Fuku No Ikari
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Chapitre 9 – Message

Par cette précieuse saison que représente l’automne dans la vie étudiante, je me rends à l’école et passe au préalable à mon casier, pour chercher mes chaussures.

J’attrape la paire et remarque au même instant une enveloppe. Je la récupère et lis son contenu.

Rejoins-moi derrière le lycée, après les cours entre les deux cerisiers.

Aucune signature ? Qui ça peut bien être ?

Je range la lettre dans ma poche et m’en vais à ma salle de classe avec appréhension.

— Sayuri-kun !

— Salut Tanaka.

Le jeune homme pose son bras autour de mon cou et me demande.

— C’est quoi cette tête ? Tu n’as pas dormi ?

— Non, je suis juste surpris par ton énergie matinale.

Je m’assieds et bâille en regardant les nuages à travers les vitres de ma prison.

L’émetteur de la lettre, ça ne peut être que quelqu’un qui me connait, n’est-ce pas ? Voyons, les mots employés semblent être l’élément premier d’une déclaration. Du moins, c’est ce que j’ai appris dans les shojo que Shiori Arai, la bibliothécaire, m’a conseillé de lire.

J’attrape un stylo, déchire une feuille et commence à réaliser un schéma.

Si l’on imagine que c’est bel et bien une lettre d’amour et qu’on retire toutes ces personnes qui ne m’ont jamais réellement parlé, ça ne me laisse donc peu de choix. En premier lieu, ce serait Tanaka. C’est peut-être étrange, mais je ne connais pas son orientation sexuelle, je dois impérativement l’analyser pour en savoir davantage. Dans le cas où il serait homosexuel, ça pourrait être lui qui m’a écrit.

Je jette un coup d’œil rapide à travers la classe et reprends mon schéma.

Ensuite, Tsubaki Ai. Si cette fille a fait le lien entre moi et mon ancien moi, je suis mort. Mon plan tombe à l’eau et ma vengeance également. C’est ma proie principale, je ne peux pas laisser une chose aussi primordiale rester dans un coin de ma tête, je dois m’assurer qu’elle n’a pas fait le rapprochement.

— Oui, Keshi Kotone ?

— La réponse est l’ère Edo, monsieur !

Évidemment, Keshi Kotone est la personne la plus probable. Si l’on se fie à mes estimations, c’est elle à soixante-quinze pour cent. Aurais-je trop forcé sur la séduction ? Aurait-elle succombé à mon charme ? C’est trop rapide, ça ne peut pas rentrer dans mon plan, ça ne doit pas se passer comme ça ! D’ailleurs, j’y pense, mais Shiori Arai n’aurait-elle pas remarqué que j’ai écrit un courroux pour me venger ? Je dois faire bien plus attention à elle également, c’est une vraie fouine.

Je me gratte les cheveux à l’aide de mes deux mains et me détends sur ma chaise en attendant la sonnerie qui annonce la fin de l’heure.

— Sayuri-kun, j’ai soif. On va au distributeur ?

Ma bouche, similaire à un amas de sable, n’a pu me faire refuser.

Je m’achète un lait à la fraise et m’assieds au côté de mon camarade sur une marche d’escalier.

— Encore cette boisson enfantine, ricane-t-il.

— Tu crois que le thé à la menthe c’est mieux ?

— D’après l’émission que j’ai vue hier, c’est la meilleure pour se mettre en valeur auprès de la gent féminine.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— C’est un sondage que j’ai observé sur Internet. Les notes disent que les filles préfèrent les garçons qui boivent du thé à la menthe. Je te jure !

— Ce n’est pas ça, Tanaka-kun. Les filles t’attirent ?

Je remarque que mon camarade laisse son regard vagabonder vers une silhouette féminine. De la bave commence à couler de ses lèvres. Lorsqu’elle sort de son champ de vision, Tanaka revient à la réalité et me demande.

— Tu me disais ?

— Ton esprit perverti me donne la nausée.

— J’imagine. Je me suis d’ailleurs informé sur la chose. Et tiens-toi bien !

Je sirote mon lait et le questionne avec agacement.

— Quoi encore ?

— Je me suis renseigné et…

Mon ami m’a regardé partir avec un soupçon de tristesse et a continué.

— Laisse-moi terminer !

— Tu vas me refiler ton côté pervers si je reste trop avec toi.

— Ce n’est pas une maladie contagieuse, s’écrie-t-il.

Je m’assieds à mon bureau et gribouille mes notes sur Tanaka.

Ça ne peut pas être lui, j’en suis certain.

