Chapitre 25 : ASTERION
Au même moment…
Dans une cour isolée de l’Ouragan Sacré.
Au sommet de la Montagne du Fer.
Le plus protégé des Sept Sommets.
Un jeune homme se tenait respectueusement devant un vieillard.
Ce dernier nourrissait tranquillement des poissons dans un bassin de pierre.
Son apparence était ordinaire.
Mais aucun disciple de la secte n’aurait osé sous-estimer cet homme.
— Maître.
— Les familles cultivatrices ont encore tenté d’intimider les nouvelles recrues issues de milieux modestes.
Le vieillard ne se retourna pas.
Il continua à jeter quelques grains de nourriture dans l’eau.
Puis poussa un léger soupir.
— Comme chaque année…
Le disciple poursuivit :
— Mais cette fois…
— deux nouvelles recrues leur ont résisté.
La main du vieillard s’immobilisa.
— Oh ?
Un éclat d’intérêt traversa enfin ses yeux.
— Raconte-moi.
Le jeune homme rapporta alors l’ensemble des événements.
L’arrivée des héritiers.
La provocation.
L’intervention de Lion Kade.
Le combat.
L’apparition de Dia Ram Dan.
La résistance inattendue de Ma Long.
Et les performances surprenantes d’Eric.
Lorsqu’il termina son récit…
un léger sourire apparut sur le visage ridé du vieillard.
— Intéressant.
Le disciple hésita un instant.
Puis demanda :
— Devons-nous les protéger ?
Le vieillard secoua lentement la tête.
— Pas ouvertement.
— Les épreuves forgent le caractère.
— Si ces deux garçons sont incapables d’affronter des recrues de leur génération…
— alors ils n’ont aucun avenir.
Il marqua une pause.
Puis ajouta :
— Cependant…
— veille discrètement sur eux.
— Je ne veux pas que certaines personnes dépassent les limites.
— Oui Maître.
Le vieillard leva alors les yeux vers le ciel.
— J’espère qu’ils continueront à résister.
— À la pression.
— À la peur.
— À la tentation.
— L’Ouragan Sacré a besoin de sang neuf.
— De quelqu’un capable de briser l’équilibre actuel.
Son regard devint plus profond.
— De quelqu’un capable de rappeler à cette secte pourquoi elle a été fondée.
Le disciple resta silencieux.
Puis le vieillard reprit :
— Et c’est seulement après cela…
— que nous saurons s’ils méritent réellement notre attention.
Le jeune homme acquiesça.
Puis il présenta un second rapport.
— Maître.
— Les familles cultivatrices deviennent de plus en plus arrogantes.
— Plusieurs départements semblent déjà sous leur influence.
Cette fois…
le sourire du vieillard disparut.
— Je sais.
— Mais laisse-les faire.
— Pour l’instant.
Le disciple releva la tête.
— Pourquoi ?
Le vieillard regarda les poissons tournoyer dans le bassin.
— Parce que je suis à un pas d’une percée.
— Tant que je n’aurai pas franchi cette étape…
— nous devons gagner du temps.
Le cœur du jeune homme trembla.
Une percée.
À ce niveau de cultivation…
un seul progrès pouvait changer l’équilibre de toute une province.
Le vieillard poursuivit :
— Les familles cultivatrices ne sont pas le véritable problème.
— Elles ne sont que les pièces visibles de l’échiquier.
— Derrière elles…
— quelqu’un déplace les pièces.
Le disciple fronça les sourcils.
— Vous soupçonnez la Secte du Croc du Tigre ?
Le vieillard acquiesça lentement.
— Il y a cent ans…
— l’Alliance des Quatre Lames a repoussé leurs ambitions.
— Depuis lors…
— la province a connu une paix relative.
— Mais les événements récents me préoccupent.
Son regard se perdit vers les montagnes lointaines.
— J’ai bien peur que cette paix touche à sa fin.
— La Secte du Croc du Tigre ne cherche pas encore à attaquer.
— Elle cherche d’abord à mesurer notre force.
— À savoir si j’ai réalisé ma percée.
