Le Monde des Arts Martiaux | Martial World | 武极天下
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Chapitre 1 – Lin Ming

La Maison Martiale des Sept Véritables se trouvait au pied des majestueuses Montagnes Zhou, en périphérie de la Ville du Grand Avenir, capitale du royaume éponyme. Fondée par les Sept Profondes Vallées, une secte vieille de plus de six cents ans, c’était la seule école d’arts martiaux de ce clan à travers tout le pays.

De par son prestige, elle possédait un nombre considérable de compétences martiales de valeur, et les professeurs qui y enseignaient étaient eux-mêmes de grands maîtres. Les jeunes aspirants du royaume la regardaient tous comme un véritable éden. Naturellement, les conditions à remplir pour espérer avoir une chance d’y entrer représentaient une montagne infranchissable pour la très vaste majorité d’entre eux. Disons que pour un individu capable de se qualifier, un million d’autres échouaient.

Sous la chaleur torride de l’été, dans la forêt bordant les contreforts des Montagnes Zhou, un jeune garçon se tenait face à un arbre immense à l’allure grenue, le torse dénudé et les mains enveloppées dans des bandes de tissu. Ses poings volaient l’un après l’autre en heurtant le tronc de l’arbre avec force.

Ping !

Ping !

L’écho de ces coups se propageait aux alentours, tandis que l’épaisse couche d’écorce s’enfonçait à vue d’œil en révélant la texture plus claire du bois. Des traces de sang apparaissaient ci et là.

Ce jeune garçon se prénommait Lin Ming et possédait un talent martial de grade trois.

La moitié des habitants du Royaume du Grand Avenir ne présentait pas la moindre aptitude à la pratique des arts martiaux. Quant à l’autre moitié, près de quatre-vingts pour cent d’entre eux disposaient d’un médiocre talent de grade un qui, peu importe leurs efforts, ne les mènerait jamais nulle part. Un dixième de ceux restants possédaient généralement un talent martial de grade deux. Avec de la diligence et une pratique assidue, ils pouvaient espérer obtenir un semblant de résultat au cours de leur vie, sans pour autant avoir aucune chance de devenir un jour ‘maître des arts martiaux’.

Le talent de grade trois de Lin Ming pouvait donc être considéré comme de haut niveau. Quelqu’un de vantard aurait pu prétendre qu’il appartenait à la crème de la crème. Mais même avec un tel pareil, rejoindre la Maison Martiale des Sept Véritables s’annonçait difficile, voire impossible ; et Lin Ming le savait parfaitement.

Ils avaient pris la décision, avec son amie d’enfance la belle Lan Yunyue – elle aussi talent martial de grade trois – de prendre part à l’examen d’entrée de la Maison Martiale du Grand Avenir ; même si celle-ci n’arrivait pas à la cheville de la Maison Martiale des Sept véritables.

La Maison Martiale du Grand Avenir, comme son nom pouvait le laisser penser, était l’école d’arts martiaux du royaume. Sa création remontant tout juste à un siècle, elle ne possédait par conséquent qu’un héritage de techniques et de connaissances très limité. Les compétences martiales jouaient un rôle incontournable dans la puissance des artistes martiaux. Compléter la dernière étape de la Transformation du Corps — la Condensation de l’Impulsion — sans l’aide d’un manuel d’entraînement de suffisamment bon niveau relevait davantage du fantasme que de la réalité, sans parler des stades de cultivation supérieurs.

La Condensation de l’Impulsion représentait l’étape ultime, le rêve d’une vie pour une large majorité de pratiquants, mais c’était aussi et avant tout le premier tournant décisif le long de la voie des arts martiaux. Atteindre la Condensation de l’Impulsion revenait à repousser la mort de plusieurs décennies. Sans compter que, quiconque y parvenait se voyait attribuer un titre de noblesse, synonyme d’une vie prospère et véritable bénédiction pour ses descendants.

Mais c’était précisément là que le bât blesse pour la Maison Martiale du Grand Avenir, dans sa capacité à fournir à ses élèves un environnement adéquat pour surmonter l’ensemble des étapes de la Transformation du Corps.