À la pause du midi, je décide de manger tel un loup dans sa symbolique afin de rejoindre la bibliothèque au plus vite. En y allant si tôt, j’espérais qu’Arai soit seule. Ça faciliterait notre entrevue.

— Arai-chan !

Elle place son index sur sa bouche et mime le silence.

— Chut, murmure-t-elle, ne fait pas autant de bruit dans mon temple.

Elle est complètement tarée, celle-là.

La bibliothécaire s’approche et me demande avec curiosité.

— Ce n’est pas souvent que tu viens ici, que veux-tu ?

— Discuter avec toi. En ai-je le droit, ô sainte Déesse de ce temple ?

— Oui, mais ne sois pas si indiscret ni si taquin, me répond-elle en remontant ses lunettes.

— Je te présente un petit jeu. Suis-moi, on va s’installer sur les tables au fond.

Nous avons pris place. Je sors un cahier ainsi que deux stylos. Puis, je lui propose.

— Concours de connaissance !

— Tu veux m’affronter là-dessus ?

— Oui, je te pose une question et tu écris la réponse. Si tu ne trouves pas, tu me donnes un gage.

— Bien trop simple, je t’attends !

— Oui, oui.

Je tapote mon doigt contre mon menton en levant les yeux au plafond, et, par un éclair de génie, lui demande.

— Qui est né le trente-et-un janvier mille-cinq-cent-quarante-deux ?

Elle attrape le stylo et note la réponse. Elle me tend le cahier et chuchote.

— Tokugawa Leyasu ! Pour qui me prends-tu ?

— Bravo ! Bien, je dois me retirer de cette partie. Merci à toi, jolie adversaire.

— Jolie, murmure-t-elle.

— À plus, Arai-chan !

— Oui, me répond-elle d’un signe de la main en esquissant un large sourire.

Très bien, d’après son écriture c’est littéralement impossible que ce soit elle. Qui reste-t-il sur cette fichue liste ?

Je décide de prendre le chemin orné d’arbustes qui mène à ma salle de classe et me fais stopper dans ma course lorsque j’ai entendu.

— Sayuri-kun !

Je me retourne en direction de la voix qui me hèle et repère au loin la longue et majestueuse chevelure blonde de ma proie.

— Tsubaki-chan ?

Elle serre les poings, fronce les sourcils et me demande.

— Qu’as-tu fait à Keshi !

— Kotone-chan ? Euh, rien ?

Elle hausse le ton en s’écriant.

— C’est impossible ! Elle ne cesse de parler de toi en permanence.

— Hein ?

— Oui, c’est Sayuri-kun, ceci, Sayuri-kun cela et dès qu’elle te croise dans les couloirs elle s’enfuit et prétexte avoir vu un moustique !

C’est moi le moustique en question ?

— Je n’en sais rien, Tsubaki-chan. Je n’en sais rien.

— Va lui parler, et enlève-lui son ensorcellement. Ça me déplait en tout point d’être spectatrice de ses niaiseries dès lors qu’elle entend le son de ta voix, ou qu’elle te rencontre.

— Oui, oui, j’irais. D’ailleurs, tu es assez réputé, toi, dans ce lycée non ?

La jeune fille remet sa mèche sur le côté de son visage et laisse sa figure se transformer en la définition du mot « fierté ».

— On peut dire ça. Oui.

Je sors quelques feuilles de mon sac et les lui transmets.

— Tu pourrais distribuer ses tracts à ma place, Tsubaki-chan ?

— Tu es sérieux ?

Je m’incline en priant pour qu’elle accepte et ai ajouté.

— C’est la compensation pour que ton amie redevienne normale.

— Oui, oui, souffle-t-elle avec agacement.

— On devrait retourner en classe, maintenant. On ne doit pas être en retard avec ce taré de prof.

— Tu n’as pas tort, dit-elle en pouffant de rire.

Qu’elle soit énervée qu’elle rie ou qu’elle soit naturelle, cette fille reste sublime.

Dans le couloir de ma salle, j’aperçois Kotone qui se cache derrière les rideaux. Je m’accoude au rebord de la vitre et murmure.

— Si seulement, Kotone-chan était là, ma vie serait bien meilleure.

Le tissu se met à bouger et j’entends le stress de Kotone à travers ce voile qui nous sépare.

— C’est vrai, Kotone-chan est super mignonne. Alors pourquoi m’évite-t-elle autant ? Me cacherait-elle quelque chose ?

Après ma question j’écoute un soupir et sa chaussure qui cogne contre le mur derrière elle.

