Chapitre 13-3 – Guérisseur
Décurion : Je sens qu’un feu a été allumé. Approchons-nous doucement, il se peut que ce soit des bandits qui mangent.
Gron : Je peux modifier notre apparence pour nous rendre plus discrets.
Décurion : Qu’est-ce que vous voulez dire ?
Gron : Je parle de changer la couleur de notre peau et, de nos vêtements temporairement.
Décurion : Vous savez quelle couleur choisir ?
Gron (énervé) : Bien sûr, vous ne me faites pas confiance ?
Décurion : Comme le choix est très simple, que nous sommes entourés par du vert, que vous savez que j’aime le vert, que nous pourrions utiliser les hautes herbes vertes pour approcher furtivement, je pense que vous n’avez pas besoin d’explications, allez-y.
Gron : Colorus modificatus.
Décurion : J’ai largement sous-estimé votre bêtise, dites-moi pourquoi nous sommes noirs maintenant ?
Gron : Comme il fait sombre, j’ai pensé que le noir serait la bonne couleur.
Décurion : La nuit votre choix est défendable, mais en plein jour même si le soleil est caché par d’épais nuages, votre sort est idiot. Il faut que vous choisissiez des couleurs en rapport avec l’environnement, où vous vous trouvez.
Gron : Colorus modificatus.
Décurion : J’ai le droit au bleu à présent, vous faites très fort pour être ridicule. Qu’est-ce qui a motivé la sélection du bleu au fait ?
Gron : Il y a plein de mysotis des forêts autour de nous. Comme la couleur des pétales de ces fleurs est bleue et, que vous m’avez dit de prendre une couleur liée à l’endroit où nous sommes, j’ai opté pour le bleu.
Décurion : Dans une forêt le bleu cela attire franchement l’attention, changeons de coloris. Arrangez-vous pour que nous ayons la couleur dominante de ce lieu.
Gron : Colorus modificatus.
Décurion (perd patience) : Argh vous vous moquez de moi ou quoi ? Le camouflage de couleur jaune, est une décision aussi bête que celui de couleur bleu !
Gron : Ah permettez, il faut savoir ce que vous dites, si vous regardez attentivement cette forêt est remplie de pissenlits.
Décurion : Peut-être mais je veux que notre camouflage soit vert, c’est compris, l’herbe de cette forêt est verte, la tige des fleurs est généralement verte, les feuilles des arbres sont vertes.
Gron : En automne, les feuilles des arbres sont jaunes, oranges voire rouges.
Décurion : A cause d’une exposition à des vents de magie très concentrés, le climat de cette forêt est printanier toute l’année.
Gron : Dans ce cas là comment la végétation survit-elle ? L’hiver a une fonction essentielle, dans le cycle de vie des plantes de ce pays.
Décurion : Les vents de magie ont modifié la nature des végétaux, à certains endroits du pays. Allez dépêchez-vous sinon je vous gifle.
Gron : Colorus modificatus.
Décurion : Apparemment le terme discrétion est quelque chose d’incompréhensible pour vous.
Caius hors de lui, donna cinq belles baffes à Gron, il évacua une partie de son stress suite à cette action violente.
Gron : Qu’est-ce qui cloche ? Nous sommes verts comme vous l’avez demandé.
Décurion : Nous sommes verts, mais aussi lumineux, on peut nous repérer de très loin. Arrangez cela tout de suite ou, je passe de la gifle au coup de poing.
Gron : Colorus modificatus.
Décurion (ironique) : Miracle vous avez réussi en moins de dix minutes, à effectuer une tâche simple, je suis très fier de vous.
Gron : Hein ? Donc il y a les taches simples et celles compliquées, je ne savais pas que la saleté avait plusieurs niveaux de complexité. Merci pour ce précieux indice, mes recherches sur le nettoyant absolu ont avancé aujourd’hui.
Décurion (très énervé) : J’ai l’impression que votre tête ne contient non pas un cerveau, mais juste de la crasse !
Gron : Ainsi donc j’arriverai à réfléchir sans cerveau, c’est un fait unique. Mais après tout maître Rintam a dit que j’étais un être magique.
Décurion (ton rempli de détresse) : Gron rassurez moi, vous vous moquez de moi ? Vous jouez la comédie.
Gron : Il y a juste de la saleté dans mon crâne, mais cela suffit à faire de moi un être intelligent. Et je parie que je peux améliorer mon potentiel en avalant plein de poussière.
Décurion (murmure) : Reste calme, il ne fait pas exprès d’être idiot. Reste calme, retiens toi de l’étrangler.
Gron : Il n’y a personne au niveau du feu. Par contre j’ai trouvé de l’arposa. (très content) Et j’ai une idée géniale j’avale la cendre qui est de la saleté, et je fais le poirier pour que la saleté aille vers mon crâne et non l’estomac. Ainsi je deviendrai bientôt deux fois plus intelligent. C’est un plan parfait !
Décurion : Super à défaut d’être intelligent, vous êtes au moins chanceux. Autrement Gron n’essayez pas d’avaler de saleté, c’est un ordre absolu.
Gron : Mais euh, c’est pas juste.
Décurion (menaçant) : Désobéissez moi et je vous donne des coups.
Gron : D’accord, mais je suis pas content.