Le cœur de Lin Ming battait pour les arts martiaux. Il rêvait donc lui aussi naturellement de rejoindre la Maison Martiale des Sept véritables. Si son talent s’avérait insuffisant, il ne pourrait plus compter que sur sa diligence et sa persévérance pour impressionner les examinateurs. Dans tous les cas, ses espoirs étaient minces. 

Un échec impliquerait six mois d’une attente inutile avant qu’une autre occasion ne se présente. Soit, de manière assez paradoxale, bien trop longtemps pour un artiste martial de son âge.

Dans cette situation, et puisqu’il l’avait promis à Lan Yunyue, Lin Ming s’était résigné à rejoindre la Maison Martiale du Grand Avenir.

Ces deux-là avaient grandi ensemble, joué ensemble, s’étaient entraînés ensemble et, bien qu’encore trop jeunes pour envisager de se marier, ils n’en éprouvaient pas moins des sentiments l’un pour l’autre. De leur côté, les parents de Lin Ming s’étaient déjà faits à l’idée, et Lan Yunyue bénéficiait de toute leur affection. Les portes de leur maison lui étaient grandes ouvertes et elle venait régulièrement dîner chez eux.

Le lien affectif qui l’unissait à Lin Ming était fort, et seule une fine feuille de papier les séparait encore. Feuille de papier qui ne manquerait pas de se déchirer avec les années, pour laisser libre cours à leur amour.

Lin Ming attachait une grande importance à la promesse qui les liait l’un à l’autre et, peu importe l’école, il était déterminé à se battre pour atteindre la Condensation de l’Impulsion.

Cependant, le jour de l’examen d’entrée de la Maison Martiale du Grand Avenir, Lan Yunyue ne se présenta pas.

Lin Ming pensa d’abord qu’elle avait eu un empêchement, et c’est seulement par la suite qu’il découvrit la réalité, Lan Yunyue avait rejoint la Maison Martiale des Sept Véritables. Zhu Yan, jeune maître talentueux de la plus illustre famille de la Ville du Mûrier vert, s’était arrangé pour la faire entrer ; probablement à l’aide de ses nombreuses relations.

Malgré son jeune âge, Lin Ming avait déjà accompagné ses parents en dehors de la ville à de nombreuses reprises et possédait une maturité supérieure à celle de ses pairs. Il savait pertinemment ce que ce genre de faveur impliquait.

Pour une famille comme les Zhu, le talent martial importait bien davantage que l’apparence au moment de choisir une épouse ; une femme au talent élevé ayant plus de chance de donner naissance à un génie des arts martiaux. Lan Yunyue représentait donc une partenaire de choix, et ce malgré ses origines modestes.

La Famille Zhu lui aurait probablement préféré quelqu’un au talent supérieur, mais sa beauté et son talent singulier avaient conquis Zhu Yan.

S’agissant d’elle, la différence entre les maisons martiales du Grand Avenir et des Sept Véritables était pareille au soleil et à la lune. Seule la seconde pouvait lui offrir la gloire, l’honneur et la réussite. C’était d’autant plus vrai en ce qui concerne l’étape de la Condensation de l’Impulsion et les décennies de vie supplémentaires qui l’accompagnait. Personne ne pouvait résister à une telle tentation.

Quelle jeune fille aurait refusé les avances de Zhu Yan face à des perspectives aussi séduisantes ? Que n’avait-il pas pour lui après tout ? Il était beau, originaire d’une famille prospère et influente, et son futur s’annonçait nettement plus radieux que celui de Lin Ming.

Ce dernier le comprenait parfaitement, mais c’eût été un mensonge de dire que ça ne l’affectait pas pour autant. Ébranlé, il était resté enfermé dans sa chambre pendant trois jours. Lorsqu’il en ressortit enfin, c’était changé à jamais. Son quotidien ne s’articulait désormais plus qu’autour de son entraînement, il mangeait, dormait et s’entraînait dur ; avec une intensité nouvelle.

