Chapitre 11-2 – Expertise
Rintam détecta grâce à un sort, son orbe de jade dans une cabane en bois. Gron ne put s’empêcher d’être sceptique. Il connaissait la réputation de Domus le bandit, celui-ci aimait le clinquant et le faste. Or la maison possédait un air misérable, avec ses planches rafistolées, son odeur de fiente d’oiseaux, et ses clous rouillés.
Le gobelin s’abstint quand même d’émettre une critique, s’il avait tort il accroîtrait son discrédit. L’ambitieux ressentit une intuition selon laquelle il se trompait d’endroit. Mais il ne tint pas compte de son pressentiment. En effet Rintam s’estimait en pleine possession de ses moyens. Il respecta des protocoles de sécurité plus importants que d’habitude, avant de lancer le sort de localisation de l’orbe. Enfin il ne voulait pas perdre la face devant Gron. Alors il se déplaça vers l’est, malgré une légère appréhension sur le bien-fondé de sa démarche.
L’ambitieux enleva plusieurs planches, pour pouvoir passer dans la masure, contenant vraisemblablement l’orbe. Il y voyait mal. Il pensa un moment recourir à un sort pour améliorer sa vision, mais il voulait s’économiser en cas de combat. De plus il s’habituait petit à petit à la pénombre, Rintam se mit à fouiller doucement mais méthodiquement la cabane. Gron se disait qu’une catastrophe ou un pépin allait bientôt arriver, toutefois il choisit encore une fois de se taire. Malheureusement l’ambitieux dérangea des poules endormies, et un coq hargneux veillait sur les femelles, il attaqua l’ambitieux.
Rintam l’avare voulut le tuer à coup d’éclairs, mais le coq le blessa à coup de bec, avant qu’il n’ait fini d’incanter. Une diversion fit hésiter l’assaillant de l’ambitieux, en effet un renard pénétra à son tour dans le poulailler. Rintam en profita pour incinérer le coq avec une attaque de foudre.
L’échec de l’ambitieux ne le découragea pas, le radin partit le lendemain à la recherche de son orbe. Néanmoins tout ce qu’il récolta, ce furent des bleus, des brûlures, des morsures, des piqures, des plaies, des contusions, des lacérations, des hématomes, des coups, et d’autres désagréments. Rintam après diverses mésaventures, choisit de se reposer dans une taverne. Il allait abandonner, quand Gron sentit l’aura de Domus.
Gron (chuchote) : Maître, je crois avoir repéré notre voleur d’orbe.
Rintam (murmure) : Es-tu sûr et certain de toi Gron ?
Gron (chuchote) : Je suis prêt à le parier.
Rintam (murmure) : Très bien on va suivre discrètement l’homme que tu as désigné.
Après une heure de traque, Rintam et Gron arrivèrent près de ce qui semblait le domicile de Domus. C’était une belle maison de pierre grise au cœur d’une forêt. Le bandit n’habitait pas à proximité d’une carrière, mais il put grâce à l’aide d’un sorcier se bâtir une fastueuse maison digne d’un seigneur local, sur une plaine d’herbes entourée par les arbres d’un bois de bouleaux. Sa demeure faisait bien vingt pièces, et paraissait très solide.
Rintam (chuchote) : Bon tourne très doucement la porte, nous allons essayer de surprendre le mécréant qui m’a volé.
Gron exécuta fidèlement les ordres, mais la porte fit un grincement fort. Ce qui permit à Domus armé d’accourir très rapidement dans la pièce visitée par ses deux ennemis. L’endroit s’avérait une sorte de salle des trophées. Il y avait des fauteuils et une cheminée, mais aussi plein d’étagères avec des médailles religieuses, des bourses en cuir vide, et d’autres produits de rapines. Le bandit quand il réalisait un coup rapportant gros, rangeait un peu de butin dans la salle.
Domus : Haut les mains, vous avez beau avoir l’avantage du nombre, je peux vous tuer tous les deux avec mes couteaux de lancer.
Rintam : Je peux te balancer instantanément une boule de feu dans la figure. Ce serait plutôt à toi de te rendre.
Domus : Je suis un lanceur de couteau chevronné, tu auras beaucoup de mal à éviter mes lames.
Rintam : Je peux t’enflammer très rapidement, flammus.
