Au-delà du Mur | Across the Wall
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Chapitre 5 : Deux Routes, Un Destin

Quand Myra parvint à rouvrir les yeux, tout était calme autour d’elle. Le vent soufflait légèrement et quelques oiseaux gazouillaient. La tête lourde, elle se redressa lentement et observa les environs. Son esprit était légèrement embrumé par les récents évènements et elle eut grande difficulté à faire le tri dans sa tête. Un murmure résonnait autour d’elle, il s’agissait de la voix de la forêt dans laquelle elle se trouvait. Celle-ci semblait rassurée que l’Elfe n’ait rien.

Tout en se redressant à l’aide de ses mains sur le sol terreux, elle ressentit une certaine ankylose sur ses jambes. La douleur dissipa la brume dans sa tête et la première chose qu’elle fit fut de vérifier son état.

“Il semble que je n’ai rien,”  s’exclama-t-elle soulagée après de plus amples inspections.

Les seules blessures notables étaient quelques égratignures ainsi que la perte momentanée de ses jambes, mais elle sut qu’elles n’étaient pas cassées car elle pouvait les remuer sans trop de peine.

Elle récapitula alors les derniers évènements passés avant sa perte de connaissance.

“Si je me rappelle bien, l’Humain et le dragon se trouvaient dans les airs…” 

Elle scruta le ciel mais évidemment, tous les deux avaient disparu.

“Et Nyfeirg et moi avons été…” 

Quand elle dirigea son regard au sol, elle repéra Nyfeirg allongée contre un arbre. Le vrombissement avait disparu et une légère fumée s’échappait de son corps.

“Se pourrait-il qu’elle soit… ?”  se demanda-t-elle intérieurement.

Comme elle n’avait jamais rencontré pareille entité auparavant, elle ne savait pas si elle devait la considérer comme ‘vivante’ ou pas. Elle n’avait pas grande affection pour celle-ci, mais elle pensait que c’était regrettable qu’elle soit hors d’usage à présent. Maintenant que Myra était seule, elle devait penser à la suite des évènements.

“Je ferais peut-être mieux de m’en aller dans ce cas,”  pensa-t-elle un peu désorientée.

Elle tenta de se relever, mais ses forces l’avaient quittée. Elle maudit intérieurement son état tandis qu’elle se laissait choir à terre doucement. Elle n’avait pas trop d’autres choix que de se reposer momentanément, le temps qu’elle puisse récupérer suffisamment d’énergie pour marcher à nouveau. Sa seule crainte actuelle était de savoir si le dragon était toujours en vie ou pas. Elle devait s’assurer qu’il n’était plus une menace pour son village sinon tout ceci n’aurait servi à rien.

Elle n’avait aucune empathie pour John, et quand bien même celui-ci serait mort, cela ne lui ferait ni chaud ni froid. Néanmoins, elle devait bien avouer que voir un Humain combattre un dragon était quelque chose d’assez admirable.

De mémoire, ce n’était pas quelque chose qu’elle avait déjà vu ou entendu.

Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, un bruit attira son attention. La machine, Nyfeirg, qui gisait à terre, remuait faiblement. Myra écarquilla les yeux en constatant que cette chose semblait toujours vivante. Quelques secondes plus tard, elle perçut des murmures dans le vent. Tout d’abord, elle crut avoir rêvé, mais les murmures revinrent à nouveau.

“hn…..hn…” 

“D’où cela peut-il provenir ?”  se demanda l’Elfe perplexe.

Et puis son regard se posa sur Nyfeirg. Quelque chose lui disait que les murmures devaient venir de par là-bas. Myra, n’ayant pas encore suffisamment récupéré, se rapprocha d’elle en rampant jusqu’à arriver à quelques pas seulement.

Au fur et à mesure qu’elle se rapprochait d’elle, les murmures devenaient de plus en plus audibles jusqu’à ce qu’elle puisse percevoir le même prénom être répété par saccades : John.

En examinant Nyfeirg, l’Elfe ne put que constater l’ampleur des dégâts. Certaines parties de son corps étaient tordues tandis que d’autres parties semblaient avoir été arrachées ou cassées. C’était vraiment un spectacle triste à voir.

“Vraiment regrettable…”  murmura-t-elle.

Il n’y avait rien qu’elle pouvait faire pour elle à ce stade.

“Jo… hn…” 

“Nai.. fagu ?” 

Pas de réponse.

L’Elfe se rapprocha et réitéra de nouveau.

Toujours pas de réponse.

Myra commençait à perdre espoir, mais elle se rapprocha une nouvelle fois. À cet instant, ses mains touchèrent par accident la carcasse de l’appareil et elle sentit soudainement que son énergie s’échappait d’elle, comme si elle était aspirée par la machine. Paniquée, elle recula aussitôt tout en vérifiant ses mains.

“Quel est ce sortilège ?”  s’écria-t-elle apeurée.

Elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer. C’était une sensation si étrange qu’elle se demandait s’il ne s’agissait pas de magie noire. Mais à sa grande surprise, elle constata que ses mains n’avaient rien. Elle jeta quelques coups d’œil en direction de Nyfeirg quand elle remarqua que cette dernière semblait être sur le point de s’éveiller.

“Naifagu ? Tu m’entends ?” 

“John… Où est… John… ?”  demanda Nyfeirg d’une voix faible.

“John n’est pas là… Je crois qu’il est parti avec le dragon…”  répondit Myra avec appréhension.

La monture gesticulait légèrement tout en essayant de se redresser.

“Ne bouge pas. Tu es blessée, repose-toi un peu,”  dit-elle avec inquiétude.

Elle ne savait trop quoi faire alors elle pensa à la caresser comme elle l’aurait fait avec un cheval, mais elle se souvint de l’étrange sensation qu’elle avait ressentie précédemment et se ravisa.

“Je dois… Le retrouver…” 

Mais Nyfeirg persistait malgré les avertissements de l’Elfe. Myra ressentit un grand doute l’envahir. Si elle parvenait à faire de cette monture une alliée, ne pourrait-elle pas alors s’en servir comme transport ? N’était-il pas alors dans son intérêt de l’aider plutôt ? Ces questions tourbillonnaient en elle comme une nuée d’oiseaux.

De l’autre côté, la forêt lui suggérait également d’aider cette pauvre chose. Myra comprenait que Nyfeirg n’était pas dangereuse, mais elle ne parvenait pas à lui faire confiance. Après tout, comment aurait-elle pu s’imaginer un seul instant que sous cette apparence démoniaque se cachait un être doué de raison et de sentiments ? Si la forêt ne l’avait pas avertie au préalable et si elle n’avait pas pu voir la compassion qu’elle témoignait à cet Humain, elle aurait très certainement fui, pensant avoir rencontré un démon.

Les démons étaient des êtres affreux, qui incitaient à la plus grande prudence de par leur nature maléfique mais aussi brutale. Ils étaient tout aussi craints que les dragons étaient craints pour leur puissance destructrice. Mais Nyfeirg n’en était pas un.

La forêt l’avait attesté plus d’une fois : Nyfeirg n’était pas un danger et la forêt ne mentait pas. Pour les Elfes, l’esprit de la forêt était comparable à un dieu : leur dieu. Cela était d’autant plus vrai que la forêt leur apportait tout ce dont ils avaient besoin pour vivre. Eau, nourriture, abri, tout s’y trouvait. Mais la forêt était aussi un être capricieux et intraitable avec ses ennemis. Aussi, quand les Elfes souhaitaient s’installer quelque part, ils étaient obligés d’en faire expressément la demande à la forêt. Si celle-ci acceptait, ils avaient alors le droit de s’y installer mais devaient en contrepartie la protéger des menaces extérieures. Si elle refusait, ils devaient rebrousser chemin s’ils ne voulaient pas périr les uns après les autres.

Après avoir pondéré entre le pour et le contre, Myra soupira avec résignation.

“Que… Puis-je faire pour t’aider ?”  demanda-t-elle avec hésitation.

“Ton énergie… Donne-la moi…” 

“Mon… Énergie ?” 

Myra était troublée par ses mots. Que voulait-elle dire ?

“Que dois-je faire ? Dis-moi.” 

“Place… Ta main… Sur moi…” 

“Ma main…”  murmura-t-elle. “Ah ! Tu veux dire…” 

Elle se rappela la désagréable sensation qui l’avait affolée plus tôt.

“Dois-je de nouveau le refaire ?”  se demanda-t-elle avec crainte.

En toute honnêteté, Myra préférait éviter de devoir vivre une seconde fois la même expérience désagréable, mais elle se ravisa et accepta ce sacrifice. Il s’agissait d’un mal pour un bien au final. Il n’y avait qu’ainsi qu’elle parviendrait à créer un lien avec cette entité.

Elle hocha de la tête puis apposa timidement ses mains sur la carcasse de la monture. À nouveau, elle sentit son énergie la quitter. Cependant, cette fois-là fut différente. La sensation était bien plus intense et difficilement supportable, mais l’Elfe tint bon. Mais alors qu’elle luttait pour garder connaissance, elle fut abruptement prise par surprise en assistant à quelque chose d’incroyable.

Nyfeirg se mit peu à peu à scintiller comme si elle s’embrasait de l’intérieur. La lueur s’étendait sur toute la carcasse de la machine et brillait de plus en plus fort. Néanmoins, contrairement à ce qu’elle craignait, la lumière apparaissait apaisante, chaleureuse. Et puis, comme par magie, les parties endommagées se reformèrent comme si le temps s’était mis à reculer.

“Continue ainsi… Je revis ! Je le sens !”  s’exclama Nyfeirg d’une voix jouissive.

Myra sentait que ses forces la quittaient et qu’elle allait s’évanouir mais persévéra malgré tout. L’enjeu était désormais trop important pour faire marche arrière.

Quelques secondes plus tard, la lumière diminua en intensité jusqu’à disparaître entièrement, révélant devant les yeux ébahis de Myra une Nyfeirg complètement neuve. Une fois cela terminé, Myra retira immédiatement ses mains alors que sa tête s’était subitement alourdie. Elle manqua de s’effondrer mais parvint à se rattraper au dernier moment. La machine, dont les phares s’illuminaient de plus belle, se redressa d’elle-même comme si une main invisible l’avait soulevée pour finalement se stabiliser à l’horizontal.

“Tout va bien ?”  demanda-t-elle inquiète.

“Oui… J’ai juste besoin… De me reposer un peu,”  répondit Myra apathique.

La femme Elfe haletait avec difficulté et transpirait abondamment. Elle s’adossa contre un arbre et en profita pour reposer son corps vidé de son énergie tout en regardant le ciel bleu. Quand elle fut rétablie, Nyfeirg qui s’était approchée d’elle déclara :

“Je te remercie de m’avoir sauvée… Je n’aurais pas pu y arriver sans toi.” 

“Ce n’est rien,”  répondit Myra en souriant faiblement. “Je ne pensais pas que cela serait si éprouvant.” 

“Je ne le pensais pas non plus, honnêtement. C’est la première fois que cela m’arrive.” 