Il avait déjà la ferme intention d’atteindre la Condensation de l’Impulsion et de continuer vers de plus hauts sommets de cultivation avant que Lan Yunyue ne l’abandonne, et il n’en était pas autrement à l’heure actuelle. Si quelques doutes pouvaient encore subsister par le passé, sa détermination à suivre la voie des arts martiaux était désormais plus forte que jamais.

Il prendrait part à l’examen d’entrée de la Maison Martiale des Sept Véritables, peu importe les difficultés qui l’attendaient.

Ping !

Ping !

Le son fracassant des poings heurtant la fibre du bois résonnait sans cesse à travers la forêt. Cet arbre s’appelait Arbre de Fer. Non seulement cette essence possédait une couche d’écorce particulièrement résistante, mais aussi de formidables propriétés régénératives. Les novices l’utilisaient volontiers pour leur entraînement.

Lin Ming finit par s’épuiser à force d’envoyer des coups de poing. Exténué, il s’assit sur un rocher et attrapa un sac qui traînait au sol. Il y attrapa une poignée d’herbes qu’il vint frotter contre ses phalanges. L’usage régulier de cataplasmes et autres traitements à base de plantes médicinales était indispensable dans la pratique des arts martiaux. Ne pas s’y astreindre revenait à prendre le risque de laisser des blessures internes apparaître avec le temps ; blessures internes qui, une fois en trop grand nombre, pouvaient causer une infirmité, voire même la mort.

La plante en question que Lin Ming venait d’utiliser s’appelait Herbe Fils de Fer. Car au-delà des vertus cicatrisantes du jus qu’on obtenait en l’écrasant, son application s’accompagnait d’une sensation très désagréable, comparable à des fils de fer frottant sur les plaies.

Endurant la douleur en serrant les dents, Lin Ming replongea la main dans son sac à dos pour y attraper un bout de tissu blanc dont il se servit comme bandage.

À vrai dire, il existait bon nombre de plantes à l’efficacité supérieure à celle de l’Herbe Fils de Fer et aux effets secondaires moindres, mais elles coutaient aussi nettement plus cher. À tel point que Lin Ming ne pouvait pas du tout s’en procurer.

Ses parents géraient un restaurant dans la Ville du Mûrier Vert ; restaurant qui ne leur appartenait pas à eux, mais à la Famille Lin.

Bien qu’ils partagent le même patronyme, plusieurs générations séparaient Lin Ming et ses proches de la branche principale de la Famille Lin. Toutefois, dans un souci de gestion de leurs affaires, il n’était pas rare que les Lin placent des membres éloignés de la famille à la tête de petits commerces. Chaque année, les parents de Lin Ming recevaient un revenu fixe, auquel s’ajoutaient parfois des commissions selon les résultats. Ils disposaient donc de quoi vivre confortablement, mieux d’ailleurs qu’une large partie de la population, mais c’était loin d’être suffisant pour permettre à leur fils de poursuivre la voie des arts martiaux.

À l’origine, ils espéraient que Lin Ming leur succède et reprenne les rênes du restaurant, mais face à la ferveur et au dévouement dont il faisait preuve dans son entraînement, ils décidèrent de lui laisser sa chance. Ainsi, l’ensemble de leurs économies s’évaporèrent dans l’achat de remèdes en tout genre, sans qu’il parvienne pour autant à dépasser la première étape de la Transformation du Corps.

Transformation du Corps qui représentait le premier palier de cultivation pour ceux qui empruntaient la voie des arts martiaux. Visant principalement le renforcement du corps, ce premier palier se découpait comme suit en six étapes distinctes : Entraînement Musculaire, Entraînement de la Chair, Entraînement des Entrailles, Transformation Musculaire, Façonnage Osseux, Condensation de l’Impulsion. Après quoi, une fois ces six premières étapes franchies avec succès, vous pouviez vous attaquer au Houtian.

