Chapitre 37 – Sacrifié à Soi-même
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Dix heures du soir. Une fine bruine tombait à nouveau sur Backlund, et un brouillard léger, parmi les réverbères, conférait à la lumière une beauté vaporeuse.
L’assistant d’Isengard Stanton, Bowen, inspecta une dernière fois le rez-de-chaussée avant de se diriger vers l’oriel, prêt à fermer la dernière fenêtre.
À cet instant, une ombre se glissa à l’intérieur et se posa sur le mur en saillie.
C’était un chat errant bleu au poil court !
Bowen vit les grands yeux jaunes qui le fixaient et ne put s’empêcher de rire.
« Il n’y a rien à manger ici. »
Comme le métier de détective le rendait enclin à la vengeance, et qu’il avait de nombreux secrets à cacher, la cuisinière et les domestiques d’Isengard Stanton étaient payés à l’heure. Le nombre d’heures de travail était fixe et les quantités préparées étaient limitées. Il était donc rare qu’il reste des restes après le dîner.
Le chat bleu ouvrit la gueule, mais ne miaula pas. Il commença à parler comme un humain : « Je suis Sherlock Moriarty. Je suis venu rencontrer M. Isengard Stanton. »
« … » Bien que Bowen fût un Transcendant élevé par l’Église du Dieu de la Connaissance et de la Sagesse, il était un Transcendant de Basse-Séquence et ses horizons étaient limités. C’était la première fois qu’il rencontrait un chat qui parlait ; il fut donc momentanément choqué et déconcerté.
Après quelques secondes, il reprit ses esprits et se souvint des paroles du chat.
Il a dit… Il a dit qu’il était Sherlock Moriarty ?
Ce grand détective n’est vraiment pas simple !
Il s’est transformé en chat, non… il contrôlait un chat !
De tels pouvoirs sont vraiment étranges et terrifiants !
Bowen se calma rapidement et ne répondit pas directement au chat. Il tendit la main pour fermer les fenêtres.
Après cela, il dit d’une voix étouffée : « Suis-moi. »
Le chat bondit aussitôt de l’estrade derrière l’oriel et suivit Bowen d’un bond, la queue dressée. Il le suivit jusqu’au premier étage et le regarda frapper à la porte de la chambre d’Isengard Stanton.
« Y a-t-il quelque chose ? » demanda Isengard, vêtu d’un pyjama à fines rayures, en ouvrant la porte.
Il savourait simplement son tabac avant de dormir.
Bowen désigna prudemment le chat bleu accroupi à ses côtés.
« M. Sherlock Moriarty vous cherche. »
Isengard, avec ses favoris blancs et son visage émacié, haussa légèrement les sourcils et baissa le regard. Il fit deux pas en arrière, laissant le chat bleu pénétrer tranquillement dans sa chambre.
« Retourne dans ta chambre et va dormir. Lève-toi demain comme d’habitude. Une affaire nous attend encore », ordonna Isengard à Bowen, comme si de rien n’était.
Une fois son assistant parti, il ferma la porte et se tourna vers le chat bleu, assis près du fauteuil inclinable. Il eut un petit rire.
« Je ne m’attendais pas à ce que vous possédiez de tels pouvoirs Transcendants. Je craignais que vous ne veniez directement ici. »
« J’ai remarqué votre point d’exclamation », dit le chat avec un sourire.
Il fallait dire qu’une telle expression sur le visage d’un chat avait quelque chose d’étrange. Elle donnait des frissons dans le dos à quiconque en était témoin.
Isengard ne manifesta aucune réaction particulière ; il tira sur sa pipe, s’installa dans le fauteuil inclinable et expira lentement, l’air détendu. Il dit avec un sourire : « Je fais confiance à votre intelligence. »
« Merci pour le compliment. » Le chat tendit poliment les pattes et s’inclina.
Isengard l’observa et frotta sa pipe en souriant.
« Vous devez avoir compris ce qui se passe.
