CHAPITRE 28 : DANGER DE MORT (2)
Ma Long inspira profondément.
Puis il cessa de retenir la puissance qui sommeillait dans son sang.
BOOOOOOM !
Une pression invisible se répandit dans toute la clairière.
Elle n’augmentait pas réellement sa force…
Mais elle dégageait une majesté écrasante.
Une noblesse qui semblait provenir d’une créature régnant au sommet de toutes les bêtes.
Les écailles draconiques recouvrirent progressivement ses avant-bras.
Puis son torse.
Puis son cou.
Son visage changea légèrement.
De fines écailles noires apparurent sur ses joues.
Ses pupilles prirent une teinte dorée.
Deux petites protubérances émergèrent lentement sur son front.
Comme les prémices de cornes draconiques.
Pendant un bref instant…
la forêt entière sembla retenir son souffle.
Même Eric sentit son cœur s’accélérer.
Chaque fois qu’il assistait à cette transformation…
elle paraissait plus majestueuse.
Plus ancienne.
Comme si une volonté oubliée depuis des millénaires venait de s’éveiller.
Le gigantesque Bacter se figea.
Ses pupilles se contractèrent.
Son corps trembla malgré lui.
Son sang hurlait.
Une peur instinctive.
Une peur gravée dans les profondeurs de sa lignée.
La peur de rencontrer un souverain.
Le Roi des Bêtes.
Mais cette fois…
ce n’était plus le jeune Bacter.
C’était un vieux prédateur.
Une créature ayant survécu à des centaines de combats.
Une bête qui avait atteint le sommet du Rang 2.
Son instinct vacilla.
Puis sa volonté reprit le dessus.
Son regard changea.
La peur se transforma en rage.
Une rage démente.
Parce que cet être, pourtant infiniment plus faible que lui…
avait osé éveiller une pression capable d’ébranler son sang.
Et surtout…
avait massacré son enfant.
BOOOOOOOOOOM !
Le vieux Bacter disparut.
Il ne chargeait plus.
Il bondissait.
Comme une montagne projetée à pleine vitesse.
— Ma Long !
hurla Eric.
CLAAAAANG !
Le sabre de Ma Long rencontra la corne.
L’onde de choc explosa dans toute la clairière.
CRAAAAACK !
Son bras droit se brisa presque instantanément.
Le glaive faillit lui échapper.
L’impact le projeta à plusieurs dizaines de mètres.
Il traversa deux arbres avant de s’écraser contre un énorme rocher.
Du sang jaillit de sa bouche.
Ses organes internes venaient d’être gravement touchés.
— Ma Long !
Eric décocha immédiatement trois flèches.
TWANG !
TWANG !
TWANG !
Le vieux Bacter ne prit même pas la peine de les éviter.
L’une rebondit sur ses écailles.
La seconde se brisa contre sa corne.
La troisième ne fit qu’érafler son cou.
Il continua d’avancer.
Sans ralentir.
Comme si Eric n’existait pas.
— Bordel…
murmura Eric.
Il détestait sa faiblesse.
Si seulement il avait été aussi fort que Ma Long…
Non.
S’il avait été encore plus fort.
Assez fort pour affronter cette créature de face.
Assez fort pour protéger son frère.
Au lieu de cela…
il ne pouvait que regarder Ma Long encaisser des coups qu’aucun cultivateur du Bloodening Realm n’aurait dû survivre.
Mais il était trop tard pour nourrir des regrets.
Ils n’avaient aucune chance.
Aucune.
Ma Long se releva péniblement.
Son bras droit pendait mollement.
Plusieurs de ses os étaient brisés.
Ses organes internes avaient été gravement touchés.
Il cracha une nouvelle gorgée de sang.
Sa vision devenait de plus en plus trouble.
Pourtant…
il reprit sa garde.
Le vieux Bacter rugit.
Puis disparut.
BOOOOOOM !
Une nouvelle charge.
Encore plus rapide que la précédente.
Même les yeux d’Eric peinaient à suivre ses mouvements.
CLAAAAANG !
Ma Long leva instinctivement son sabre.
Trop tard.
La corne dévia sa lame avant de traverser violemment son épaule.
Le sang jaillit.
— AAAARGH !
Son cri déchira le silence de la forêt.