— À savoir si l’Ouragan Sacré est encore capable de lui tenir tête.
Le silence s’installa.
Puis le vieillard conclut calmement :
— Mais le jour où leur véritable visage sera révélé…
— l’Ouragan Sacré connaîtra sa plus grande tempête.
Le vent souffla doucement à travers la cour.
La journée passa extrêmement vite.
Entre leurs discussions, leurs blessures du combat et leurs réflexions sur les événements récents…
le soleil finit par disparaître derrière les montagnes de Sou Fei.
À l’heure convenue…
Eric et Ma Long quittèrent leur appartement.
Quelques minutes plus tard…
ils se trouvaient devant l’appartement numéro sept.
Eric leva la main.
Toc. Toc. Toc.
Une voix calme retentit immédiatement de l’intérieur.
— Entrez.
Les deux garçons échangèrent un regard.
Puis poussèrent la porte.
L’appartement était plus spacieux que celui d’Eric
Simple.
Mais élégamment aménagé.
Assise dans le salon…
Anta les attendait déjà.
Comme si elle savait exactement quand ils arriveraient.
Elle leur fit signe de s’asseoir.
— Bienvenue.
Eric prit place face à elle.
— Merci pour votre aide ce matin.
— Sans l’intervention de Serigne Lam…
les choses auraient probablement dégénéré.
Anta se contenta de sourire.
Puis elle servit elle-même le thé aux deux garçons.
Son attitude était naturelle.
Sans arrogance.
Sans prétention.
Comme si elle recevait simplement deux vieux amis.
Après quelques instants de silence…
elle prit la parole.
— Vous vous demandez probablement pourquoi je vous ai aidés.
Eric et Ma Long acquiescèrent.
Anta posa sa tasse.
— C’est simple.
— Je déteste la façon dont agissent ces soi-disant familles cultivatrices.
Une expression de dédain traversa son visage.
— Des familles cultivatrices ?
— Quelle plaisanterie.
Eric fronça les sourcils.
— Tu ne fais pas partie de l’une d’elles ?
Anta eut un léger rire.
— Dans certaines régions du monde…
— cette notion n’existe même pas.
Les deux garçons restèrent silencieux.
— Là-bas…
— tout le monde cultive.
— Paysans.
— Marchands.
— Artisans.
— Soldats.
— Tout le monde.
— Personne ne se présente comme membre d’une famille cultivatrice.
— Cette façon de penser est dépassée depuis des dizaines de milliers d’années.
— Les véritables héritages sont portés par des clans et des lignées qui existent depuis des centaines de milliers d’années.
— Comparées à elles…
— les familles de cette province ne représentent presque rien.
Eric et Ma Long échangèrent un regard.
Pour la première fois…
ils réalisaient à quel point leur vision du monde était limitée.
Anta poursuivit :
— Je vous ai invités pour deux raisons.
— La première…
— c’est que j’apprécie votre courage.
— Peu de nouveaux disciples auraient osé tenir tête aux héritiers des familles nobles.
Son regard se posa successivement sur Eric puis sur Ma Long.
— La seconde…
— c’est que j’ai détecté du potentiel chez vous.
Les deux garçons restèrent interdits.
Elle parlait avec une telle assurance…
comme si elle énonçait simplement un fait.
Puis elle ajouta :
— J’ai besoin de personnes capables de m’aider dans une quête future.
— Malheureusement…
— vous êtes encore beaucoup trop faibles.
Eric faillit s’étouffer avec son thé.
Ma Long fronça les sourcils.
Après tout…
ils venaient d’affronter Dia Ram Dan.
Ils figuraient parmi les disciples les plus remarqués de leur génération.
Et pourtant…
Anta les qualifiait de faibles.
Comme si elle parlait de deux enfants.
Soudain…
une voix résonna directement dans leur esprit.
— Ne pensez pas qu’être parmi les meilleurs de cette région du monde soit un exploit exceptionnel.
Les deux garçons sursautèrent.
Leurs regards se tournèrent instantanément vers Anta.
Ses lèvres n’avaient pas bougé.
