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Chapitre 12 – Voleur
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Chapitre 12 – Voleur

Rintam attirait beaucoup de convoitise du côté de certains ennemis, il y avait différentes techniques d’approche débattues. Il se trouvait des amateurs de l’attaque guerrière impitoyable, et d’autres plus partisans de la manœuvre subtile, du recours à un voleur discret.

Le rival le plus riche de Rintam avait d’ailleurs les moyens d’embaucher une sacrée armée. Il se voyait comme l’ombre de lui-même sans l’orbe de toute-puissance du point de vue des pouvoirs magiques et des aptitudes physiques. Toutefois il était quand même capable de mobiliser des effectifs armés nombreux en ouvrant ses coffres remplis de pièces d’or. Il subit diverses mésaventures au cours de sa vie, mais il demeurait encore capable de payer beaucoup de monde pour des missions d’envergure.

Le rival n’abandonnait pas d’ailleurs ses rêves de restaurer toute sa grandeur, d’instaurer un empire encore plus grand que du temps de son apogée passée. Avec l’orbe, il jugeait que tout devenait possible, surtout qu’il multiplierait les précautions pour empêcher un nouveau vol de l’objet dont il estimait être le seul propriétaire légitime. Certes son territoire s’avérait bien plus petit maintenant que du temps de son apothéose. Mais le rival s’avérait toujours motivé à régner sans partage sur pratiquement le monde entier.

Il ferait taire à jamais les détracteurs qui osaient se moquer de lui, les ennemis qui lorgnaient sur les restes de son domaine. Le riche ferait plier les royaumes adverses les plus puissants facilement, une fois qu’il aurait mis la main sur l’orbe. Il orchestrerait en prime une vaste campagne de vengeance. Il organiserait des flambées mémorables, des milliers de bûchers brûleraient pour ses adversaires politiques et leur famille.

Et cette fois il ne serait pas distrait par un infâme stratagème. Il blinderait son esprit pour résister à la plupart des tentations. Seule une mignonne peluche en forme de lapin avait une chance de le pousser à baisser sa garde. Le rival invita son serviteur le plus proche à établir un plan dans la salle du trône.

Méchant : J’ai envie d’envoyer une armée saccager le donjon de Rintam.

Valet : Cette stratégie a un revers, une troupe nombreuse cela se détecte de loin et fait peur. Si Rintam prend la fuite et disparaît dans la nature, retrouver l’orbe sera nettement plus ardu.

Méchant : Je vois, je vais sans doute envoyer un commando d’assassins d’élite alors.

Valet : Avant d’en passer par là, je suggère de passer par encore plus discret, comme par exemple un voleur réputé.

Méchant : Tu aurais quelqu’un à recommander ?

Valet : Oui le célèbre Lupin est en quête de cibles à détrousser.

Lupin passait pour une véritable légende dans les milieux criminels, il était capable de réaliser l’impossible d’après sa réputation. Ses tarifs s’annonçaient franchement élevés, mais ils étaient mérités. Même une forteresse avec des couloirs remplis de pièges retors, et des gardes méfiants dans chaque couloir n’effrayait pas le voleur. Lupin parvenait fréquemment à réaliser des exploits monumentaux en matière de larcin. Il escaladait mieux qu’un alpiniste chevronné les murs les plus escarpés. Il possédait la capacité de crocheter des serrures extrêmement complexes, y compris des modèles avec des protections magiques qui bénéficiaient d’enchantements élaborés.

Lupin était tellement redoutable, que même les banquiers les plus sûrs d’eux n’arrivaient pas à étouffer un mouvement d’appréhension, quand ils apprenaient que le voleur les prenait pour cible.

Le voleur évitait autant que possible la violence, mais il demeurait quand même un cauchemar terrible pour nombre de gens riches. Il n’était pas infaillible, il connut quelques échecs au cours de sa carrière. Il fut obligé de battre en retraite quelquefois devant les forces de l’ordre. Mais depuis plusieurs années il réussissait à narguer avec un tel brio les autorités et les systèmes de protection les mieux conçus, qu’il gagna le surnom de voleur du siècle. En effet il rendait fous de rage les accusateurs, les gardes et les miliciens les plus doués. Bien que sa tête soit mise à prix pour la somme fabuleuse de cent mille pièces d’or, et qu’il soit considéré comme une cible prioritaire à abattre par nombre de notables, il arrivait toujours à se moquer des autorités.

Il existait différences spéculations sur la véritable identité de Lupin. Ce voleur prenait la précaution d’adopter des traits différents assez souvent, avec des techniques classiques issues du théâtre, ou en usant de sorts de dissimulation. Il était assez difficile à contacter d’ailleurs, il fallait parfois des semaines avant de parvenir à ce qu’il consente venir à un entretien avec un commanditaire.

