Chapitre 8-1 – Banquisia
Elilim et ses compagnons ressentirent un froid intense, dès qu’ils débarquèrent sur le monde de Banquisia. Il s’agissait d’une planète où le climat s’avérait rude, les jours les plus chauds la température atteignait dehors moins cinquante degrés celsius, et les plus froids moins deux cents. Normalement toute vie y compris microbienne devrait être impossible sur Banquisia, mais il y avait des vents de magie puissants qui soufflaient, ceux-ci donnaient des capacités surnaturelles à certains animaux et personnes. Alors il existait des villages sur Banquisia, toutefois la vie demeurait compliquée pour la plupart des habitants de ce monde.
À l’origine Banquisia était un endroit plutôt chaud, où il faisait facilement plus de trente degrés celsius. Mais un sorcier qui aimait consommer des boissons contenant des glaçons, rata complètement un enchantement de création de glace. Il invoqua accidentellement un roi-démon qui ne supportait pas la chaleur. L’être démoniaque décida de refroidir considérablement la température sur la planète, problème il rata aussi son sort. Au lieu de générer un environnement qui tournait autour de dix degré celsius, il provoqua un climat avec un froid plus que polaire.
Le roi-démon ayant la flemme de modifier son enchantement, il rentra dans sa dimension d’origine sans chercher à arranger le désastre qu’il provoqua. Heureusement certaines personnes possédant le don de prophétie se préparèrent pour survivre à la venue du blizzard. Ainsi toute vie ne disparut pas sur ce monde.
Le changement climatique profond sur le monde poussa à le rebaptiser Banquisia. Les survivants essayaient avec l’énergie du désespoir de rendre à leur planète son climat chaud et sec, toutefois un sort de roi-démon cela s’annulait très difficilement. Mignon et Gron au bout de dix secondes claquèrent vigoureusement des dents, tellement le froid les transperçait.
Elilim : Ne vous en faites pas, je vais nous protéger des basses températures et du vent grâce à un enchantement. Esprits de la chaleur réchauffez nous s’il vous plaît, aidez-nous à résister à la froidure la plus extrême.
Mignon : Merci Elilim, sans vous nous finissions frigorifiés, mais pourquoi nous avez-vous emmenés dans cet endroit hostile ?
Elilim : Pour ressusciter Rintam grâce au sac du Néant sans risquer d’être possédé par le Néant, j’avais besoin d’aller dans le monde de Banquisia. Cette planète contient un sanctuaire religieux, où il est possible d’utiliser en toute sécurité une relique du Néant.
Gron : Pourquoi ce monde s’appelle Banquisia ?
Elilim : Banquisia doit son nom, au fait que ce monde est recouvert quasiment partout de neige ou de glace.
Gron : Génial si ce monde est rempli de glace, il y a tout ce qui faut pour rendre plus agréable la consommation de whisky.
Elilim : On n’a pas de whisky ou un autre alcool sur nous.
Gron (plein de détresse) : Mais c’est terrible, j’ai besoin d’un remontant, sinon je vais devenir fou. Je suis déjà à deux doigts de craquer, cela fait trois jours que je n’ai pas manié une catapulte !
Le manque étiolait la conscience de Gron, transformait presque en psychose son intérêt pour la catapulte, et influait sur sa capacité à raisonner correctement. Pendant qu’Elilim transmettait des renseignements géographiques à Mignon, Gron enchaînait les commentaires en lien avec les catapultes, ce qui mettait sérieusement en rogne l’elfe.
Elilim : Gron vous m’énervez profondément. Vous avez de la chance que j’ai une dette d’honneur vis-à-vis de votre père. Sinon il y a belle lurette que je vous aurais jeté une malédiction.
Gron : Est-ce que malédiction est un synonyme de projectile pour catapulte ?
Elilim : Rah pourquoi je fais équipe avec un abruti ?
Gron : Si j’ai raison, vous pouvez peut-être aussi vous métamorphoser en catapulte. N’hésitez pas à vous transformer cela me fera beaucoup de bien.
Elilim (en colère) : J’ai effectivement des capacités à projeter loin comme une catapulte, mais par magie. Vous voyez ce gros rocher, je vous y fracasse à grande vitesse et vous finirez en bouillie si vous continuez à faire l’idiot !
Gron : Je ne sais pas ce qu’est l’état de bouillie, mais j’ai très envie de me faire projeter par une catapulte mystique comme vous. Je sens que ce serait une expérience pratique très utile pour mes études sur la catapulte.
Elilim (furieux) : Trop c’est trop !
Heureusement Mignon fit le médiateur avant qu’un malheur n’arrive.
