Chapitre 32 – Premières Investigations
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Klein revenait de la cathédrale Saint-Samuel à Boklund Street dans une calèche lorsqu’il entendit les supplications incohérentes qui traversaient le brouillard jusqu’à lui.
Une femme… Ce n’est rien d’urgent… Il se contenta d’une estimation rapide et ne s’avança pas immédiatement au-dessus du brouillard gris pour répondre.
Son regard balayant les réverbères qui dissipaient l’obscurité, Klein détourna les yeux et porta sa tasse en porcelaine blanche à bord doré à ses lèvres pour prendre une gorgée.
À côté de lui, Richardson remarqua qu’il était de nouveau mentalement présent et, après avoir rassemblé son courage, dit : « Monsieur, j’y ai bien réfléchi. Vous avez tout à fait raison. On commence tous sans expérience. Rares sont ceux qui acquièrent de l’expérience. Merci de me donner cette chance de progresser. »
Après s’être assuré que Godotpos et sa bande étaient morts, il fut enfin soulagé et commença à songer à sa carrière.
Changer d’employeur à répétition en peu de temps était une tache sur le parcours d’un domestique. Après avoir démissionné de son poste chez Dwayne Dantès, Richardson pensait qu’il lui serait difficile de continuer à exercer le métier de valet.
Ce serait extrêmement préjudiciable pour lui.
Non seulement le salaire annuel d’un valet était d’au moins 25 livres, bien supérieur à celui de n’importe quel autre emploi non cadre, mais il était comparable à celui d’une femme de chambre. De plus, être valet offrait la meilleure perspective de devenir majordome !
En suivant leurs employeurs, hommes ou femmes, et en les assistant dans toutes sortes de tâches insignifiantes, en étant leurs porte-parole et leurs assistants, ils pourraient développer leurs compétences. Cela leur permettrait d’acquérir toutes les qualités requises pour être majordome et, par conséquent, de devenir le confident de leur employeur. Tant qu’une opportunité se présentait, on pouvait facilement devenir intendant, aide-majordome ou sous-majordome, et ainsi progresser jusqu’au poste de majordome.
Richardson aspirait à une vie paisible, mais cela ne signifiait pas qu’il était prêt à être domestique toute sa vie. Il souhaitait sans aucun doute pouvoir compter sur son travail pour gagner davantage et obtenir une meilleure position. Et devenir majordome d’une famille riche était son but ultime.
« Il n’est pas trop tard pour s’en rendre compte maintenant », répondit Klein avec un sourire, consentant à ce que Richardson reste à son service.
De retour au 160 rue Boklund, il demanda à la gouvernante Taneja de lui préparer le souper à onze heures et demie, puis monta au troisième étage où il ôta son manteau et entra dans la salle de bains.
À ce moment précis, la baignoire avait déjà été chauffée à la température idéale par une servante cinq minutes auparavant.
Klein n’était pas pressé de prendre son bain, alors il s’éleva au-dessus du brouillard gris pour identifier la personne qui avait prié.
Monsieur X… Voyageur… Mademoiselle Magicienne est plutôt efficace… Sans s’en rendre compte, elle a bien mûri… murmura Klein.
Après mûre réflexion, il invoqua Le Monde Gehrman Sparrow et fit prier ce personnage fictif au milieu du voile de brouillard gris.
« Donnez-moi l’heure, le lieu et fournissez-moi plus d’informations. Ce n’est qu’alors que j’agirai. »
L’idée de Klein était très simple. Il trouvait les pouvoirs d’un Voyageur plutôt utiles, mais il était difficile pour Dwayne Dantès de s’absenter longtemps de Boklund Street ou de rester enfermé dans sa chambre. Si Mademoiselle Magicienne pouvait lui fournir des renseignements détaillés et fiables, lui permettant de mener à bien l’assassinat une seule fois, ce serait parfait. Mais si elle devait amener Le Monde à recueillir les informations petit à petit, il lui serait impossible de le faire, car cela compromettrait ses propres plans.
Fors répondit bientôt.
« Je vais essayer de les recueillir au plus vite. »
Comme le lieu et l’heure de la prochaine réunion de M. X n’étaient pas confirmés, elle ne pouvait qu’attendre patiemment.
Après avoir réglé cette affaire, Klein retourna dans le monde réel, se déshabilla et prit un bain.
L’eau chaude l’enveloppa tandis qu’il fermait les yeux, apaisé. Il sentait la fatigue qui l’accablait se dissiper peu à peu.