Le jus de l’Herbe Fils de Fer appliqué sur ses plaies, Lin Ming s’accorda une sieste d’une heure pour laisser ses blessures absorber les propriétés médicinales de la plante. Une fois remis, il s’apprêtait à reprendre son entraînement lorsqu’un jeune garçon grassouillet débarqua, une épée longue à la taille. Apercevant Lin Ming, il l’interpella avec un large sourire : « Frère Lin, c’est aujourd’hui qu’ont lieu les inscriptions pour l’examen d’entrée de la Maison Martiale des Sept Véritables. Ne me dis pas que tu as oublié ? Qu’est-ce que tu fais encore ici à renforcer tes poings ? »

Ce jeune garçon s’appelait Lin Xiaodong et était un tout petit peu plus jeune que Lin Ming. Ayant grandi ensemble, un lien de fraternité très fort les unissait.

Lin Xiaodong appartenait à la branche principale de la Famille Lin, mais les descendants directs étaient répartis en plusieurs ‘rangs’ et il appartenait probablement au plus bas d’entre eux. Ses parents géraient un commerce tout comme ceux de Lin Ming, dont ils étaient d’ailleurs très proches.

Dès qu’il vit Lin Xiaodong, Lin Ming reporta son attention sur le tronc d’arbre.

« Il y aura trop de monde à la première phase des inscriptions et je n’ai pas envie de faire trois heures de queue. Ce serait une perte de temps d’y aller maintenant.

     — Bon sang ! tu ne peux pas t’arrêter cinq minutes ? » s’exaspéra Lin Xiaodong en approchant. Son regard se posa sur les marques et le sang laissés sur le bois, puis sur les bandages qui enserraient les mains de Lin Ming, et il laissa échapper un soupir agacé.

« T’es vraiment fou ! L’Herbe Fils de Fer ne suffira pas vu comment tu t’entraînes. Crois-moi, tu finiras par perdre ta main à ce rythme. »

Lin Ming resta silencieux. La voie des arts martiaux n’était rien d’autre qu’une lutte permanente contre les cieux. Atteindre la Condensation de l’Impulsion avec son talent martial de grade trois s’annonçait comme un défi d’une incroyable difficulté. Il n’y parviendrait pas sans donner tout ce qu’il pouvait tant qu’il était encore jeune. L’accumulation de blessures internes allait très probablement finir par causer des ravages, mais s’il réussissait avant que la situation ne soit vraiment critique, alors, une fois à la Condensation de l’Impulsion, il atteindrait le renforcement primaire du corps et ses blessures disparaitraient.

C’était une bataille de tous les instants, mais aussi un pari, dans lequel sa vie était en jeu.

Lin Xiaodong soupira en sortant un paquet de sa poitrine.

« Tiens, mon frère ! » dit-il en le tendant à Lin Ming une fois déballé.

L’intéressé se retourna et fut surpris d’apercevoir un ginseng couleur sang reposer dans les étoffes. À en juger par son apparence, cette souche de ginseng datait d’un siècle au moins. C’était une précieuse ressource médicinale utilisée pour soigner les blessures et nourrir le sang. Une tranche fine suffisait pour chaque utilisation, et ses effets étaient tout à la fois doux et puissants. Ce ginseng valait probablement aux alentours de cent cinquante taels d’or, soit l’équivalent des revenus annuels des parents de Lin Ming.

« Je ne peux pas l’accepter », dit-il en secouant la tête.

Ils avaient beau être comme deux frères, ce Ginseng de Sang valait tout simplement trop d’argent.

La famille de Lin Xiaodong n’occupait pas une place d’importance chez les Lin et, quoique sa situation soit meilleure que celle de Lin Ming, il n’en était pas riche pour autant.

Peu enclin à laisser tomber, il déposa le Ginseng de Sang dans les mains de Lin Ming en lui disant : « Je l’ai acheté pour toi. Tu sais bien comment je m’entraîne, je passe davantage de temps à me reposer qu’autre chose. Même pas la peine de mentionner mes blessures physiques, elles n’ont jamais été que superficielles. Ce serait vraiment du gâchis que je l’utilise. Tu ne voudrais pas que je l’aie acheté pour rien ? Nous n’avons pas les mêmes ambitions, mon frère. J’aspire simplement à conserver ma position de descendant direct de la Famille Lin. Tant que je ne perds pas mon statut et que je peux le transmettre à mes enfants, alors je serais satisfait. »

Lin Ming resta silencieux un moment avant de se décider à le garder.

