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Chapitre 16 – Catapultes

Chapitre 16 – Catapultes

Rintam l’ambitieux connut un moment d’intense doute. Il pensait son plan trop délirant pour avoir une chance d’aboutir. Il observait la main géante s’approcher du donjon. Au départ la main semblait faite essentiellement de vapeur, mais peu à peu elle devenait solide. De plus elle grossissait à vue d’œil. Au départ elle était de la taille d’un pigeon, maintenant elle pouvait écraser en un coup tout le donjon. La capacité du chaman Gras à communier avec son dieu tutélaire, stupéfia l’ambitieux. Il réalisa un acte que beaucoup de personnes qualifieraient d’impossible.

Rintam croyait dans les dieux, mais il estimait que les divinités se mêlaient très rarement de la vie des mortels. De plus quand elles intervenaient, elles agissaient plutôt discrètement d’après l’ambitieux. Elles ne montraient pas un déferlement de puissance. Mais Gras démontait les théories de Rintam sur les dieux.

L’ambitieux ne savait pas vers quelle solution se tourner, il étudia des dizaines de plans, mais tout ce qu’il arrivait à faire c’était de concevoir des stratagèmes irréalistes. Il pensa un moment retourner dans sa chambre, et jeter un sort de protection sur un de ses autoportraits. Cela permettrait de garder une trace de son existence, et surtout sauverait un chef d’œuvre. En vérité la technique artistique de Rintam restait celle d’un amateur de bas niveau. Il avait encore beaucoup à apprendre, avant de réaliser des autoportraits qui permettent de le reconnaître du premier coup. L’ambitieux essayait de se représenter de manière réaliste, mais son travail de peinture n’était pas encore au point. Il progressait de semaine en semaine, mais bien qu’il se considère comme un maître en art, son habilité en tant que peintre restait très perfectible.

Finalement Gron sortit dehors et s’amusa à jongler avec trois rouleaux de papier toilette devant Gras. Il était nettement plus adroit que d’habitude grâce à un sort d’adresse jeté par son maître. Ce pouvoir magique provoquait une douleur atroce sur la personne le lançant, alors Rintam ne l’utilisait qu’en cas d’urgence, surtout que ses effets bénéfiques ne duraient pas très longtemps. Enfin Gron déposa après trente secondes de jonglage, les rouleaux près de Gras qui ne résista pas à l’envie de les palper.

Gras (pense) : Du papier toilette quadruple épaisseur c’est rare, il faudrait que je demande à Rintam qui est son fournisseur.

La main invoquée par le chaman adopta une trajectoire imprévue. Non seulement elle épargna le donjon, mais elle fit des ravages sur les troupes de Gras. Elle se livra à un carnage terrible sur les ennemis de l’ambitieux. Ces derniers furent fréquemment écrasés au point de finir à l’état de bouillie sanguinolente, peu importe leur rang de mercenaires et la qualité de leur armure. Les ogres survivants paniquèrent et détalèrent devant ce qu’ils appelaient un châtiment divin.

Décurion (perplexe) : Quelqu’un peut m’expliquer ce qui se passe ? Je n’ai pas tout compris.

Rintam : J’ai eu une vision selon laquelle le papier toilette quadruple épaisseur serait la clé de la victoire.

Décurion (vraiment étonné) : Pardon ?

Rintam : Gras entamait une prière très complexe à ses dieux pour tenter de déclencher un cataclysme. Mais son action avait un point faible. S’il perdait trop sa concentration, les conséquences étaient potentiellement funestes pour lui. Alors j’ai misé sur adopter un comportement déconcertant, et le sens de l’hygiène plutôt poussé de Gras afin de remporter la victoire.

Décurion (admiratif) : C’est surprenant, mais aussi franchement brillant.

Rintam (fier) : Je sais, mais c’est normal que je sois intelligent en toutes circonstances. Avant de poursuivre la discussion, j’ai une tâche urgente à accomplir, je dois faire pipi.

Cela paraissait bizarre que l’ambitieux renonce à se glorifier pour un besoin d’uriner, mais il était pour une courte durée sous l’action d’un sort de vérité, et obligé de dire le fond de sa pensée. L’orbe de toute-puissance ne put résister à l’envie de s’amuser avec lui.