Mignon : Ce n’est pas la peine de se battre, cela rendra plus difficile la marche, surtout que nous avons au moins cinq bonnes heures de marche avant d’arriver.
Pendant qu’Elilim et ses camarades, parcouraient des étendues balayées par un vent terriblement froid, le roi-démon Abigor suait abondamment. Il aimait beaucoup les saunas, il pouvait passer des heures entières à se détendre à l’intérieur d’une cabine de bois répandant un bain de chaleur sèche. Il se relaxait d’ailleurs tellement souvent que certains de ses détracteurs, affirmaient qu’Abigor mettait plus d’énergie à élaborer des plans pour se reposer que pour régner.
Même si le roi-démon s’avérait fidèle aux dieux de la destruction, il fallait quand même admettre qu’il méritait le titre de souverain fainéant. Ainsi Abigor dormait au minimum douze heures par nuit, alors qu’il suffisait de cinq minutes de sommeil pour qu’il récupère complètement. Les roi-démons avaient besoin de dormir un peu, mais leur temps nécessaire de repos était très inférieur à celui des humains.
Uphir le serviteur zélé du roi-démon, s’avérait un véritable bourreau du travail, il pouvait gérer en même temps des centaines de manigances. Il fallait d’ailleurs mieux qu’il soit là, sinon les jolis plans théoriques d’Abigor ne se concrétiseraient jamais. En effet le roi-démon adorait mettre au point des tactiques maléfiques, mais il chargeait la plupart du temps son serviteur de l’essentiel du travail.
Il savait réfléchir et mettre au point des stratagèmes bien conçus, mais dès qu’il était nécessaire de se salir les mains, Abigor n’hésitait pas à déléguer. Cela augmentait ses chances de pouvoir désigner un bouc émissaire à qui faire porter le chapeau, si le plan échouait, mais surtout cela lui épargnait du travail.
En effet le roi-démon détestait plus que tout subir de la fatigue. Il considérait qu’il accomplissait beaucoup durant une journée, s’il réfléchissait une à deux heures à des manigances. Abigor exigeait peu de lui-même, mais il réprimandait sévèrement ses laquais, quand ceux-ci ne faisaient pas preuve d’une efficacité remarquable. Il recevait actuellement Uphir dans la salle des coussins, un endroit avec des milliers de coussins dont certains assez imposants pour accueillir tout le corps du roi-démon.
Abigor : Uphir, je trouve que tu mets beaucoup de temps à traquer Elilim et ses compagnons.
Uphir : Votre majesté, je ne suis pas très doué dans la localisation magique. Or Elilim et ses deux alliés ont la fâcheuse tendance de beaucoup voyager en ce moment.
Abigor : Tu n’es pas très performant en ce moment Uphir, peut-être devrais-tu te purifier dans la flamme magique, cela fait d’ailleurs longtemps que tu n’as pas subi le rituel.
Uphir : Je ferai le rituel de la flamme dès que ma mission sera terminée votre majesté, je vous le promets. Ah j’ai une vision, nos trois ennemis sont sur Banquisia.
Abigor : Autre chose je trouve que tu utilises trop souvent les nombres Uphir. Pourtant tu sais ma répugnance à l’égard des mots comme deux, trois, quatre.
Uphir : Je veillerai à faire plus attention votre majesté.
Pendant qu’Uphir dressait de sombres plans, Elilim et ses camarades s’approchaient doucement de leur but.
Elilim : J’ai des questions à vous poser Mignon, depuis combien de temps êtes-vous un berserker ?
Mignon : Cela doit faire vingt ans que la puissance du dieu Proélium, coule dans mes veines.
Elilim : On peut donc dire que vous êtes un guerrier vétéran. Et quel est le malheureux événement qui vous a poussé à prendre la voie des armes ?
Mignon : Ma fiancée avait été violée puis tuée par une bande d’orques. Poussé par le désespoir j’ai appelé de toutes mes forces Proélium la divinité de la guerre.
Elilim : Vous avez fait un drôle de choix pour un hobbit, pour vos semblables les berserkers sont généralement des monstres assoiffés de sang.
Mignon : C’est vrai, mais nous considérons les berserkers comme une incarnation de la puissance. Et pour me venger j’avais besoin justement de puissance. Je vous fais peur ?
Elilim : Au contraire, je serai un ingrat de vous craindre ou de vous mépriser, vous m’avez sauvé la vie. De plus les berserkers sont une force nécessaire, sans eux les dieux de la destruction régneraient sur mon monde Gerboisia.
Mignon : Merci Elilim, mais que ? Le sol se met à se fissurer.
Elilim (anxieux) : Je reconnais ce bruit, un requin perceur attaque, courons à toute jambes !