« Très bien, dit-il, j’accepte ce Ginseng de Sang. Et pour me montrer digne de ce cadeau, j’atteindrai la Condensation de l’Impulsion quoi qu’il advienne !

     — Ha, ha ! je préfère ça. Non seulement tu dois atteindre la Condensation de l’Impulsion, mais arrange-toi aussi pour faire mordre la poussière à ce fils de pute de Zhu Yan ! Cet enfoiré sévit depuis trop longtemps !

     – Zhu Yan… » laissa échapper Lin Ming entre les dents.

Non seulement il faisait déjà partie de la Maison Martiale des Sept Véritables, mais en plus en tant que disciple de haut rang du Domaine Céleste. Sa cultivation atteignait déjà le sommet de la troisième étape de la Transformation du Corps, l’Entraînement des Entrailles.

Lin Ming ne s’était pas moins fixé comme objectif de le vaincre ; non pas tant pour se venger de Lan Yunyue, mais plutôt comme un défi à accomplir dans sa poursuite de la voie des arts martiaux. Repousser continuellement ses limites et gravir les montagnes les unes après les autres, voilà en quoi consistait la vie d’un artiste martial. Quant à Zhu Yan, il occupait la position honorable de premier adversaire à abattre.

Un groupe d’édifices en tout genre s’étendaient sur près de trente kilomètres au pied des Montagnes Zhou. Cette zone toute entière appartenait à la Maison Martiale des Sept Véritables. Une foule importante se massait sur une place attenante à l’entrée principale de l’école, car aujourd’hui se tenaient les inscriptions pour l’examen d’entrée à venir.

Arrivés volontairement en retard, Lin Ming et Lin Xiaodong comprirent rapidement qu’ils avaient sous-estimé le nombre de personnes qui, comme eux deux, cherchaient à s’inscrire. L’ensemble des candidats étaient alignés sur trois colonnes s’étendant chacune sur plusieurs dizaines de mètres. Vu la situation, ils allaient probablement devoir faire la file pendant une bonne heure.

« On va devoir attendre, soupira Lin Xiaodong en s’insérant dans la queue.

     — Mm, il semblerait, acquiesça Lin Ming.

     — Eh ! regarde, il n’y a presque personne là-bas », s’exclama Lin Xiaodong en pointant du doigt vers une petite porte non loin, devant laquelle patientait une poignée d’individus. Plus surprenant encore, un tapis rouge recouvrait le sol à cet endroit.

« Réservé à la noblesse, c’est écrit sur le panneau juste là », lui fit remarquer Lin Ming.

Puisque la maison martiale se trouvait sur les terres du Royaume du Grand Avenir, et puisqu’elle avait été construite à l’aide des matériaux et des ressources locales, la secte accordait tout naturellement certains privilèges aux nobles du pays. En réalité, la noblesse gérait une grande partie des affaires de l’école. C’était le cas, par exemple, de cette journée d’inscription à l’examen d’entrée.

« Fait chier », murmura Lin Xiaodong, agacé. Les titres de noblesse étaient héréditaires et seule la famille royale pouvait les accorder. Bien qu’aisés, les Lins n’en restaient pas moins des roturiers.

Lin Xiaodong maudissait ces privilégiés pour faire passer sa frustration, lorsque les battants en bois s’ouvrirent. Deux jeunes hommes apparurent en trombe dans l’encadrure de la porte. L’un d’eux, tout de bleu vêtu, portait une épée longue à sa ceinture et une broche dorée dans les cheveux. Il était particulièrement beau et élégant.

« Zhu Yan ! » murmura Lin Ming en grimaçant.

Une des filles Zhu s’était mariée avec un membre de la famille royale et occupait désormais le statut prestigieux de première concubine du roi. Renforcés par cette position au cœur du pouvoir, les Zhus étaient parvenus à se hisser au sommet de la Ville du Mûrier Vert. Ils avaient également été ennoblis, sans quoi Zhu Yan n’aurait jamais pu aider Lan Yunyue à rejoindre la Maison Martiale des Sept Véritables.

