Néo-Life
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Chapitre 11 – Mésaventure Dangereuse

Alors que la nuit se finissait, Marlon n’avait pas fermé l’œil. Il avait ressassé pendant des heures toutes les informations que Loki lui avait données, les tournant et les retournant dans tous les sens.

Il avait de toute façon accepté sans se poser plus de questions ce que lui avait dit l’IA. Trop de choses concordaient, et des idées similaires avaient fait leur route dans le cerveau du jeune homme. Le réalisme si poussé qu’on ne pouvait qu’appeler ça une réalité, le détail poussé à l’extrême, et toutes ces petites choses accumulées.

La seule chose qui le dérangeait vraiment, c’était le fait de ne pas avoir de seconde chance s’il se loupait. Mais l’un dans l’autre, cette aventure était déjà une seconde chance pour lui, alors il ne pouvait pas vraiment se plaindre.

Quand il se redressa ce matin-là, sa motivation avait pris un niveau et il se sentait regonflé à bloc malgré le manque de sommeil.

C’est bien, Marlon. Garde cet état d’esprit et tu ne pourras que vaincre.

-Juste un détail, Loki. Si tu es ici, comment fait-on pour se venger sur Terre ?

L’IA resta silencieuse, ne s’attendant visiblement pas à cette question. Alors que le jeune homme allait se répéter, elle finit par répondre.

-Pour être très honnête, je ne sais pas encore. J’ai sacrifié toute ma puissance et mes avantages de la Terre pour te venir en aide et sécuriser ta victoire. Seulement, si tu deviens empereur, tu auras tout pouvoir sur la gestion des ressources de Néo-Life et de sa dimension. Tu pourras sûrement accéder à ton souhait en marchandant avec les autres IA ou certains humains de la Terre. Qui sait, tu pourras même peut-être retourner dans la dimension terrestre !

Marlon fut surpris par les révélations de Loki. Il avait tout sacrifié pour soutenir le jeune homme, même sa position d’IA du Réseau qui pourtant représentait l’un des pinacles du pouvoir dans l’Empire.

-Tu pourrais me dire de quoi tu veux te venger à ce point ? Après tout, on est dans le même bateau maintenant.

-Désolé, mais c’est un secret que je désire garder pour le moment, jeune padawan. Un jour, peut-être, je t’expliquerais tout cela…

La voix dans sa tête s’était affaiblie dans les dernières syllabes, et Marlon sut qu’il n’en tirerait rien d’autre. Tant pis. L’objectif du jeune homme n’avait pas du tout changé. L’aboutissement serait juste un peu plus complexe, mais s’il avait la main mise sur un monde entier où la magie existait, il serait, sans aucun doute, possible de se venger de ceux qui lui avaient enlevé sa mère.

La chaleur du soleil levant commençait à se répandre et il ne tarda pas à plier son campement de fortune avant de se remettre en route.

Après avoir discuté avec Loki, ils décidèrent de continuer la route à pied ? L’IA avait confirmé que des créatures carnivores gigantesques vivaient dans ce lac et même s’il était peu probable qu’elles soient près du rivage, Marlon préférait ne pas prendre ce risque.

L’air s’’était beaucoup rafraichi depuis son départ d’Akranio, et maintenant les montagnes qu’il apercevait de si loin auparavant semblaient maintenant être des géants sur le point de le piétiner. En regardant les monts le surplomber, il en eut presque une sorte de vertige inversé. Le pic des titans terrestres était recouvert de glace et de neige, leur donnant une brillance presque surnaturelle.

La forêt avait disparue maintenant, et seuls quelques arbres subsistaient çà et là, moins épais et vivaces que ceux de la Forêt des Milles Lieues. Le sentier menant à Delia était toujours là, à mi-chemin entre le pied des montagnes et le rivage.

Heureusement pour Marlon, car ses pieds n’auraient pas apprécié un long trajet sur les galets irréguliers des rives du lac. De grands amoncellements rocheux étaient visibles, et il y avait surement des grottes cachées du regard se trouvant de part et d’autre de ces roches.

Impressionné par le changement de paysage depuis son passage à Tekpos, le jeune homme remarqua ces modifications jusque dans les animaux qu’il pouvait voir. Il n’y avait plus de petits rongeurs se promenant et traversant le chemin comme auparavant, et les oiseaux dans le ciel étaient également moins nombreux.

C’était peut-être du au froid, ou à autre chose.