Elilim l’archimage elfe incanta un sort, pour accroître la rapidité de lui et de ses deux camarades. Cela n’empêcha pas le requin-perceur de les suivre à la trace. Le spectacle qu’offrait le poisson géant quand il sortait de l’eau s’avérait impressionnant. Une masse de chair de plusieurs tonnes qui sautait à plus de dix mètres de haut en l’air, constituait une vision saisissante. Malheureusement le recours à l’enchantement de vélocité fatiguait beaucoup l’archimage, en effet l’elfe devait tout en subissant une belle frousse, maintenir une concentration intense.
De plus il usait d’un autre sort en même temps, qui pompait beaucoup d’énergie, un sortilège de bouclier magique pour protéger son groupe des éclats de glace projetés par les sauts du requin, et des attaques télépathiques de l’animal aquatique. En effet le poisson possédait des pouvoirs puissants, notamment la capacité d’agresser l’esprit de ses proies. Il obligeait Elilim à déployer toute sa puissance et son savoir.
Le requin raisonnait simplement comparé à un elfe ou un humain moyen, mais cela ne voulait pas dire que la force de sa volonté était faible. Au contraire le poisson disposait d’un caractère bien trempé, et peu de personnes pouvaient résister à son emprise mentale. D’ailleurs si la course-poursuite durait encore quelques minutes de plus, l’archimage risquait fort de flancher, de ne plus pouvoir assurer la protection de ses amis. Mignon grâce à l’appui de la divinité Proélium, serait peut-être capable de supporter quelques temps la puissance mentale du requin. Mais Gron s’avérait clairement démuni pour faire face aux offensives spirituelles du poisson.
Pour corser les choses un gigantesque ours, de trente mètres de long approchait. Elilim se concentrait tellement, qu’il se trouvait dans l’incapacité de s’occuper de l’ours, et Mignon pouvait tout juste courir droit devant lui. Gron se sentait très en danger, il pestait de voir sa quête de resssurection échouer, alors qu’il se rapprochait du but.
Elilim décida de tenter une manœuvre osée, il se concentra afin de brûler l’ours et le requin, il mobilisa ses forces vitales afin de créer deux gigantesques boules de feu. Malheureusement les prières de Gron qui demandait de toutes ses forces une catapulte, et surtout la voix nasillarde et perçante du gobelin déconcentrèrent l’archimage qui échoua à priori lamentablement, puisqu’au lieu de produire des flammes, il ne fit que doter les deux animaux ennemis d’une odeur de saucisson au porc.
Il avait envie de pester contre l’idiotie de la situation, il sentait le besoin de se suicider pour ne pas finir dévoré. Elilim avait l’impression de s’être aussi tellement déshonoré avec sa gaffe qu’il méritait une bonne paire de baffes. Finalement il y eut un changement bienvenu de situation. Le requin choisit de se concentrer sur l’ours, offrant par la même occasion à l’archimage et à ses compagnons une possibilité réelle de fuite.
Gron (essouflé) : Huf, huf je crois que l’on a échappé au requin. Vous avez changé de style, au lieu d’un sort spectaculaire de flammes, vous avez généré une odeur de saucisson. C’était voulu ?
Elilim (mentant) : Mais tout à fait, je savais parfaitement que la senteur de saucisson pousserait le requin à s’en prendre à l’ours.
Gron : D’où vient le nom du requin perceur ?
Elilim : Comme il perce ses proies avec sa longue corne effilée, le nom de requin perceur a été retenu.
Mignon : En tout cas le poisson m’a étonné.
Gron : Il y a plus étonnant, par exemple, votre manque de gentillesse Mignon.
Mignon : Et pourquoi cela ?
Gron : Je sais que la situation est urgente, mais vous refusez de m’accorder un délai pour fabriquer une catapulte avec les sapins que nous avons trouvé, alors que les catapultes c’est vital pour ma santé mentale.
Mignon (énervé) : Une catapulte ne servirait à rien du tout ! Et puis on n’a pas de projectile.
Gron : Mais si, il y a vous Mignon. Certes vous n’êtes pas un projectile de première classe comme un gros rocher, mais vous me semblez quand même convenable.
Mignon : Et pourquoi vous me jugez utile comme projectile, insinuerez-vous que je suis un gros lourdaud ?
Gron : Pas du tout, mais avant de sacrifier Elilim comme projectile, je préfère recourir à quelqu’un avec lequel j’ai moins d’affection.
Mignon (très menaçant) : Vous me donnez envie de vous donner une torgnole !
Gron : Je voudrais surtout que vous me cédiez plutôt une catapulte. Aïe.
Mignon se contenta de baffer Gron, bien qu’il ait une forte envie de l’étrangler. Quelques heures plus tard, lui et ses camarades arrivèrent à destination.