Le retour chez Harel le guérisseur ne se passa pas sans histoire. Gron et Caius ne firent pas une ou deux mauvaises rencontres, ils durent se battre pour défendre leur vie plus de vingt fois. Gron ne trouva rien de mieux que de déranger une bande de bandits humains, lui et Caius s’enfuirent, mais ils furent contraints de s’enfoncer dans les bois. Ainsi ce qui ne devait être qu’une petite expédition de quelques heures, se transforma en aventure de plusieurs jours.
De plus Gron ne trouva rien de mieux que de courir au hasard. Ce comportement dérouta leurs assaillants, mais il contribua à ce que le bêta et le décurion se perdent, ne sachent plus où se trouvait le sentier qui menait à la sortie de la forêt.
Caius avait son compte d’aventures pour un bon moment. Il aimait bien le frisson, mais il en eut suffisamment pour satisfaire une personne très blasée. Il fut très content de retrouver enfin le cabinet d’Harel.
Harel : La récolte a été bonne d’après ce que je vois. Je vais préparer tout de suite le remède. Revenez dans une heure.
Après une heure d’attente, le guérisseur vint réclamer son argent.
Décurion : Voici le paiement.
Harel : Il y a un problème, les pièces que vous avez posées sont fausses, elles ne sont pas en or mais en pyrite.
Décurion : Je ne le savais pas, je pensais que la monnaie de ma bourse était constituée de véritable or.
Harel : Je vous sens sincère, mais vous devez comprendre que je dois porter plainte contre Rintam votre maître, et que je ne peux pas vous donner de remède.
Gron : Si vous vous plaignez, son excellence aura de gros ennuis ?
Harel : En effet si le tribunal est clément, Rintam écopera d’une peine de prison, mais autrement il sera condamné à mort.
Gron : Par ce sort d’oubli vous allez oublier tout ce qui s’est passé aujourd’hui.
Harel : Bien tenté, mais mon amulette me protège des sorts d’oubli.
Décurion (sarcastique) : C’est gentil de nous faciliter la tâche, en nous parlant de vos protections, cela nous aide à les neutraliser.
Le décurion tenta de prendre l’amulette du guérisseur, mais il ne fut pas très aidé par Gron. Au contraire ce dernier ne trouva rien de mieux que de chercher à rendre glissant le sol au moyen d’un sort en visant à la fois les pieds d’Harel et ceux de Caius. Aussi il y eut une chute au sol des deux personnes touchées par le pouvoir.
Et Gron ne s’arrêta pas en si bon chemin, il rendit glissant tout le sol de la pièce où il se trouvait avec un nouveau sort. Il estimait très drôle de voir le décurion et Harel lutter désespérément pour reprendre leur équilibre, essayer de faire deux pas sans se casser la figure. Aussi il ambitionna d’étendre sa malédiction de glissade au quartier entier. Il concentra son énergie magique afin de provoquer une série de chutes. Son enchantement rendait aussi mou que des coussins le sol, donc les glissades ne s’accompagnaient pas de blessure.
Trop c’était trop pour le décurion, il décida de se déplacer vers Gron pour lui donner un coup de poing, afin de lui faire regretter ses gestes loufoques. Mais il ne parvint pas à se rapprocher suffisamment pour concrétiser son désir de violence. De son côté Harel tenta dans un premier temps d’appeler à l’aide avec sa voix mais il devint temporairement muet suite à l’action d’un pouvoir de silence déployé par Caius. Alors il voulut souffler dans une de ses trompettes pour quémander un soutien, cependant tous les objets dans la pièce s’avéraient terriblement glissants. Ainsi ses instruments de musique n’étaient pas faciles à manier pour le moment.
Le manège de la glissoire infernale aurait pu durer des heures, mais Gron prit peur face au regard haineux du décurion, aussi il finit par annuler ses sorts de glissade. Ce qui permit au décurion d’attraper Harel.
Gron : Oubli, vous n’avez plus aucun souvenir des événements de cette journée.
Décurion : C’est normal que le guérisseur soit inconscient ?
Gron : Oui ne vous en faites pas, il se réveillera dans cinq minutes. Mes sorts d’oubli ont le léger effet secondaire de faire perdre conscience quelques temps quand ils sont réussis. Allons-nous en vite d’ici.
De retour au donjon, le décurion et Gron voulurent une explication avec Rintam, qui était dans un de ses endroits préférés, la salle des complots.
Gron : Maître vous auriez pu nous prévenir, que vous vouliez payer avec de la fausse monnaie le guérisseur.
Rintam : Gron tu es une misérable vermine, tu aurais dû te douter que je n’allais pas débourser de l’or, afin de te venir en aide.
Décurion : Suis-je aussi une vermine ?
Rintam : Non toi tu es un élément assez utile, mais tu restes quand même remplaçable.
Gron (plein de respect) : Vous êtes vraiment l’ignoble parmi les ignobles. Je vous adore.
Rintam : Merci mais je n’ai aucun mérite, il s’agit d’un don de naissance. Bon assez discuté il est l’heure de mon entraînement au rire. J’ai encore besoin de quelques heures de pratique, si je veux avoir un rire machiavélique parfait.
Le décurion se sentait un peu coupable d’avoir malmené Gron, aussi il accepta de lui concéder quelques faveurs. Par exemple en lui prêtant des livres d’ingénieurie, le décurion était assez surpris de la vitesse d’apprentissage de son interlocuteur, qui lisait vite mais bien. Gron répondit sans faillir à une vingtaine de questions pointues sur la mécanique.