» Ces gens n’osent pas me surveiller de trop près, de peur que je ne les découvre et que je ne finisse par tout raconter à l’Église de la Nuit Éternelle et à l’Église de la Vapeur. Hehe, même si ce serait assez embêtant pour eux s’ils étaient démasqués, je suis persuadée qu’ils ont un demi-dieu parmi eux. C’est une déduction, basée aussi sur certains témoignages. Après tout, je vis dans cette rue depuis des années.
» Par conséquent, humains et animaux ne seraient pas empêchés d’entrer chez moi. Je suppose que vous l’avez déjà compris. Mais en sortant, vous serez certainement suivie et traquée. Avez-vous les moyens de leur échapper ? Hmm… la somme n’est pas négligeable. La sortir serait plutôt suspect.
» Laissez-moi réfléchir. Comptiez-vous me convaincre de déposer l’argent sur un compte bancaire précis, puis trouver des personnes pour le retirer dans différents quartiers de Backlund ? »
Sur ces mots, Isengard répondit avec un sourire faussement modeste : « C’est la meilleure solution que je puisse imaginer, mais sa mise en œuvre serait extrêmement compliquée.»
Le chat ne répondit pas directement, se contentant d’un rire grave.
« J’ai seulement besoin d’une pièce vide et de trois bougies.»
« Pas de problème. » Isengard n’insista pas et poursuivit : « Les actions ont été vendues pour 12 000 livres. L’acheteuse est la fille du comte Hall, Audrey. Les honoraires des avocats et des comptables, ainsi que la publication des annonces, ont coûté 600 livres au total. À cela s’ajoutent 0,5 % de droits de timbre et 20 % de taxes sur les actes notariés. » Au final, il ne reste donc plus que 8 940 livres.
Les taxes de type D s’appliquaient aux revenus commerciaux, financiers et spécialisés.
Il y a des impôts… Plus de 2 000 livres envolées comme ça… Le chat resta figé.
Klein était autrefois un Faucon de la Nuit et son salaire était exonéré d’impôt. Plus tard, comme détective privé, ses revenus étaient difficiles à contrôler, il ne les déclarait donc jamais aux impôts. Par la suite, il devint aventurier et, comme les primes offertes pour la capture de pirates bénéficiaient d’exonérations, il n’avait pas à payer d’impôts dessus. Il n’avait donc jamais réalisé qu’il devait payer des impôts. C’est pourquoi, lorsqu’Isengard Stanton avait évoqué les impôts, il n’y avait pas prêté attention, pensant que le montant serait minime. Mais la réalité l’avait durement frappé.
Quant à l’absence de taxes sur la transaction précédente, le gouvernement de Loen exonérait d’impôts les investissements initiaux liés aux inventions, afin d’encourager ces dernières.
Après un bref silence, les moustaches du chat frémirent tandis qu’il disait : « Très bien, donnez-moi l’argent. Euh, déplacez-le dans la pièce vide.
» Il n’y a pas de problème avec l’argent, n’est-ce pas ? »
« Je les ai déjà vérifiés. Ils ne tenteraient pas le diable, ce serait insulter mon intelligence.» Isengard se leva avec sa pipe. N’oubliez pas de m’envoyer une lettre de confirmation signée par courrier plus tard. »
« C’est déjà en route », répondit le chat, prêt à tout.
Isengard se dirigea vers le coffre-fort de la chambre principale, l’ouvrit à l’aide d’un code et d’une clé. Il en sortit des liasses de billets et les fourra dans différentes mallettes.
Puis, il quitta la chambre principale avec les mallettes et entra dans une chambre d’amis située en diagonale de l’autre côté.
« Regardez », dit Isengard en posant les mallettes remplies d’argent au sol, à l’adresse du chat qui l’avait suivi.
« Je vous fais confiance », répondit le chat après avoir jeté un coup d’œil.
Isengard hocha la tête et désigna le meuble.
« Il y a des bougies à l’intérieur. »
Sur ces mots, il franchit la porte, serra la poignée et dit avec un sourire : « Je suis vraiment curieux de savoir comment vous allez partir… Je suis sûr que ce sera un spectacle de magie des plus captivants. »
Isengard Stanton referma la porte d’un clic, laissant la chambre d’amis silencieuse et morne.