Cependant il fit une entorse à ses principes de prudence, quand il entendit parler d’un acompte de cent lingots d’or. Il se rendit donc avec entrain dans la salle du trône du principal rival de Rintam.

Méchant : Lupin on m’a dit le plus grand bien de vous, on dit que vous êtes le meilleur dans votre profession. Aussi je ne lésinerai pas sur la récompense, si vous me rapportez l’objet que je convoite.

Lupin : De quoi s’agit-il exactement ?

Méchant : D’un orbe vert, un objet rond de la taille d’un poing humain.

Lupin : Ce que vous cherchez à des priorités magiques ?

Méchant : C’est vrai, mais la demeure de Rintam est remplie de babioles surnaturelles inoffensives. Leur grand nombre brouille les sens mystiques. À votre place je me fierai surtout à la vue.

Lupin : D’accord, si je réussis ma mission, quelle sera ma récompense ?

Méchant : Mille lingots d’or.

Lupin : Considérez l’orbe comme bientôt apporté près de vous.

Cela fut un jeu d’enfant pour Lupin de pénétrer dans le troisième étage du donjon. Il y avait bien des gardes orques qui patrouillaient de temps à autre, mais les sentinelles étaient franchement dissipées, elles faisaient affreusement mal leur travail. Elles suivaient un parcours routinier, et elles mangeaient et bavardaient tout en patrouillant, ce qui nuisait considérablement à leur efficacité. Encore quelques mètres et l’orbe serait vraisemblablement à Lupin.

Il pénétra dans la salle contenant le fameux artefact mystique. Le lieu passait pour anodin, des murs de pierre nue, pas de décoration apparente, juste une table avec un coffret de bois. Mais le regard du voleur fut attiré par un spectacle qui le poussa à négliger sa tâche. Il remarqua un lapin blanc sous forme de peluche. Il était un professionnel, il ferait rire s’il abandonnait même seulement cinq secondes sa mission pour se préoccuper d’un doudou.

Et puis il ne restait plus grand-chose à accomplir pour mettre la main sur le fameux orbe, juste une à deux serrures à crocheter, et l’affaire serait entendue. Lupin n’aurait plus qu’à effectuer le trajet du retour pour pouvoir toucher une récompense fabuleuse. D’ailleurs le voleur estimait que cela serait franchement facile de quitter le donjon. Il ne déploya pas ses meilleurs talents de mage pour s’infiltrer, pourtant il ne fut pas confronté à des obstacles difficiles. Il jugeait son objectif comme franchement simple, alors il serait idiot de céder à une bête tentation.

Lupin estimait qu’il fallait qu’il se montre fort, même si le lapin semblait d’une douceur incomparable, et d’un moelleux prononcé, il résistera à son envie notoire de le caresser. Même si la peluche sentait un parfum lavande assez attirant, le voleur considérait que son amour-propre s’avérait en jeu. Donc il refusait catégoriquement de sombrer à son impulsion presque obsessionnelle de frotter énergiquement ses joues contre le doudou. Finalement Lupin ne résista pas à la tentation, il serra contre lui la peluche, et il finit en un tas de cendres, victime d’une malédiction invisible mais efficace. Le lapin était piégé pour tuer les intrus.

Il s’agissait d’un traquenard mis en place par Rintam l’ambitieux. Cette personne développa un pouvoir de voyance sous l’influence de l’orbe. C’était une capacité aux effets encore parcellaires, qui ne permettaient de découvrir un aperçu du futur que quand certaines conditions précises étaient réunies. Toutefois Rintam ressentait tout de même une vive joie que sa faculté de prédire l’avenir ait abouti sur une conclusion positive. D’habitude quand il essayait de deviner les méandres du passé ou du futur au moyen d’un sort, les résultats s’avéraient franchement médiocres.

Pendant longtemps son talent de voyant n’avait pas été mieux que celui d’un bonimenteur de foire. Mais il arrivait enfin à obtenir des conséquences heureuses avec la voyance. Grâce à l’orbe il comblait progressivement ses faiblesses dans le domaine des sorts. Il s’améliorait à une vitesse admirable en matière d’enchantements, y compris les domaines mystiques où il passait autrefois pour une buse.

D’accord il aurait peut-être encore dans l’avenir quelques mauvaises surprises, mais l’ambitieux croyait que son heure de gloire commencerait bientôt. Il se ramassa beaucoup de moqueries dans le passé, en affirmant à tort que des chemises volantes essayeraient de prendre le contrôle de l’esprit des gens. Il récolta ainsi le surnom de voyant calamiteux.