Pas d’un millimètre.
Pourtant…
ils avaient parfaitement entendu sa voix.
Dans leur tête.
Comme si elle se trouvait à l’intérieur de leur conscience.
Eric sentit son cœur accélérer.
Quel niveau fallait-il atteindre pour réaliser une telle chose ?
Certainement pas le Bloodening Realm.
Peut-être même pas le Meridian Hardening Realm
Anta continua comme si rien d’inhabituel ne s’était produit.
— Quant aux tensions actuelles dans la secte…
— elles sont plus graves que vous ne l’imaginez.
Son expression devint plus sérieuse.
— Les familles nobles veulent progressivement transformer l’Ouragan Sacré en leur propriété personnelle.
— Elles souhaitent contrôler les ressources.
— Les recrutements.
— Les postes importants.
— Et à terme…
— Elles préféreraient qu’à terme…
— seuls leurs descendants puissent intégrer l’Ouragan Sacré.
Le regard d’Eric s’assombrit.
— Mais d’après ce que j’ai entendu dire…
— cela va totalement à l’encontre des enseignements du fondateur.
— Exactement.
Anta prit une gorgée de thé avant de poursuivre.
— Le Fondateur de l’Ouragan Sacré demeure un mystère.
Puis elle regarda Eric et Ma Long.
— Vous souvenez-vous de l’histoire que Tiger vous avait racontée à propos de cette chaîne de montagnes ?
— Celle qui dit que ces montagnes ne sont pas naturelles mais le résultat d’un combat entre deux cultivateurs suprêmes ?
Eric et Ma Long acquiescèrent immédiatement.
Comment pouvaient-ils oublier une telle histoire ?
À l’époque, ils l’avaient considérée comme une simple légende.
Anta poursuivit :
— Selon les récits les plus anciens…
— l’un des deux cultivateurs maîtrisait l’élément Terre.
— L’autre maîtrisait l’élément Vent.
— Deux êtres qui se trouvaient au sommet absolu du Continent.
Eric fronça les sourcils.
— Le continent ?
Anta ne put retenir un sourire.
— Le monde est plus vaste que vous ne l’imaginez.
— Le continent sur lequel nous vivons porte le nom d’Asterion.
— Quant à ce qui existe au-delà…
— ce sera une leçon pour un autre jour.
Les deux garçons échangèrent un regard embarrassé.
Depuis leur arrivée à l’Ouragan Sacré, ils découvraient chaque jour à quel point leurs connaissances étaient limitées.
Anta continua :
— Selon certaines chroniques…
— le maître du Vent se faisait appeler Saint Cyclone.
— D’autres textes utilisent le titre de Souverain Cyclone.
— Et beaucoup pensent qu’il est le véritable fondateur de l’Ouragan Sacré.
Le regard d’Eric s’illumina.
— Et l’autre ?
Anta haussa légèrement les épaules.
— Son nom a été perdu.
— Comme celui de nombreux vaincus avant lui.
— Peut-être que certaines grandes puissances le connaissent encore.
— Mais pour le commun des mortels…
— il a disparu de l’Histoire.
Elle prit une nouvelle gorgée de thé.
— Ce que racontent les anciennes légendes…
— c’est que même si Saint Cyclone remporta la bataille…
— il fut grièvement blessé.
— Sa vie ne tenait plus qu’à un fil.
— Certains disent qu’il fonda personnellement l’Ouragan Sacré afin de transmettre son héritage.
— D’autres affirment qu’il était déjà à l’agonie après son combat.
— Selon cette version de l’histoire, il aurait recueilli un disciple issu d’un milieu modeste durant ses derniers jours.
— Un simple mortel sans origine prestigieuse.
— Quelqu’un qui lui ressemblait lorsqu’il était jeune.
— Après la mort de son maître…
— ce disciple aurait fondé l’Ouragan Sacré en son honneur.
— Non pas pour bâtir une puissance.
— Mais pour accomplir la dernière volonté de son maître.
— Offrir à ceux qui n’avaient rien la possibilité de cultiver.