Ces derniers temps, il s’était rendu à plusieurs reprises à la cathédrale Saint-Samuel pour écouter l’explication de l’évêque Elektra concernant la Révélation de la Nuit Éternelle. Il avait perçu l’apparence et les caractéristiques de deux autres Gardiens, mais il n’avait repéré aucun cycle, si bien qu’il ne pouvait déterminer leur emploi du temps.
Et par-dessus tout, ce qu’il préparait lui attireraient tout autant d’ennuis. Klein ouvrit les yeux et contempla la vapeur au-dessus de lui, soupirant intérieurement.
La première enquête ne devrait plus tarder…
Quiconque fréquentait assidûment l’intérieur de la cathédrale Saint-Samuel serait vraisemblablement interrogé par les Faucons de la Nuit, et ses origines demeurant inconnues, une telle enquête était presque inévitable.
L’absence d’enquête constituerait un cas de négligence grave de la part des Faucons de la Nuit… Klein expira lentement.
…
Au sous-sol de la cathédrale Saint-Samuel, Léonard sortit lentement d’une pièce silencieuse.
Ses yeux verts étaient teintés d’une étrange eau noire, tandis que d’innombrables bulles et ondulations illusoires apparaissaient et disparaissaient.
« Pas mal. Tu es déjà Gardien des Âmes* et tu es en passe de me rattraper. » Daly Simone, debout dans le couloir, le félicita avec une pointe d’autodérision.
Elle portait toujours sa robe noire à capuche, et ses paupières étaient maquillées de fard à paupières bleu et de blush. Elle avait un sens de la beauté assez particulier.
Quand Léonard posa les yeux sur cette femme familière, il la trouva encore plus froide qu’auparavant. D’innombrables ombres semblaient l’entourer, des strates profondes et glaciales.
« Visiblement, je suis encore loin de toi. Vu ton état, tu devrais pouvoir accéder à la séquence du Protecteur**, non ? » Léonard ne se montra pas trop désinvolte devant Daly, s’exprimant plutôt formellement. Car s’il tentait une plaisanterie, c’est lui qui finirait par rougir de honte, et non elle.
Protecteur correspondait à la séquence 5 du chemin de la Mort.
« J’étais prête il y a deux mois », dit Daly sans rien cacher, son expression légèrement déformée.
Léonard comprit plus ou moins ce qu’elle voulait dire et hocha légèrement la tête.
« Tu n’as pas assez contribué ? »
Daly esquissa aussitôt un sourire.
« C’est vrai.
» C’est comme si j’étais déjà au lit, tout était prêt, et que je me rendais compte qu’il n’y avait pas de préservatifs à la maison. Le pire, c’est qu’il est tard et que la plupart des magasins du quartier sont déjà fermés ! »
Quelle analogie étonnante… Léonard hésita à répondre et dit avec un sourire : « Vous pouvez choisir les affaires que vous traitez.»
Sans laisser à Daly le temps de parler, il désigna l’autre bout du couloir.
« Le capitaine Soest attend toujours mon rapport sur ma promotion. »
Daly ne dit mot et le regarda partir.
Quand il disparut au coin du couloir, son expression se figea tandis qu’elle murmurait : « Capitaine Soest… »
Dans la pièce où l’équipe des Gantelets Rouges de Léonard était temporairement stationnée, Soest, qui venait d’être promu Sorcier Spirituel, vit son subordonné à l’air désinvolte entrer et lui lança nonchalamment un dossier.
« Très bien. Vous avez déjà été promu. Je vous féliciterai plus tard. Commencez par enquêter sur le rêve de cette cible.»
Il faisait déjà tard, mais pour les Faucons de la Nuit, principalement composés d’Insomniaques, c’était comme si le jour n’existait pas. Ils se sentaient même plus forts la nuit.
« C’est pas une pratique courante chez les Faucons de la Nuit locaux ? » demanda Léonard en passant, après avoir reçu le dossier.
« Ils sont débordés et manquent de personnel. Ils ont fait appel à nous », expliqua Soest d’un ton détaché.
Léonard n’insista pas et baissa les yeux pour feuilleter le dossier.
La première chose qui attira son regard fut une photographie, et l’homme d’âge mûr qui y figurait le marqua profondément !
Dwayne Dantès… Les pupilles de Léonard se contractèrent instantanément.
Il connaissait cet homme, il savait que c’était un monstre immortel qui avait survécu depuis la Quatrième Époque. C’était au moins un Saint, voire plus !