Son corps fut projeté plusieurs dizaines de mètres plus loin avant de rouler sur le sol.
— Ma Long !
Le cœur d’Eric se serra.
Sans même réfléchir…
il changea brusquement de direction.
Pourtant…
à quelques mètres de lui se trouvait un étroit passage entre deux énormes rochers.
Une ouverture.
Une véritable chance de quitter cette clairière.
Une chance de survivre.
Mais Ma Long se trouvait de l’autre côté.
S’il s’enfuyait maintenant…
son frère mourrait.
Alors…
sans la moindre hésitation…
Eric fit demi-tour.
Il banda son arc.
— Flèche de l’Éclair Perçant !
TWANG !
La flèche fendit l’air.
Elle fila droit vers l’œil du Bacter.
Au dernier instant…
la créature inclina simplement la tête.
La flèche passa devant sa pupille et alla se perdre dans les profondeurs de la forêt.
Le vieux Bacter n’avait même pas ralenti.
Eric comprit immédiatement.
À ce niveau…
son arc ne servait plus à rien.
Il le laissa tomber.
L’arc heurta lourdement le sol.
Puis il dégaina son épée.
Même s’il savait que cela ne changerait rien…
il courut rejoindre Ma Long.
Quitte à mourir…
ils mourraient ensemble.
Profitant de cette diversion…
Ma Long recula de quelques pas.
Sa respiration était devenue chaotique.
— On doit partir !
hurla Eric.
— Je sais !
Les deux garçons se retournèrent et commencèrent à battre en retraite.
Mais après seulement quelques dizaines de mètres…
ils s’immobilisèrent.
Leur visage blêmit.
Le vieux Bacter les attendait déjà.
Il leur avait barré la route.
Comme s’il avait parfaitement anticipé leur fuite.
Comme s’il connaissait chaque arbre.
Chaque rocher.
Chaque sentier de son territoire.
Son immense silhouette obstruait entièrement le passage menant vers la Zone Extérieure.
Ses yeux rouge sang brûlaient d’une haine féroce.
Du sang séché maculait encore ses griffes.
Celui de son petit.
— Il nous coupe la retraite…
souffla Eric.
Ma Long serra les dents.
Puis regarda les profondeurs obscures de la forêt.
— Alors…
nous n’avons plus le choix.
— On s’enfonce.
Le vieux Bacter poussa un rugissement assourdissant.
BOOOOOOM !
Le sol explosa sous ses pattes.
Les deux garçons se dispersèrent aussitôt.
La corne de la créature pulvérisa plusieurs arbres.
Des éclats de bois furent projetés dans toutes les directions.
Mais le monstre ne ralentissait pas.
— Cours !
cria Eric en soutenant Ma Long par le bras.
Ils s’enfoncèrent toujours plus profondément dans la Forêt aux Cent Ombres.
Ils évitaient instinctivement certaines clairières.
Certains ravins.
Certaines zones où régnait un silence anormal.
Même les bêtes spirituelles semblaient fuir ces endroits.
Mais derrière eux…
le vieux Bacter continuait sa poursuite.
Inlassablement.
Comme une catastrophe naturelle.
BOOOOOOM !
Un arbre centenaire vola en éclats.
BOOOOOOM !
Un énorme rocher fut réduit en poussière.
BOOOOOOM !
La distance diminuait inexorablement.
Encore.
Et encore.
Puis…
SHAAAAAA !
La langue du Bacter jaillit.
Plus rapide qu’une lance.
Eric sentit un frisson mortel parcourir tout son corps.
Il tenta de se jeter sur le côté.
Trop tard.
La langue lui transperça l’épaule.
— AAAARGH !
Une douleur insoutenable traversa tout son bras.
Le choc le projeta violemment contre un tronc.
Son souffle fut coupé.
Le sang se mit immédiatement à couler.
— Eric !
Malgré ses propres blessures…
Ma Long fit demi-tour.
Il leva son sabre.
— Premier Horizon !
SHAAAAAA !
La lame s’abattit de toutes ses forces.
CLANG !
Elle rebondit aussitôt.
La peau du vieux Bacter était bien trop résistante.
Ma Long serra les dents.
Son regard devint hésitant.
Puis déterminé.