“J’espère en tout cas ne plus avoir à vivre ça…” 

Et les deux femmes rirent joyeusement. Puis Myra inspira profondément afin de reprendre ses esprits avant de baisser son regard sur Nyfeirg.

“Que comptes-tu faire à présent ?”  demanda-t-elle.

“Je dois partir à la recherche de John. Et toi ?” 

“Je… Dois m’assurer que le dragon ne représente plus de menace pour mon village. Penses-tu que ton partenaire… John est… ?” 

“Non. Je ressens encore sa présence, même si très faiblement,”  répondit Nyfeirg d’un ton assuré, au grand étonnement de Myra. Elle ajouta : “Je sais, ce doit être dur à croire et je ne peux malheureusement pas l’expliquer, mais j’en suis certaine : il est vivant.” 

“Et la mienne ?”  demanda Myra avec appréhension.

Nyfeirg ne répondit pas de suite. Ses phares scrutaient l’Elfe de haut en bas, comme si elle cherchait quelque chose. Après quelques instants, elle finit par répondre.

“Je sens quelque chose, en effet… Mais c’est imperceptible.” 

“Comment cela se fait ?”  demanda l’Elfe étonnée.

“Je pense que ce doit être notre relation qui diffère de celle avec John,”  avoua Nyfeirg.

Myra se toucha les lèvres tout en affichant une mine renfrognée. Puis, après quelques instants, elle déclara :

“Cela semble logique…” 

“Sur ce… Bon courage pour la suite, Myra.” 

Alors que Nyfeirg était sur le point de partir, l’Elfe se redressa immédiatement en panique et répliqua.

“Attends !” 

“Qu’y a-t-il ?”  demanda-t-elle d’un ton interrogateur.

“Je… Peux t’aider à retrouver ton partenaire Humain !” 

Nyfeirg se figea.

“Je… Peux t’aider à le retrouver, si tu m’aides en retour. De plus, tu ne pourras pas dépasser ces montagnes si tu ne sais pas où chercher…” 

Soudainement, l’atmosphère entre les deux personnes se refroidit aussitôt. Nyfeirg se retourna lentement. Une lueur lugubre et sombre émanait de ses yeux, comme prête à dévorer sa proie à tout instant. Myra tressaillit de peur mais parvint à garder une attitude neutre. Elle savait qu’en disant ça, elle risquait de créer un incident, mais elle ne pouvait pas manquer une si bonne occasion de ramener un tel destrier à son village. Elle était certaine que cette chose serait utile à son peuple. En fait, elle était si excitée par l’idée d’obtenir cette monture qu’elle ne se rendait pas compte qu’elle commettait une grave erreur.

“Essayerais-tu de me faire chanter, Myra ?”  demanda Nyfeirg d’une voix glaciale.

“No, Non, pas du tout ! Mais avec moi, la recherche sera bien plus rapide… Qu’en penses-tu ? Aide-moi à retrouver ce dragon, et je t’aiderai à retrouver cet Humain…” 

Le silence régna entre les deux femmes pendant un long moment. Myra craignait que son plan ne tombe à l’eau si son adversaire décidait de se passer de ses services. D’un autre côté, elle était certaine de pouvoir retrouver l’Humain aisément. La forêt dans laquelle elle se trouvait actuellement lui avait donné une direction vers laquelle l’Elfe savait qu’elle retrouverait sa trace. Toutefois, elle préférait garder pour elle cette information afin de faire pression sur Nyfeirg.

Nyfeirg, quant à elle, savait que l’Elfe cachait quelque chose. Elle ne pouvait pas mettre le doigt dessus, mais elle était sûre que les choses ne se passeraient pas comme elle l’espérait. Cependant, le lien qui l’unissait à John lui intimait de faire quelque chose. De plus, avoir quelqu’un qui connaissait la région s’avérait être un atout essentiel pour s’orienter dans ce monde.

En conclusion, elle était dans une impasse. Si elle voulait revoir John, elle devrait accepter ce marché inéquitable. Après quelques réflexions, elle prit une décision.

“Très bien,”  concéda Nyfeirg. “J’accepte ta proposition…” 

Un sourire se dessina sur le visage de Myra.

“Mais si tu tentes de me berner, je n’hésiterai pas à me débarrasser de toi. Est-ce bien clair ?” 

“Très clair,”  Myra ricana avec hésitation.

“Bon, par où allons-nous à présent ?” 

“On doit d’abord traverser ces montagnes,”  dit Myra en portant son regard sur les pics acérés se trouvant derrière eux.

Nyfeirg fit de même et dû se rendre à l’évidence : elle ne pourrait jamais escalader de telles montagnes. Elle devrait dès lors trouver un passage, mais si elle se trompait ? Si elle allait dans la mauvaise direction, qu’arriverait-il à John ? Cette simple pensée la fit frémir intérieurement.

“Je suppose que tu connais un moyen…” 

“Fais-moi confiance !” 

“Dans ce cas, ne tardons plus !” 

Nyfeirg fit démarrer son moteur, et le vrombissement caractéristique résonna dans la forêt, effrayant les animaux et monstres alentour. Myra, qui avait entre-temps récupéré son paquetage éparpillé au sol ainsi que les quelques armes qu’elle avait encore de disponibles — son arc ayant été détruit au passage, s’apprêtait à suivre Nyfeirg quand cette dernière la klaxonna.

L’Elfe totalement ignorante, sursauta à l’écoute de ce bruit strident et se retourna aussitôt.

“Que fais-tu ?”  demanda la monture légèrement impatiente. “Comptes-tu en plus de ça nous ralentir en marchant aussi lentement ?” 

“Je…”  Myra ne sut quoi répondre.

“Allez, monte !”  lui suggéra Nyfeirg tout en s’arrêtant à sa hauteur.

“Je… Peux ?”  demanda l’Elfe enjouée.

“Je n’ai pas trop le choix,”  répondit Nyfeirg sarcastiquement. “On ira bien plus vite avec moi.” 

“D’accord !” 

L’Elfe chevaucha la monture comme elle le ferait avec un cheval, ce qui fit légèrement pouffer Nyfeirg.

“Qu’y a-t-il de drôle ?”  demanda Myra légèrement vexée.

“Rien, je viens juste de me rendre compte que nous étions bel et bien dans un autre monde…” 

Pour une raison étrange, celle-ci se sentit insultée, mais ne trouvait rien à redire. Elle décida de laisser passer ces sarcasmes, cette monture en valait bien la peine au final.

“Bon, à présent, tu vas faire comme je te dis…” 

“Mais je croyais que tu pouvais bouger de toi-même,”  répliqua aussitôt.

“Tu pensais vraiment que j’allais faire tout le boulot à ta place ? N’oublie pas ta position, Elfe…” 

“Quand tu parles ainsi, j’ai l’impression de parler à un Humain,”  murmura Myra avec dédain.

“Tout d’abord,”  répondit Nyfeirg en ignorant l’Elfe. “Tu vas appuyer sur le levier à ta main gauche sans le relâcher, puis en même temps, avec ton pied gauche, tu vas appuyer sur le levier à côté du moteur.” 

Myra s’exécuta aussitôt après avoir écouté attentivement les instructions de Nyfeirg. Un grand ‘clac’se fit entendre.

“Maintenant, avec ta main droite, tu vas tourner très légèrement vers toi la poignée de droite et en ce faisant, tu vas relâcher ton pied gauche ainsi que la poignée de gauche… Doucement. Lorsque tu sentiras le moteur démarrer, ne t’inquiète pas, et continue. Je me chargerai de l’équilibre à ta place.” 

Une fois de plus, Myra exécuta à la lettre les directives de Nyfeirg. La moto se mit à rugir légèrement tandis que le véhicule prenait lentement de la vitesse.

Myra ressentit de l’excitation en voyant la monture s’avancer d’elle-même. C’était une toute nouvelle expérience pour elle et bien qu’elle trouvât l’exercice fastidieux, elle en fut pleinement satisfaite.

“Comment est-ce possible ? Ça avance tout seul…” 

Myra ricana silencieusement tout en observant l’Elfe admirative.

“Maintenant, tu vas devoir changer de vitesse afin d’aller plus vite. Appuie une nouvelle fois sur le levier à ta main gauche et maintiens-le enfoncé, puis tire sur le levier se trouvant à ton pied gauche. Ce levier est appelé le ‘sélecteur’et il commande ‘l’embrayage’. Sa fonction est de passer les différentes vitesses du moteur à la roue arrière. Une fois que tu entends le ‘clac’une seconde fois, tu peux relâcher le levier à ta main gauche.” 

La moto partit en ligne droite pendant que Myra effectuait les manœuvres. Les indications n’étaient pas faciles à comprendre pour quelqu’un qui n’avait jamais conduit de moto auparavant. Myra dû s’y reprendre à plusieurs fois, avant de finalement y arriver.

Par la suite, Nyfeirg lui expliqua comment freiner et se diriger. Après une demi-heure, l’Elfe avait maîtrisé le fonctionnement basique de la machine, au grand dam de celle-ci. Nyfeirg n’avait pas du tout anticipé le fait que Myra s’avérait être plus douée que John. Sa fierté en prit un coup, mais elle ne dit rien.

“As-tu compris à présent ?”  demanda Nyfeirg avec désespoir.

“C’est super !”  se réjouit Myra. “Je ne savais pas que ce serait si simple !” 

La moto jeta un rire teinté de frustration avant de porter son attention face à elle.

“Bon, maintenant que tu peux te débrouiller, allons-y.” 

“Je pense finalement que ce serait mieux que tu conduises à ma place.” 

“Rêve…” 

Myra dirigea Nyfeirg vers les montagnes et suivit le ravin en direction de l’imposante montagne. Le soleil était à son zénith à ce moment et le ciel était bleu, mais le cœur de Nyfeirg était sombre et anxieux. Parviendrait-elle à retrouver John ? Myra tiendra-t-elle sa promesse ?

Pour une raison qu’elle ignorait, elle avait des difficultés à lire l’esprit de l’Elfe, mais elle parvenait quand même à ressentir un reliquat d’émotions oscillant entre la malice et l’inquiétude.

C’est avec ces pensées que le duo continua sa route jusqu’à ce que, quelques heures plus tard, il finît par dépasser un autre pont en bois. Il s’agissait du même type de pont que le précédent, sans doute construit à une époque ultérieure étant donné le meilleur état de celui-ci. Myra y jeta un coup d’œil avant de lancer son regard droit devant elle.

Quelques heures plus tard, elle s’arrêta devant une cavité naturelle de la montagne. De prime abord, Nyfeirg ne comprenait pas pourquoi l’Elfe s’arrêtait là. Il y avait plusieurs arbres qui poussaient et ceux-ci n’avaient pas l’air pressentir quoi que ce soit. Pourtant, quand Myra révéla le passage qui s’y cachait, la moto comprit à quel point elle avait été présomptueuse d’imaginer réussir sans aucune aide extérieure.

Dans le passage se dessinait une formation rocheuse qui semblait s’enfoncer profondément dans la montagne. Le chemin était si étroit qu’il était impossible pour deux personnes de se tenir côte à côte dedans. Cependant, cela était bien suffisant pour elles.

