Norden
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Chapitre 13 –

 

L’horloge de la mairie indiquait dix-sept heures lorsque la jeune femme regagna le stand. Beaucoup de monde était attroupé sur la grande place, l’orchestre battait son plein et de nombreuses personnes dansaient au rythme des mélodies.

Bernadette salua son retour, elle commençait à ranger ses affaires. Pratiquement tout avait été vendu et elle avait donné les derniers morceaux de gâteau restants aux enfants. En effet, Ambre vit Adèle et ses amis en train de grignoter avec appétit un bout de tarte. La petite avait l’air heureuse et s’amusait à danser sur le rebord de la fontaine tout en faisant tournoyer sa robe blanche. Elle dansait au son de la musique, d’un pas léger et gracile. Ferdinand l’accompagnait, dansant à ses pieds. Il la prit par la main et la fit valser, la petite écartait les bras et riait aux éclats. La jeune femme ne put s’empêcher de sourire, cela lui rappelait la relation qu’elle avait autrefois avec Anselme ; une belle relation amicale, simple et insouciante !

Bernadette la sortit de sa rêverie et lui donna quelques pièces pour la récompenser de son service. Elle prit alors sa charrette et partit rejoindre son logis.

Ambre, qui n’avait plus vraiment de choses à faire, se positionna devant la mairie et contempla la scène, accoudée au socle de l’une des statues de lion. Les gens dansaient avec énergie. Le spectacle offrait une farandole de couleurs tant les robes et les tuniques avaient des formes et des motifs variés et scintillaient au soleil. Le parfum qui se dégageait dans l’air était exquis, mélange de notes florales et fruitées. Il régnait ici une belle harmonie, Ambre profitait de cet instant de légèreté si particulier.

Finalement, il y a quand même quelques bons côtés à vivre ici.

Adèle vint rejoindre sa sœur, accompagnée de Ferdinand et de Louis ainsi que d’une petite fille aranéenne aux cheveux châtains et bouclés.

Ambre ! Puis-je passer la nuit chez Ferdinand ? Demanda-t-elle. Sa maman est d’accord !

L’aînée regarda le garçon. Celui-ci était tout sourire, ses petits yeux fendus en amande lui donnaient un air espiègle.

Je n’y vois pas d’inconvénient, finit-elle par répondre. Par contre, je veux que tu sois sage et que tu te comportes bien, c’est d’accord ?

Adèle, tout heureuse, se mit au garde-à-vous et déclara d’un ton solennel :

Oui chef ! C’est promis !

Sur ce, elle partit à la suite de Ferdinand et de ses deux amis en direction de Varden.

La jeune femme remarqua que Meredith bavardait en compagnie de sa sœur, elles étaient accompagnées de plusieurs hommes. Elle voyait les deux sœurs minauder, se comportant comme de jolies poupées polies et courtoises.

Ambre gloussa. Décidément, peu importe la condition ou la culture de chacun, jamais personne n’est vraiment épanoui ou adapté à son milieu. Quelle ironie !

Elle n’était donc pas la seule à souffrir, chacun portait en lui son fardeau. Même les aranéens…

Elle vit que la jeune duchesse regardait furtivement dans sa direction. Celle-ci lui adressa un clin d’œil tandis qu’Ambre la gratifia d’un sourire du bout des lèvres.

C’est rare de te voir aussi souriante ! Déclara une voix grave juste à côté d’elle.

Ambre tourna la tête et vit Anselme, debout à sa droite, la main gauche fermement appuyée contre sa canne. Le jeune homme avait le coin de la lèvre légèrement retroussé, lui dessinant une subtile fossette.

Bonjour Anselme ! Comment vas-tu ?

Plutôt bien, la journée est à la fête et à la légèreté à ce que je vois. Je suis agréablement surpris de voir autant de monde. Même le Duc von Hauzen qui d’ordinaire n’est pas très démonstratif en public, a l’air ravi !

Ambre porta son regard vers l’estrade et remarqua l’homme en train de discuter joyeusement avec ses partisans, tout en faisant de grands gestes pour accompagner ses paroles.

Excuse-moi de ne pas avoir répondu à ta lettre, fit-elle. Je n’ai pas su trouver les mots.

Ma lettre n’exigeait pas de réponse. Je tenais juste à t’exprimer le fond de ma pensée. Je ne veux pas te savoir en difficulté, ni toi ni la petite Adèle ! Je veux juste que tu saches que tu peux compter sur moi maintenant !

Elle gloussa et hocha la tête :

C’est très gentil à toi ! Mais je pense pouvoir m’en sortir sans trop de peine… Du moins jusqu’à cet hiver.

