La Tour des Mondes
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Chapitre 266 : Retour en bas de la chaîne alimentaire.

Fae ferme la porte sans même regarder. J’ai presque l’impression qu’elle vient de se débarrasser de moi. Je laisse de côté le fait que je me sens « seul » pour la première fois depuis longtemps. L’expérience était moins violente que la première fois, mais ça reste choquant de perdre les sensations de Micha et de Juliette en même temps. Pour ce qui est du lien avec Yuu, il est pratiquement inexistant, donc difficile de savoir grand-chose sur sa situation.

Je me retourne et laisse la porte. Je suis effectivement dans la savane, mais je ne sais absolument pas à quoi m’attendre ou ce que je dois faire sans mes animaux…

D’après moi, je devais faire des expériences avec eux, là je n’ai plus rien.

Ne parlons pas non plus de mon équipement. Il ne me reste plus grand-chose. J’ai peut-être été un peu trop zélé quand Fae a dit de tout laisser, mais si ça me permet de faire des progrès, je ne vais peut-être pas trop m’en faire pour ça.

J’ai envie de me reposer, mais très franchement, il fait plus de 35 degrés et j’ai chaud. S’il y avait une piscine, je me croirais peut-être en vacances, mais j’en suis loin. En tout cas, ce sera sans doute plus calme que les entraînements de Nerys.

Autour de moi, le paysage s’étale sur une distance telle que j’aurai du mal à en définir les limites. Je ne comprends toujours pas comment la tour permet la création de ces zones qui ressemblent à des mondes, mais je ne pense pas que ce soit utile de réfléchir à ça maintenant.

La porte est entourée d’herbes hautes et derrière elle, je peux voir qu’elle s’étend jusqu’à l’horizon.

Devant moi se trouve une sorte de plaine où une rivière passe, je peux voir des arbres ici et là, mais pas grand-chose de plus. Plus loin encore, il y a des montagnes, mais vu l’épaisseur de mes vêtements, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée de devenir alpiniste maintenant. Ensuite, sur ma droite, j’ai l’impression de voir une sorte de forêt tropicale et il me faudrait sans doute une ou deux journées de marche pour l’atteindre.

Bon, en dehors du paysage, je peux aussi voir des animaux en grand nombre. Il y a ce qui semble être des gazelles, des éléphants, des zèbres et même des girafes… Je suis en plein safari…

Au moins, je voyage, c’est quelque chose que je n’aurais jamais pu voir sur Terre.

Bon, si on regarde dans l’ordre des choses, je dois sécuriser de la nourriture, de l’eau et un lieu où vivr —

« FAUX. Cela aura pris 2 minutes pour que tu commences à faire n’importe quoi… Très bien, pense “animal”, pas “humain qui veut survivre”. Fais un effort… Je t’interdis de te faire une cabane ou même de faire un feu. »

La voix de Fae interrompt ma réflexion en résonnant autour de moi… On dirait que même si elle ne m’a pas donné plus de consignes, je vais avoir droit à quelques conseils ici et là. Sans parler du fait qu’elle vient juste de lire dans mes pensées… Je vais avoir du mal à lui cacher des choses.

Cela me fait bizarre de l’entendre sans la voir, mais je me demande si elle va intervenir régulièrement comme ça.

— Oui et non. Disons que pour moi c’est comme regarder un spectacle. Fais en sorte de me divertir tu veux, champion. »

— C’est quoi cette histoire de champion d’ailleurs ? Je t’ai entendu le dire avant que je ne passe la porte.

— R-rien. C’est… Oublie ça et fais quelque chose. Je ne suis pas là pour répondre à tes questions.

J’entends rapidement dans le ton de sa voix qu’elle commence à bouder. On dirait que c’est toujours la Fae que je connais.

Bien, puisqu’elle le demande, faisons quelque chose. Pensons simple. Le mieux sera sans doute que je me dirige vers la rivière. Puisque je ne vais pas m’installer quelque part, autant réfléchir à proximité de l’eau à l’ombre. Je n’aurai qu’à dormir dans un arbre quand il fera nuit. À vue d’œil, il me reste quelques heures avant que la nuit tombe.