Aux côtés du chat, une silhouette vêtue d’un manteau rouge sombre et coiffée d’un vieux chapeau triangulaire apparut. Il s’agissait de la marionnette de Klein, le Spectre Senor.
Il trouva les bougies et dressa rapidement un autel rudimentaire. Passant outre les premières étapes, il murmura directement en elfique : « Béni de la mer et du monde spirituel, gardien de l’archipel de Rorsted, souverain des créatures sous-marines, maître des tsunamis et des tempêtes, grand Kalvetua.
» Ton dévoué serviteur implore ton attention ;
» Je te prie d’accepter ses offrandes.
» Je te prie d’ouvrir les portes de ton Royaume. »
Le vent à l’intérieur du mur de spiritualité s’intensifia soudain tandis que Senor se tailladait la main et laissait échapper quelques gouttes de sang.
En tant que Spectre de la Séquence 5, tout en lui était matière et riche en spiritualité !
Les vents violents aspirèrent le sang, hurlant et s’enfonçant dans la flamme de la bougie symbolisant le dieu de la mer Kalvetua. La flamme s’amplifia, formant une porte illusoire constellée d’inscriptions et de symboles magiques.
Au bout d’une dizaine de secondes, la porte grinça lourdement en s’ouvrant lentement.
Une à une, Senor souleva les mallettes remplies d’argent et les jeta par la porte illusoire.
Quand il n’en resta plus, la pièce d’or qu’il gardait en lui s’envola et atterrit sur l’autel.
La silhouette du Spectre disparut alors, se projetant sur la face lisse de la pièce.
La pièce trembla en s’élevant, s’accrocha à la mallette qui la précédait et franchit la porte illusoire du sacrifice.
Silencieusement, la porte mystérieuse se referma tandis que la lueur des trois bougies retrouvait son état normal.
À cet instant, le chat bleu à poil court sembla reprendre ses esprits. Il regarda autour de lui d’un air absent en miaulant.
Après un moment, Isengard ouvrit la porte et entra, constatant que toutes les mallettes vides avaient disparu. Seules trois bougies brûlaient silencieusement tandis que le chat bleu à poil court, méfiant, lui tournait le dos.
Tandis qu’il observait la scène, une calèche passa lentement à l’embranchement, à l’autre bout de la rue.
…
La même nuit, dans un bâtiment du Quartier de Cherwood.
Xio rentra chez elle sous la bruine. Tout en s’essuyant les cheveux avec une serviette, elle dit à Fors : « Ta lettre est partie. »
Fors répondit laconiquement, tout en se demandant quand son professeur répondrait.
À cet instant, Xio posa sa serviette et lança : « J’ai des nouvelles concernant le rassemblement de M. X. Ça aura toujours lieu au même endroit, vendredi soir. »
Génial. Je vais pouvoir en informer M. Le Monde ! Je me demande combien je vais devoir pay… Les yeux de Fors s’illuminèrent à cette annonce.
Avant qu’elle ne puisse demander des précisions, Xio ajouta : « M. X a aussi confié une mission qui promet une belle récompense. Il s’agit de lui signaler les personnes de leur entourage qui jouissent d’une chance anormale. »
« Une chance anormale ? » murmura Fors, perplexe. « Est-ce que cet homme a toute sa tête ? Qui irait divulguer des informations sur son entourage lors d’un tel rassemblement ? Cela permettrait aux autres de découvrir facilement leur véritable identité. »
« Qui sait ? C’est peut-être vraiment un fou. » Xio ne connaissant personne doté d’une chance anormale, elle répondit sans trop y réfléchir.
Fors réfléchit un instant, mais ne parvint pas à percer les véritables intentions derrière cette mission. Elle finit par reléguer l’affaire au second plan, prévoyant de prier M. Le Fou une fois que Xio serait partie prendre son bain, afin de transmettre les informations pertinentes au Monde, Gehrman Sparrow.