« Super ! Il ne manquait plus qu’on tombe sur ce type ! » pesta Lin Xiaodong.

Zhu Yan marchait côte à côte avec l’autre jeune homme. À leur passage, quelques-uns des nobles qui attendaient à l’extérieur décidèrent de les suivre. Zhu Yan emmenait visiblement l’autre jeune homme s’inscrire. À ce rythme, la rencontre avec Lin Ming s’annonçait inévitable; et il ne risquait pas d’en sortir gagnant vu sa force et sa situation actuelle. Il n’en était pas moins hors de question pour lui de fuir en baissant la tête et il les regarda donc calmement approcher.

Zhu Yan s’arrêta très brièvement lorsqu’il remarqua leur présence. Surpris au premier abord, il fronça aussitôt les sourcils. Cette rencontre inattendue ne le réjouissait pas le moins du monde. Lan Yunyue était désormais sienne, mais elle refusait toutes ses avances en prétextant qu’elle préférait attendre leur mariage. Lin Ming conservait manifestement une place dans son cœur, sans parler des scrupules qui la rongeaient. En définitive, elle avait uniquement suivi Zhu Yan dans l’espoir de rejoindre la Maison Martiale des Sept Véritables. Mais ce dernier, de son côté, ne pouvait tolérer que le cœur de sa promise appartienne à un autre homme.

« Lin Ming, j’ai juste ? l’interpella-t-il en arrivant à sa hauteur. Quelle surprise ! Qu’est-ce que tu fais là ? Ne me dis pas que tu espères réussir le test d’entrée ? Toi, avec ton niveau de cultivation insignifiant ! »

Le sens de sa phrase était évident, il ne le laisserait jamais rejoindre la maison martiale. Lin Ming ne représentait aucune menace pour lui, mais Lan Yunyue ne pourrait pas l’oublier s’ils se croisaient régulièrement dans l’école.

« C’est mon problème que j’arrive ou non à passer l’évaluation ! Et je suis ici parce que je poursuis la voie des arts martiaux.

     — La voie des arts martiaux ? Un simple talent à peine au-dessus de la moyenne tel que toi ose clamer ‘poursuivre la voie des arts martiaux’ ? Insolence ! »

Zhu Yan eut tout juste terminé de parler que ses doigts émirent un craquement et, l’instant d’après, répondant à l’appel de son maître, son épée sortit avec élan de son fourreau. Zhu Yan l’agrippa dans la foulée et fendit l’air. Un son perçant retentit, tandis qu’un faisceau d’énergie d’épée à peine visible vint réduire de moitié le feuillage d’un arbre voisin.

De nombreuses branches tombèrent dans un bruit sourd, suivies par une pluie de feuilles. Toutes les personnes alentour regardaient fixement la scène en écarquillant les yeux. La plupart d’entre eux étaient plus ou moins du même âge que Zhu Yan, ou à peine plus jeune. Pourtant, les prouesses martiales de ce dernier les ridiculisaient déjà tous.

Zhu Yan espérait produire un choc chez Lin Ming avec son coup d’épée, en lui montrant la disparité qui les séparait.

« J’ai un talent martial de grade quatre et j’ai commencé à m’entraîner dès l’âge de douze ans, en ayant accès à tous les remèdes et toutes les ressources que je voulais. J’ai récemment rejoint la faction des épéistes du Domaine Céleste et je suis au sommet de la troisième étape de la Transformation du Corps. Malgré tout ça, j’en suis à peine au début du voyage. Et toi, un minable tout juste à l’Entraînement Physique, tu oses me parler de la voie des arts martiaux ? Laisse-moi rire ! »

Le ton arrogant de Zhu Yan fit sortir lin Xiaodong de ses gonds : « Tu as deux ans de plus que nous, de quoi est-ce que tu te vantes ? Je te balayerais d’une seule main si la situation était inversée ! »

Zhu Yan se tourna aussitôt vers lui d’un air sévère. Il fit un pas en avant et laissa exploser toute l’énergie contenue dans son corps.