-Deuxième choix, mon grand. Cette région, qui s’étend de Tekpos à Delia, est bien plus fournie en prédateurs que ce que tu as traversé auparavant. Mais des patrouilles sont chargées de nettoyer les abords du chemin principal, on ne devrait pas être embêté, ne t’inquiètes pas.

Un frisson parcourut le jeune homme, et ce n’était pas du au froid. Pour se rassurer, il posa la main sur la garde de son épée et serra machinalement la garde avant d’allonger le pas.

Les odeurs étaient plus sèches dans ce coin, comme si l’automne s’était invité en avance, et un léger relent de chair en décomposition faisait penser que des animaux étaient morts dans le coin depuis un certain moment.

Luna le suivait mais n’avait pas l’air tranquille pour autant, son poil légèrement hérissé alors qu’elle jetait des coups d’œil nerveux aux alentours à chaque craquement de feuille ou rafale de vent.

Tout cela était quand même d’une beauté sans nom. Malgré le stress qui le prenait aux tripes, Marlon ne put s’empêcher d’admirer le chemin au bord duquel les arbres s’étendaient et semblaient faire une haie naturelle. De nuit, ce serait surement beaucoup plus effrayant, mais avec les rayons du soleil tout allait bien.

Ils marchèrent ainsi pendant des heures, et Marlon se sentait de plus en plus tendu. C’était…calme. Beaucoup trop calme pour qu’il se sente à l’aise. Depuis qu’il était dans ce monde, jamais la faune n’avait été si morne et silencieuse, excepté la clairière de Devros, mais un monstre géant s’y trouvait, ceci expliquant cela.

Une odeur de fumée parvenait aux narines du jeune homme, assorti d’un bouquet de senteurs agréables, comme si l’on faisait cuire plusieurs types de nourriture sur le feu. Il y avait des notes de viandes, d’autres de poissons, et il pensait même reconnaitre l’odeur de légumes grillés.

Loin de le détendre, cette odeur le rendit méfiant. Il y avait des gens plus loin, sans aucun doute, mais l’épisode du hameau de Tekpos l’avait rendu très prudent.

Il dégaina son épée et sortit un parchemin de son paquetage avant de tracer la quasi-totalité d’une rune multiple. Elle était composée de Souffle et Etincelle, ayant fait ses preuves lors de sa vengeance aveugle quelques jours auparavant. Il prit bien soin de ne pas la terminer, laissant juste un dernier trait à compléter.

Lors de l’un de ses entrainements, il s’était rendu compte que si l’intention était forte lors du premier tracé, il pouvait ne pas le compléter et le finir avec la même force d’intention sans modifier les effets ou la puissance de la rune. C’était utile s’il voulait préparer des stocks de rune rapides à utiliser.

Car même s’il s’améliorait de jour en jour, tracer une rune en plein combat restait très compliqué à faire, voire impossible sans s’exposer dangereusement. Il lui faudrait encore beaucoup progresser pour être pleinement efficace en situation de combat.

Son armure de cuir lui permettrait de s’échapper rapidement ou de porter un coup avant que l’autre personne ne réagisse, mais c’était tout. Il décida de sécuriser sa progression et dessina une deuxième rune combinée identique, juste au cas où.

Puis, il prit un dernier parchemin et traça précautionneusement une rune de Vision, son intention d’augmenter son champ de vision ainsi que la distance à laquelle il pouvait voir. Il utilisa cette rune immédiatement et une fois le tracé fini, le dessin s’éleva du parchemin et vint à la rencontre de ses yeux, fusionnant avec eux dans un claquement sec.

Hey, c’est sympa ça ! commenta la voix de Loki.

Sympa était un euphémisme. La vision de Marlon s’élargit, passant à 180 degrés. Sa vision périphérique n’en était plus une, et tout était devenu d’une clarté absolue.

Les couleurs avaient été réhaussées, les formes se dessinaient beaucoup plus nettement. Même les mouvements des feuilles battues par le vent étaient parfaitement clairs, alors qu’elles se trouvaient à des mètres de là, et que ses yeux n’avaient été particulièrement perçants. Juste bons, c’est tout.

Il devinait les échancrures présentes sur l’écorce de chaque tronc d’arbre, ainsi que les petites bestioles en tout genres s’y faufilant. Là, des fourmis s’avançant en ligne ordonnée jusque dans leur base, cachée sous un amoncellement de terre et de feuilles mortes mélangées. Ici, des petits insectes volants semblant voler en coordination quasiment parfaite.

