Chapitre 5-2 – Fin ?
Rintam et compagnie finirent par découvrir au bout de quelques heures de marche le village de Pinoramix. C’était un endroit essentiellement tourné vers l’agriculture, les champs de blé étaient la principale source de revenus du coin. Mis à part des espaces liés à la culture, il y avait aussi quelques dizaines de maisons en bois doté uniquement d’un rez-de chaussée dans les environs.
Le druide attirait des gens célèbres et influents, il était le concepteur d’une potion aux effets très recherchés. Il s’agissait d’une préparation qui rendait les huîtres fraîches, et consommables pendant des mois. Résultat les gourmets amateurs d’huîtres pouvaient en déguster, même si leur lieu d’habitation se situait à des semaines de marche de la mer ou d’un océan. Le druide gardait jalousement le secret de sa recette. Pourtant il reçut des offres fabuleuses pour divulguer les mystères de sa potion, comme par exemple la promesse d’un versement de cent lingots d’or. Néanmoins Pinoramix refusait mordicus de livrer à qui que ce soit le procédé de conception de sa préparation.
Certains clients allèrent très loin pour tenter de corrompre le druide. Ils lui promirent la fortune, la jeunesse éternelle, une influence politique considérable. Cependant rien n’y faisait, Pinoramix demeurait inflexible. Ni la cajolerie ou la menace ne faisait plier le druide, même si l’entêtement de celui-ci avait failli provoquer la destruction de son village. Heureusement Pinoramix avait de bons talents d’orateur, alors il réussit à préserver ses voisins, amis et les autres personnes qu’il connaissait bien, d’une mort atroce.
Si certains étaient prêts à verser le sang d’humains, pour avoir le droit de manger des huîtres fraîches, même en vivant loin d’une étendue d’eau salée, c’était à cause d’une rumeur qui affirmait que les huîtres diminuaient les effets du vieillissement, et contribuaient à apporter longue vie et une santé de fer, pour celui qui en mangeait souvent. Le ragot était infondé, on pouvait avoir une santé exécrable, tout en ayant une consommation quotidienne d’huîtres. Il n’empêchait de nombreuses personnes croyaient dur comme fer dans la rumeur.
Rintam : Gron, ne fais pas l’idiot devant Pinoramix, c’est un très haut personnage.
Gron : Pinoramix est pourtant franchement petit comparé à vous.
Rintam : Quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu dis.
Gron : Vous avez dit que Pinoramix était un très haut personnage. Pourtant vous mesurez bien trente centimètres de plus que lui. Dans ce cas comment pouvez-vous le trouver très haut ? J’ai l’impression que vous racontez n’importe quoi.
Rintam : Ce qui est n’importe quoi c’est ton niveau de bêtise. Gron par moment tu es tellement bête, que j’ai envie de pleurer.
Gron : Ainsi donc j’aurais des propriétés semblables à celles d’un oignon.
Elilim : Puisque Gron est un oignon, et que vous Rintam vu votre haleine êtes vraisemblablement de l’ail, il n’y a plus qu’à vous accompagner avec des pommes de terre pour faire un superbe plat.
Rintam (énervé) : Très drôle Elilim, ah je crois bien que voilà la maison où vit Pinoramix.
Pinoramix était le druide, autrement dit l’autorité religieuse du petit village de Fixe. Celui-ci était rempli de crétins qui refusaient l’autorité romanoi, pour des raisons liées à l’hygiène. En effet les villageois considéraient comme tabou la propreté, or beaucoup de romanois appréciaient de se baigner une fois tous les dix à quinze jours. Ce motif avait poussé les fixiens, à déclarer une guerre totale contre les romanois. Malgré des années de conflit le village existait encore. Il fallait dire que les fixiens excellaient dans la fabrication de boules puantes, à l’odeur insupportable qui décourageaient le plus vaillant des adversaires, incitaient les plus valeureux à fuir sans demander leur reste.