— Donner une chance aux oubliés du monde.
— C’est d’ailleurs ce qui expliquerait pourquoi l’Ouragan Sacré a toujours accordé autant d’importance aux disciples d’origine modeste.
Puis Anta éclata soudainement de rire.
Devant elle…
Eric et Ma Long avaient exactement la même expression.
Celle de deux enfants découvrant les merveilles du monde.
— Ne me regardez pas comme ça.
— Je ne sais pas si ces histoires sont vraies.
— Ce ne sont que des légendes.
Mais son sourire ne disparut pas.
— Ce qui est intéressant…
— c’est ce qui s’est passé ensuite.
Elle posa délicatement sa tasse sur la table.
— Il y a environ sept mille ans…
— une secte du nom de l’Ouragan Sacré apparut soudainement dans cette région du monde.
— Et pour une raison que personne n’a jamais réellement comprise…
— toutes les grandes puissances du Continent d’Asterion pensèrent immédiatement à Saint Cyclone.
Eric fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
Anta haussa légèrement les épaules.
— Peut-être à cause du mot « Ouragan ».
— Peut-être à cause du terme « Sacré ».
— Ou peut-être simplement parce qu’aucune puissance n’aurait osé utiliser un tel nom à la légère.
Elle poursuivit :
— Dans le monde de la cultivation…
— certains titres possèdent un poids particulier.
— Certains noms inspirent le respect.
— D’autres la crainte.
— Et lorsqu’une organisation inconnue apparaît soudainement en se faisant appeler l’Ouragan Sacré…
— les grandes puissances prêtent forcément attention.
Elle fit une courte pause.
— De ce fait…
— de nombreuses grandes sectes du continent vinrent explorer cette région.
— Certaines envoyèrent des disciples.
— D’autres des anciens.
— Et quelques-unes allèrent jusqu’à dépêcher des experts capables d’ébranler des royaumes entiers.
Les yeux d’Eric et de Ma Long s’agrandirent.
— Tout ça pour une simple secte ?
demanda Ma Long.
— Pas pour une simple secte.
corrigea Anta.
— Pour vérifier si Saint Cyclone avait réellement laissé un héritage derrière lui.
— Beaucoup pensaient qu’il avait caché une technique suprême.
— D’autres recherchaient un trésor.
— Certains espéraient même trouver des indices permettant de percer les secrets de son royaume de cultivation.
— Après tout…
— un être capable de remodeler une chaîne de montagnes entière valait bien quelques années d’investigation.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— Malheureusement pour eux…
— ils ne trouvèrent rien.
— Ni tombe.
— Ni héritage.
— Ni arme divine.
— Ni technique céleste.
— Rien.
Elle leva les yeux vers le plafond.
— Même l’Art de l’Ouragan Sacré fut examiné.
— Et les experts des grandes puissances le jugèrent ordinaire.
— Une simple technique de cultivation parmi tant d’autres.
— Rien qui puisse être relié à un être du niveau de Saint Cyclone.
— Finalement…
— les grandes puissances quittèrent progressivement la région.
— Et avec le temps…
— cette histoire sombra dans l’oubli.
Son regard se posa alors sur Eric et Ma Long.
— Pourtant…
— sept mille ans plus tard…
— personne n’a toujours réussi à expliquer pourquoi une secte inconnue a choisi précisément ce nom.
— Ni pourquoi tant de coïncidences semblent relier l’Ouragan Sacré à cette vieille légende.
Le silence s’installa dans le salon.
Même Eric sentait qu’il y avait quelque chose d’étrange dans toute cette histoire.
Comme si une partie de la vérité avait été volontairement effacée.
Ou dissimulée.
Le silence s’installa.
Puis Anta reprit calmement :
— Finalement…
— les grandes puissances conclurent que les deux souverains s’étaient probablement entretués.
— Et que leur héritage avait disparu avec eux.
Elle regarda alors les deux garçons.
— Voilà pourquoi je dis que le Fondateur de l’Ouragan Sacré reste un mystère.
— Même aujourd’hui…
— personne ne sait réellement ce qui s’est passé il y a sept mille ans.