Rintam se concentra et alluma un joli jeu dans la cheminée de la maison. Il profita de la présence de plusieurs bûches dans le foyer, pour générer facilement des flammes.
Domus : Joli tour, mais tu n’as pas confiance en toi, sinon tu m’aurais déjà attaqué, et puis je te connais. Tes sorts ont un effet très différent de celui escompté dans un cas sur deux.
Un duel intense opposa Rintam à Domus le voleur, chacun neutralisait les coups de l’adversaire. Le voleur n’était pas très versé dans la magie, sauf dans les anti-sorts, ainsi il empêchait l’ambitieux de l’atteindre avec des enchantements. Toutefois Rintam ne constituait pas une proie facile, il se défendait bien.
L’affrontement entre les deux antagonistes dura plusieurs minutes, sans qu’il y ait un vainqueur et un vaincu. Rintam balançait essentiellement des boules de feu, mais sa magie était à chaque fois neutralisée par son adversaire. Quant à Domus de son côté il n’arrivait pas à surpasser les sorts protecteurs préservant l’ambitieux des attaques. Ses couteaux rebondissaient systématiquement sur un bouclier d’énergie invisible.
Gron se gardait bien d’intervenir pour aider son maître Rintam. Sa justification pour son refus de s’engager dans le combat, était qu’il sécurisait une table. Il voulait empêcher son ennemi d’emporter le meuble dans sa fuite. D’accord la table était trop large pour passer une porte ou une fenêtre, mais en démolissant un mur, il y avait moyen de la déplacer dehors. Entendu son adversaire ne semblait pas montrer un intérêt particulier pour la table. Cependant le gobelin était très fier de son raisonnement qu’il pensait impeccable, il avait l’intuition que le meuble jouerait un rôle majeur à l’avenir. Ce n’était pas de la lâcheté qui animait Gron, juste une irrépressible envie de jouer les gardiens de table, et la pulsion de mettre en valeur la nappe en tissu rose qu’il acheta récemment en s’accaparant un nouveau meuble.
Après trente secondes de pause pour reprendre leur souffle, le ballet martial entre l’ambitieux et le voleur reprit. Domus ne disposait plus que de deux armes de jet, aussi il tenta une manœuvre risquée. Il concentra l’essentiel de ses forces magiques afin de lancer un sort. Il réussit à enflammer un couteau au niveau de la lame. Le bandit réussit son pari, il sentit de l’étonnement chez Rintam. Il profita du relâchement de la vigilance de son ennemi, pour réaliser un deuxième sort, qui amplifierait la vitesse de son couteau de lancer. Domus brûla un peu de sa vie, pour restaurer un semblant de force magique.
Son projectile fila à toute vitesse vers le cœur de Rintam. De son côté l’ambitieux fit une gaffe le rendant nettement plus vulnérable, il tenta de renforcer son bouclier d’énergie avec un mot de pouvoir, mais à la place il le désactiva, et matérialisa un caleçon avec des motifs de cœur. Cependant il fut épargné grâce une action décisive de son assistant. Ce dernier voulait ardemment jour les sécurisateurs de table, mais sa loyauté triompha de sa couardise.
En effet Gron stoppa l’arme avant que celle-ci n’atteigne son but, par l’intermédiaire d’un sort de protection. La rage d’échouer causa un afflux de pouvoir magique chez le voleur. Domus lança son dernier couteau sur Rintam, le projectile ne fit que lui causer une blessure légère, mais il provoqua quand même une vive douleur à l’épaule. Le bandit mit à profit la distraction de l’ambitieux, pour s’enfuir.
Gron : Enfermus.
Au moment où Domus allait sortir dehors en ouvrant la porte de la pièce donnant sur l’extérieur, Gron activa un sort d’enfermement qui fit que la porte revint violemment sur la figure du bandit, ce qui le sonna.
Domus : Ouch.
Rintam : Je te tiens, Gron aide moi à attacher les pieds et les mains du voleur. Pour une fois tu as agi finement, bon je reprends l’orbe. Tiens, tiens cette brique a une couleur légèrement différente des autres, bingo voilà un joli pactole.
Domus : Rends-moi mon argent sale voleur.
Rintam : Bien sûr, et je vais aussi te faire des excuses.
Gron : Pourquoi vous voulez demander pardon, maître ?
Rintam : J’étais ironique Gron, je me moquais du voleur ! Tu es vraiment un microbe cérébral, de ne pas comprendre l’évidence.