“Voilà ce dont je te parlais,”  expliqua Myra d’un air sérieux. “Ce passage mène vers l’autre côté. Nous — les Elfes — ne nous y aventurons jamais.” 

“Parce qu’il y a des Humains de l’autre côté, je suppose ?” 

“C’est cela,”  acquiesça lentement Myra. “Cet endroit marque le début du monde Humain. À partir d’ici, nous devrons être prudentes.” 

Nyfeirg acquiesça silencieusement puis le duo s’enfonça lentement dans le passage. Au cours de leur traversée, l’Elfe bifurqua plusieurs fois sur leur route, les faisant faire d’innombrables détours, ce qui ne fit qu’augmenter la confusion chez la moto.

“Nous devons nous dépêcher de traverser cette crevasse avant la nuit,”  dit Myra d’un ton inquiet. “Je n’aime pas cet endroit,”  ajouta-t-elle en murmurant.

Le ciel se teint peu à peu de rouge et d’orange alors que le soleil terminait sa course derrière les montagnes. Après quelques heures, le duo s’échappa finalement de ce labyrinthe rocheux. Devant elles se dessinait une autre vallée, aussi large que la précédente, mais entourée de montagnes et de forêts. Au loin, on pouvait voir quelques collines et des lacs disséminés un peu partout.

Myra soupira de soulagement une fois qu’elle se retrouva à ‘l’air libre’.

Toutefois, son attitude redevint aussitôt sérieuse et elle fronça les sourcils. Nyfeirg sentit chez l’Elfe un malaise naissant.

“Qu’y a-t-il ?”  demanda-t-elle curieusement.

“Je sens… La présence d’Humains.” 

“Tout près de nous ?” 

La tension en Myra s’apaisa alors.

“Non, mais je sens juste que la forêt est occupée par des Humains.” 

“Tu… Le sens ?” 

“Ah, ne t’en fais pas,”  répliqua aussitôt Myra légèrement embarrassée.

Nyfeirg ne comprit pas pourquoi l’Elfe réagissait ainsi, mais ne chercha pas à en savoir plus. Myra la mena alors au début de la forêt et s’arrêta à seulement quelques mètres d’elle.

“Peux-tu couper le moteur, s’il te plaît ? J’aimerais vérifier quelque chose,”  demanda l’Elfe tout en descendant de la monture.

La moto se stoppa et le calme revint aussitôt. L’Elfe soupira légèrement et s’avança dans la forêt. Tout en faisant mine de chercher quelque chose, elle en profita pour communiquer avec la forêt qui l’accueillait. Le son du vent, le bruissement des feuilles, les cris des animaux et le chant des oiseaux, résonnaient telle une mélodie qui envahissait ses longues oreilles.

“Cette forêt est ancienne… Mais elle est malade. On dirait que les Humains ont commencé à se servir d’elle pour leurs constructions… Ces fichus Humains ne respectent rien…” 

Malgré l’état dans lequel la forêt était, celle-ci accueillit chaleureusement Myra qui venait pour la première fois chez elle. Elle en profita également pour présenter Nyfeirg, à laquelle la forêt réagit avec compréhension, puis demanda des informations à propos de John.

La forêt répondit aussitôt à l’affirmative et indiqua qu’un Humain répondant à sa description se trouvait bel et bien chez elle, mais contre toute attente cet Humain prénommé John avait été emporté par des soldats venus d’une contrée que Myra ne connaissait que trop bien.

Son cœur se serra et une haine féroce surgit en elle.

“Je le savais…”  murmura Myra. “Cela risque d’être plus compliqué que prévu…” 

Après s’être calmée, elle remercia la forêt puis retrouva Nyfeirg à l’entrée de la forêt.

“Que faisais-tu ?”  demanda-t-elle curieusement.

“Je… Vérifiais qu’il n’y avait pas de danger dans les parages !”  répondit Myra troublé.

“D’accord… Dans ce cas, allons-y.” 

Myra et Nyfeirg suivirent ensuite les montagnes pendant plusieurs heures jusqu’à ce que la nuit fût tombée. À ce moment, elles arrivèrent près du corps inerte du dragon qui gisait au-dessus de leur tête. Myra ne put dissimuler sa stupeur en fixant l’animal.

“Comment… Est-ce possible ?”  s’interrogea-t-elle.

Elle n’en revenait pas. De mémoire, tuer un dragon était quelque chose d’impossible, alors comment un simple Humain aurait pu réaliser une telle prouesse ?

Nyfeirg qui se souciait peu du sort du dragon scruta les alentours, mais ne vit pas John. Elle se mit à examiner les environs sans hésiter un instant avant de pénétrer dans la forêt.

Myra étant prise de court la rejoignit afin de l’aider. Elle devait trouver une solution pour la ramener dans son village, mais ce ne serait pas chose aisée. Cette machine parlante était obstinée et il serait difficile de la faire changer d’avis.

“John ! Où es-tu ? John !”  s’écria cette dernière désespérée.

“Nyfeirg, je pense qu’il n’est plus ici désormais.” 

Nyfeirg s’interrompit aussitôt et se retourna immédiatement tout en illuminant l’Elfe de sa lumière sinistre.

“Que veux-tu dire ? Comment sais-tu qu’il n’est plus là ?” 

Le ton de sa voix était menaçant et Myra savait qu’elle jouait à un jeu dangereux.

“Mais quitte à le faire, autant aller jusqu’au bout…” 

Elle déglutit et articula clairement.

“La forêt me l’a dit plus tôt.” 

“La forêt… Te l’a dit ? Que veux-tu dire par-là ?” 

“Nous, les Elfes, avons ce don qui nous permet de communiquer avec la forêt. Pensais-tu que la forêt n’était que simple amas d’arbres et de plantes ?”  demanda Myra mystérieusement.

“Je… Ne sais pas, je n’y ai jamais pensé,”  avoua Nyfeirg confuse.

“La forêt vit. Elle entend, elle respire, elle voit également. Grâce à ça, je peux tout savoir à travers elle… Tout.” 

Nyfeirg fut surprise mais, étrangement, celle-ci semblait plus calme qu’elle ne l’aurait imaginé. Un peu comme si elle savait ce que Myra allait lui dire.

“Je savais qu’elle cachait quelque chose,”  pensa-t-elle. “Au final, elle me dominait depuis le début… Devrais-je la tuer ? Non, ce serait contreproductif. Et je peux oublier l’idée de tout me révéler… Bon sang !”  elle soupira profondément.

Myra était sur ses gardes également, elle ne savait pas quelle réaction aurait cette machine. Si un combat devait avoir lieu, elle n’était pas sûre de pouvoir s’en sortir en vie.

“Quelles sont tes conditions ?”  demanda finalement Nyfeirg d’un ton abattu.

“Pardon ?”  demanda l’Elfe tout en clignant des yeux.

“Je sais que tu souhaites quelque chose de moi. Malheureusement, je n’ai aucun moyen de me défendre… Alors dis-moi tes conditions ? En échange, aide-moi à retrouver John.” 

L’esprit de Myra était sens dessus dessous. Elle s’attendait à ce que son opposante se déchaîne contre elle, ou qu’elle décide de la tuer, mais au final sa réaction fut plus douce que ce qu’elle avait redouté. Après un moment de concertation, elle répondit :

“Viens avec moi jusqu’à mon village… Travaille pour moi et je te promets que je t’aiderai à récupérer ton partenaire.” 

“Très bien,”  acquiesça Nyfeirg aussitôt.

“Vraiment ?”  se réjouit Myra. “Tu acceptes mon offre ?” 

“Oui, marché conclu.” 

La femme Elfe cligna des yeux plusieurs fois, ne sachant trop quoi dire. Elle n’espérait pas que les négociations réussissent aussi facilement. Elle sourit d’un air réjoui et sautilla comme une enfant.

En son for intérieur, Nyfeirg se jura de tuer l’Elfe à la première occasion. Qu’importe si elle devait la poursuivre jusqu’au bout du monde, elle n’abandonnerait jamais. Mais pour le moment, elle décida d’accepter son offre. Même si elle était réticente à cela, elle n’avait pas d’autre choix. Et puis, le lien qui l’unissait à John était toujours présent. Elle espérait qu’ils se retrouvent prochainement.

“Ne t’inquiète pas pour John. Il est sain et sauf.” 

“Est-ce vraiment le cas ?” 

Nyfeirg était suspicieuse. Elle s’attendait à ce que l’Elfe lui mente pour l’amadouer.

“Je ne mens pas !”  rétorqua-t-elle abruptement. “Écoute, les Humains sont des créatures cupides et menteuses, mais nous les Elfes ne sommes pas comme eux. De plus, si tu savais dans quoi tu t’engages, tu y réfléchirais à deux fois !” 

Nyfeirg se tut un moment avant de poser une dernière question.

“Peux-tu m’assurer que John est en sécurité là où il est ?” 

Myra avait une mine renfrognée, visiblement pleine de ressentiment. Elle fusilla Nyfeirg du regard avant de finalement soupirer longuement. Puis, quand elle fut calmée, elle répondit d’un ton sérieux.

“L’endroit où John se dirige est sûr… Du moins… Tant est que la personne en question est Humaine.” 

Son allusion était claire. Nyfeirg médita sur ses mots puis se dirigea vers Myra doucement avant de s’arrêter à sa hauteur. Cette dernière la fixa avec curiosité avant que Nyfeirg ne lui parle à nouveau.

“Quand partons-nous alors ? Tu veux peut-être te reposer, j’imagine ?” 

“Oui, je ne me vois pas traverser cette crevasse la nuit,”  répondit-elle consciencieusement.

Nyfeirg rit sarcastiquement, mais obtempéra. Par la suite, l’Elfe se logea dans un arbre et s’endormit peu après, laissant la moto seule dans la nuit noire. Évidemment, la première avait tenté d’établir un dialogue entre elles, pour finalement se heurter au mutisme de cette dernière. Après avoir essayé, en vain, elle avait abandonné et avait décidé de se reposer. Elle savait que Nyfeirg ne s’en irait pas, parce qu’elle n’avait nulle part où aller et parce qu’il lui serait impossible de retrouver John sans elle. C’est donc avec l’esprit tranquille que Myra s’endormit.

De son côté, Nyfeirg réfléchissait à un moyen de se débarrasser de l’Elfe une fois que John aurait été retrouvé.

Les heures passèrent ainsi et le jour réapparut rapidement.

“Bonjour,”  dit Myra tout en baillant.

“…” 

“Je vois que tu ne souhaites toujours pas me parler, c’est dommage,”  s’exclama l’Elfe tout en s’étirant langoureusement.

“Je n’ai pas besoin de ta sollicitude. Plus vite nous atteindrons ton village, plus vite nous en repartirons et plus vite je retrouverai John,”  répondit sèchement Nyfeirg.