Après quelques instants, l’orchestre entama une nouvelle mélodie, une valse en trois temps. Anselme posa sa canne contre le mur, regarda Ambre et lui tendit la main.

Tu… Tu es sûr de toi ? Bégaya-t-elle, surprise.

Ne t’inquiète pas ! Suis mes pas et ne te concentre sur rien d’autre que la musique. Répondit-il calmement.

C’est que… Je ne suis même pas habillée pour l’occasion et ça fait des années que je n’ai pas dansé !

Ne t’en fais donc pas pour ça ! La rassura-t-il.

Anselme avait toujours la main tendue vers elle. La jeune femme, troublée, lui donna la sienne et tous deux se dirigèrent sur la piste. Le garçon se tint debout et fit face à sa partenaire. Il passa sa main gauche dans celle de sa cavalière et posa sa main droite sur le bas de son dos tandis qu’elle posa la sienne sur son épaule. Il avança d’un pas lent, menant la danse. Ambre se laissa guider par sa gestuelle, plutôt gracile pour quelqu’un d’infirme. Ils entamèrent la valse, entourés par d’autres couples.

C’est drôle, je ne t’imaginais pas aussi ridiculement petite, railla-t-il en se penchant vers elle. Tu ne dois pas voir grand-chose de ta… Aoutch !

Oh ! Excuse-moi, dit-elle, mesquine, en lui ayant écrasé malencontreusement le pied. Je n’ai pas fait ça depuis des années, je suis un peu rouillée, tu sais !

Il n’y a pas de mal ma chère rouquine, répondit-il en la serrant un peu plus par la taille.

La jeune femme avait à présent sa tête à seulement quelques centimètres de celle de son ami. Il est vrai qu’Anselme était grand et la dépassait d’une quinzaine de centimètres et elle lui arrivait à peine en haut de sa nuque. Elle pouvait d’ailleurs sentir son parfum aux notes de bleuet et admirer le moindre trait de son visage fin. Elle planta son regard dans le sien, bercée par la profondeur de ses grands yeux noirs. Puis, gênée, elle devint soudainement rouge comme une pivoine, sentant une sensation de chaleur l’envahir. Elle détourna le regard de celui de son ami, honteuse, et suivait la cadence.

Elle avait perdu l’habitude de danser en duo. Pourtant, c’était une activité qu’elle aimait beaucoup pratiquer lorsqu’elle était plus jeune, Anselme étant son cavalier régulier à l’école. Il était important que les enfants, aranéens comme noréens s’adonnent à cette activité en accord avec les mœurs sociales. Cela permettait aux enfants d’exulter et de partager une coutume commune et agréable. Alors qu’elle tentait de suivre le rythme, elle lui écrasa à nouveau le pied.

Excuse-moi, dit-elle avec sincérité, je ne l’ai pas fait exprès cette fois-ci ! Je peine à suivre la cadence.

Tu te débrouilles très bien ! Tu es la cavalière idéale pour un infirme tel que moi ! Répondit-il, narquois.

Ambre rit aux éclats.

Ils se déplaçaient avec autant de grâce et de légèreté qu’ils le pouvaient, manquant par moments de bousculer certains couples par leurs mouvements brusques et chancelants ; ce qui les fit rire tant leur démarche était maladroite. Elle prit tout de même de l’assurance et épousait à présent le pas et la cadence de son cavalier, les réflexes lui revenaient vite en mémoire. Il la fit tourner sur elle-même du bout des doigts puis la prit de nouveau par la taille et continua de se déplacer avec elle. Ils tournoyaient tous deux avec fougue et désinvolture, tels deux oiseaux en parade. Ambre se déplaçait sur la pointe des pieds tandis qu’Anselme se pressait contre elle afin de ne pas tomber. Il la fit se cambrer en arrière et la remonta avec soin, sa main fermement appuyée contre son bassin.

En lâchant prise, Ambre ne remarqua que tard que bon nombre de couples et de spectateurs les regardaient, intrigués, voire même choqués. Elle se sentit soudainement embarrassée en voyant les visages tournés vers eux, sourcils froncés ou au contraire, sourire aux lèvres. Elle pouvait même entendre certaines de leurs messes basses.

Voyant son embarras, Anselme rit et la rassura :

Ne fais pas attention à eux, dit-il de sa voix grave, c’est de moi qu’ils parlent ! Ils n’ont pas l’habitude de me voir danser. Je ne me rends disponible que rarement pour participer à ce genre d’activité et rares sont les femmes qui m’accompagnent. Je suis pourtant très courtisé et je refuse régulièrement leurs demandes.