De plus, il connaît mon secret et l’identité du Vieil Homme… Léonard porta instinctivement la main à ses tempes.
« Capitaine Soest, je viens d’avancer, et ma spiritualité est quelque peu hors de contrôle. »
« Ah bon… » C’est alors seulement que Soest réalisa qu’il avait peut-être commis une erreur. Il se tourna précipitamment vers un autre Gantelet Rouge et dit : « Albert, à vous de jouer. »
Albert était un homme d’une trentaine d’années. Ses cheveux étaient légèrement blonds et son teint pâle. Il n’avait pas l’air en grande forme.
Léonard poussa un soupir de soulagement en lui remettant le dossier.
À cet instant, son cœur rata un battement. Albert subirait-il des conséquences néfastes s’il pénétrait dans le rêve du monstre immortel ?
Il éprouva alors un léger regret. Il se dit qu’il aurait dû s’en charger lui-même. Au moins, il aurait connu le niveau de danger et l’aurait déjà affronté. Cela lui aurait évité de le provoquer.
Dwayne Dantès ne ferait probablement rien à Albert… S’il réagissait de manière excessive et qu’il lui arrivait quoi que ce soit d’anormal, il nous révélerait immédiatement ses problèmes. Et compte tenu de la puissance de notre Église et de la situation à Backlund, il n’a aucune chance de quitter cette ville vivant… Léonard se calma rapidement, persuadé que Dwayne Dantès emploierait une méthode plus douce pour éviter l’enquête sur le rêve.
Il tira une chaise et s’assit près d’Albert. Bien qu’il semblât lire les documents d’un air distrait, il le surveillait constamment pour prévenir tout accident.
…
160, rue Boklund, dans la chambre principale.
Klein se réveilla brusquement de son rêve, conscient que « quelqu’un » était arrivé.
L’enquête sur les Faucons de la Nuit ? Marmonna-t-il en observant les alentours ; il se retrouva dans une pièce entrouverte.
Soudain, il entendit frapper à la porte.
« Entrez… » Klein s’efforça de donner à sa voix un murmure rêveur.
La poignée tourna et la porte s’ouvrit. Un homme blond, mince et vêtu d’un imperméable noir, entra. Il s’agissait d’Albert, le Gantelet Rouge.
« Je suis commissaire du commissariat de Backlund. » Albert présenta nonchalamment une pièce d’identité et s’assit en face de Klein.
« Que puis-je faire pour vous, agent ? » Klein reprit son rôle.
Il savait que, sous l’influence d’un Cauchemar, il devait paraître normal.
Albert fit apparaître une pile de papiers et commença à les lire à voix basse : « Dwayne Dantès. Homme. Originaire du comté de Desi… »
Il répéta toutes les informations recueillies et demanda : « Ces informations sont-elles légitimes ? »
« En partie, oui, mais certaines sont fausses », répondit Klein, « honnêtement. »
Les seules vérités partielles sont probablement « homme » et « célibataire »… Pendant ce temps, il se moquait de lui-même.
Albert, satisfait de ses progrès rapides, demanda d’un ton neutre : « Lesquelles sont fausses ? »
Klein s’y attendait déjà et fit mine de se souvenir.
« Ma fortune ne provient pas des mines, mais de mes aventures sur le Continent Sud. »
Il inventa une histoire à partir de la description d’Anderson sur Balam Ouest, racontant comment un roturier avait fait fortune grâce à son éloquence, son intelligence, son expérience et son courage dans une région où les conflits entre Loen et Intis étaient fréquents.
Cette histoire, jugée peu détaillée, n’était qu’une ébauche. L’objectif principal était de convaincre les Faucons de la Nuit que Dwayne Dantès n’était pas un Transcendant, mais un homme ordinaire animé par le goût de l’aventure et du risque. De telles histoires de gens devenus riches étaient courantes à Loen.
*Ndt : J’avais du mal à le traduire (Soul Assurer). C’est la séquence 6 de la voie de l’Insomniaque. Gardien des Âmes me semble beaucoup plus adapté, je resterai donc sur cette traduction.
(je découvre l’oeuvre en traduisant donc certaines manières de traduire ne m’arrivent que tardivement, mes excuses).
**Ndt : La meilleure traduction serait sûrement Gardien/Gardienne (Gatekeeper). Pour éviter la confusion avec les Gardiens de la Porte de Chanis, je propose de rester sur Protecteur/Protectrice