Myra soupira légèrement. Elle se doutait que les choses ne s’arrangeraient aussi facilement en aussi peu de temps. Elles avaient encore le temps avant d’arriver à son village. Bien qu’à y penser, si Nyfeirg pouvait rouler aussi vite durant tout le trajet, elle fût certaine qu’elle reviendrait plus vite chez elle que pour arriver jusqu’ici.

Peu après, l’Elfe se releva puis après quelques échauffements, s’échappa quelques instants pour trouver de quoi manger. Comme elle pouvait parler à la forêt, elle n’avait aucune difficulté à trouver de la nourriture.

Une fois que Myra fut revenue le ventre plein, les deux femmes se dirigèrent vers la crevasse qu’elles avaient traversée la veille puis arrivèrent de l’autre côté quelques heures plus tard. Le temps était légèrement nuageux et les deux soleils illuminaient timidement les terres. Par la suite, Myra mena Nyfeirg vers le prochain pont et celle-ci le traversa, non sans quelques précautions au cas où.

Désormais, elles se retrouvaient dans la grande vallée. À sa droite, Nyfeirg pouvait voir la vallée disparaître à l’horizon tandis que sur sa gauche, elle apercevait le fond de celle-ci, bien que très éloignée de leur position. Il y avait des animaux qui galopaient dans la vaste étendue d’herbe et quelques monstres rôdaient aux alentours, mais ceux-ci n’osaient s’approcher lorsqu’ils entendaient le vacarme produit par les vrombissements infernaux de son moteur.

Entretemps, Myra commençait à s’habituer à conduire Nyfeirg tant et si bien que cette dernière était forcée de constater que sa partenaire de route était une conductrice remarquable.

“Prête ?”  demanda Myra d’un ton malicieux.

“Plutôt deux fois qu’une. Dépêchons-nous…” 

La traversée de la vallée se réalisa en moins d’une heure finalement. Comme plus aucune menace ne les poursuivait, elles pouvaient se déplacer en toute sécurité et Myra en profita pour mener Nyfeirg à toute allure. Elles avaient après ça rejoint la forêt qu’elles avaient quitté également la veille, mais cette fois-ci, Myra ne s’y arrêta pas et s’engagea dedans au lieu de cela. Les deux aventurières ne parlèrent pas pendant ce trajet, bien que l’Elfe eût envie de briser la glace, l’obstination de Nyfeirg était inaltérable.

Le trajet les mena au fin fond de la forêt, si loin, que Nyfeirg ne savait plus quel chemin elle avait pris pour venir. L’Elfe, de son côté, se sentait complètement à l’aise, malgré les vibrations de la monture, dans cet environnement vert et luxuriant.

Bien qu’elle s’accommodât de la vitesse fulgurante à laquelle elle voyageait, Myra avait du mal à réaliser à quel point elle était chanceuse. Qui pouvait se targuer d’avoir pareille monture dans le monde ? Sans doute personne. Elle ne requérait ni eau ni nourriture, juste de l’énergie pour avancer et de surcroît elle pouvait parler.

Les deux femmes continuèrent à voyager à travers la canopée jusqu’à ce que le ciel se teinte d’orange et de rose et que les étoiles apparaissent les unes après les autres dans le ciel. L’endroit où elles s’étaient arrêtées était situé sur le haut d’une colline donnant un panorama incroyable sur une gorge traversée par un grand torrent qui disparaissait dans les montagnes environnantes.

Avant que la nuit ne tombe complètement, Myra ramassa quelques brindilles et branches tombées à terre puis les rassembla en un petit tas, avant de les allumer à l’aide de deux silex. Elle mit quelques minutes avant que les brindilles ne s’enflamment et que la chaleur du feu ne réchauffe ses membres. Nyfeirg ne pouvait s’empêcher de trouver sa méthode trop fastidieuse quand elle se rappelait la facilité avec laquelle John avait allumé le sien.

Peu après, Myra s’assit confortablement face au feu tout en mâchant quelques bulbes trouvés à proximité. Nyfeirg, ayant une certaine pitié pour l’Elfe, ne put s’empêcher de lui demander pourquoi elle mangeait ces choses et celle-ci lui répondit que la nature lui offrait abondamment ce dont elle avait besoin. Malgré leur goût fade, ces bulbes étaient très nutritifs et permettaient de se passer de chasser pendant un moment.

Et puis la discussion se termina aussi abruptement. Aucune d’elle ne prononça un mot par la suite, chacune étant plongée dans ses propres pensées.

“Puis-je te poser une question ?” 

Ce fut Myra qui brisa la première l’épais mur de glace entre les deux femmes. Nyfeirg ne répondit pas tout de suite et laissa la femme Elfe continuer.

“Premièrement, je souhaite te remercier au nom de mon peuple pour m’avoir aidé à me débarrasser de ce dragon.” 

Myra se releva à ce moment et s’inclina, la main gauche serrée sur le cœur.

“Tu ne peux savoir à quel point ce que tu as accompli était important pour nous.” 

“N’oublie pas qu’il y avait John avec nous,”  rétorqua Nyfeirg d’un ton sec.

“Ah… Oui, en effet,”  avoua la femme Elfe légèrement confuse. “Il y avait cet Humain… Évidemment.” 

“Tâche de ne pas l’oublier. Sans lui, tu ne serais plus de ce monde…” 

Myra se crispa légèrement et sourit maladroitement aux mots acerbes que lui jetait Nyfeirg. Elle avait un peu de mal avec son tempérament effronté, mais elle préférait ce type de comportement plutôt que d’avoir face à elle une hypocrite.

“Hum, oui… Excuse-moi.” 

Le silence s’installa à nouveau entre elles.

“Par ailleurs, que voulais-tu demander ?”  demanda soudainement Nyfeirg.

“Je… Je voulais savoir,”  Myra s’agenouilla et son regard se durcit légèrement. “Nyfeirg, viens-tu réellement de notre monde ?” 

Le crépitement du feu, accompagné par le hululement des oiseaux de la nuit était la seule chose qui parvenait à briser le malaise qui s’était abruptement installé. Nyfeirg ne savait trop quoi répondre.

“Que veux-tu dire par-là ?” 

Bien qu’elle parût imperturbable, son esprit était en plein émoi. Était-ce une bonne idée que de révéler la vérité ? Mais la seconde d’après, elle se rappela que cela pouvait peut-être l’aider à faire changer d’avis la femme qui lui faisait face à ce moment précis.

Myra inspira un grand coup puis énonça le fond de sa pensée.

“J’y pense depuis un moment maintenant, et plus le temps passe, plus je suis convaincue de cela : tu ne viens pas de notre monde, mais plutôt d’un autre,”  avoua-t-elle d’un ton grave.

Ses yeux fixaient intensément Nyfeirg et la lueur sinistre qui émanait des phares sembla s’adoucir faiblement, comme pour soutenir les propos de l’Elfe. Myra poursuivit après ce court instant.

“Je n’ai jamais entendu des mots aussi étranges que ‘embrayage’, ‘poignée’, ‘guidon’. De plus, cet Humain que tu appelles John. Il ne parle même pas la langue commune ! Sachant que tout le monde la connaît, c’est quelque chose d’autant plus suspicieux selon moi. Et puis, son apparence est si étrange. Si la forêt ne m’avait pas prévenu d’avance qu’il n’était pas hostile, je l’aurais tué sur-le-champ au moment où je l’aurais rencontré.” 

“En fait, tu as essayé de le tuer…” répliqua Nyfeirg avec sarcasme.

Myra rougit légèrement et toussota pour cacher son embarras.

“Tu as raison, je ne viens pas de ce monde, et John non plus,” répondit Nyfeirg après un moment.“En toute honnêteté, je n’ai strictement aucune idée d’où nous sommes. Tout cela n’a pas de sens selon moi, mais cette expérience m’a permis de vivre quelque chose d’unique.” 

“Qu’entends-tu par ‘expérience’ ? Qu’avez-vous vécu avant de venir ici ?” 

“Peu avant de venir dans ce monde, nous… Avons rencontré la mort une première fois.” 

Les oreilles de Myra remuèrent légèrement.

“Étiez-vous poursuivis également par un dragon ? Votre monde était-il également envahi par des monstres ?”  demanda innocemment Myra.

Nyfeirg ne put s’empêcher de rire aux éclats. C’était un rire teinté de dérision, un rire qui semblait dire que l’Elfe venait de dire la pire des inepties. Mais celle-ci ne comprenait pas la raison de sa réaction, aussi Nyfeirg s’empressa-t-elle de lui expliquer davantage.

“Dans le monde d’où je viens, il n’y a ni dragon, ni monstres et encore moins des Elfes,”  répondit-elle sarcastiquement. “Dans notre monde, les Humains sont la seule espèce dominante, ayant dompté les forêts, les mers et même les airs…” 

Myra tressaillit instinctivement, prise par un malaise qui la bouleversa profondément. Pouvait-elle imaginer pareille chose ? Pas d’Elfes, pas de dragon et que des Humains… Était-ce un cauchemar ? Non. Se pouvait-il que ce soit un mensonge ? Non plus. Après tout, quel intérêt aurait Nyfeirg à lui mentir ?

“C’est…” 

“Fou ?”  suggéra Nyfeirg. “J’ai pensé la même chose en venant ici.” 

Après cet échange, Myra se réfugia dans le mutisme le restant de la soirée, perdue dans ses pensées. Quand elle alla dormir, elle salua à peine Nyfeirg et s’endormit auprès du feu, roulée en boule comme un animal.

Au lendemain, les deux femmes reprirent leur route sans qu’aucune d’elles ne se parle. C’était un spectacle étrange de les voir se mouvoir à travers la forêt sans un bruit, sans une parole. Myra avait été choquée par les révélations de sa partenaire et n’avait pas réussi à dormir de la nuit.

Quand elles arrivèrent dans une clairière en particulier, Myra s’arrêta et descendit de Nyfeirg. Elle demanda à cette dernière de patienter puis s’éloigna quelques moments avant de revenir sur ses pas.

“Encore ça ?”  demanda Nyfeirg, qui n’était plus surprise à ce stade-ci.

“La forêt nous a accordé sa bénédiction. Nous pouvons la traverser. Cependant, à partir d’ici, il vaut mieux que tu coupes ton moteur car le bruit pourrait provoquer la panique parmi mon peuple.” 

“Tu ne risques rien en m’amenant ici ? Je pensais que les Elfes n’aimaient pas les Humains…” 

“C’est vrai, mais tu n’es pas Humaine…”  répondit Myra d’un air mystérieux.

Nyfeirg ne dit rien, mais l’Elfe avait raison. Toutefois, elle n’était pas sûre que les choses se passent comme escomptées. Elle coupa son moteur et toutes les deux s’avancèrent dans la forêt des Elfes.

C’était une forêt étrange. Bien qu’en apparence, celle-ci semblât tout à fait normale, Nyfeirg remarquait que l’air avait quelque chose de particulier, un peu comme si le temps s’était arrêté dans cet endroit. On pouvait bien évidemment y entendre les animaux, qui semblaient bien plus nombreux ici qu’ailleurs, ainsi que le bruissement des arbres.