Il esquissa un sourire en lui dévoilant cela.

Monsieur est courtisé ou ces dames ont-elles tellement pitié de ta personne qu’elles te proposent leur compagnie ? Rétorqua-t-elle, le sourire en coin.

Un peu des deux, mais bon, comme tu peux le voir, ma démarche et ma danse ne sont pas des plus majestueuses.

Je t’avouerais que je n’aime pas vraiment être au centre de l’attention, fit-elle le souffle court, j’ai l’impression que tous les regards sont braqués sur nous ! Pourquoi donc m’as-tu invité à danser ?

Anselme fit un pas vers la gauche, il enleva sa main de sa taille et la fit tourner sur elle-même à nouveau. Les cheveux de la jeune femme épousaient son mouvement et ondulaient le long de son corps comme une crinière de lion, reflétant les rayons du soleil. Il fut alors ébloui par cette vision, mais de nature taquine, il ne voulut pas la complimenter. Il revint à son contact et continua de mener la danse.

En hommage au bon vieux temps ! Dit-il avec une pointe d’ironie, j’ai toujours apprécié danser en ta compagnie. C’était l’occasion rêvée, tu ne trouves pas ?

Ambre se sentit rougir.

Le Baron ne va pas être outré par ton comportement ?

Anselme eut un petit rire.

Ambre, il ne s’agit que de danse, dit-il sereinement, il n’y a rien de choquant à voir quelqu’un de la haute société danser avec n’importe qui, rassure-toi !

Il s’avança vers elle et lui murmura à l’oreille :

Même avec une pauvre petite serveuse sans le sou.

Ambre fit mine d’être choquée et lui donna un violent coup de hanche. Anselme, surpris par ce geste brusque et soudain, manqua de tomber à la renverse. Mais elle le rattrapa en hâte et le pressa contre elle.

Oups ! Pardonne-moi, s’excusa-t-elle, cynique. La sale petite rouquine que je suis a encore du mal à maîtriser ses mouvements.

Elle enroula ses bras autour de la taille du garçon, le serra avec force et gloussa :

Heureusement que je suis là pour te rattraper mon cher petit infirme.

Que ferais-je sans toi en effet ! Conclut-il.

Ils firent de nouveau quelques pas de danse puis Anselme la fit tourner et la réceptionna une dernière fois. La musique venait de se terminer. Tous deux quittèrent la piste pour rejoindre leur position initiale, Anselme tenant la jeune femme sous son bras et s’appuyant contre elle pour ne pas tomber. Il reprit sa canne et lui proposa de s’éclipser avec lui dans une rue annexe pour discuter tranquillement, en dehors du tumulte de la foule.

Ils se retrouvèrent dans un parc à quelques rues de la grande place. C’était un petit parc boisé, comportant une dizaine de bancs ainsi qu’une fontaine en son centre. Quelques oiseaux gazouillaient, perchés sur les branches d’arbres. Le soleil commençait à décliner, plongeant le ciel dans un dégradé orangé.

Ils s’assirent sur le rebord de la fontaine et contemplèrent le paysage en silence. Anselme regarda droit devant lui, l’air songeur, un sourire toujours affiché sur le coin de ses lèvres. Ambre, quant à elle, était perturbée, les paroles de Meredith lui revinrent à l’esprit.

Dis-moi, finit-elle par dire. Pardonne-moi de te demander ça, mais je voudrais en avoir le cœur net !

Le jeune homme la regarda sans un mot, attendant sagement sa question.

Est-ce que… Es-tu… hésita Ambre. Le Baron est-il bon envers toi ? Je veux dire, tu n’es pas maltraité ou manipulé ?

Elle vit les sourcils de son ami se froncer et un rictus se dessina sur son visage. Elle crut qu’il allait se mettre en colère et s’en voulut de lui avoir demandé cela.

Pourquoi me poses-tu encore la question ? La sermonna-t-il. Qu’est-ce qui te fait penser cela à chaque fois que tu me vois ? Je t’ai déjà dit que le Baron me traitait comme il se doit, il est devenu un père à mes yeux… enfin, à sa manière ! Que dois-je faire pour te le prouver à la fin ?