Les boules puantes étaient magiques, il était quasi impossible d’éviter de les sentir, même en se bouchant le nez ou en se protégeant les narines avec une écharpe. Les villageois avaient une particularité physique, qui leur permettait de supporter les senteurs les plus horribles, ils n’avaient pas de nez. Pinoramix avait d’autres recettes à l’odeur redoutable, comme par exemple la soupe surnaturelle à l’ail, qui donnait à son consommateur une haleine si infecte, que le simple fait de souffler sur quelqu’un, suffisait à provoquer son évanouissement.
Heureusement que Gron le gobelin n’était que de passage dans le village, sinon il aurait risqué de très gros ennuis. Le fait de se laver les mains dans le but de les rendre plus propres, était un crime grave à Fixe, qui valait pour le fautif des coups de fouet. Les mœurs étaient assez tolérantes dans le village, ainsi une femme pouvait coucher avec plusieurs hommes sans être montrée du doigt. Néanmoins un fixien qui refusait d’être sale, était considéré comme un être bizarre.
La demeure du druide était une maison avec un toit en bois, mais des murs de pierre grise. Pinoramix invita Rintam et ses camarades à entrer dans une maison remplie d’herbes en tous genres, contenues dans des pots de terre cuite, entreposés dans des étagères de bois. Au centre de la maison trônait une marmite capable de contenir un bœuf rôti entier.
Pinoramix : Que puis-je pour vous voyageurs ?
Elilim : Nous voudrions que vous écriviez des formules magiques sur un parchemin de capture démoniaque.
Pinoramix : Tous les démons ne sont pas mauvais, qui voulez-vous emprisonner ?
Elilim : Abigor celui qui se proclame le mal absolu.
Pinoramix : Pour neutraliser Abigor, il est impératif que l’encre du parchemin provienne de la martosa. Malheureusement je n’en ai plus. Et puis la partie de la forêt où pousse cette plante est inaccessible.
Elilim : Qu’est-ce qui empêche la récolte de martosa ?
Pinoramix : Un monstre féroce et surtout invulnérable dévore les téméraires, qui s’aventurent dans la partie nord-ouest de la forêt.
Rintam : Diable la situation est vraiment grave.
Malheureusement Gron commit une erreur, il déroba une baie hallucinogène entreposée dans la maison, et il l’ingéra. Donc il devint encore plus sujet au délire.
Gron : Oui mais voyez le côté positif, j’aurais une excuse pour broder des napperons, si j’arrive à convaincre le monstre comme lors de notre confrontation avec l’Abomination.
Rintam : Gron c’est une vraie passion chez toi la stupidité.
Gron (sincère) : J’ai beaucoup de hobbys mais je ne connais pas l’activité du nom de stupidité, c’est en lien avec la conception des napperons ?
Rintam : Tu veux vraiment que j’utilise mes poings ou quoi ?
Gron : Pourquoi pas ? Comme cela on pourra comparer nos techniques.
Rintam : Comment ?
Gron : Si vous avez une haute technique de point avec une aiguille, cela m’aidera à faire de plus beaux napperons.
Rintam : Quand je parle de poing, c’est le mot avec un g, pas avec un t, je parle de quelque chose qui fait mal quand il touche sa cible.
Gron : Je suis confus, le point avec un t fait aussi mal pourtant.
Rintam : Hein ?
Gron : Pour apprendre la différence entre le point de ponctuation et le point virgule, j’ai eu très mal à la tête à force de réfléchir.
Rintam (excédé) : Le poing avec un g sert à la bagarre, et avec un t pour l’écriture, et les napperons. Tu commences à comprendre ?
Gron (perplexe) : Vos orques sont très doués pour se battre, et ils peuvent être intimidés par les phrases écrites. Ils prennent souvent les points que je trace pour de la magie. Donc j’ai l’impression que le point avec un t sert aussi pour le combat.
Face à la répartie inattendue de Gron, Rintam sombra dans le désespoir.