Pourtant, rapidement, Nyfeirg repéra du mouvement un peu plus loin. Ce n’était pas très visible, mais elle pouvait voir un Elfe qui les observait entrer dans la forêt. Celui-ci était un homme d’une trentaine d’années environ, plutôt musclé, avec des caractéristiques très agréables à observer.

Ses cheveux d’argent pendaient sur ses joues et ses yeux jaunes avaient la même prestance que ceux d’un aigle ayant repéré sa proie. Il portait une lance qu’il avait dans le dos et celle-ci se balançait au gré de ses mouvements. Sa tenue était composée d’une armure légère qui lui recouvrait les épaules, le torse ainsi que les jambes. Pourtant, la présence de cet homme ne perturba en aucun cas Myra. Au contraire, elle s’attendait à cette rencontre et salua son semblable au loin.

Celui-ci siffla à l’aide de ses doigts, et une multitude de sifflements suivirent. La forêt était soudainement envahie d’une mélodie de sons différents plaisants aux oreilles.

“Ce sont…”  suggéra Nyfeirg.

“Il s’agit de mes semblables,”  répondit Myra tout en sifflant également. “On n’a plus rien à craindre.” 

Puis les sifflements se turent et plusieurs personnes apparurent à tour de rôle. Il y avait des hommes et des femmes, et tous avaient la même caractéristique que Myra, bien qu’ils étaient tous différents les uns des autres.

“Myra, c’est toi ?”  s’exclama un homme qui s’approchait du duo tout en affichant un air stupéfait.

“Oui, c’est moi Ailen, je suis revenue,”  répondit Myra en faisant un grand sourire.

“Mais quelle est cette chose qui t’accompagne ?”  demanda alors Ailen d’un air suspicieux.

“Il… Il s’agit d’un artéfact Nains !”  s’empressa de répondre Myra tout en dissimulant son malaise. “Ne vous inquiétez pas, il est inoffensif.” 

“Hey,”  chuchota Nyfeirg. “Ce n’était pas ce qui était prévu…” 

“Laisse-moi faire et tout se passera bien,”  répondit Myra d’une voix faible avant de regarder son semblable. “Au fait, Ailen, sais-tu où est Elasha ?” 

L’homme qui scrutait Nyfeirg attentivement leva son regard en direction de Myra et pencha la tête en affichant un air pensif.

“Hum… Je pense qu’elle doit être chez elle… Depuis que tu es partie, elle ne sort presque plus, tu sais…” 

“Ah… Je vois, merci,”  répondit Myra d’un air penaud.

“Myra !”  s’exclama un autre Elfe qui venait de rejoindre le groupe.

Il s’agissait d’un homme assez grand, plus musclé que son semblable et ayant les cheveux blonds et les yeux d’un bleu encore plus clair que ceux de Myra, presque transparents. Il était habillé d’un vêtement léger mais portait quelques protections sur le corps. Une grande lance se trouvait dans son dos et sa lame reluisait comme s’il s’agissait d’un éclat de lumière.

Son regard était dur, mais affichait clairement de l’affection envers celle-ci.

Quand il vit Nyfeirg, ce dernier fronça et se stoppa.

“Kilyn, je suis revenue…” 

“Je suis heureux de te revoir saine et sauve, mais peux-tu me dire ce que cette chose fait ici ?” 

Le ton de sa voix était clairement hostile. Si Myra n’avait pas été là, il y aurait fort à parier qu’il aurait dégainé son arme sans attendre, mais parce que celle-ci était présente, il devait s’être restreint. Cela étant, il ne cachait en rien sa désapprobation envers sa semblable qui avait ramené une machine.

“Kilyn, Myra vient à peine de rentrer et tu l’accables déjà ! N’as-tu pas honte ?”  s’égosillait Ailen en lançant un regard noir envers lui.

“Ah, Ailen, ce n’est pas grave !”  répliqua Myra en secouant les mains.

Kilyn, quant à lui, rougit de honte et secoua vivement la tête.

“Non, je ne voulais pas… Excuse-moi Myra ! C’est que… Je fais juste mon travail, ne m’en veux pas !” 

“Non, c’est moi qui suis désolée. J’ai trouvé cette monture en chemin, et j’ai pensé qu’elle pourrait nous être utile.” 

Nyfeirg était perplexe quant à cette explication, mais visiblement tout le monde semblait boire les paroles de Myra comme de l’eau. Après tout, ce monde n’était pas le sien.

Kilyn fixa Nyfeirg un bon moment avant de finir par hocher de la tête.

“Quel type de relation possède Kilyn avec Myra ? Il semble être particulièrement proche de celle-ci… Un amant ? Il n’en a pas l’air pourtant…”  raisonna Nyfeirg en silence.

De toute évidence, Kilyn en pinçait pour sa semblable, mais celle-ci ne semblait pas y être réceptive. Ou il se pouvait également qu’elle feigne l’ignorance, mais cela semblait peu probable au vu des circonstances de Myra.

Un peu plus tard, d’autres Elfes rejoignirent le groupe et eurent une réaction semblable à celle de Ailen. Ils ne comprenaient pas comment une telle monture parvenait à se mouvoir sans l’aide de quiconque. Toutefois, Myra parvint à les tromper en inventant quelques explications. Prodigieusement, ceux-ci semblaient la croire comme s’ils écoutaient un sage  parlant du sens de la vie.

Puis Nyfeirg et Myra, escortées par les Elfes, reprirent la route du village. Ils marchèrent pendant un bon moment, montant une colline puis une autre, avant d’arriver au sommet d’une d’elles qui donnait un point de vue surélevé sur le village se trouvant en contrebas.

D’immenses arbres s’élevaient vers le ciel et parmi eux, un en particulier se distinguait du groupe. Ses ramures s’étendaient sur le village qu’il abritait et faisait de l’ombre sur une partie de la forêt. Sa cime, quant à elle, s’élevait jusqu’à une bonne centaine de mètres et son tronc était si épais qu’il aurait fallu plusieurs dizaines de personnes pour en faire le tour.

Le groupe s’arrêta à son tour et Myra ne put s’empêcher de laisser s’échapper un soupir de soulagement. Elle n’espérait pas revoir de sitôt son village, elle qui s’était résolue à mourir pour sauver son peuple. Son cœur battait avec ardeur sous la contemplation de ce magnifique paysage.

Nyfeirg ressentit cette même contemplation devant ce décor tout droit sorti d’un film.

“C’est donc à ça que ressemble un village Elfe ?”  s’interrogea-t-elle.

Peu après, le groupe continua sa route et de plus en plus d’Elfes vinrent à leur rencontre. Tous avaient une apparence magnifique, voire surnaturelle et tous affichaient une expression oscillant entre la consternation, la curiosité, la joie et l’appréhension. Nyfeirg demeura silencieuse tout le long, alors que certains Elfes s’approchaient d’elle pour l’examiner. Tous étaient curieux par cette étrange monture, capable de se déplacer seule sans faire de bruit et vivre sans boire de l’eau. Et comme tous pouvaient communiquer avec la forêt, tous savaient qu’elle ne représentait aucune menace pour eux. Cependant, même si la voix de la forêt avait énormément de poids dans leur considération des choses, les nombreuses années de braconnage et d’esclavage des Humains les avaient rendus craintifs envers les étrangers.

Le village des Elfes, nommé Aiyirne en hommage au nom de l’arbre autour duquel il était construit, était situé au pied du plus grand des arbres. Les habitants vivaient à la manière des Humains, cependant leur culture était bien opposée à leur homologue qui avait pour habitude de couper les forêts pour s’installer quelque part.

Ici, point d’abattage d’arbres, mais une étrange relation symbiotique permettait aux Elfes de jouir des bienfaits de la nature tout en la protégeant des agressions extérieures. Certaines maisons étaient creusées dans les troncs tandis que d’autres étaient installées à leur surface et chaque maison était reliée entre elles par des ponts ou des cordes, donnant au village une image de grande aire de jeux.

Le village en question s’étendait sur une grande surface et toutes les maisons n’étaient pas accolées les unes aux autres. Au contraire, les Elfes semblaient privilégier leur intimité malgré leur vie en communauté. 

Quand Myra pénétra dans le village, une certaine effervescence se créa alors que la sauveuse revenait de son périple. Pourtant, la première chose qu’elle fit fut d’emmener immédiatement Nyfeirg jusqu’à une petite maison située à l’écart du village, à l’abri des regards et des tumultes.

La maison était simple, pour ne pas dire banale, mais cet endroit représentait énormément pour Myra. Après tout, c’était sa chère maison où elle avait passé une majeure partie de sa vie. Elle se situait au pied d’un arbre et possédait une dépendance où l’Elfe rangeait ses affaires, mais également où elle dépeçait les animaux qu’elle chassait.

À l’intérieur, tout était sombre, et une odeur de sang mélangée au bois séché saturait l’air ambiant. Néanmoins, Myra s’y promena sans être incommodée par la puanteur et convia Nyfeirg à se cacher à l’intérieur.

“Tu décides donc de me parquer dans cet endroit suintant la mort ? Que dois-je en conclure ?”  demanda froidement la moto.

“Ce ne sera pas long, je t’en donne ma parole. Il me faut juste convaincre le Patriarche de —…”  

Mais à peine n’eut-elle le temps de terminer sa phrase qu’une voix emplie de joie se fit entendre dans son dos.

“Myra !”  s’écria la voix ne pouvant contenir sa joie.

L’Elfe écarquilla les yeux et se crispa immédiatement.

“Mince, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit déjà là…”  chuchota Myra troublée. “Je te revois plus tard !” 

“Eh ! Attends !” 

Mais la porte se referma brutalement, plongeant Nyfeirg dans le noir le plus total.

“Espèce de petite…” 

***

Quand Myra se retourna, la première chose qu’elle vit fut deux grands yeux verts, et ensuite un visage illuminé par le bonheur qui se rapprochait à toute vitesse. Elle ressentit alors un grand choc et deux mains fines vinrent l’enlacer affectueusement. Ces mains, elle les connaissait bien, c’étaient celles de son amante : Elasha. Le cœur battant la chamade, Myra enlaça à son tour la femme qui était venue l’accueillir et huma son doux parfum.

“Je suis rentrée, Elasha,”  répondit Myra avec soulagement.

“Je suis… Si heureuse… Qu’il ne te soit rien arrivé…”  répondit Elasha en sanglotant légèrement.

“Ne t’en fais pas, j’ai pu retourner parmi vous grâce à l’aide de quelqu’un.” 

“Qui ça ? Présente-moi cette personne que je la remercie.” 

“Ce… N’est pas vraiment une personne,”  avoua Myra légèrement embarrassée. “Mais je te la présenterai plus tard.” 

Elasha affichait un air confus, mais Myra s’empressa de l’éloigner rapidement de la dépendance. Elasha laissa de côté ses doutes pour l’instant et se concentra sur son amante.

Elasha était une très belle femme. Même parmi les Elfes, elle était considérée comme extrêmement belle. Ses longs cheveux poivrés, ses yeux verts immaculés, ses formes envoûtantes, faisaient d’elle une des plus belles femmes du village. De nombreux hommes avaient tenté de la courtiser, mais ils s’étaient tous heurtés à un mur. En effet, Elasha n’avait aucun intérêt pour les hommes et la seule personne qui l’intéressait était Myra avec laquelle elle avait partagé une grande partie de sa jeunesse.