Je sors un poignard de mon inventaire et décide de le garder en main. Même si j’ai laissé le plus gros de l’équipement dans la caisse, il me reste mes bottes, et mes vêtements sont renforcés, donc j’ai un peu de protection. Cela dit, je ne ferai sans doute pas grand-chose si un éléphant décide de me charger.

Après la journée que je viens d’avoir, ce serait presque reposant d’affronter un éléphant, mais ça ne veut pas dire que je serai capable de gagner avec mon poignard.

Alors que je marche en direction de la rivière, je me mets à rire. Après tout ce que j’ai fait, à chaque fois que je reviens m’entraîner dans la classe des Dresseurs, je suis surpris par ce qui m’est demandé. Dresser une souris, dresser un serpent, améliorer le lien… et maintenant, je fais une promenade dans la savane.

Alors que je suis en train de réfléchir à tout ça, je peux entendre de l’agitation. Le sol se met à trembler alors qu’un groupe de gazelle devant moi se met à paniquer. Je ne sais pas ce qui pousse à cette agitation, mais elles foncent dans ma direction. Elles sont des centaines…

Ok, c’est dangereux. Je fais demi-tour et je commence à courir en diagonale pour essayer de sortir de leur trajectoire en activant mon boost d’agilité. Alors que le grondement continue de s’approcher, je me rends compte qu’elles foncent dans ma direction. J’ai l’impression qu’elles se rallient à ma propre fuite, mais elles sont bien plus rapides que moi.

Alors que je continue à courir, je peux voir un arbre sur mon chemin. Si je ne veux pas finir piétiné, c’est probablement ma meilleure chance.

Les gazelles m’ont déjà rattrapé et commencent à courir autour de moi. Certaines me frappent avec leurs cornes, mais j’arrive plus ou moins à esquiver le plus gros des attaques en sautant avec mes bottes.

D’un bond, je finis par monter dans l’arbre en m’accrochant à une branche.

C’est à ce moment-là que je vois ce qui cause cette situation. Autour du troupeau qui contourne l’arbre, je peux voir des lionnes qui semblent être en pleine chasse. Elles m’ont probablement remarqué, mais il vaut mieux que je reste immobile et que je fasse semblant de ne pas être là.

Je réajuste ma position sur l’arbre alors que les gazelles continuent de fuir. À l’arrière du troupeau, une gazelle plus lente que les autres finit par se faire attraper par une lionne. En quelques instants, elle meurt la gorge arrachée et les lionnes s’approchent et gardent le cadavre. Assez vite, les lions qui étaient au loin les rejoignent et commencent eux aussi à manger.

Le problème, c’est qu’ils sont à moins d’une quinzaine de mètres de l’arbre dans lequel je me trouve.

Même avec le boost d’agilité, je ne pense pas avoir la moindre chance de fuir des animaux capables de rattraper des gazelles. Pour l’instant, les prédateurs sont occupés avec leur repas, mais je n’ai pas envie d’être le dessert.

Au bout d’une vingtaine de minutes, les lions viennent se coucher à l’ombre de l’arbre. Ils savent très bien que je suis là et l’un d’eux essaye même de monter dans l’arbre pour m’attraper, sans réussir. Il me semble que les lionnes sont plus agiles que les lions, mais j’espère sincèrement que j’ai l’air d’être plus difficile à attraper qu’une gazelle.

Je peux alors entendre Fae qui rit et se moque de moi. Cela ne m’aide pas du tout.

Bon, j’ai l’impression que je suis en bas de la chaîne alimentaire dans cette savane. Je vais devoir trouver un moyen de changer ça.

Je ne compte bien sûr pas attaquer frontalement un groupe de lion en sachant qu’ils peuvent m’arracher la moitié du visage d’un coup de patte, mais je vais devoir trouver un moyen de changer ma situation. Ils ont de la viande pour au moins deux ou trois jours grâce à cette gazelle. Ne parlons pas des charognards qui risquent de venir manger ce qu’il reste quand les lions auront fini.

… Je n’ai rien dit, je préfère clairement dresser une souris à cette situation.

Fae continue de rire et je réfléchis à ce qu’il me reste à faire depuis ma branche.



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