Il prit une profonde inspiration.
— Tant pis…
murmura-t-il.
Dans des conditions normales…
il n’aurait jamais dû pouvoir utiliser cette technique.
Son royaume était encore insuffisant.
Le Deuxième Horizon de l’Annihilation des Neuf Horizons exigeait de concentrer les Néons en un unique point de la lame.
Une maîtrise normalement réservée au Royaume du Renforcement des Méridiens.
Mais il n’avait plus le choix.
Tous les Néons de son corps convergèrent lentement vers la pointe de son sabre.
La lame se mit à vibrer.
Une pression aiguë se concentra en un seul point.
Le visage de Ma Long pâlit instantanément.
Ses méridiens semblaient prêts à éclater.
— Deuxième Horizon…
souffla-t-il.
Puis il disparut.
SHIIIIING !
Cette fois…
la lame ne chercha plus à trancher.
Elle chercha à percer.
La pointe traversa enfin les écailles du Bacter.
Une profonde entaille apparut sur son museau.
Le sang jaillit.
Le vieux Bacter rugit de douleur.
Mais la riposte arriva aussitôt.
BOOOOOOM !
Sa queue balaya toute la zone.
Ma Long fut frappé de plein fouet.
CRAAAAACK !
Plusieurs côtes se brisèrent.
Son corps traversa les buissons avant de s’écraser contre un énorme rocher.
Du sang jaillit de sa bouche.
— Tousse…
— Tousse…
Il tenta de se relever.
Ses bras tremblaient.
Ses jambes refusèrent de répondre.
Il s’effondra.
Cette fois…
il ne pouvait plus bouger.
Eric accourut immédiatement.
Il se plaça devant lui.
Épée en main.
Puis il comprit enfin.
Le combat était terminé.
Ils avaient perdu.
Ma Long ne pouvait plus se battre.
Lui-même avait une épaule transpercée.
Ils étaient perdus au cœur de la forêt.
Sans savoir où ils se trouvaient.
Sans aucune possibilité de fuir.
Eric esquissa un sourire amer.
— Mon frère…
on dirait que notre voyage arrive à sa fin.
Ma Long laissa échapper un léger rire.
Malgré la douleur.
— C’était rapide…
dit-il en toussant du sang.
— Mais je ne regrette rien.
Le vieux Bacter s’avança lentement.
Très lentement.
Comme s’il savourait cet instant.
Comme s’il voulait leur faire ressentir le même désespoir que celui qu’il avait éprouvé en voyant son petit mourir sous leurs yeux.
À chaque pas…
la mort semblait se rapprocher un peu plus.
Et bientôt…
elle ne serait plus qu’à quelques mètres d’eux.
Ma Long serra les dents.
Son regard croisa celui d’Eric.
Ils comprirent tous les deux.
Ils n’avaient plus d’issue.
— Alors…
souffla-t-il.
— Battons-nous jusqu’à la mort.
Il glissa lentement la main dans sa robe.
Puis en sortit une petite boîte de jade.
À l’intérieur…
reposait une unique pilule d’un rouge profond.
Le prix qu’il avait remporté lors de l’examen d’entrée.
La Pilule de Guérison.
Une ressource que même certains disciples extérieurs mettaient plusieurs années à obtenir.
À leur niveau…
elle était considérée comme un véritable trésor.
Sans hésiter…
Ma Long l’avala.
À peine la pilule descendit-elle dans son estomac…
qu’une chaleur brûlante envahit tout son corps.
BOOOOOM !
Une énergie pure se répandit dans chacun de ses méridiens.
Ses muscles se contractèrent.
Ses chairs déchirées commencèrent à se refermer à une vitesse visible à l’œil nu.
Le sang qui coulait de son épaule s’arrêta.
Les chairs se ressoudèrent.
Un craquement sourd résonna dans son bras.
Ses os brisés retrouvèrent progressivement leur position avant de se ressouder.
Même les hémorragies internes cessèrent peu à peu.
Son souffle redevint plus stable.
La douleur n’avait pas disparu.
Mais son corps retrouvait rapidement sa capacité de combattre.
Eric ouvrit de grands yeux.
C’était la première fois qu’il assistait à une guérison aussi spectaculaire.
En moins d’une dizaine de respirations…
Ma Long était de nouveau debout.