L’acuité visuelle impressionnante qu’il venait d’obtenir était cependant difficile à supporter. Il resta immobile pendant quelques minutes seulement pour réussir à rester concentré sur ce qu’il faisait sans se laisser absorber par la profondeur de ce qu’il pouvait percevoir s’il se concentrait dessus.

Il avait essayé seulement une fois cette rune, et son intention n’avait pas été aussi forte. S’il avait su, il aurait mis moins de volonté dans ce qu’il voulait obtenir, car une migraine massive pointait le bout de son nez alors que son cerveau peinait à interpréter autant d’informations à la fois. Alors qu’il crut que son crane allait exploser sous la pression, tout fut fini d’un coup.

Son esprit venait de finir de s’habituer à ses nouvelles capacités visuelles et son mal de crane disparut aussi vite qu’il était apparu.

Heureusement que tu n’as pas essayé de voir comme une mouche. Ta tête aurait sûrement explosé.

Le ton moqueur de Loki trahissait un certain soulagement et Marlon se doutait que l’IA avait aussi été choquée par ce qu’il avait ressenti.

Il se remit en mouvement, paré à gérer une situation inattendue si elle pointait le bout de son nez.

Son instinct lui dit que quelque chose n’allait pas au bout d’une centaine de mètres, aussi redoubla-t-il de vigilance en progressant parmi les arbres.

Tout à coup, un groupe d’hommes émergea de derrière les arbres. Ils devaient être une dizaine et tous étaient lourdement armés et équipés. Des armures de mailles les recouvrait de la tête au pieds, prouvant que ce n’était pas de simples vagabonds sans le sou.

Leurs armes semblaient également de bonne facture, des épées longues pour la plupart, des masses d’armes pour les autres.

Merde. Méfie-toi, il y en a peut-être d’autres en embuscade. Dès que tu le peux, cours. Tu ne fais pas le poids face à autant d’adversaire équipés comme ça.

Marlon ne dit rien mais sut que Loki avait lu son assentiment dans son esprit.

-Salut, voyageur ! N’aies pas peur, on ne te veut pas de mal ! On veut seulement t’aider !

Le jeune homme ne fut pas dupe un seul instant, mais décida de jouer le jeu pour gagner du temps et trouver la bonne fenêtre d’action pour s’enfuir. Il s’avança vers le groupe et aussitôt trois d’entre eux se positionnèrent autour de Marlon, sans trop s’approcher. Les deux derniers restèrent face à lui, prêts sans aucun doute à lui bloquer le passage s’il tentait un forcing.

-M’aider ? Et en quoi pouvez-vous m’aider, messieurs ?

-Tu portes un lourd fardeau, cela se voit. Nous voulons juste te délester de tes possessions les plus encombrantes pour te soutenir, voyageur ! Les pièces, épées et armures, par exemple, sont un véritable fardeau pour l’âme…

Ce type n’avait honte de rien. Le jeune homme dut se retenir de rigoler devant le ridicule de la situation.

Le problème était qu’il ne voyait pas de passage dans lequel s’engouffrer pour s’échapper de cette situation. Ces gars n’étaient pas des novices et savaient très bien ce qu’ils faisaient. Il parla doucement à l’intention de son partenaire de conscience.

-Loki, je vais tenter une percée. Désolé si j’échoue. Mais ces types ne sont clairement pas des débutants et ça m’étonnerait qu’ils se contentent de me dépouiller et de me laisser partir…

-Je le pense aussi. Fais semblant de te rendre. Et attaque au moment clé. Nous ne sommes plus qu’à deux ou trois jours de Delia. Bonne chance, gamin.

-Luna, quand j’attaque, essaie d’en distraire un. Ça me fera gagner du temps.

La chimère miaula son assentiment et Marlon leva une main en l’air en direction du groupe.

-Les gars, je vais être honnête avec vous, je n’ai pas du tout envie de mourir aujourd’hui. Alors si je vous laisse tout ce que j’ai, vous me laissez partir, c’est ça ?

Le groupe se regarda, échangeant des regards interloqués et légèrement dégoutés devant l’absence totale de courage chez ce gars. Marlon vit également dans leurs gestes qui se détendirent légèrement qu’il venait de perdre son statut de menace.

-Haha, bien sûr. Viens par ici et arrête-toi à deux mètres de nous. Ensuite, lance-nous tes possessions, bien gentiment.

