fini vite.
— Hmm, Mademoiselle, vous comptez toujours me fabriquer un artefact magique après avoir vu cela ?
— Ahaha, c’est une question d’orgueil pour moi. Je le ferai, c’est certain.
Elle serra les poings et hocha la tête.
— Maintenant que le démon scolopendre est mort, j’ai quelque chose à dire.
Je lui expliqua l’ordre final que le démon avait donné aux bêtes venimeuses.
— Puisque nous avons accepté d’aider, nous devrions aussi nous occuper de ces créatures. Mademoiselle, avez-vous une idée ?
— Hmm…
Après un court moment de réflexion, Buk Hyang-hwa trouva rapidement une solution.
— Ce type de capacité d’injonction dure généralement de trois à cinq mois, six au plus. Alors, nous pouvons installer un artefact protecteur dans le village qui fonctionne environ un demi-an ?
Comme les bêtes venimeuses n’attaquent que la nuit, il suffit de les empêcher d’entrer dans le village la nuit. S’ils tiennent environ six mois, le reste se résoudra naturellement.
— Oh…
Il semble qu’une artisane d’artefacts soit fort utile dans ce domaine.
— C’est une bonne idée.
— Oui, mais…
Elle regarda autour d’elle, dans la grotte, et dit :
— Ramassons les restes, voulez-vous ?
J’appella les gens du village de Seoak, j’extrais le poison de la grotte par un sort, et les laissa entrer pour récupérer les restes de leurs proches.
— Merci, merci infiniment…
Le chef du village, en larmes, récupéra les ossements de son fils, me prit la main et s’inclina profondément.
— Vraiment… merci…
— Ce n’est rien.
J’accueillai calmement la gratitude du chef et l’informe de l’ordre final que le démon avaot donné aux bêtes venimeuses.
— Ça… comment…
— Ne vous inquiétez pas, mon amie ici présente résoudra ce problème en quelques jours.
Je désigna Buk Hyang-hwa, qui reçut elle aussi les remerciements des villageois.
Elle ne comprend pas la langue de Shengzi, mais elle répondit par un sourire chaleureux à la gratitude du chef.
Tous les restes avaient été recueillis.
— Rentrons maintenant au village.
— Un instant, Cultivateur Seo.
— Oui ?
Buk Hyang-hwa pointa le cadavre du démon scolopendre, tombé dans le vallon en contrebas.
— Pourriez-vous m’accompagner là-bas ?
— Bien sûr.
Nous approchons du corps du démon.
— Avez-vous besoin de quelque chose ? Oh, vous cherchez des matériaux pour votre artefact ?
— Euh…
Elle contempla le démon un moment, puis esquissa un pâle sourire.
— Non, ce n’est pas ça. Je pensais… l’enterrer, lui aussi.
Buk Hyang-hwa s’approcha du scolopendre et poursuivit :
— Après tout, ce démon était une mère pour ses petits. Certes, c’était un démon abominable qui dévorait des mortels innocents, mais c’est un amour maternel qui guidait ses actes, si bien qu’il est difficile de le considérer comme “purement mal”. Et puis…
Elle tripota son norigae de jade en parlant.
— D’une certaine manière, il me rappelle ma propre mère.
— Je comprends. Enterrons-le ensemble.
Nous utilisons en même temps des sorts de terre pour ensevelir le démon.
Puis, Buk Hyang-hwa sortit un bracelet de verre de son stockage et le posa sur la tombe.
— On dit qu’à Byeokra, on dépose des objets de verre sur la tombe des défunts…
— Allons-y maintenant.
— Oui.
Je suivis Buk Hyang-hwa, jetant un dernier regard à la tombe qu’elle avait faite pour le démon, avec le bracelet de verre qui scintillait au sommet.
Le village de Seoak était à la fête.
Après avoir recueilli les restes des défunts et une période de deuil, l’absence de peur et la perspective de ne pas devoir fuir le village semblèrent remonter grandement le moral des habitants.
— Nous prévoyons une modeste fête du village, en l’associant à une cérémonie commémorative pour les défunts. Les deux immortels accepteraient-ils de nous honorer de leur présence ?
Je transmis les mots du chef à Buk Hyang-hwa, qui, curieuse, accepta d’y assister.
— Mademoiselle Buk accepte de participer.
— Entendu. Et vous, Maître Immortel… ?
me demanda le chef du village.
— Dois-je y participer… ?
N’ayant pas d’intérêt particulier pour les fêtes, j’hésitai.
— Si votre compagne y va, pourquoi hésiteriez-vous, Maître ? Hé hé.
— …Nous ne sommes pas exactement des compagnons.
— Oh, je vois. Vous n’êtes pas encore mariés ?
— Non, Mademoiselle Buk est en fait fiancée à quelqu’un.
— Oh, je vous prie de m’excuser.
— Ce n’est rien. Pendant que vous préparez la fête, je garderai les abords du village contre l’intrusion des bêtes venimeuses.
Après avoir expliqué la fête à Buk Hyang-hwa, je me rendis aux abords du village.
Le soleil était sur le point de se coucher.
— Hmm ?
À cet instant, j’aperçus une fillette à l’extérieur du village, tenant un livre.
— Enfant, retourne au village. La fête va commencer.
— Oh, Maître Immortel.
L’enfant me regarda et répondit :
— J’attends ma grande sœur. Elle a dit qu’elle revient bientôt.
— Vraiment ? Où est allée ta sœur ?
— Ma sœur est partie par-delà cette montagne ! Elle a dit qu’elle reviendra après avoir travaillé chez une riche famille de l’autre côté !
La montagne que montrait l’enfant est celle où vivait le scolopendre.
— ……
Je contemplai l’enfant qui serrait innocemment son livre en attendant ; ne sachant que dire, je me tus un moment.
— Au fait, c’est quel livre ?
— Oh, c’est un livre rempli d’histoires anciennes. Ma sœur a dit qu’elle me le lirait à son retour, alors je l’attends ici.
Je regarda l’enfant avec un pincement au cœur.
— Il se fait tard, rentre donc à l’intérieur.
— Je vais attendre encore un peu. Les adultes du village ont dit : “Beaucoup sont revenus aujourd’hui.” Ma sœur va revenir aussi.
— Enfant. Laisse-moi te lire le livre.
— Hum… Je voulais que ce soit ma sœur qui me le lise…
— Je suis un immortel, n’est-ce pas ? Si je te le lis, cela t’apportera des bénédictions.
L’enfant me regarda avec des yeux candides et demanda :
— Vraiment ?
— Bien sûr.
— Alors, s’il vous plaît, lisez-le.
Je pris le livre de contes des mains de l’enfant et, grâce à un sort de terre, je souleva un peu de sol pour façonner des chaises sur lesquelles nous asseoir.
— Waouh…
— C’est amusant, n’est-ce pas ? Assieds-toi. Je te lis.
J’ouvris le livre de contes.
Puis, sentant mes globes oculaires sur le point de jaillir, je laissa échapper un hoquet.
— Qu… !
Sur la première page du livre, figurait un sous-titre :
[Chapitre Premier, le Conte des Crépusculaires].