Son ton était menaçant, Ambre sentait qu’elle l’avait vexé et s’excusa en hâte :

Excuse-moi, c’est juste que… Meredith est venue me parler tout à l’heure et elle m’a révélé des choses au sujet du Baron, des choses qui m’ont interpellé et…

Anselme la coupa d’un geste de la main, agacé :

Je t’arrête tout de suite ! J’ai bien vu qu’elle t’avait pris à part tout à l’heure. C’est une gentille fille, certes, mais elle s’ennuie tellement de sa condition qu’elle s’invente toutes sortes de choses pour pimenter un tant soit peu sa vie, c’est une fabulatrice ! Elle souhaiterait mener sa vie autrement, je le sais, car elle m’a déjà fait des avances par le passé. Elle voulait être avec quelqu’un qui pense autrement que par les dogmes de la haute société et je correspondais à cet idéal.

Il prit une profonde inspiration et la regarda longuement avant d’ajouter :

Sauf que je ne suis absolument pas attiré par elle ni par aucune autre d’ailleurs… depuis, elle m’en veut et n’ose plus vraiment venir vers moi, alors que très clairement cette histoire me passe au-dessus de la tête !

Ambre déglutit péniblement et soupira :

Je comprends. Elle m’a justement demandé d’être son amie pour pouvoir converser plus sérieusement, l’ennui est que je suis rarement disponible et côtoyer des gens de la noblesse me rend mal à l’aise.

Je ne suis pas surpris qu’elle puisse vouloir me discréditer à tes yeux, surtout si elle compte t’accaparer. Non pas que ses intentions envers toi soient sincères, mais elle est de nature jalouse et possessive. Cela ne m’étonnerait guère qu’elle tente de t’éloigner de moi en colportant des ragots sur les soi-disant exactions de mon père adoptif !

Il eut un rire nerveux et marqua une pause. Ambre se sentit gênée par son silence. Il prit une seconde inspiration et la scruta sévèrement.

Et tu es assez sotte pour la croire ! Lâcha-t-il enfin. Tu me déçois vraiment. C’est à croire que tu n’as aucune confiance en ce que je te raconte !

Ça va ! Je t’ai dit que je m’excusais, je ne te poserais plus jamais cette question dorénavant ! Fit-elle, énervée, l’égo venant d’être sévèrement piqué au vif.

Elle fit la moue et décrocha son regard de celui d’Anselme qu’elle ne parvenait plus à soutenir tant elle s’en voulait de douter ainsi de lui. Pour faire passer son malaise, elle tenta de se changer les idées en observant le paysage et contempla alors les deux oiseaux qui picoraient un morceau de pain à quelques mètres d’elle. Ils furent rejoints aussitôt par un troisième, beaucoup plus imposant, qui leur vola sans aucune pitié leur repas et les chassa à violents coups de serre et de bec.

Apparemment elle aime quelqu’un à présent, un certain Charles… finit-elle par ajouter, je l’ai déjà croisé et il m’a l’air d’être un gentil garçon.

Grand bien lui fasse dans ce cas ! Répondit-il d’une voix calme. Meredith n’est pas une mauvaise personne et elle mérite d’être heureuse, mais je t’avoue que je n’ai que faire d’elle.

Voyant qu’il s’était radouci, Ambre posa délicatement sa tête contre son épaule et tenta timidement de passer sa main sous son bras pour aller chercher la sienne. Anselme, sans un mot, accueillit favorablement son geste et, de son pouce, lui caressait la paume. Cela faisait des années qu’ils n’avaient pas fait cela et ce mouvement si anodin la transporta aussitôt dans une mélancolie rêveuse.

Ils restèrent assis plusieurs longues minutes, profitant de la tranquillité des lieux. Les bruits de la fête résonnaient au loin, il était possible d’entendre l’orchestre jouer accompagné des rires de la foule.

Enfin je te trouve ! Fit une voix grave juste derrière eux. Cela fait près d’une demi-heure que je te cherche !

Tous deux se retournèrent. Il s’agissait du Baron Alexander von Tassle en personne. Il se tenait droit et regardait de haut les deux amis. Anselme se redressa tant bien que mal et Ambre se leva en hâte, s’inclinant avec respect devant lui.

Père ! Fit Anselme de sa voix grave, permettez-moi de vous présenter Ambre, mon amie d’enfance.

Le Baron ne dit rien et s’avança vers eux.

Ambre fut soudainement prise d’un frisson en le voyant ainsi de près. Oh non ! Hurla-t-elle en son for intérieur. Avec stupeur et effarement, elle reconnut le cavalier de la dernière fois. Son cœur battait la chamade, elle avait la gorge nouée et tentait de maîtriser les tremblements qui la gagnaient. Elle se repassait, à la vitesse de l’éclair, la scène de l’autre nuit où elle lui avait parlé de manière franche et l’avait même insultée.