Rintam (en plein désarroi) : Que quelqu’un me sauve, s’il vous plaît !
Encore une fois Elilim arrangea la situtation. Il jeta un sort de calme sur Rintam afin que ce dernier perde sa colère, et se concentre sur autre chose que le fait de frapper Gron.
Rintam : Bon passons à autre chose, d’après vous monsieur le druide combien d’heures de marche, sont nécessaires pour trouver de la martosa, si le point de départ est votre village ?
Pinoramix : Environ quatre heures, si vous avez de la chance.
Rintam : Très bien je vais tenter le coup.
Plus Rintam et ses camarades avançaient vers la partie de la forêt contenant de la martosa, plus le paysage devenait inquiétant. Le nombre de troncs droits et en bonne santé diminuait continuellement, les arbres étaient contrefaits et tordus. Une couleur incongrue dominait de plus en plus le paysage. Les feuilles de chênes étaient bleues, les aiguilles de sapin aussi, l’écorce normalement blanche des bouleaux prenait une teinte bleutée. De plus bien que l’été soit là, que le temps s’avérait au beau fixe, et la température agréable, les chants d’oiseaux disparurent progressivement, il finit par régner un calme intimidant.
La nature semblait subir une influence pernicieuse, comme si un esprit malade provoquait un déséquilibre dans l’environnement de la forêt. Gron fidèle à ses habitudes, récitait une prière à Esquivox le dieu de la fuite, la divinité préférée des lâches. Elilim lui implorait Jéhavah le dieu elfique de ramener de l’équilibre dans une nature malade. Rintam l’ambitieux ne priait aucune divinité, il croyait dans l’existence de dieux, mais il ne voulait pas dépendre d’eux.
Surtout que son objectif ultime s’avérait de réduire en esclavage l’ensemble des divinités de tous les mondes existants. Par conséquent l’ambitieux considérait comme une faiblesse la prière. Il laissait ses subordonnés avoir une activité religieuse, car il savait que la foi occupait une place importante dans leur vie.
Mais le jour où Rintam deviendrait le maître des dieux, il s’arrangerait pour que tous les cultes existants soient considérés comme inférieurs en valeur comparé au sien. Bien sûr avant de pouvoir se proclamer le dieu des dieux, il fallait déjà que l’ambitieux obtienne de la puissance, et qu’il fasse de très gros progrès en matière de sorcellerie.
Or pour l’instant il butait sur la conquête du petit village de Lofen. En prime Rintam n’était pas un sorcier très puissant, sans ses accessoires magiques. Il tirait l’essentiel de sa puissance surnaturelle de son grimoire, s’il perdait son livre magique, sa capacité de nuisance serait terriblement amoindrie. De plus il restait de nombreux problèmes à gérer, comme par exemple la surveillance d’Elilim l’archimage.
Elilim : Je recommande de se taire, sauf dans le cas de trouvaille de martosa, ou de détection d’un danger.
Rintam : Je ne crois pas que cela soit utile, d’après Pinoramix, le monstre peut détecter une odeur humaine de très loin.
Elilim : La précaution que je propose à tout de même une certaine utilité, elle rendra plus ardue la chasse à notre égard.
Rintam : Nos odeurs en particulier celles de savon et de propreté de Gron, sont des signaux qui se repèrent de loin. Je ne vois pas l’utilité de ne pas parler.
Elilim : Il est plus facile de retrouver quelqu’un, quand on a deux indications au lieu d’une. Si nous faisons peu de bruit, nous priverons la bête d’un indice précieux sur notre présence.
Rintam : Entendu vos arguments m’ont convaincu, Gron je te somme de te taire, sauf si c’est pour signaler quelque chose d’important.
Gron : Justement j’ai un moyen de couvrir le bruit de nos pas ou de nos paroles, je peux secouer le hochet que j’ai sur moi.
Rintam : Gron le pire c’est que tu crois que ton idée a de la valeur. Bingo voilà de la martosa.