Elle n’est pas maline.

— J’espère que c’est elle que je verrais ce soir.

Cette fois-ci, dans ce silence angoissant, je m’en vais, satisfait.

Je n’ai plus qu’à attendre jusqu’au moment fatidique. De toute manière, c’est sûr que ce soit Kotone qui m’a écrit cela. C’est improbable que ce soit une quelconque autre personne.

Certain de rencontrer Kotone, avec tout de même un peu d’appréhension, je patiente jusqu’à entendre la cloche de fin des cours. Lorsqu’elle a sonné, je me suis dirigé derrière l’établissement. J’ai attendu si longtemps que j’ai réussi à mémoriser chacune des feuilles des deux cerisiers qui m’entourent. J’ai ressenti le même sentiment qu’à mon premier rendez-vous avec Kotone. Cette boule au ventre ne veut pas disparaître. Un réel enfer.

Lorsqu’une bourrasque est entrée en contact avec mes mèches, une silhouette se dessine face à mon horizon. J’admire son épaisse chevelure blonde, attachée avec une pince. Ma camarade s’approche de moi et me regarde avec ses yeux globuleux couleur quartz.

C’est une quintessence de douceur.

— Sayuri-kun ? Je suis heureuse que tu sois venue.

— C’est normal.

— Tu te doutais que c’était moi ?

— Un petit peu.

Je suis obligé de mentir, malheureusement.

— Ça me fait plaisir que tu aies pensé à un bout de moi. Tu sais, c’est super compliqué de t’aborder au lycée. Je n’ai pas spécialement envie de devenir l’ennemi de toutes les filles de ce lycée.

— Pourquoi voudrais-tu m’aborder ?

L’étudiante reste décontenancée, immobile, sans laisser le moindre son sortir de ses lèvres. Un pétale de cerisier flotte dans l’air et se dépose sur son crâne. Je m’approche, la lui retire et la questionne.

— Ça se passe bien au travail ?

— Oui !

Cette conversation est déjà morte avant même d’avoir commencé.

— Je vois. Tu souhaiterais qu’on aille se promener un petit peu ?

— On peut ? Tu veux bien ? Tu me le demandes ? J’adorerais !

— Oui, oui, suis-moi.

Elle attrape mon bras et le serre de toutes ses forces en me murmurant.

— Merci.

Je ne dois surtout pas passer par la sortie principale, sinon je vais plonger dans un abysse monumental.

Nous empruntons un chemin assez étroit derrière le lycée qui nous ramène sur une avenue du centre-ville.

— Tu as l’air de connaitre le coin, Sayuri-kun.

— Pas vraiment, j’ai pris une route au hasard.

Nous nous sommes assis sur un banc lorsqu’elle m’a présenté son téléphone.

— Regarde.

— Que suis-je censé voir ?

— Ne fais pas l’innocent, je sais très bien que tu as compris.

J’avais compris. Le strap n’est plus accroché à son mobile.

— Comment ça se passe avec lui ?

— On est plus ensemble.

— Il t’a quitté ?

— Non, l’inverse. Tu devrais t’en douter.

— Tu étais au courant pour Tsubaki-chan ?

— Il me l’a dit le soir même.

— Je vois, Takagi-chan. Tu n’es pas triste de ne plus être avec Mochizuki-kun ?

— Pas vraiment. J’ai réalisé avoir été en couple de force avec un mec qui ne vaut rien.

La jeune serveuse balance ses jambes l’une après l’autre en effleurant le sol.

— Et pourquoi m’avoir adressé une lettre ?

Elle appuie sa tête contre mon épaule et prononce.

— J’ai le sentiment que nos étoiles ne sont pas parallèles.

J’inspire.

— C’est-à-dire ?

Ma séduisante camarade serre sa poitrine contre mon bras et me répond.

— Je pense avoir trouvé la perle que j’attendais. Tu sais, celle dont je souhaite prendre soin.

Expire.

— Qui est-ce ?

— Ne sois pas si stupide, Fuku.

Ayame Takagi se lève délicatement du banc. À l’aide de ses douces mains, elle attrape ma nuque et penche son visage. Instinctivement, je ferme lentement les paupières puis ressens ses charmantes lèvres effleurer les miennes. Son parfum sent l’odeur de l’amande. Il m’a instantanément envouté. Je ne suis plus maitre de moi-même. Je ne contrôle plus rien. À la seconde suivante, elle m’embrasse d’une sensualité qui va rester gravée dans ma mémoire.

C’est une quintessence de douceur.



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