« Qui es-tu ? asséna-t-il sèchement.

     — Je… » Les mots de Lin Xiaodong restèrent bloqués dans sa gorge face à l’aura oppressante qui émanait de Zhu Yan. Dans un léger mouvement de recul, il porta sa main à la poitrine et déglutit nerveusement : « Ce Jeune Maître se nomme Lin Xiaodong, et tu ferais bien de t’en souvenir !

     — Lin Xiaodong ? Humph ! fit-il d’un air méprisant. Les Lin qui peuvent se permettre de m’adresser la parole se comptent sur les doigts d’une main. Qu’est-ce qui te fait croire qu’un bouffon comme toi peut m’interpeller de la sorte ? D’ailleurs, ça vaut aussi pour toi, Lin Ming ! Nos chemins ne se seraient jamais croisés sans Lan Yunyue, alors laisse-moi te donner un conseil, à chaque homme de connaître ses propres limites. Lâche l’affaire, elle est trop bien pour toi. »

Les belles femmes avec un talent martial de grade trois et de l’allure ne couraient certainement pas les rues dans la Ville du Mûrier Vert. De tels oiseaux rares apparaissaient seulement dans les plus grandes et anciennes familles. Mais ces familles passaient plus de temps à se quereller qu’autre chose, alors comment pourraient-elles laisser une de leurs talentueuses jeunes femmes s’en aller renforcer les rangs de leurs rivaux ? Ainsi, leurs chefs exigeaient généralement que l’homme se marie dans leur famille. Ce qui expliquait le sens de la phrase de Zhu Yan.

« Tenez, mille taels d’or ! Et que je ne vous revoie plus ! » commanda-t-il  en sortant une pile de billets dorés de sa manche.

Les gens alentour restèrent sans voix. Mille taels d’or, cela représentait une somme d’argent considérable; suffisamment pour qu’un artiste martial à la Transformation du Corps puisse utiliser des herbes médicinales de qualité supérieure pendant deux à trois ans.

« Mille taels d’or ? Tu nous prends pour des mendiants ? » dit Lin Xiaodong en s’apprêtant à repousser la pile de billets. Pour dire vrai, il cherchait avant tout à sauver les apparences. Car une somme pareille était loin d’être négligeable, même pour lui !

Zhu Yan fit un geste rapide de la main et une puissante vague d’énergie le repoussa brusquement. Son regard froid se posa ensuite sur Lin Ming, dans l’attente d’une réponse.

L’intéressé inspira profondément, avant de prendre la parole sur un ton lent, mais emplit d’ardeur : « Zhu Yan, je ne rivalise pas plus avec toi par mon talent que par mes origines familiales. Mais la cultivation martiale ne dépend pas seulement de ces deux facteurs. Il y en a un autre, nettement plus important encore… le cœur de l’artiste martial !

Tu pratiques les arts martiaux par vanité, pour le statut et les richesses ; tandis que je le fais dans le seul but de poursuivre la voie des arts martiaux. Le talent, le pouvoir ou l’argent n’ont rien à voir là-dedans, seule la dévotion compte. C’est une voie pour ceux dont le cœur bat uniquement pour les plus hauts sommets, pour percer à jour les secrets de ce monde. Un jour viendra où je te surpasserai. » Lin Ming appuya chacun des mots de cette dernière phrase, comme s’il prononçait un verdict ou un jugement. Si bien que tout le monde put parfaitement l’entendre autour d’eux.

Un talent martial de grade trois voulait courir après un autre de grade quatre, alors même qu’ils venaient tous deux de milieux très différents… Ce gamin devait être fou !

Zhu Yan resta abasourdi un bref instant, avant d’éclater de rire.

« Parfait ! Eh ! bien je t’attendrai ! »

Là-dessus, il rangea la pile de billets dorés dans un pli de sa tunique et l’épée regagna son fourreau. Alors, l’air grave, il regarda Lin Ming droit dans les yeux l’espace de quelques secondes, avant de s’en aller.

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