Quelques minutes plus tard Rintam revint furieux vers Gron. En effet il aperçut ce qu’il considérait comme un acte de rébellion caractérisé. Or il détestait clairement que l’on discute ses ordres, même quand ses directives s’avéraient loufoques. Par exemple Caius le décurion obtint de certains des orques sous son commandement, un début de propreté en ce qui concernait les armes.

Ainsi un nombre croissant d’orques se mirent à nettoyer avec un chiffon leur épée ou leur hache. Cette mesure permettait d’avoir des armes plus efficaces, qui duraient plus longtemps, et dont le tranchant ne s’émoussait pas. Cependant l’ambitieux interdit le nettoyage des armes dans son donjon, sous prétexte que cela avait un coût intolérable. L’emploi plus fréquent de chiffons obligeait Rintam à débourser dix pièces de bronze supplémentaires par mois. Pourtant Caius déploya de gros efforts pour réduire les coûts. Il négociait âprement les prix, et il se fournissait chez un vendeur qui fournissait seulement des chiffons usagés. Cependant l’initiative louable du décurion, ne fit pas plier Rintam, au contraire celui-ci éprouva une grosse colère quand il se retrouva à devoir gérer une nouvelle dépense. Caius résista un peu, et détourna un peu d’argent pour acheter des chiffons. Ainsi il dut copier cent fois je suis un mauvais subordonné.

Le décurion supporta l’affront sans broncher, il connut bien pire comme humiliation, quand il travaillait pour les religieux de Billouticus. Pour avoir émis l’idée qu’un prêtre s’avérait peut-être corrompu, Caius écopa de trois jours de privation de nourriture. Rintam avait des défauts, mais il était un vrai modèle de gentillesse envers ses subordonnés comparé à certains rois et politiques. Toutefois il avait quand même un comportement autoritaire par moment, pour de simples banalités.

Rintam : Gron j’ai vu que tu avais commis un manquement grave à mes ordres, que tu avais désobéi sciemment à une directive simple. Tu utilises pour t’essuyer quand tu fais pipi, deux à trois feuilles de papier toilette. Pourtant je t’avais expressément sommé de ne recourir qu’à une seule feuille. Pour ton insolence tu subiras dix coups de fouet.

Gron : Ce n’est tout de même pas ma faute si j’ai un engin particulièrement développé, qui nécessite plus de soin que celui d’autres personnes pour être bien nettoyé.

Rintam (menaçant) : Attention tu es sur un terrain très glissant Gron, je te conseille de changer d’approche.

Gron (troublé) : Excusez-moi maître, je me vantais en fait mon engin est particulièrement petit, pour ne pas dire minuscule.

Rintam : Bien je te pardonne pour cette fois. Ah oui j’ai quelque chose à te montrer. Suis moi nous allons sur le balcon, je vais te montrer mon bel engin, j’aimerais que tu l’astiques tous les matins.

Gron (confus) : Euh ?

Rintam (las) : Suis moi je vais te désigner ce qu’il te faut astiquer, cela évitera des confusions.

Une fois arrivé sur l’immense balcon du donjon, Rintam montra une catapulte à Gron. Celui-ci crut rêver quand il distingua ce qui se trouvait dans les parages. Il s’agissait d’une superbe catapulte, et pas n’importe laquelle, une démolisseuse 1100. Ce qui se faisait de mieux en matière d’engin de siège. Gron vivait un rêve éveillé, dans le passé il n’admirait les démolisseuses que sous forme de dessin. Il n’aurait jamais cru possible de pouvoir en contempler une en vrai. Il passa des heures entières à apprendre par cœur les caractéristiques techniques de la catapulte. Le gobelin faillit accepter de vendre son âme à un démon, en échange du droit de posséder une démolisseuse. Il fallut l’intervention de Caius, pour empêcher le marché de dupes de se concrétiser. En effet le démon proposait bien la propriété d’une catapulte, mais uniquement pour une durée limitée de dix minutes. De plus il s’arrangea pour que l’engin de siège échangé contre une âme, soit rongé par des termites.