Myra provenait d’une famille somme toute normale, ceux-ci avaient vécu dans le village et étaient des chasseurs. Toutefois, alors que ces derniers étaient partis sur les traces d’une bête en compagnie d’autres chasseurs, ils avaient malencontreusement rencontré des esclavagistes Humains et avaient péri en voulant protéger leurs pairs, laissant orpheline la petite Myra. Lorsque celle-ci apprit la mort de ses parents, elle fut recueillie par ceux de Elasha qui étaient à l’époque de grands amis de ses parents et ceux-ci l’élevèrent comme leur propre fille. C’est ainsi que les deux jeunes filles firent connaissance.

Avec le temps, les deux filles devinrent très proches. Elles partageaient tout, que ce soit le bain, le lit, la nourriture, les bons et les mauvais moments, la joie et la tristesse. Elles étaient toujours collées l’une à l’autre comme deux sœurs le seraient. Au début, Myra ne voyait pas cette relation différente d’une autre car après tout, il était normal que sa nouvelle sœur soit aux petits soins pour elle alors qu’elle avait vécu une tragédie. Mais le temps passa et la relation se transforma peu à peu.

La première à changer fut Elasha, qui devint de plus en plus possessive et jalouse envers Myra, surtout quand Kilyn, son autre ami d’enfance, s’approchait d’elle.

Myra était consciente de Kilyn en tant que garçon et avait également développé une certaine affection envers lui. Leur relation allait bon train et il se disait même que les deux enfants finiraient leur vie ensemble si cela continuait. Cependant, c’était sans compter sur la possessivité de Elasha qui ne pouvait supporter que sa soeur lui soit dérobée par un stupide homme.

Elle décida donc d’attirer Myra vers elle en usant de leur relation qui était plus profonde que celle qu’avaient Kilyn et Myra.

Myra n’avait aucune préférence sexuelle, que ce soit pour les garçons ou les femmes. Cependant, elle était plus proche de sa soeur que de Kilyn, qui était bien trop timide et pas suffisamment entreprenant pour capturer le cœur de la petite Elfe. Et puisque Elasha était bien plus agressive que lui, le cœur de Myra bascula inévitablement vers celle-ci.

La société Elfe n’imposait aucun type de relation à ses membres. Chaque individu avait la liberté de choisir sa relation ainsi que la personne avec laquelle il ou elle souhaitait vivre. Il arrivait d’ailleurs fréquemment que les femmes se lient entre elles, car elles étaient plus nombreuses mais aussi plus souvent proches, tant physiquement que mentalement. Ce qui n’empêchait pas non plus les hommes d’y trouver leur compte.

Un jour, Myra décida de quitter sa famille adoptive pour s’installer dans la maison de ses parents, qui avait été entretenue entre-temps par eux-mêmes par égard pour leur amitié. Elasha souhaitait suivre Myra, mais cette dernière ne se voyait pas vivre avec son amante. Elle préférait garder son indépendance, mais cela n’empêchait en rien Elasha de venir dormir chez Myra quand elle le souhaitait.

En rentrant chez elle, Elasha enlaça Myra langoureusement quand tout à coup, celle-ci se figea.

“Qu’y a-t-il ?”  demanda Myra avec surprise.

“Tu sens l’Humain…”  répondit Elasha tout en plissant les yeux avec dégoût. “Où as-tu traîné ? Qui as-tu rencontré ?”  demanda-t-elle d’un ton menaçant.

“Elasha, calme-toi veux-tu ?”  tempéra Myra.

Elle savait que cette odeur allait lui porter préjudice, d’autant plus que sa compagne éprouvait une haine encore plus profonde qu’elle-même envers les Humains.

“J’écoute tes explications !”  intima Elasha le regard noir. “Pourquoi portes-tu l’odeur d’un sale Humain sur toi ?” 

Myra n’aurait jamais imaginé se retrouver dans cette situation. Elle, qui avait toujours arboré ostensiblement sa répugnance envers les Humains, se retrouvait à devoir se justifier pourquoi elle s’était associée avec l’un d’entre eux. Alors que sa compagne la fixait intensément, Myra recula et son dos vint toucher le mur. Elle était désormais acculée dans sa propre maison, sans aucun moyen de se sortir de cette situation.

“Ah !” s’exclama-t-elle soudainement. “Je dois absolument faire mon rapport au Patriarche !” 

Sans attendre son reste, Myra ouvrit la porte et s’enfuit à toute vitesse.

“Myra ! Myra ! Ne crois pas t’en tirer à si bon compte !” 

Une fois dehors, Myra se rendit vers le grand arbre du village. C’était l’endroit où vivait le Patriarche, mais aussi celui où se pratiquaient les rites de passage, les fêtes ou encore les enterrements. Chaque société avait son endroit de prédilection et celui-ci était celui que son village avait choisi.

La société Elfe était constituée des membres dirigeants et des autres. Les membres dirigeants étaient en général les plus anciens, car ayant la plus grande expérience de la vie. Les Elfes respectaient profondément les anciens parce qu’ils détenaient l’expérience de la vie et étaient très souvent de précieux conseils. Le ou la plus âgé (e) de tous était nommé Patriarche (ou Matriarche) et avait pour rôle de superviser l’ensemble de la communauté.

Si de base le Patriarche devait se cantonner au rôle de conseiller, la réalité était bien toute autre et le conseiller devenait le juge ainsi que le chef du village qu’il administrait.

En grimpant dans le grand arbre, Myra rencontra d’autres de ses semblables qui la saluèrent tandis qu’elle continuait sa route vers les hauteurs. Puis, après quelques minutes, elle finit par arriver à un premier palier.

Celui-ci s’étendait sur la circonférence de l’arbre et permettait à certains Elfes de s’y installer, mais Myra continua à arpenter une seconde montée qui la mena dans les plus hautes strates de l’arbre. Lorsqu’elle arriva en haut du dernier palier, elle rencontra deux Elfes qui gardaient l’entrée d’une maisonnette.

En la voyant approcher, les Gardes furent tous les deux stupéfaits en même temps.

Myra les connaissait bien, ils s’appelaient respectivement Maeral et Aerindel. Ils étaient frères jumeaux et étaient particulièrement grands. Étant frères, ils avaient les mêmes cheveux bruns ainsi que les mêmes yeux vert sombre. Ils étaient un peu obtus mais n’étaient pas de mauvais garçons. Myra les appréciaient pour leur franchise.

“Myra !”  s’écrièrent-ils à l’unisson. “Tu es de retour ?” 

“Oui ! Patriarche Azarcarran est-il là ? J’aimerais avoir une entrevue avec lui.” 

“Oui,”  répondit aussitôt Maeral, d’un grand sourire.

“Je vais lui annoncer ton retour !”  s’empressa de répondre Aerindel.

Celui-ci pénétra dans la propriété et toqua à la porte.

“Patriarche Azarcarran, Myra est revenue ! Elle souhaiterait s’entretenir avec vous.” 

Une voix rauque et calme retentit peu après de la maison.

“Fais-la entrer.” 

Aerindel s’exécuta immédiatement et ouvrit la porte, laissant Myra pénétrer à l’intérieur de la propriété de l’ancien Elfe.

L’intérieur de la maison était très traditionnel, avec un minimum de mobilier et peu de décorations. Il y avait une petite table au centre de la pièce autour de laquelle quelques chaises étaient disposées. Sur le côté se trouvait une grande bibliothèque où étaient rangés d’innombrables livres et parchemins. Et au fond de la pièce, un grand bureau sur lequel étaient strictement rangés des ustensiles pour faire le thé et autres concoctions.

Devant celui-ci, un homme était affairé à réaliser une potion. Sa concentration était si intense que Myra pouvait le voir depuis sa position. Elle s’agenouilla devant l’homme en question et baissa la tête. Puis, avec la main sur le cœur, elle s’annonça.

“Patriarche Azacarran, me voici de retour après avoir subjugué le dragon qui menaçait notre village.” 

“Oh, Myra. Tu es donc de retour,”  s’exclama l’homme sans se retourner. “Je suis heureux de te savoir en vie.” 

“Je n’ai fait que mon devoir, Patriarche. Je vous remercie pour votre sollicitude,”  répondit Myra solennellement.

Bien que l’homme ne lui fît pas face, Myra ne se sentit pas le moins du monde offensée. Après tout, elle n’était qu’une simple Elfe dans la hiérarchie. Qui était-elle pour remettre en question l’attitude du Patriarche ? Bien que le dirigeant était actuellement un homme, il n’en avait pas toujours été ainsi. Le précédent avait été une femme qui mourut malencontreusement de maladie, chose qui était rarissime mais qui s’avérait fatale lorsque cela survenait.

l’Elfe demeura immobile jusqu’à ce que le Patriarche daigne se retourner pour l’observer.

L’homme faisant face à Myra accusait les affres du temps, il avait de longs cheveux et une longue barbe grise qui accentuaient un peu plus les rides de son visage. Toutefois, les yeux roses de son détenteur étaient incroyablement vifs. Il portait une longue toge verte qui lui cachait les jambes ainsi que les pieds.

Quand son regard croisa celui de Myra, celui-ci sourit agréablement et invita son invitée à s’asseoir à table d’un geste de la main. Ce n’est qu’à ce moment que Myra osa se relever et alla s’asseoir timidement. L’homme disparut alors dans la pièce d’à côté avant de revenir avec un plateau sur lequel étaient disposées deux tasses remplies d’une étrange mixture ressemblant à du thé.

Le Patriarche Azacarran s’assit à son tour à la table et servit l’une des tasses à Myra qu’elle accepta avec grande gratitude. Toutefois, celle-ci ne la toucha pas durant la durée de l’entretien.

“Alors, Myra. Raconte-moi,”  dit le Patriarche d’un ton calme. “Comment cela s’est-il passé ?” 

Myra déglutit légèrement et raconta alors son périple tout en omettant sa rencontre avec le partenaire de Nyfeirg. Durant l’entretien, le Patriarche ne cligna pas une seule fois et se contenta de fixer Myra avec attention.

Celle-ci pouvait sentir le regard du vieil Elfe sur elle et son corps se crispa légèrement. Elle savait que parmi toutes les personnes présentes dans le village, le Patriarche était certainement la personne possédant la plus grande répugnance envers les Humains. Ce n’était pas si surprenant que ça quand Myra y repensait. Il avait vu tant de drames se produire à l’issue d’une rencontre entre sa race et celle des Humains que son cœur avait été profondément meurtri.

“Et c’est ainsi que je suis revenue.” 

Le Patriarche ne répondit pas et fronça légèrement les sourcils. Myra ne manqua pas de remarquer son regard sombre et se mit à transpirer légèrement.

“Donc tu me dis avoir vaincu ce dragon grâce à une… Création des Nains que tu aurais trouvée à proximité de notre région ?”  demanda le Patriarche tout en fixant Myra.