Elle marqua une pause.
Puis ajouta :
— Il existe d’ailleurs une autre incohérence qui a longtemps alimenté les débats parmi les historiens et les cultivateurs.
Eric et Ma Long se redressèrent immédiatement.
— Laquelle ?
demanda Eric.
— Selon les archives les plus anciennes…
— le combat entre Saint Cyclone et son rival aurait eu lieu il y a plus de dix mille ans.
Le silence tomba.
— Dix mille ans ?
s’exclama Ma Long.
— Mais tu viens de dire que l’Ouragan Sacré n’existe que depuis sept mille ans.
— Exactement.
répondit Anta.
— Trois mille années séparent les deux événements.
— C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les grandes puissances du continent ont rejeté cette théorie.
Elle fit tourner sa tasse entre ses doigts.
— Pour elles…
— il est impossible qu’un homme gravement blessé ait attendu trois mille ans avant de fonder une secte.
— Elles ont donc conclu que l’histoire de Saint Cyclone n’était qu’une légende.
— Ou qu’elle avait été déformée au fil des siècles.
Eric fronça les sourcils.
— Et toi ?
Un léger sourire apparut sur les lèvres d’Anta.
— Moi ?
— Je pense simplement qu’il y a des pièces du puzzle qui ont disparu.
— Trois mille années d’histoire ne s’effacent pas sans raison.
— Quelque chose s’est produit durant cette période.
— Quelque chose que personne n’a encore réussi à découvrir.
Elle regarda par la fenêtre.
— Peut-être que Saint Cyclone est réellement mort.
— Peut-être qu’il a survécu.
— Peut-être même qu’il n’a jamais fondé l’Ouragan Sacré.
— Mais une chose est certaine.
Son regard revint vers les deux garçons.
— Les véritables origines de cette secte sont bien plus anciennes et mystérieuses que ce que la plupart des gens imaginent.
Pour la première fois…
Eric eut l’impression que l’histoire de l’Ouragan Sacré cachait un secret capable d’ébranler tout le Continent d’Asterion.
Anta continua son histoire
— À cette époque, les méthodes de cultivation étaient monopolisées par quelques clans et quelques organisations.
— La majorité des mortels n’avait même pas l’opportunité de devenir cultivateur.
— Pour beaucoup…
— la cultivation n’était qu’un rêve inaccessible.
Eric et Ma Long écoutaient attentivement.
Pour la première fois…
ils avaient l’impression d’entrevoir une infime partie de l’histoire véritable du monde dans lequel ils vivaient.
— C’est alors qu’il fonda l’Ouragan Sacré.
— Une organisation ouverte à tous ceux qui possédaient du talent.
— Peu importe leur naissance.
— Peu importe leur statut.
— Peu importe leur origine.
— Tant qu’ils étaient prêts à travailler suffisamment dur pour saisir leur chance.
Le regard d’Anta se fit plus lointain.
— Son exemple inspira ensuite d’autres puissances.
— Plusieurs sectes de la province furent créées selon le même modèle.
— Et pendant des milliers d’années…
— cette vision permit à d’innombrables cultivateurs issus de familles modestes de changer leur destin.
Elle posa lentement sa tasse.
— Mais avec le temps…
— les choses ont changé.
— Certaines familles ont accumulé richesse, influence et experts.
— Leurs descendants ont commencé à intégrer la secte en grand nombre.
— Puis certains d’entre eux ont réalisé des percées importantes.
— Ils sont devenus Protecteurs.
— Anciens.
— Et parfois même Grands Anciens.
— Au début, cela ne posait aucun problème.
— Ils continuaient à servir la secte.
— Et respectaient la volonté du fondateur.
Anta marqua une pause.
Puis son regard se durcit légèrement.
— Mais à mesure que leur nombre augmentait…
— ils ont commencé à former leur propre courant.
— Un courant qui place les intérêts des familles au-dessus de ceux de la secte.
— Aujourd’hui…
— beaucoup d’entre eux considèrent l’Ouragan Sacré comme un outil destiné à renforcer leurs lignées.