Cependant il parvint à réaliser un piège très nuisible à l’égard de Lupin en ayant un aperçu du passé de sa victime. Ainsi il comprit que cet ennemi adorait à un point presque caricatural les lapins en peluche.

Quelques temps plus tard le rival riche de Rintam disputa son serviteur dans sa salle du trône.

Méchant : Ton conseil s’est révélé infructueux, Rintam se méfie davantage désormais.

Valet : Je suis désolé, j’accepte toute punition que vous jugerez utile.

Méchant : Quelle est la raison de l’échec de Lupin ?

Valet : Il a serré contre lui une peluche de lapin piégée.

Méchant : Dans ce cas, estimes toi heureux, tu ne seras pas sanctionné, le pouvoir des peluches de lapin est terrible. Même moi j’aurai du mal à y résister.

Valet : Merci beaucoup.

Méchant : Pour contraindre Rintam à me remettre mon orbe, tu utiliseras les services du chef ogre Gras et de ses soldats. Tu superviseras discrètement la mission de récupération.

Le rival voyait les choses en très grand pour piéger Rintam. Il comptait sur une armée considérable composée de sacrés éléments dans le bon sens du terme. Les ogres étaient déjà plutôt redoutables à la base, leur force physique surpassait très souvent celle des orques, pourtant capables de soulever des rochers lourds. En prime ils avaient un sens de l’organisation militaire et de la discipline bien plus prononcé. Ils ne chargeaient pas comme des dératés l’ennemi, et ils respectaient souvent les ordres du moment que leur chef ne leur présentait pas des absurdités évidentes. Les ogres avaient une forme humaine, mais ils se caractérisaient généralement par une taille d’au minimum trois mètres de haut et un poids de cinq cent kilos. Bien qu’ils mangent beaucoup, ils avaient tout de même souvent dans la majorité des cas une musculature impressionnante.

Pour arranger les choses, le rival décida d’embaucher Gras qui méritait le titre de stratège émérite, de rusé parmi les rusés. Il était capable de remporter une victoire contre un ennemi très supérieur en nombre et bien mieux armé, grâce à son sens de la tactique aiguisée. De toute façon le rapport de force penchait très clairement en faveur des ogres de Gras plutôt que des troupes de Rintam ; vu que les mercenaires du rival étaient au moins dix fois plus nombreux. Leurs effectifs se comptaient en milliers, tandis que les subordonnés de l’ambitieux dépassaient à peine les six cent en tenant compte de tous les serviteurs, y compris ceux affiliés au ménage.

D’ailleurs même si Rintam apprenait vite et bien grâce à l’orbe en matière de magie, il demeurait un fossé immense entre lui et Gras en terme d’efficacité. Pour le chef ogre provoquer un cataclysme qui engloutirait en quelques secondes tout le donjon de l’ambitieux constituait un acte tout à fait réalisable, une prouesse loin d’être impossible.

Certes Rintam progressait à une vitesse très supérieure à celle de ses anciens standards habituels, mais il existait encore de nombreuses personnes ayant la possibilité de le ridiculiser dans le domaine de la magie de bataille.

Quant à l’option de la corruption financière, elle avait peu de chances de fonctionner. Gras tenait à ce que ses troupes honorent systématiquement les contrats, et ne nuisent pas à leur employeur peu importe l’offre promise par un ennemi. De toute façon vu le côté radin flagrant de Rintam, si ce dernier proposait quelque chose, il s’agirait probablement de peccadilles, d’une rétribution tellement légère qu’elle ne servirait qu’à faire sourire, ou mettre en colère le chef mercenaire.

Et pour l’armement la supériorité de Gras s’annonçait tristement évidente. Rintam avait quelques babioles magiques, mais rien de particulièrement transcendant. Il collectionnait par exemple les épées qui luisaient légèrement dans le noir, qui produisaient de la lumière mais qui éclairaient beaucoup moins bien qu’une bougie normale.

Par contre le chef avait le choix en matière d’outils de mort mystiques plutôt puissants. Il disposait bien d’une cinquantaine de reliques efficaces pour semer la terreur sur une armée ennemie, comme une épée à souffle de dragon, une arme qui produisait dix fois par jour une boule de feu capable d’incinérer facilement une centaine de personnes regroupées les unes près des autres. Et pour les armes non surnaturelles, le constat était aussi accablant pour l’ambitieux. Ses orques, le gros de ses troupes, se caractérisaient souvent par des outils de mort de qualité moyenne, certaines de leur épée étaient même faits dans du fer de récupération, dans du métal à la solidité discutable.

Tandis que les rangs de Gras se caractérisaient par des lames faites par des forgerons de renom, amoureusement conçues pour fendre le crâne à des milliers d’ennemis. D’ici un mois au plus tard un véritable cataclysme militaire s’abattra sur le donjon de Rintam.



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