Gron : Mais c’est super !
Rintam : Hein ?
Gron : Si je suis un microbe je peux me multiplier facilement par division cellulaire. Il me suffit juste que je trouve le bon truc pour y arriver. Si cela se trouve vous aurez bientôt une armée de Gron, maître.
Rintam imagina la perspective d’avoir un régiment de Gron pour le servir, et il ne put se retenir de frisonner de peur. Domus qui observait la situation décida de tirer profit de l’état du gobelin.
Domus : Gron pour qu’un microbe cérébral se multiplie, rien ne vaut le fait de s’attacher les mains avec de la corde de chanvre.
Gron (craintif) : Horreur, bientôt un régiment de Domus va nous assaillir, il faut s’enfuir le plus vite possible, maître !
Ainsi Gron commença à détaler sous le regard incrédule de Domus, mais le gobelin n’alla pas loin. Rintam le retenait par le cou, et le raisonnait. Un instant plus tard l’assistant se moqua de son ennemi.
Gron : Holà, dire que j’ai failli être plus crétin que Domus. J’ai été à deux doigts d’être pathétique.
Domus (colérique) : Eh je ne suis pas un crétin, c’est toi le crétin Gron !
Nouveau retournement de situation, cette fois Gron se mit à pleurer de joie.
Gron (heureux) : Merci pour vos compliments Domus, si vous avez raison j’ai fait de sacrés progrès. D’habitude on me traite de crétin absolu, pour n’avoir que la simple appelation de crétin, je suis très content.
Domus ne comprenait pas ce qui se passait, il avait l’impression d’être entré dans la dimension n’importe quoi. Puisque parler à Gron ne servait qu’à lui donner mal à la tête, il décida de provoquer Rintam.
Domus : Rintam un jour tu finiras dans la pauvreté et la honte. Les personnes pitoyables comme toi n’ont qu’une courte espérance de vie.
Rintam : J’ai ton butin et mon orbe, puisque tu ne m’es plus utile, je vais te brûler, meurs ! Flammus.
Domus poussa un cri de souffrance, suite au fait que son corps entier s’embrasa.
Gron : Oh non ! Mon sort de fermeture de la porte, ne sera pas dissipé avant une heure, il n’y a pas beaucoup d’eau dans cette maison, et vous avez déclenché un début d’incendie. Nous sommes finis !
Rintam : Calmes toi Gron il y a moyen très simple de sortir d’ici. Regardes bien.
Gron : Je cherche mais je ne vois pas de solution.
Rintam : C’est simple il suffit d’ouvrir une fenêtre.
Gron : On peut aussi emporter la table que je sécurisais ?
Rintam (las) : Non !
Une fois de retour au donjon, Rintam eut une idée, il invita le décurion dans la salle des complots.
Rintam : Décurion, serais-tu capable d’analyser cet orbe ?
Décurion : C’est faisable, déjà je peux vous dire qu’il referme une grande puissance, mais il me faudra un peu de temps pour découvrir ses pouvoirs exacts.
Rintam : Très bien, je te donne deux jours.
Caius le décurion plancha d’arrache-pied dans la bibliothèque du donjon afin de déceler avec exactitude les propriétés réelles de l’orbe. D’ailleurs pendant un certain temps il fut incrédule à cause des conclusions de ses travaux de recherche. Mais comme il fit plusieurs fois des vérifications poussées, il en déduisit qu’il avait probablement raison. L’orbe avait un tel potentiel qu’il fut assez tenté de se l’approprier pour lui, de le garder à ses fins personnelles.
Mais le décurion était un homme qui payait ses dettes d’honneur. Comme il était plutôt bien traité par Rintam, et qu’il bénéficiait de son appui pour apprendre la magie, Caius jugerait déshonorant de trahir son supérieur hiérarchique. Même si une partie de son esprit avait envie de se traiter lui-même d’idiot fini. Il revint donc encore une fois à la salle des complots avec une excellente nouvelle pour Rintam.
Décurion : Alors cet objet a des propriétés impressionnantes, il permet d’acquérir avec le temps une puissance égale à celle d’un dieu majeur.
Rintam : Mouha, ha, ha, je suis vraiment chanceux pour une fois, j’ai mis la main sur l’orbe de toute-puissance il faut fêter cela.