Le jeune homme acquiesça et avança vers les bandits, le stress faisant surface, ainsi que sa colère éternelle. Il la sentait en train de parcourir ses veines de plus en plus vite, tel un feu glacial lui collant la rage au ventre. Il se contrôla pour ne rien laisser paraître, mais il ne put s’empêcher de ressentir une excitation croissante alors qu’il se rapprochait d’eux.

-Mais c’est que tu aimes ça, en plus ! haha, mon choix était vraiment le bon !

-Arrête toi ici ! Fais comme je t’ai dit ! lui balança le chef du groupe de voleurs.

Ce dernier ne s’était pas tout à fait détendu et se méfiait de ce jeune homme voulant se rendre. Il avait surpris une lueur meurtrière dans son regard, et son instinct lui avait crié ‘DANGER’ instantanément.

Marlon planta son épée dans le sol, puis se mit à genoux docilement, enlevant son paquetage et le posant sur le côté, montrant sa bonne volonté aux voleurs. Deux d’entre eux avaient baissé totalement leurs armes, mais les autres restaient tout de même sur le qui-vive.

Il posa les deux parchemins de runes explosives devant lui et prit une inspiration profonde avant de se lancer dans ce qui allait peut-être devenir son dernier combat.

Puis il laissa libre cours à sa rage alors qu’il focalisait son intention sur une flamme gigantesque en finalisant ses runes à l’aide de sa main droite. Alors qu’elles s’activaient et que deux langues de flammes monstrueuses volaient vers les bandits, il saisit son épée de la main gauche et l’arracha de terre.

BOUUUUUUUUM

Trois bandits sur les cinq avaient été calcinés par les flammes et se tordaient en hurlant de douleur sur le sol, tentant d’éteindre le feu qui rongeait leur corps, sans succès.

Les deux derniers, dont le chef faisait partie, avaient eu des réflexes dignes de combattants et s’étaient jetés hors de la trajectoire des flammes. Le chef avait quand même un bras atteint et il tenait son épée d’un bras.

Luna, sans attendre plus longtemps, se jeta sur le deuxième comparse et griffa son visage vicieusement, encore et encore. Malheureusement, ce dernier l’agrippa et la jeta contre un arbre, où elle s’écrasa dans un bruit d’os s’entrechoquant, pour finalement ne plus bouger.

Marlon ressentit une douleur intense dans le coté mais il n’y fit pas attention, se jetant sur le chef des bandits en lançant une attaque de bas en haut pour le mettre hors de combat le plus vite possible. Son adversaire parvint à bloquer la première attaque, chose incroyable vu la vitesse à laquelle évoluait Marlon grâce à son armure enchantée.

Sa rage prit pleinement possession de lui et il se mit à hurler comme un possédé alors que les deux épées s’entrechoquaient encore.

CLANG CLANG

-HAHA, JE VAIS TE CREVER, FUMIER !

-arrrrgggg, si je m’étais attendu à ça !

Le chef avait le regard maintenant légèrement paniqué. Chaque coup que Marlon donnait était d’une violence inouie et menait la vie dure à la défense de l’homme.

Son comparse arriva et donna un coup de pied dans les rotules du jeune homme, qui le vit au dernier moment et réussit à l’esquiver en roulant à terre, prenant une légère distance avec ses deux ennemis.

-Viens la, raclure !

Le chef des bandits revint tout de suite et Marlon le bloqua, tremblant sous l’effort que ses muscles faisaient. Alors que le complice arrivait sur lui l’épée haute, prête à s’abattre, il donna un coup de pied de toute ses forces dans l’estomac du chef. Profitant de la milliseconde de répit qu’il s’était octroyé, il jeta vers le deuxième homme la terre qu’il avait caché dans sa main lors de la roulade.

L’homme qui ne s’attendait pas du tout à cela, fut totalement aveuglé et manqua son coup.

Marlon pivota alors sur lui-même et mit toute la force qu’il possédait dans une attaque latérale visant la nuque de l’homme aveuglé.

Le mouvement fut décisif, et avant qu’aucune réaction ne fut possible, il trancha la tête de son adversaire. Elle vola sur le sentier mais le jeune homme ne put se reposer. Sa colère ne le permettait pas, ni ses adversaires.

Fais gaffe, un archer est embusqué !

Baissant les yeux rapidement, il vit en effet que la douleur ressenti quelques secondes plus tôt était dû à une flèche venue se planter dans son coté. L’adrénaline faisait que c’était encore gérable, aussi se jeta-t-il sur le chef afin de terminer ce combat, mais ce dernier était très coriace.