“Oui… Je vous la présenterai demain…” 

“Que veux-tu dire ?” 

“Je vous la montrerai… Ladite monture,”  sourit-elle maladroitement.

Le Patriarche fit une légère pause et semblait être perdu dans ses pensées jusqu’à ce qu’il lui sourît de nouveau et la congédia.

Myra salua le Patriarche et quitta la maison sans plus tarder. Une fois qu’elle fut partie, le Patriarche se releva doucement de sa chaise et observa Myra s’éloigner, puis il appela les frères jumeaux avant de leur ordonner à voix basse leur prochaine mission. Ceux-ci, après avoir entendu les ordres du Patriarche, écarquillèrent les yeux sous la surprise, mais obéirent néanmoins.

Après avoir terminé son entrevue avec le Patriarche, Myra était sur la route menant à chez elle, quand elle fut interpellée par Kilyn qui semblait l’attendre au coin d’une des artères principales du village. Quand elle s’approcha de lui, ce dernier la salua à nouveau avec un air un peu timide. C’était un côté chez lui qui ne changeait pas, malgré les années passant. Myra était touchée qu’il n’ait pas changé mais regrettait un peu en même temps qu’il n’eut pas plus de courage quand il s’agissait de prendre les devants. Ce n’était pas comme si elle éprouvait encore des sentiments pour lui, mais elle appréciait la personne que représentait Kilyn et espérait qu’il trouve enfin l’amour.

“Oh… Oh, Myra,”  s’exclama-t-il, les joues légèrement rougissantes. “Comment s’est passée ton entrevue avec lui — le patriarche ?” 

“Tout s’est bien passé. Je te remercie, Kilyn,”  répondit l’Elfe calmement.

“Eh… De rien, eh eh…” 

Ne pouvant contenir son embarras, il se gratta la tête frénétiquement.

“Je… Je suis content que tu n’aies rien.” 

Autour d’eux, Myra pouvait entendre les rires des quelques passants qui observaient cette comédie. Bien qu’elle ressentît la même chose, elle fit de son mieux pour ne pas montrer son embarras. Elle ne voulait pas blesser la fierté de Kilyn qui combattait sa timidité du mieux qu’il pouvait.

“Moi aussi, je suis contente d’être revenue en vie. Heureusement que Naifagu était là…” 

À ce moment, l’attitude de Kilyn changea aussitôt et tout en plissant les yeux, demanda :

“Naifagu ? Qui est-ce ?” 

Myra écarquilla légèrement les yeux en se rendant compte de sa bêtise. Elle devait faire attention à ne pas éveiller de soupçons. Malgré tout, elle parvint à garder son sang-froid et répondit naturellement :

“Il s’agit du nom de cette machine, n’aie crainte.” 

“Hum… Je ne savais pas que ces choses pouvaient avoir des noms.” 

“C’est parce qu’il s’agit d’un ancien artéfact Nain…”  répondit-elle avec inconsistance.

Kilyn n’avait vraiment pas l’air convaincu et plus la conversation s’étendait, plus les rides sur son front s’approfondissaient. Myra comprit qu’elle ferait mieux de s’éclipser avant que cela ne devienne dangereux. Elle décida dès lors d’utiliser sa carte maitresse.

“Par ailleurs, Kilyn… Merci de t’inquiéter pour moi,”  répondit-elle en lui faisant les yeux doux.

“Ah… C’est, c’est normal voyons.” 

L’aura meurtrière qui émanait de lui disparut soudainement, comme si elle n’avait jamais existé auparavant et Kilyn redevint le grand timide qu’il était précédemment.

“Bon… Je dois te laisser, Elasha m’attend. À plus tard, Kilyn,”  dit-elle en le quittant sans plus attendre.

“Oui… À plus tard, Myra…” 

Myra soupira légèrement en ayant pu empêcher le pire de se produire. Toutefois, elle remarqua que les évènements ne se passaient pas aussi bien qu’elle l’aurait voulu. Elle avait sous-estimé l’antipathie que son peuple éprouvait envers tout ce qui était étranger à leur culture. Évidemment, Myra connaissait parfaitement l’origine de tout cela et partageait en très grande partie leur ressentiment. Elle aussi exécrait les Humains, mais s’ils pouvaient seulement accepter Nyfeirg, ce serait une grande avancée.

Peu après, elle arriva chez elle. Elasha l’attendait de pieds fermes, assise sur le lit qui trônait dans l’unique pièce de la maison. L’intérieur n’était d’ailleurs pas plus fourni que celui du Patriarche. La seule différence avec celui-ci était qu’une autre personne vivait parfois dedans et qu’il y avait nécessairement plus d’objets.

Quand Myra ferma la porte d’entrée, son amante la fixait avec un regard noir, les jambes et les bras croisés. Myra frissonna légèrement en la voyant dans cette position. Elle savait qu’elle allait avoir droit à une remontrance pour s’être échappée ainsi, mais si elle pouvait éviter de se retrouver ainsi acculée, elle n’hésiterait pas un seul instant.

“Je suis rentrée…”  s’exclama-t-elle tout en affichant un sourire forcé.

“…”  

Aucune réponse ne vint de Elasha. Myra ricana avec abattement puis s’approcha de cette dernière avec précaution.

“Écoute, Elasha…” 

“Pff !”  fit son amante en détournant le regard.

Myra soupira profondément puis vint s’asseoir à côté d’elle. Elle savait qu’à ce stade, Elasha serait impossible à raisonner. La seule chose qui fonctionnait était…

“Allez, ne fais pas la tête,”  murmura-t-elle d’une voix coquine tout en s’approchant d’elle.

“Pff ! Cela ne marchera pas avec moi !”  répliqua aussitôt Elasha.

Mais Myra pouvait déjà apercevoir les joues de son amante légèrement roses. La seule chose qui fonctionnait à tous les coups… C’était le sexe.

Elasha était réputée être intraitable avec les autres. Connue comme étant très habile de ses dix doigts, elle excellait dans l’art du combat à la lance. De ce fait, elle était devenue rapidement l’une des figures de proues parmi les patrouilleurs du village. Son tempérament de fer la rendait très compétente dans son métier et était même craint, mais elle avait une faiblesse : elle était accro au sexe. C’était quelque chose qu’elle n’arrivait pas à réprimer et même Myra avait du mal à la satisfaire, mais l’amour que lui portait Elasha l’empêchait de commettre l’irréparable. Ainsi, chaque fois que Myra voulait se faire pardonner, elle n’avait qu’à l’exciter pour la rendre complètement docile.

Myra posa sa main sur les jambes de Elasha, et cette dernière frémit légèrement.

“Elasha, regarde-moi…”  lui susurra-t-elle dans le coin de l’oreille.

Puis Myra lui embrassa le lobe et Elasha poussa un petit gémissement d’excitation. Myra sourit de façon machiavélique, elle savait qu’elle ne lui en faudrait pas beaucoup pour la faire plier.

“Je… ne tomberai pas… pour ça… aaaah !” 

“Tu es sûre ?”  demanda Myra d’une voix suave.

Elle posa ses lèvres sur le cou de Elasha et se mit à l’embrasser, pendant que sa main remontait délicatement ses cuisses et se dirigeait vers le fruit défendu.

“Aaah… Non… pas ça… aaaah… Tu es… horrible…”  gémit Elasha.

“Tu ne veux pas ?”  demanda Myra d’un air coquin. “Pourquoi écartes-tu les jambes alors ?” 

“Ce n’est pas… Ce que tu crois… aaaah… Hum… Non ! Je ne dois pas céder…” 

Myra progressa un peu plus loin et finalement, ses doigts atteignirent le sexe de Elasha. Cette dernière ayant écarté les cuisses était à présent complètement à la merci de sa bien-aimée. Bien que ses mots dissent une chose, son corps avait déjà fait volte-face et attendait déjà la suite. Myra savait que ce n’était que de la pure manipulation, mais elle n’avait pas le choix. Elle devait ramener son amante à ses côtés si elle voulait pouvoir se servir de Nyfeirg davantage dans le futur.

Puis Myra poussa légèrement Elasha contre les draps et les deux femmes se retrouvèrent l’une face à l’autre. Elasha était déjà en chaleur et avait du mal à se contenir, mais sa fierté l’empêchait de céder à ses pulsions.

Voyant que les choses n’avançaient pas comme elles le voulaient, Myra décida de passer à la vitesse supérieure et chevaucha son amante alors haletante d’excitation. Son corps frémissait de partout, mais cette dernière ne cédait toujours pas.

“Tu ne veux toujours pas ?”  Demanda Myra langoureusement.

“Non… Je… aaaah…” 

Myra posa l’une de ses mains sur la poitrine de sa compagne et commença à la caresser. Elasha se cambra légèrement, mais ne céda toujours pas. Puis Myra se mit à embrasser son cou et descendit peu à peu, sous les gémissements de Elasha qui s’intensifiaient. Elle continua à descendre et embrassa son ventre qui se contracta sous le poids de ses baisers puis Myra arriva entre ses cuisses. Elle caressa ses deux jambes écartées et les embrassa à tour de rôle puis remonta peu à peu jusqu’à arriver sur sa fleur de lys.

“Aaaah… Non… aaah… Hum…” 

“Tu veux… ?” 

Les yeux de Myra luisaient malicieusement. Elasha la fixait avec un mélange entre de l’indignation et de l’excitation. Après un moment d’hésitation, elle prononça d’une voix faible : “Oui…” 

Les deux femmes se firent alors mutuellement l’amour passionnément durant tout le restant de la journée. Depuis dehors, on pouvait entendre les gémissements d’excitation des deux Elfes et Nyfeirg qui se trouvait non loin de là ne pouvait s’empêcher de soupirer de désespoir en voyant ces deux bêtes se livrer à la fornication sans limite.

Plus tard dans la nuit, les corps des deux femmes reposaient tranquillement sur le lit dont les draps avaient été éjectés entre-temps. Les deux Elfes étaient fatiguées après leur moment de tendresse et profitaient de leurs retrouvailles pour profiter l’une de l’autre.

“Vraiment,”  commença Elasha exténuée. “Tu as toujours le don de me rendre accroc à toi.” 

Ses mains caressaient le visage de Myra avec tendresse et ses yeux l’observaient avec amour.

“Accroc à moi, ou accro au sexe ?”  demanda Myra d’un ton narquois.

“Oh, toi alors…”  rétorqua Elasha légèrement ennuyée. “Tu sais bien ce que je veux dire…” 

Myra sourit et embrassa son amante, quand un bruit au-dehors se fit entendre et toutes deux se redressèrent abruptement.

“Qu’est-ce que c’était ?”  demanda Elasha inquiète.

Myra ne répondit pas tout de suite. Elle avait un mauvais pressentiment et son cœur se mit à battre à toute allure. Ce n’est que lorsqu’elle entendit le vrombissement de Nyfeirg suivit par des cris que Myra comprit la gravité de la situation. Elle se rhabilla rapidement et fonça à l’extérieur sans attendre Elasha.