Gron estimait qu’il pourrait faire des ravages, une fois qu’il aurait appris à bien se servir de la démolisseuse du donjon. Il s’imaginait répandre la terreur dans le village de Lofen avec quelques coups savamment tirés. La catapulte possédait des caractéristiques extrêmement intéressantes, grâce à des enchantements et un haut savoir-faire technique, elle ne craignait ni l’humidité, ni le froid. En outre elle pouvait envoyer des projectiles sur une distance d’un kilomètre.

Sa vitesse de tir pour des personnes habituées à la manipuler pouvait être égale à celle d’une arbalète. La démolisseuse 1100 disposait de la faculté de pouvoir enflammer magiquement les projectiles, et de déclencher des incendies que l’eau ordinaire ne pouvait pas éteindre. Puis un éclair d’intelligence traversa le gobelin, quand celui-ci se rendit compte que personne dans le donjon ne possédait de formation pratique pour manipuler les catapultes du genre de la démolisseuse.

Rintam : Cet engin est une affaire, il n’a coûté que mille pièces d’or, pourtant il peut expédier des rochers de plus de cent kilos. Qu’en penses-tu ?

Gron : Il y a un bon rapport qualité prix, mais je ne vois pas comment cette catapulte pourrait nous aider.

Rintam (estomaqué) : Toi un fétichiste des catapultes qui ne trépigne pas de joie face à mon achat, cela va bientôt être la fin des temps !

Gron (navré) : Avez-vous du personnel spécialisé dans le maniement des armes de siège hautement complexes ? Sans la présence d’un bon chef balistaire, cela va être difficile de toucher un ennemi. La démolisseuse demande du personnel très qualifié pour être maniée correctement, elle est aussi exigeante que fiable. Elle est très différente des engins de siège maniée par vos orques.

Rintam : Ce n’est pas un problème, je sais me servir d’une catapulte. D’ailleurs j’ai une nouvelle idée géniale pour économiser de l’argent. Je vais d’annoncer aux orques qu’ils vont manger moins de viande.

Gron : Avant que vous ne fassiez votre déclaration, j’aimerais que vous me laissiez quelques minutes, le temps de chercher des choses qui nous seront très utiles.

Rintam : Très bien, mais fais vite.

Gron hésitait sur les affaires qu’il devait prendre, la logique voulait qu’il s’équipe avec ce qui aidait à la survie. Comme une couverture, de la nourriture, de l’eau, un couteau. Mais il estimait que ce serait dommage de ne pas emporter quelques livres. Le donjon de Rintam, contenait des livres très intéressants pour les érudits. En plus de grimoires de magie, il comportait des trésors littéraires, des écrits d’histoire anciens inestimables, et des éditions rares d’auteurs célèbres.

Gron avait beau être bête, il accordait beaucoup de valeur aux livres. Il savait que le savoir c’était le pouvoir, et que les écrits constituaient un moyen d’aider les buts de son maître, mais aussi de faire reculer l’ignorance et la barbarie.

Rintam ne projetait pas d’interdire un ouvrage écrit en particulier, une fois qu’il deviendrait le monarque absolu du monde de Gerboisia. Il estimait que la censure était un acte contre-productif. Il fallait plutôt essayer de discréditer les adversaires politiques, plutôt que de contrôler la littérature.

L’ambitieux en outre adorait la confrontation. Il n’aimait pas que ses serviteurs le contredisent, mais il voulait que ses ennemis se montrent valeureux. En effet Rintam estimait que sa légende serait plus élogieuse, s’il se retrouvait confronté à une résistance digne de ce nom. Or la gloire comptait presque autant que la fortune pour l’ambitieux.

Problème Rintam risquait fort de se retrouver dans la situation d’un paria, s’il menait jusqu’au bout son délire de contraindre ses orques à consommer des fruits et des légumes. Les orques considéraient la consommation de viande comme un acte hygiénique et sacré, tandis que les aliments comme les pommes, les abricots, les salades etc, s’avéraient assimilés à des poisons. De plus l’ambitieux ne pourrait pas compter pour le protéger sur la présence du décurion. Ce dernier partit en mission peu de temps après la fin du siège du donjon. En examinant une lettre en papier il se rendit compte qu’il avait moyen de rendre un service important à son maître, alors il s’en alla en laissant un mot explicatif.

Gron hésitait à laisser dans son donjon, ce qu’il voyait comme l’œuvre de sa vie, son oiseau mécanique. Finalement il choisit de l’emmener dans son sac à dos.



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