-Lorden, putain, tu as tué Lorden ! HAAAAAAAAAAA

Le chef eut un regain de force et Marlon se retrouva assailli sous une nuée de coups plus violents les uns que les autres.

Attaque haute, attaque latérale. Encore une attaque haute suivie d’un coup de genou qui l’aurait émasculé s’il ne s’était pas reculé à temps. La cadence des coups ne ralentissait pas et chacun d’entre eux résonnait jusque dans les os du jeune homme. Mais pas un instant il ne se posa de question.

Tout ce qu’il voulait dorénavant, c’était tuer son adversaire et étancher la soif de sang qui l’avait pris aux tripes.

Le vétéran, pourtant aguerri et ayant participé à de nombreuses batailles, sentit un frisson le long de son échine alors que Marlon avait un sourire figé sur son visage et que ses yeux luisaient d’une soif meurtrière. Il fallait l’achever, et vite !

Mais l’homme se battait comme un chevalier, sans désespoir, sans soif de sang réelle. Ce fut ce qui le perdit.

Profitant que l’homme levait son épée pour une énième attaque haute, Marlon tenta le tout pour le tout et se jeta en avant en lâchant son épée, donnant un coup de boule qui lui fit voir trente-six étoiles.

Il agrippa la tête de l’homme avec toute sa force et continua à écraser son crâne avec le sien.

Un, deux coups. L’épée du chef tomba à terre dans un ‘cliiing’ sonore. Mais Marlon ne s’arrêta pas. Trois coups, quatre coups. Il ne frappait plus un crâne, mais une bouillie infame qui lui recouvrait le visage à chaque impact. Cinq coups, six coups. Le pire dans tout ça n’était pas le spectacle, qui pourtant aurait mis à mal l’estomac de tout à chacun.

Non, le pire était le rire hystérique du jeune homme à chaque coup asséné.

MARLON ! LACHE LE ! IL EST MORT !

Le jeune homme sortit de sa stupeur meurtrière, le gout du sang et d’autres choses bien plus horribles dans la bouche, une douleur sourde sonnant sur son front dont il s’était servi comme un bélier.

Il entendit la voix de Loki, mais bien trop tard.

Une deuxième flèche vint se planter dans son épaule gauche et la douleur se fit beaucoup plus intense. Heureusement, cette salve venait de lui faire comprendre où se planquait l’archer.

Il ramassa son épée qui gisait sur le sol et se mit à l’abri derrière un arbre, reprenant son souffle pendant quelques secondes. Il sortit la tête de derrière l’arbre, et aussitôt une flèche vola dans sa direction. Heureusement il s’y était attendu, aussi se remit-il à l’abri, laissant passer la flèche, avant de s’élancer en courant de toutes ses forces vers la cachette de l’archer.

Il ne tenait son épée que de la main droite, son bras gauche totalement incapacité par la flèche plantée dans l’épaule.

Malgré sa blessure, un sourire comblé illuminait son visage ensanglanté, lui donnant l’air d’un démon tout droit sorti des enfers.

Il arriva sur l’archer en moins de deux secondes, mais celui-ci l’attendait. Il avait sorti deux dagues argentées qui semblaient aiguisées comme des rasoirs.

Marlon abattit son épée d’une main sur son cou en poussant un cri primal, et bien que n’ayant que la puissance d’un bras, cela fut suffisant pour mettre à mal la défense de l’homme. Alors qu’il bloquait l’épée de Marlon avec les deux dagues, ce dernier balança un coup de pied féroce dans les testicules de son adversaire, le soulevant presque du sol sous l’impact.

SPLAARRRRSHHH

Le visage de l’archer blanchit, ses noix produisant un bruit mouillé de ballon qu’on éclate sous la violence du coup, et il tomba à genoux alors que ses dagues s’abaissaient. Son regard était vide et le hurlement aigu de douleur qu’il poussa aurait fait frissonner n’importe quel être vivant de sexe masculin à des kilomètres à la ronde.

Marlon releva sa lame et l’abattit avec toutes les forces qui lui restaient vers le cou de son ennemi, qui ne songea même pas à se défendre. Son épée s’enfonça profondément dans la nuque de l’homme et un geyser de sang aspergea le jeune épéiste fou, qui n’était plus à ça près.La lame ne réussit pas à franchir l’os, cependant, mais peu importait au jeune homme. Il était toujours vivant ! Et il avait pu étancher par la même occasion sa soif de sang.