Quand elle arriva dehors, elle repéra un homme qui faisait face à Nyfeirg, son arme dirigée dans sa direction. Le moteur rugissait et la lumière sinistre que la machine émettait semblait encore plus lugubre que d’habitude. Myra plissa les yeux à cause de l’obscurité pour les écarquiller l’instant d’après.

“Pourquoi… Est-il là ?”  s’interrogea-t-elle complètement effarée.

L’homme en question n’était autre que Maeral, l’un des deux frères jumeaux. Autrement dit, il était là au nom du Patriarche, mais elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi.

“Maeral !”  s’écria-t-elle.

“Myra !”  répondit Maeral effrayé. “Quelle est cette chose effrayante ?” 

Myra accourut aussitôt à proximité des deux adversaires.

“Myra, qu’est-ce que cela veut dire ?”  demanda la monture d’un ton glacial.

Maeral tressaillit de peur en entendant la voix métallique sortir depuis l’intérieur de la machine.

“Par les dieux, cette chose parle…”  s’écria Maeral bouche bée.

“Je ne suis pas une chose, je m’appelle Nyfeirg,”  rétorqua la monture courroucée. “Souviens-t’en, Elfe !” 

“Myra !”  s’écria Elasha qui s’était rhabillée entre-temps. “Qu’est-ce que… Quelle est cette chose ?” 

En voyant son amante apparaître, le visage de Myra pâlit. Les choses devenaient hors de contrôle. Comment allait-elle faire pour s’en sortir ?

“Écoutez… Je peux tout expliquer. Cette chose, Nyfeirg, est un artefact Nain. Elle m’a aidée à terrasser le dragon.” 

“Myra, oublie les mensonges. Je ne suis pas un artefact Nain. Je viens du monde des Humains, pas du vôtre !”  répliqua aussitôt Nyfeirg. “John m’attend, je dois le retrouver.” 

“Humain ?”  répéta Elasha. “C’est pour cela que…” 

“Elasha, je… Je peux tout expliquer !”  s’exclama Myra peinée, avant de se retourner en direction de Nyfeirg. “Pourquoi as-tu dit ça ? Maintenant les choses sont devenues impossibles à résoudre…” 

“Je n’attendrai pas indéfiniment que tu te décides à m’aider… On avait un marché et si tu ne comptes pas le tenir, alors on n’a plus rien à…” 

Avant qu’elle n’ait pu finir sa phrase, une agitation réveilla le village et très rapidement, un groupe de personnes s’approcha d’eux. Devant eux se tenait le Patriarche, derrière lui se trouvaient Aerindil et Kilyn, suivi par un grand nombre de villageois. Le Patriarche affichait une mine sombre et ses sourcils étaient profondément froncés.

Quand ils arrivèrent à proximité, le Patriarche s’écria.

“Myra, quelle est cette chose que tu as amenée au village ? Je te somme de t’expliquer !” 

Myra se figea instantanément. La pire chose qui pouvait arriver s’était produite. À présent, son plan venait de tomber à l’eau. Elle n’avait plus non plus de plan de secours. L’Elfe maudissait son sort intérieurement.

“Patriarche, Naifagu… La personne qui m’a aidée à…” 

“Qu’est-ce que tu racontes ?”  interrompit le Patriarche enragé. “Est-ce que ta petite tête de linotte n’aurait pas pensé qu’il pouvait s’agir d’un démon ?” 

“Eh, vieil homme,”  répondit Nyfeirg d’un ton glacial.

Tout le monde se tut, même le Patriarche.

“Je n’aime pas la manière dont tu m’appelles, et je n’aime ta manière de parler à cette fille… Alors prends garde si tu ne veux pas que je te roule dessus…” 

“Que… Quoi ? !”  s’égosilla le Patriarche courroucé. “Comment oses-tu me parler de la sorte, monstre ! Tu pensais peut-être tromper cette pauvre sotte, mais tu ne m’auras pas. Je connais cette aura maléfique, c’est la même que celle de ces fichus Humains… Myra, j’ai senti en te voyant arriver que tu puais l’Humain… C’est donc un Humain qui t’a aidée ? Et cette chose-là, est-elle aussi avec lui ?” 

Myra écarquilla les yeux, complètement confuse.

“Que dois-je répondre ?”  s’interrogea-t-elle en panique. “C’est que… Je…” 

“Réponds-moi, Myra !” 

“Myra, réponds au Patriarche !”  lui somma également Elasha d’un air dégoûté.

De son côté, Nyfeirg observait la scène se dérouler avec un certain air d’incrédulité. Toutes ces personnes ici présentes ressentaient profondément les Humains, elle ne pensait pas que cela était jusqu’à ce point.

“Myra…”  pensa-t-elle tout en posant son regard sur l’Elfe acculée.

Le Patriarche qui fulminait inspira un grand coup, puis ferma les yeux. Quelques secondes plus tard, il les rouvrit et annonça solennellement :

“Myra, en amenant cette chose ici, tu as compromis la sécurité du village entier ! Parce que tu as aidé notre peuple en te sacrifiant pour lui, je ne t’emprisonnerai pas, mais je ne peux plus te laisser vivre parmi nous. Par conséquent, je ne peux faire autrement que te condamner à l’exil. Tu seras destituée de tes biens et plus personne ne parlera de toi ici. Désormais, tu ne fais plus partie de la forêt de Thaldae…” 

Le cœur de Myra s’arrêta de battre. Elle ne croyait pas à ce qu’elle venait d’entendre.

“Ce… N’est pas possible, Patriarche,”  dit-elle d’une voix tremblante. “Vous devez faire erreur, n’est-ce pas ? Vous ne pouvez pas me bannir de la sorte… Pas après ce que j’ai fait pour vous…” 

Le Patriarche se contenta de détourner le regard. Dans la société Elfe, les seuls à décider étaient les Anciens et leurs paroles étaient la loi. Il arrivait très rarement que les Elfes bannissent leurs semblables, mais quand cela se produisait, ceux-ci étaient ostracisés par leurs pairs et étaient interdits de séjour dans le territoire pour lequel ils étaient exilés.

Le Patriarche inspira une nouvelle fois puis fixa Myra, son regard était empreint de tristesse, mais aussi de colère.

“Ma sentence est irrévocable !”  Puis il regarda Nyfeirg d’un air mauvais. “Quant à toi, monstre, par égard pour notre village sauvé, je ne te pourchasserai pas cette fois-ci. Tu peux emmener cette femme, elle n’appartient plus à notre village. Mais ne t’avise pas de remettre les pieds dans ces terres, sans quoi, tu seras mise à mort sans avertissement !” 

Le corps de Myra tremblait de partout. Son regard vacillant cherchait du réconfort quelque part. Elle vit en premier Kilyn. Elle espérait que celui-ci la soutiendrait, mais il détourna le regard immédiatement. Puis, elle tourna la tête et jeta son regard sur Elasha. Si personne ne la soutenait, elle était sûre qu’au moins son amante ferait exception à la règle mais à son grand désespoir, celle-ci n’avait pour elle que dégoût et incompréhension.

Son monde s’écroulait devant ses yeux.

“Sniff… Sniff…” 

Les larmes coulèrent le long de ses joues, son cœur était envahi par une tristesse infinie.

L’Elfe n’avait plus nulle part où aller, aucun foyer, aucune famille, rien.

“Myra,”  prononça doucement Nyfeirg. “Je vais m’en aller. Que comptes-tu faire ?” 

“Sniff… Je… Je ne sais pas… Que dois-je faire ?”  demanda-t-elle complètement perdue.

“Si tu le veux, tu peux venir avec moi… Bien que tu doives aussi retrouver John.” 

Myra ne répondit pas de suite. Elle ne savait plus quoi faire ni quoi dire. Si tout ceci était un cauchemar, elle voulait se réveiller tout de suite. Mais malheureusement, la réalité était plus douloureuse que tout. Elle comprenait qu’elle devait quitter son village ainsi que ses amis.

Après quelques instants, elle acquiesça faiblement.

“Emmène-moi… S’il te plaît… Je ne veux pas être seule…” 

“D’accord… Va chercher tes affaires, on part immédiatement,”  répondit Nyfeirg d’une voix sombre.

Myra hocha de la tête et se dirigea machinalement vers sa maison sous les regards de ses semblables… Non, désormais, elle n’était plus des leurs. Ils n’étaient plus que des étrangers pour elle.

Elle entra dans sa maison et prépara aussitôt ses bagages qui se résumaient à trois fois rien. Quand elle eut terminé, elle se dirigea vers la sortie puis se retourna une dernière fois. De faibles souvenirs lui revinrent en mémoire alors qu’elle regardait l’endroit où elle avait vécu durant toutes ces années. Les images de ses parents qu’elle avait perdus très jeune, les heureux moments passés en leur compagnie dans les bois et dans le village. Elle se rendit compte qu’elle commençait déjà à oublier leur visage et cela lui brisa le cœur d’autant plus. Puis elle repensa aux doux moments passés avec Elasha, son premier amour. Mais désormais, ce n’était plus non plus sa maison.

Elle sanglota et sortit avant de ne plus pouvoir s’en aller. Dans le silence le plus complet, elle se dirigea alors vers la dépendance où elle rangeait ses armes et prit un arc en particulier. C’était un arc particulièrement robuste et somptueux, sculpté dans le bois le plus résistant et gravé d’une multitude de dessins. C’était l’arme de sa mère défunte. Elle ne le prenait jamais, mais l’avait gardé en souvenir d’elle.

Puis, elle regarda une dernière fois cet endroit qui recelait également de nombreux souvenirs et sortit. Sous la lumière des flambeaux et des lucioles, les Elfes s’étaient amassés autour de Nyfeirg et la fixaient intensément. De nombreuses émotions tourbillonnaient en cet endroit. De la haine, de la crainte, de la peur, de la curiosité, du dédain. Rien n’était plus hostile que cet endroit pour elle.

Quand Myra réapparut, Nyfeirg redémarra de nouveau son moteur éteint, créant la panique dans la foule. Cependant, l’Elfe n’avait que faire de ces derniers et se contenta de chevaucher la moto.

“Prête ?” 

Myra jeta un dernier regard sur ceux qu’elle considérait comme ses semblables avant de s’arrêter sur Elasha. Celle qu’elle avait aimée, qu’elle avait considéré comme sa propre sœur et avec qui elle avait partagé une grande partie de sa vie, n’était plus désormais qu’une étrangère sans nom.

“Sniff… Je te considérais comme ma sœur… Ma moitié… Sniff… J’espérais que parmi tous, tu serais celle qui m’aiderait, mais j’avais tort… Sniff… Dorénavant, tu n’es plus rien pour moi. À présent, vis ta vie, je vivrai la mienne…”  dit Myra d’un ton grave. “Sniff… On peut partir… Nyfeirg…” 

Nyfeirg fit demi-tour puis parti aussitôt.

Alors que les deux femmes disparaissaient dans le lointain, Elasha eut comme un moment de lucidité et s’écria.

“Myra ! Myraaaa !” 

Mais cette dernière ne pouvait plus l’entendre désormais.

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