— Et non comme une institution destinée à offrir une chance à tous.
Le silence s’installa dans le salon.
Même Ma Long fronçait les sourcils.
— Le Maître de Secte s’oppose à cela ?
demanda-t-il.
— Oui.
répondit Anta.
— Le Maître de Secte.
— La majorité des Grands Anciens.
— Et plusieurs anciens influents.
— Tous continuent de suivre les idéaux du fondateur.
— Mais l’autre camp devient de plus en plus puissant.
— Et cette opposition devient chaque année plus dangereuse.
Son regard se posa successivement sur Eric puis sur Ma Long.
— C’est pour cette raison que je vous donne un conseil.
— Ne choisissez aucun camp pour le moment.
— Continuez à cultiver.
— Continuez à progresser.
— Devenez plus forts.
— Car dans ce monde…
— les idéaux n’ont de valeur que lorsqu’ils sont soutenus par la puissance.
Le silence retomba.
Eric et Ma Long comprenaient désormais que les événements de la matinée n’étaient qu’une infime partie d’un conflit bien plus vaste.
Un conflit qui dépassait largement les querelles entre nouvelles recrues.
Ils commencèrent à comprendre que l’Ouragan Sacré n’était pas seulement une secte.
C’était un immense échiquier.
Et dans l’ombre…
plusieurs forces se disputaient déjà le contrôle des pièces.
La discussion se poursuivit pendant longtemps.
Anta leur parla de cultivation.
Des différentes montagnes de l’Ouragan Sacré.
Des règles non écrites qui gouvernaient la vie des disciples.
Et de nombreuses choses qu’aucun nouveau disciple n’était censé connaître aussi tôt.
Plus ils l’écoutaient…
plus ils réalisaient l’étendue de ses connaissances.
À plusieurs reprises, Eric et Ma Long essayèrent d’en apprendre davantage sur elle.
Mais chaque fois…
elle esquivait habilement la question.
Finalement, Eric finit par demander :
— Puisque tu ne fais pas partie des familles cultivatrices…
— ne me dis pas que tu es la fille cachée du Maître de Secte ?
À peine sa phrase terminée…
Anta éclata de rire.
Un rire clair.
Naturel.
Contagieux.
Même Ma Long ne put s’empêcher de sourire.
— La fille cachée du Maître de Secte ?
répéta-t-elle en secouant la tête.
— Votre imagination est impressionnante.
— Alors ce n’est pas ça ?
insista Eric.
— Non.
répondit-elle en retrouvant son calme.
— Je ne suis qu’une voyageuse de passage.
— Une passante.
— Rien de plus.
Les deux garçons échangèrent un regard incrédule.
Aucun d’eux ne croyait réellement cette explication.
Pas après ce qu’ils avaient vu.
Pas après ce qu’ils avaient entendu.
Pas après la manière dont Serigne Lam s’était comporté devant elle.
Mais ils comprirent également qu’elle ne souhaitait pas en dire davantage.
À travers le voile qui recouvrait son visage…
ils pouvaient apercevoir les contours d’un sourire.
Lorsqu’elle riait…
toute son aura semblait changer.
Elle paraissait lumineuse.
Presque rayonnante.
Comme un soleil caché derrière les nuages.
Pourtant…
malgré l’élégance naturelle qui émanait d’elle…
malgré cette noblesse difficile à décrire…
elle restait étonnamment simple dans sa manière de parler.
Elle ne méprisait personne.
Ne cherchait jamais à impressionner.
Et ne faisait jamais étalage de ce qu’elle savait.
Ce contraste rendait son identité encore plus mystérieuse.
La conversation continua ainsi jusqu’à la tombée complète de la nuit.
Puis Eric et Ma Long prirent congé.
Avant de partir…
Anta leur adressa une dernière recommandation.
— Cultivez sérieusement.
— Le monde est bien plus vaste que vous ne l’imaginez.
— Et l’Ouragan Sacré n’est qu’un premier pas.
Les deux garçons acquiescèrent.
Puis quittèrent l’appartement.