Le rush d’adrénaline se calma au bout de quelques secondes, et la douleur envahit alors la conscience de Marlon comme une tornade ravageant tout sur son passage. Des points noirs commençaient à danser devant ses yeux et il dut faire un vrai effort pour ne pas s’écrouler sur le sol.

-T’évanouis pas tout de suite, gamin ! Il faut que tu enlèves les flèches ! Commence par allumer un feu, fais vite !

Grognant pour faire comprendre qu’il avait compris, il se dirigea vers l’endroit d’où avait surgi le groupe, à quelques mètres de là. Marcher lui faisait terriblement mal au côté, et la douleur remontait jusque dans ses os à chaque pas qu’il faisait.

Ça lui rappelait la douleur de la clairière de Devros, lorsqu’il s’était fait étriper, mais cette fois il n’avait aucun soigneur sous la main.

Dans son malheur, il eut de la chance. Juste derrière le chemin, caché par un amas rocheux, un foyer encore brulant était en train de flamber, plein de nourriture en train de cuire doucement sur des broches surélevées.

Il se laissa tomber, plus qu’il ne s’assit, a coté du feu, et son regard se fit lointain.

HO ! NE DORS PAS ! Si tu fais ça, tu es foutu, et moi aussi, gamin ! Mets ton épée dans les flammes et brise les hampes de flèches avant de les retirer. Je te conseille de mordre un truc pour la douleur…

L’invective de Loki eut l’effet escompté, et Marlon se redressa, cassant rapidement les hampes de flèches en criant de douleur. Il prit un morceau de sa chemise qu’il déchira et mit dans sa bouche pour mordre dedans.

Il ignora totalement le goût acre de sueur et de sang mélangés et commença par retirer son armure de cuir, grimaçant été manquant de s’effondre lorsqu’elle tira légèrement sur les restes de flèche plantés en lui. De grosses gouttes de sueur coulaient de son visage sous l’effet de la souffrance qu’il ressentait, mais il ne s’arrêta pas.

Il sentait que sa vie était en train de se jouer à ce moment précis, et que s’il ne faisait pas vite, il se viderait de son sang en perdant conscience. Les flèches ne semblaient pas plantées profondément, merci son armure. Sinon, il serait déjà mort.

Commence par celle plantée dans le ventre. Tu la retires d’un coup sec, puis tu cautérises la plaie avec ta lame chauffée à blanc. Ça va être extrêmement douloureux, mais fais de ton mieux pour rester conscient…

Marlon grogna encore une fois, incapable de parler. Il respira un grand coup et tira la flèche, hurlant de douleur en la jetant au loin. Le sang se mit à couler encore plus abondamment de la blessure et il attrapa l’épée, dont la lame avait virée au rouge vif.

Sans réfléchir, il la posa contre la plaie avec force. Sa mâchoire faillit se disloquer tellement il la serra fort, mais dieux merci, le linge en bouche l’empêcha de casser toutes ses dents ou de se couper la langue sous l’effet de la pression.

-ARRRRGGGGGGGGGGHHHHH

L’odeur de chair grillée qui parvint à ses narines le dégouta profondément, sachant que c’était là son odeur. La douleur le ravagea, et il sentit son esprit vaciller comme la flamme d’une bougie sous le vent, manquant de s’éteindre à plusieurs reprises en à peine deux ou trois secondes.

Sa vision devint trouble, les formes se confondant et dansant devant ses yeux troublés par la douleur. Des gouttes de sueur froides coulèrent de son visage alors que la chaleur presque suffocante du foyer irradiait fortement.

Bravo, Marlon ! Allez, ne perds pas de temps et occupe-toi de la deuxième. Après tu pourras t’évanouir.

Il fit exactement ce que Loki lui suggéra et arrache la deuxième flèche de son épaule avant de poser l’autre coté de la lame sur la plaie. Le grésillement de la chair se cautérisant et l’odeur ignoble faillirent encore le faire vomir, mais ses dents étaient bien trop serrées pour laisser passer quoi que ce soit, et son estomac était vide.

Il lâcha sa lame alors que sa mission pour survivre avait été remplie. Il cracha la boule de tissu dans sa bouche. Le son du métal cognant sur la roche fut le dernier son qu’il entendit, avec le miaulement inquiet de Luna, avant qu’il se laisse enfin aller et sombre dans l’inconscience pour fuir la douleur devenue plus qu’insoutenable.

Tout devint noir, mais malgré tout ce qui venait de se passer, un sourire léger flottait sur les lèvres du jaune homme.

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