Le visage encore pâle.
Mais prêt à se battre.
Il serra son sabre.
— Eric…
battons-nous en battant en retraite.
— Si on reste ici…
on est morts.
Eric ramassa son épée.
Puis esquissa un faible sourire.
— Alors…
on va faire ça à l’ancienne.
Malgré la situation…
Ma Long éclata presque de rire.
— Enfin une décision intelligente.
À quelques mètres d’eux…
le vieux Bacter les observait.
Il était resté immobile pendant toute la guérison.
Dans son esprit…
ces deux humains avaient déjà perdu toute volonté de combattre.
Les voir se relever…
les voir sourire…
raviva encore davantage sa colère.
Il poussa un rugissement assourdissant.
BOOOOOOOOOOM !
Le sol éclata sous ses pattes.
Cette fois…
les deux amis ne cherchèrent pas à lui faire face.
Ils se retournèrent et s’enfoncèrent dans les profondeurs de la forêt.
Le vieux Bacter les poursuivit immédiatement.
La chasse recommença.
La langue écarlate de la créature jaillit soudain.
SHAAAAAA !
Eric repoussa Ma Long d’un coup d’épaule.
La langue passa entre eux avant de traverser trois arbres.
BOOOOOOM !
Des troncs gigantesques s’effondrèrent derrière eux.
Ils continuèrent de courir.
La corne du Bacter labourait le sol à chacun de ses assauts.
Ses griffes arrachaient des blocs de pierre.
Sa queue d’acier balayait régulièrement les arbres centenaires.
À plusieurs reprises…
les deux garçons furent projetés au sol par les ondes de choc.
Chaque échange leur coûtait de nouvelles blessures.
Une griffure profonde apparut sur la cuisse d’Eric.
Un violent coup de queue ouvrit une plaie au flanc de Ma Long.
La pilule refermait progressivement certaines blessures…
mais elle ne pouvait suivre le rythme des nouveaux dégâts.
Les deux amis alternaient sans cesse entre fuite et combat.
Eric utilisait sa Danse de l’Ivresse pour détourner les charges du monstre.
Ma Long profitait de ces ouvertures pour lancer de puissantes attaques de sabre.
À plusieurs reprises…
leurs lames réussirent à entailler les écailles du Bacter.
Mais aucune blessure n’était suffisamment profonde pour ralentir réellement le vieux prédateur.
Ils continuaient donc à reculer.
Toujours plus profondément.
Sans même savoir où ils allaient.
Ils contournaient instinctivement certains ravins.
Évitaient des clairières étrangement silencieuses.
Refusaient d’approcher certains arbres gigantesques d’où émanaient des auras inquiétantes.
Même les autres bêtes spirituelles avaient disparu.
Comme si toute cette partie de la forêt appartenait à quelque chose de bien plus terrifiant.
Puis…
le vieux Bacter s’arrêta brusquement.
Ses narines frémirent.
Ses pupilles se contractèrent.
L’instant d’après…
une peur primitive envahit son regard.
Il recula d’un pas.
Puis d’un second.
Son énorme corps se mit à trembler.
Comme si chacun de ses instincts lui hurlait de fuir.
Eric et Ma Long échangèrent un regard.
Ils sentirent alors, eux aussi…
une présence.
Une pression indescriptible.
Le vent cessa de souffler.
La forêt entière sembla retenir son souffle.
Puis…
BOOOOOOOOOOM !
Une explosion retentit au loin.
Le sol trembla.
Des centaines d’oiseaux s’envolèrent.
Quelques secondes plus tard…
une silhouette ensanglantée surgit entre les arbres.
Un vieil homme.
Revêtu des robes d’un Ancien de l’Ouragan Sacré.
Son corps était couvert de blessures.
Son bras gauche pendait mollement.
Une longue traînée de sang suivait chacun de ses mouvements.
Pourtant…
malgré son état pitoyable…
il flottait encore à quelques centimètres du sol.
Et derrière lui…
plusieurs silhouettes masquées le poursuivaient.
Une intention meurtrière si terrifiante se déversa dans la forêt qu’Eric et Ma Long sentirent immédiatement leurs poils se hérisser.
Sans le savoir…
leurs destins venaient de basculer.