Une fois arrivé à sa portée, l’homme lui prit la main et y déposa un baiser. Elle vit à son regard que lui aussi l’avait reconnu. Elle crut même y apercevoir un soupçon de malice et d’amusement.

Voyant l’embarras de la jeune femme à son égard, le Baron s’excusa de son comportement.

Je vous prie de ne pas tenir compte de mes manières, lui dit-il calmement, je n’ai pas l’habitude de croiser les amis d’Anselme et encore moins lorsqu’il s’agit d’une jeune et charmante demoiselle ! Il ne me parle que très rarement de sa vie privée. Je me présente, Alexander von Tassle, le Baron.

Ambre, encore hébétée, n’arrivait pas à parler et se contenta de hocher la tête.

L’homme se redressa et jeta un regard amusé en direction de son fils adoptif. Puis il posa à nouveau ses yeux sur elle, un léger sourire en coin.

De jour, la jeune femme put l’observer plus en détail. Le Baron avait un port noble, accentué par sa chevelure noire impeccablement coiffée en catogan. Il était grand, la silhouette massive avec des épaules carrées accentuant la finesse de sa taille. Son visage était harmonieux, seules quelques légères rides venaient se déposer sur son teint clair. Il avait un air digne et affichait, tout comme le Duc, une certaine prestance et une allure maîtrisée.

Ambre sentit son souffle s’accélérer et ses pensées se brouiller ; elle se sentait désorientée.

Ma parole, il est encore plus séduisant ainsi. Je comprends mieux les éloges des femmes à son sujet !

Voyant qu’il ne la laissait pas indifférente, il s’amusa à la décontenancer :

On ne vous a jamais dit, mademoiselle, qu’il était bien malaisant de dévisager ainsi les gens ?

Ambre devint soudainement livide, confuse, face à ses propos, ne se souvenant que trop bien de les avoir prononcés à son égard.

Merde… je m’en veux de lui avoir parlé aussi mal l’autre soir. Mais pourquoi il ne m’a pas dit qui il était avant ? Putain, j’espère ne pas avoir de représailles !

Le Baron esquissa un bref sourire satisfait et s’adressa calmement à Anselme :

Fils, il nous faut y aller, à présent ! Nous sommes attendus en la demeure du maire. Je ne tiens pas à être en retard, cela serait fort irrespectueux.

Je viens père !

Le Baron se tourna vers Ambre.

Veuillez nous excuser, mademoiselle ! Dit-il d’une voix grave et suave.

Anselme vint à côté d’elle et s’adressa à son père :

Ne peut-elle pas venir avec nous ce soir ? Hésita-t-il. Après tout, certains noréens ont bien été invités !

L’homme le regarda, songeur, les sourcils froncés et étudia la jeune femme de la tête aux pieds :

Je crains que non, fils ! La demoiselle n’est pas suffisamment bien habillée, sans vouloir vous offenser. Mais le code vestimentaire est très strict et ces dames se doivent absolument de porter une robe et des souliers.

Anselme prit la main de son amie et l’embrassa :

Je reviendrai te voir un de ces soirs prochains, si tu le veux bien ! Ça m’a fait plaisir de danser avec toi.

Ambre, qui ne savait quoi répondre, se contenta de hocher la tête, la tête basse. La présence du Baron la troublait et la rendait nerveuse.

Le Baron s’inclina et partit en direction d’une allée annexe, Anselme à sa suite.

Dès qu’ils furent partis, elle se sentit défaillir et s’assit à nouveau quelques instants sur le rebord de la fontaine afin de reprendre ses esprits. Elle était chamboulée, la journée avait été riche en émotions et elle parvenait difficilement à remettre de l’ordre dans ses idées.

Par Alfadir, jamais je ne me serais attendu à ça ! Quelle journée !

Elle passa une main sur son ventre noué, elle ressentait encore la chaleur de l’étreinte d’Anselme contre son corps et de sa main parcourant sa taille. Elle ferma les yeux, se remémorant son parfum, si doux… si agréable. Ils s’étaient amusés dans cette danse maladroite qui lui rappelait sa jeunesse et son insouciance. Et était plus qu’heureuse de pouvoir à nouveau, avoir sa présence à ses côtés, si près d’elle.

Elle demeura pensive quelques instants, puis se mit en route afin de rentrer chez elle. Les idées se bousculaient dans sa tête. Elle sentait son cœur battre intensément contre sa poitrine et contemplait le ciel, marchant d’un pas léger jusqu’à son cottage, un sourire niait se dessinant sur son visage.

 



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